Rachel Keke

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Rachel Keke
Illustration.
Rachel Keke en 2021.
Fonctions
Députée française
En fonction depuis le
(11 jours)
Élection 19 juin 2022
Circonscription 7e du Val-de-Marne
Législature XVIe (Cinquième République)
Groupe politique LFI
Prédécesseur Jean-Jacques Bridey
Biographie
Nom de naissance Rachel Keke Raïssa
Date de naissance (48 ans)
Lieu de naissance Abobo (Côte d'Ivoire)
Nationalité Française (depuis 2015)
Ivoirienne (depuis 1974)
Parti politique LFI (depuis 2022)
Profession Gouvernante

Rachel Keke, née le à Abobo (Côte d'Ivoire), de son nom complet Rachel Keke Raïssa, est une gouvernante et femme politique franco-ivoirienne.

Comme gouvernante, elle est l'une des porte-parole de la grève des femmes de chambre de l'hôtel Ibis Batignolles entamée en 2019[1],[2]. Cette mobilisation, aboutie après 22 mois, est considérée comme la plus longue de l'histoire de l'hôtellerie en France[3].

Investie par La France insoumise, elle est élue députée aux élections législatives de 2022 dans la 7e circonscription du Val-de-Marne.

Carrière et vie personnelle

Rachel Keke est née en 1974 dans la commune d'Abobo, au nord d'Abidjan, en Côte d’Ivoire, d'une mère vendeuse de vêtements et d'un père conducteur d'autobus. Elle est originaire de l’ethnie des Dida du peuple Krou. Son grand-père combat avec les forces françaises pendant la Seconde Guerre mondiale[4]. Elle perd sa mère à l'âge de 12 ans et commence à travailler à 16 ans comme coiffeuse[5]. Elle travaille également ensuite comme caissière et comme aide à domicile pour personnes âgées[6]. À la suite du coup d'État de décembre 1999 en Côte d'Ivoire, elle arrive en France à 26 ans[7] et y exerce son métier dans le salon de coiffure de son oncle[8]. Naturalisée française en 2015, elle a cinq enfants et s'est remariée en 2016[7] à Bobby Yodé, un chanteur de zouglou, une musique urbaine ivoirienne[9].

Elle commence à travailler comme femme de chambre à l'hôtel Ibis Batignolles en avril 2003, employée par les sous-traitants successifs. Longtemps à temps partiel, ses demandes pour passer à plein temps n'aboutissent qu'en 2017[10]. Elle devient gouvernante en 2019. Ses conditions de travail ont des effets sur sa santé et elle est en arrêt maladie en février 2019[11]. Son salaire mensuel net passe de 1 300 à 1 700 euros grâce au succès de la mobilisation de 2019 - 2021[6]. Elle indique au sujet de ce métier qu'il « détruit le corps. Il y a des syndromes du canal carpien, des tendinites, des maux de dos... »[4]. Dans le cadre de ce travail, elle est également confrontée au racisme et à des tentatives d'agressions sexuelles[12],[13],[10].

Mobilisation à l'hôtel Ibis Batignolles

Le 17 juillet 2019, vingt-huit femmes de chambres de l'hôtel Ibis Batignolles majoritairement africaines, dont Rachel Keke, se mettent en grève pour une durée illimitée[14]. Elles dénoncent alors leurs conditions de travail et leur sous-rémunération auprès de leurs employeurs le groupe hôtelier Accor et son sous-traitant STN[15].

Accompagnée de ses collègues, et notamment de la porte-parole Sylvie Kimissa[8],[16], elles subsistent grâce aux caisses de soutien et cagnottes en ligne mises en place par les syndicats et donateurs anonymes.

Le combat des femmes de chambre prend fin en mai 2021 par un accord où elles obtiennent une revalorisation des qualifications et des salaires, la prise en compte des heures supplémentaires et une prime de repas[17],[18]. Par contre, elles n'obtiennent pas la fin de la sous-traitance et l'intégration chez Accor.

Depuis la fin de cette mobilisation, Rachel Keke dénonce plus généralement dans les médias l’injustice que subissent les femmes noires dans la société française[19],[2]. Elle insiste sur les conséquences que les emplois précaires qu'elles occupent majoritairement ont sur leur santé physique et mentale (accidents du travail, harcèlement moral et sexuel, mépris, etc.)[5].

Engagement politique

Rachel Keke rejoint le Parlement de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), organisation visant à rassembler personnalités, associatifs et citoyens de la société civile autour de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise à l'élection présidentielle de 2022[20]. Elle participe activement à la campagne et intervient à des réunions publiques au côté de députés insoumis[21].

Vêtue de la tenue africaine de fête qu'elle portait pour la signature de l'accord mettant fin à la grève de l'hôtel Ibis[22], elle réalise une intervention remarquée à la convention de lancement de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale du où elle évoque la situation des travailleurs essentiels et l'importance de les représenter à l'Assemblée. Sa prise de parole est décrite par les observateurs comme la plus applaudie par le public[23],[24].

Investie par La France insoumise, elle est candidate aux élections législatives de 2022 dans la septième circonscription du Val-de-Marne[25],[26], où elle réside[6],[27]. La circonscription est traditionnellement ancrée à droite[28].

