Technophobie

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Le néologisme technophobie — de technê, τέχνη (artefact) et phobos, φόβος (peur) — est utilisé pour qualifier le rejet d'une ou plusieurs techniques. Son opposé est la technophilie.

Il est d'usage de situer les origines de ce rejet au mouvement luddite, survenu au début du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, mais l'historien François Jarrige explique qu'elles sont en réalité plus anciennes[1].

Les principaux motifs d'opposition aux techniques sont d'ordre écologique. Les opposants au progrès technique estiment que, depuis la Révolution industrielle, il nuit gravement à l'environnement[2] au point d'être la cause d'un changement d'ère géologique : l'anthropocène. Ils affirment que de nombreuses innovations sont la source de scandales sanitaires[3] et même de catastrophes, notamment nucléaires (Tchernobyl, Fukushima) et du réchauffement de la planète.

Ils invoquent également des motifs éthiques : la biométrie ou la vidéosurveillance, par exemple, étant considérées comme portant atteintes aux libertés individuelles et générant progressivement un contrôle social susceptible de déboucher sur une nouvelle forme de totalitarisme[4]. Le téléphone portable, par ailleurs, occasionnerait un phénomène de dépendance à caractère pathologique : la nomophobie[5].

Certains cercles militants, tels par exemple en France le collectif Pièces et main-d'œuvre[6], revendiquent le qualificatif « technophobe » au motif invoqué que les techniques se multiplient sans jamais faire l'objet de débat démocratique, le principe de précaution n'existant qu'en théorie mais n'étant jamais appliqué dans les faits en raison de la pression des grands groupes industriels pour qui la technoscience constitue une source de profits considérables. Avec le nucléaire et les OGM, les techniques de télésurveillance (notamment la RFID)[7] et les nanotechnologies constituent leurs principales cibles. L'intelligence artificielle suscite également un certain nombre de rejets. Ainsi en 2015 est créée en France l'Association Française Contre l'Intelligence Artificielle[8].

Le terroriste américain Theodore Kaczynski, dit "Unabomber", incarne la face la plus sombre de la posture technophobe.

Technophobie / technocritique[modifier | modifier le code]

La technophobie s'inscrit dans la mouvance technocritique mais elle n'en est qu'un aspect. Elle se focalise en effet sur certains objets techniques - autrefois les "machines", aujourd'hui les "nouvelles technologies" - du type OGM, centrales nucléaires, caméras de télésurveillance ou téléphone portable... quand Jacques Ellul, par exemple, définit le phénomène technique comme un processus dépassant le cadre strict du machinisme et comme relevant d'un processus mental : "la préoccupation de l'immense majorité des hommes de notre temps, de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace"[9]

Le terme technophobie est souvent utilisé de façon péjorative, de sorte à disqualifier le discours de certains intellectuels technocritiques, dont Ellul lui-même, bien qu'il s'en soit défendu à maintes reprises  : "C'est aussi absurde que de dire que je suis opposé à une avalanche de neige ou à un cancer. C'est enfantin de dire que l'on est contre la technique"[10], précisant que ce ne sont pas les techniques en elles-mêmes qui doivent être craintes que l'obstination des hommes à les sacraliser : « Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique » [11].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Jarrige, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, La Découverte, 2014. Réédité en 2016
  2. Fabrice Flipo, Michelle Dobré, Marion Michot, La fache cachée du numérique : L'impact environnemental des nouvelles technologie, L'échappée, 2013
  3. PMO, François Ruffin, Fabrice Nicolino & Florent Gouget, Métro, boulot, chimio. Débats autour du cancer industriel, éd. Le Monde à l'envers, 2012,
  4. PMO, Aujourd'hui Le Nanomonde. Les nanotechnologies, un projet de société totalitaire, éd. L'Échappée, 2008, 430 p.
  5. PMO, Le téléphone portable, gadget de destruction massive, éd. L'Échappée, 2008, 96 p.
  6. http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=plan
  7. PMO, RFID : la police totale - Puces intelligentes et mouchardage électronique, éd. L'Échappée, 2008 - réédition 2011, 110 p
  8. Son site web : https://afcia-association.fr/lhumanisme-selon-lafcia/
  9. Jacques Ellul, La Technique ou l'Enjeu du siècle, 1952. Réed. Economica, 2008, p. 18
  10. Jacques Ellul, Le bluff technologique, 1988, p.9
  11. Jacques Ellul, Les nouveaux possédés, 1973 ; réed. Les Mille et une nuits, 2003, p. 316

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • PMO, Le téléphone portable, gadget de destruction massive, L'Échappée, 2008
  • PMO, RFID : la police totale - Puces intelligentes et mouchardage électronique, L'Échappée, 2008 - réé. 2011
  • PMO, Aujourd'hui Le Nanomonde. Les nanotechnologies, un projet de société totalitaire, L'Échappée, 2008`
  • Cédric Biagini, Guillaume Carnino, Célia Izoard, PMO, La Tyrannie technologique. Critique de la société numérique, L'Échappée, 2007

Articles connexes[modifier | modifier le code]