Adoptianisme

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L'adoptianisme est une doctrine religieuse selon laquelle Jésus ne serait devenu le fils de Dieu que par adoption à la suite de son baptême dans le Jourdain par Jean-Baptiste. Elle a une conception humanisante de Jésus, à l'opposé de la conception divinisante du docétisme[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Elle est apparue dès le IIe siècle chez Théodote de Byzance dont le souci était de revenir à un monothéisme plus étayé. Paul de Samosate, évêque d'Antioche la reprend en 268.

Au VIIIe siècle, en Espagne, l'archevêque Élipand de Tolède, et l'évêque d'Urgell, Félix d'Urgell reprirent à leur compte cette doctrine.

La querelle de l'adoptianisme[modifier | modifier le code]

Cette querelle se réfère à une controverse qui a eu lieu pendant près de quinze ans, à partir de la fin du VIIIe siècle en Espagne et en France. En 794, l'évêque de Tolède, Élipand adresse une lettre aux évêques de France et à Félix d'Urgell où il affirme que la personne du Fils de Dieu n'est pas la même que la personne du fils de Joseph. Pour lui, le Christ serait seulement le fils de Marie, et ne serait devenu fils de Dieu que par adoption lors de son baptême.

Condamnation de l'hérésie[modifier | modifier le code]

Cette doctrine est régulièrement condamnée au nom de l'orthodoxie : d'abord par le pape Adrien Ier, puis par le concile de Francfort que convoque en 794 Charlemagne (conseillé par Paulin d'Aquilée, Alcuin, Benoît d'Aniane et Leidrade de Lyon), et enfin par le synode de Rome en 799.

Charlemagne a tôt fait de rallier « le sage Alcuin » pour s'opposer à cette doctrine et rétablir l'unité de la chrétienté dans l'empire d'Occident. Devant l'affaiblissement des chrétiens d'Espagne qui sont sous domination musulmane, il espère sans doute appuyer l'Église, en prenant le parti du pape, sans doute aussi pour établir une partie de son autorité politique dans la zone occupée. Il veilla, par son épée, au service de l'empire chrétien, et Alcuin seconda le pape par l'épée de la doctrine (doctrine des deux épées, où le pape défend la foi, et Charlemagne, l'empire chrétien latin).

Félix d'Urgell abjure sous la pression au concile de Ratisbonne en 792 en Bavière puis est arrêté et condamné comme relaps par le pape Léon III. Il meurt en prison à Lyon en 818.

Postérité de l'adoptianisme[modifier | modifier le code]

Ce n'est cependant qu'au XIIe siècle que le pape Alexandre III vient enfin à bout de l'adoptianisme qui est considéré définitivement comme hérésie.

Cette question doctrinale est toutefois de nouveau soulevée par les anabaptistes.

Selon John Cavadini, il semblerait que cette doctrine était orthodoxe mais avait été la victime de l’archaïsme du vocabulaire de son élaboration[2].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Simon Claude Mimouni, L'enfance de Jésus dans la littérature chrétienne des premiers siècles, Conférence 1994, École pratique des hautes études ; section des sciences religieuses, p. 287
  2. La pensée théologico-politique de Charlemagne