Au premier tour de l'élection, Rachel Keke obtient 37,22 % des suffrages exprimés et termine en première position, en ballottage favorable devant l'ancienne ministre des Sports du gouvernement Philippe II et du gouvernement Jean Castex Roxana Maracineanu (23,77 %)[29]. Elle est élue au second tour à 177 voix près avec 50,30 % des suffrages face à Roxana Maracineanu[29],[30].

Polémique

À la suite de son élection, des captures d'écran d'anciens messages de Rachel Keke sur Facebook ont circulé sur les réseaux sociaux. Ces messages, retrouvés par des internautes, sont des soutiens à Marine Le Pen et au Rassemblement national en 2017, au régime de Bachar el-Assad, ou bien encore des messages racistes ou homophobes. Le , Rachel Keke reconnaît avoir partagé ces posts sur Facebook, mais affirme qu'ils ne reflètent plus ce qu'elle défend aujourd'hui[31].

Notes et références

  1. « Invité du jour - Rachel Kéké, de l'Ibis Batignolles : "Que notre lutte donne l'exemple aux travailleurs sous-traités" », sur France 24, (consulté le )
  2. a et b « Ils ont fait l'actu. Rachel Keke, au nom de la dignité », sur Franceinfo, (consulté le ).
  3. Florian Bardou, « Femmes de chambre en grève de l’Ibis-Batignolles : «Le soutien, c’est ce qui nous fait tenir» », sur Libération (consulté le ).
  4. a et b « Rachel Kéké, une femme de chambre à l'assaut de l'Assemblée nationale », sur Le Point, .
  5. a et b « Épisode 76 - Rachel Keke - La Poudre » (consulté le ).
  6. a b et c « Législatives : Rachel Keke, la femme de chambre prête à faire "trembler l'Assemblée nationale" », sur Franceinfo, (consulté le ).
  7. a et b « Législatives 2022 : Rachel Kéké, candidate des luttes invisibles », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. a et b « Rachel Kéké et Sylvie Kimissa, femmes de chambre de l’Hôtel Ibis Batignolles : « Je vais reprendre le travail la tête haute, j’ai eu mes droits » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. Balla Fofana, « Rachel Keke, du(r) balai », sur Libération, (consulté le ).
  10. a et b « Rachel Kéké, « guerrière » et femme de chambre, bientôt à l’Assemblée ? », sur www.20minutes.fr (consulté le ).
  11. « En France, la révolte des femmes de chambre africaines », sur TV5MONDE, (consulté le ).
  12. « PORTRAIT. Législatives 2022 : Rachel Kéké, la lutte en cadence », sur France 3 Paris Ile-de-France (consulté le ).
  13. https://psdhtml.me, « L'Expression: Internationale - La gauche tente de nouveaux visages », sur L'Expression (consulté le ).
  14. « « Parfois on pleure, tellement nous sommes fatiguées » : avec les femmes de chambre grévistes de l’hôtel Ibis », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  15. Kareen Janselme, « Physiquement, j'ai changé parce que je suis fière de moi », sur La Déferlante, (consulté le ).
  16. « Rachel Keke et Sylvie Kimissa, femmes de chambre à l’Ibis Batignolles : « Personne ne croyait en notre victoire » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
  17. « Fin de grève victorieuse pour les salariés du nettoyage de l’hôtel Ibis Batignolles », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  18. Frantz Durupt et photo Albert Facelly, « Femmes de chambres de l’Ibis Batignolles : la victoire après vingt-deux mois de combat », liberation,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  19. « Sous-traitance, maltraitance à l’Ibis Batignolles », sur binge.audio (consulté le ).
  20. « Les membres », sur Parlement de la NUPES (consulté le ).
  21. « Élection Présidentielle. Alexis Corbière (LFI) : « Pour que le peuple soit enfin souverain » », sur www.ledauphine.com (consulté le ).
  22. « Rachel Kéké, de l’Ibis Batignolles à l’Assemblée », sur L'Humanité, (consulté le ).
  23. « Elections législatives 2022 : à Aubervilliers, un premier exercice de concorde réussi pour la Nouvelle Union populaire », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  24. Christian Salmon, « La Nupes, un événement qui déjoue les scénarios de la Ve République », sur Slate.fr, (consulté le ).
  25. À l’air libre, « À l’Assemblée nationale, l’urgence du renouvellement », sur Mediapart (consulté le ).
  26. « Rachel Keke, gouvernante à l’hôtel Ibis Batignolles : «Pour dire stop, ce qu’il faut, c’est la lutte» - Elle », sur elle.fr, (consulté le ).
  27. Marceau Taburet et Jade Le Deley, « «Elle deviendra une des vedettes de l’Assemblée»: Rachel Keke, de l’hôtel Ibis des Batignolles aux législatives », sur Libération (consulté le ).
  28. Louise Couvelaire, « Elections législatives : s’estimant peu représentés parmi les candidats, des militants des quartiers populaires déçus par la Nupes », sur le site du quotidien Le Monde, (consulté le ).
  29. a et b . « Accueil Législatives 2022 > Val-de-Marne (94) > 7ème circonscription », sur le site du ministère de l'Intérieur (consulté le ).
  30. Mustapha Kessous, « La « guerrière » Rachel Keke, du combat des femmes de chambre de l’Ibis-Batignolles à l’hémicycle de l’Assemblée nationale », sur le site du quotidien Le Monde, (consulté le ).
  31. « La députée Rachel Keke, attaquée pour d'anciens posts sur les réseaux sociaux, répond aux accusations », sur le site de France Télévisions, (consulté le ).

Liens externes

Articles connexes