Loi relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs

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Loi relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs
Présentation
Titre Loi n° 91-1381 du 30 décembre 1991 relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs
Adoption et entrée en vigueur

La loi n° 91-1381 du 30 décembre 1991 relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs, dite loi Bataille du nom de son rapporteur Christian Bataille, est une loi française promulguée sous le gouvernement Cresson et qui institue un mécanisme de « compensations financières » pour les collectivités qui accueillent des déchets nucléaires[1].

L'industrie électronucléaire, mais également les secteurs médicaux, militaires et de la recherche utilisent des matières radioactives et produisent des déchets radioactifs. Ces matières et déchets radioactifs se caractérisent notamment par leur activité et leur durée de vie. La loi Bataille concerne les combustibles usés et les déchets ultimes issus du traitement des combustibles usés, ainsi que d'autres déchets de moyenne activité et à vie longue (déchets de procédé, sources scellées, déchets historiques).

Le cadre législatif introduit par la loi Bataille a été profondément rénové en juin 2006, à l'issue de la période de 15 ans maximum prévue par la loi Bataille pour rendre compte de l'évaluation des recherches sur la gestion des déchets radioactifs. Ainsi, ont été adoptées :

Historique[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

La loi no 91-1381 du 30 décembre 1991 est née des difficultés rencontrées par l'ANDRA à trouver un site pour l'implantation d'un laboratoire de recherche souterrain visant à permettre la conservation de déchets à très longue durée de vie.

Après quelques recherches menées par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) au cours des années 1960, le rapport Gruson lance en 1974 un véritable programme de recherche sur les sites français favorables au stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde et les critères de sélection d'un tel site. La France collabore au sein d'un programme européen à partir de 1976 et est alors plus spécifiquement chargée de l'étude des formations granitiques[2].

En janvier 1981, soit un peu plus d'un an après la création de l'Andra, un groupe de travail sur l'aval du cycle du combustible nucléaire est créé par le Conseil supérieur de la sûreté nucléaire (CSSN) à l'initiative du ministre de l'industrie Pierre Dreyfus. La commission présidée par le professeur Raimond Castaing se réunit entre 1982 et 1984 et étudie les possibles devenirs des combustibles nucléaires usés et des déchets radioactifs. Elle prend position en faveur du stockage géologique, en recommandant que d'autres formations géologiques que le granite soient étudiées. Elle introduit également la notion de « laboratoire souterrain »[3],[4].

Les causes de la loi[modifier | modifier le code]

Les zones soumises à reconnaissance géologique en 1988 et 1989

La stratégie retenue par le gouvernement implique alors dès ces années la réalisation de laboratoires souterrains. Un nouveau groupe de travail composé majoritairement de géologues est créé par le Conseil supérieur de la sûreté nucléaire à l'initiative d'Édith Cresson en juin 1985[5]. En mai 1987, ce groupe de travail dirigé par le professeur Jean Goguel remet un rapport au gouvernement afin de définir les critères techniques pour juger de l'adéquation d'une formation géologique au stockage de déchets radioactifs. Sur cette base, l’Andra, alors une entité au sein du CEA, cherche en liaison avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) des zones géologiquement propices à l'implantation d'un centre de stockage. Entre 1988 et 1989, quatre zones sont identifiées dans l'Ain, l'Aisne, le Maine-et-Loire et les Deux-Sèvres.

La reconnaissance géologique de ces zones commence sans concertation avec la population. De vives oppositions locales contraignent l'Andra à abandonner les recherches sur ces sites, malgré l'envoi de gardes mobiles pour assurer la protection des scientifiques. Afin de résoudre la situation et d'éviter des désordres graves, le premier ministre Michel Rocard décide d'un moratoire le pour une période d'au moins un an. Il saisit également le parlement qui fait appel à l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et confie à Christian Bataille la mission de revoir l'intégralité du dispositif[4]. Christian Bataille remet son rapport en 1990.

La loi et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Le 30 décembre 1991, la loi no 91-1381 dite loi Bataille[6] organise les recherches sur la gestion des déchets radioactifs en trois axes : la séparation / transmutation, le stockage géologique et l'entreposage de longue durée.

Cette loi trace les contours d'un programme de recherche à réaliser pendant quinze ans et énonce que le Parlement devra se voir remettre en 2006 un rapport global d'évaluation de ces recherches. Trois axes de recherche ont été définis:

« - la recherche de solutions permettant la séparation et la transmutation des éléments radioactifs à vie longue présents dans ces déchets ;
- l'étude des possibilités de stockage réversible ou irréversible dans les formations géologiques profondes, notamment grâce à la réalisation de laboratoires souterrains ;
- l'étude de procédés de conditionnement et d'entreposage de longue durée en surface de ces déchets. »

— Article 4 de la loi n°91-1381 du 30 décembre 1991 sur la gestion des déchets radioactifs[7]

Le gouvernement a par ailleurs demandé au CEA de réfléchir aux concepts d'entreposage en subsurface, qui étudie cette question notamment à Marcoule (Gard).

La loi dispose que le stockage en France de déchets radioactifs importés, même si leur traitement a été effectué sur le territoire national, ce qui s'applique naturellement à l'usine de retraitement de la Hague, est interdit au-delà des délais techniques imposés par le traitement des combustibles usés.

La loi a par ailleurs introduit un contrôle parlementaire des travaux de recherche, via l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, auquel est soumis chaque année un rapport sur l'avancement des recherches, établi par une Commission Nationale d'Évaluation (CNE) composées d'experts nationaux et internationaux désignés par le Gouvernement, l'Assemblée nationale et le Sénat.

L'Andra est notamment chargée  :

« de concevoir, d'implanter et de réaliser les nouveaux centres de stockage compte tenu des perspectives à long terme de production et de gestion des déchets et d'effectuer toutes études nécessaires à cette fin, notamment la réalisation et l'exploitation de laboratoires souterrains destinés à l'étude des formations géologiques profondes. »

— Article 13 de la loi n°91-1381 du 30 décembre 1991 sur la gestion des déchets radioactifs[8]

La loi no 91-1381 définit les conditions de mise en place et d'exploitation des laboratoires souterrains dans les articles 6 à 12. Elle fixe des obligations de concertation locale avant tout travaux de reconnaissance  :

« Un médiateur, désigné par un arrêté du ministre chargé de l'énergie, est chargé de mener la concertation préalable au choix des sites sur lesquels des travaux préliminaires à la réalisation d'un laboratoire souterrain pourraient être menés. »

— Décret n°92-1311 du 17 décembre 1992 portant application de l'article 6 de la loi n°91-1381 du 30 décembre 1991 sur la gestion des déchets radioactifs[9]

Le député Christian Bataille, rapporteur de la loi, est nommé médiateur par arrêté le 17 décembre 1992[10]. À l'issue du processus de concertation, trois sites sont retenus et l'Andra démarre en 1994 des travaux de reconnaissance géologique. Sur ces sites, des enquêtes publiques sont menées, la Direction de la Sûreté des Installations Nucléaires rédige ses conclusions et le gouvernement décide en décembre 1998 l'implantation d'un laboratoire sur le site de Bure : c'est le laboratoire de recherche souterrain de Meuse/Haute-Marne.

Parmi les 3 sites étudiés entre 1994 et 1997, le site de la Vienne est le seul disposant d'une géologie granitique. Les conclusions de la DSIN sont défavorables sur ce site du point de vue hydrogéologique. Après la sélection du site de Bure, le gouvernement décide de poursuivre les recherches pour trouver un site dans le granite et créé la Mission collégiale de concertation granite[11]. Pierre Boisson, Philippe Huet et Jean Mingasson sont désignés membres de la mission de concertation par arrêté le 19 novembre 1999[12]. Ils rendent leur rapport le 27 juillet 2000[13].

Enfin, la loi prévoit la constitution d'un groupement d'intérêt public (GIP) chargé de mettre en œuvre les mesures d'accompagnement économique à l'implantation de chaque laboratoire.

Recherches initiées par la loi[modifier | modifier le code]

Stratégie et Programmes de Recherches sur la gestion des déchets radioactifs à haute activité et à vie longue - Ministère délégué à l'Enseignement supérieur et à la Recherche[14]

Articles de l'ASN[15].

Commission nationale d'évaluation[modifier | modifier le code]

Présentation de la Commission nationale d’évaluation[16]

Axe 1 : séparation et transmutation[modifier | modifier le code]

Le CEA est chargé de mener les recherches sur la séparation poussée et la transmutation des éléments radioactifs à vie longue contenus dans les déchets.

Traitement du combustible usé - Site de Marcoule - - .

Installations de recherche[modifier | modifier le code]

Séparation poussée[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Atalante (laboratoire).
Transmutation[modifier | modifier le code]

Phénix - arrêt de Superphénix en 1997.

Voir surgénération pour l'idée générale.

Axe 2 : stockage en couche géologique[modifier | modifier le code]

L'Andra est chargée de mener les recherches sur le stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde.

Rapport sur la réversibilité[17]

Installation de recherche[modifier | modifier le code]

Dans le cadre des recherches sur l'axe 2, l'Andra réalise et exploite le laboratoire de recherche souterrain de Meuse/Haute-Marne.

Axe 3 : conditionnement et entreposage de longue durée[modifier | modifier le code]

Le CEA est chargé de mettre en œuvre des recherches sur le conditionnement et l'entreposage de longue durée des combustibles nucléaires usés et des déchets radioactifs HAVL et MAVL. Des installations de conditionnement et des entreposages avec des durées de vie de l'ordre de 50 ans existent sur le Site de Marcoule (atelier de traitement des déchets solides, entreposage intermédiaire polyvalent par exemple) et sur l'Usine de retraitement de La Hague (ateliers de vitrification, de compactage des coques et embouts, entreposages EEV/SE et R7/T7).

À partir de 1997 et à la suite du rapport de la CNE, les recherches sur l'axe 3 sont renforcés et le CEA produit un effort de structuration de ces recherches[16]. Le commissariat réalise des dossiers de conception pour des entreposages de durée de vie 300 ans, en surface ou subsurface[18]. Différents concepts sont explorés[19] puis étudiés[20].

Installations de recherche[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de ces recherches, le CEA fonde la plate-forme technologique du Cecer (Centre d’expertise sur le conditionnement et l’entreposage des matières radioactives)[21].

Héra[modifier | modifier le code]
Galatée[modifier | modifier le code]

Galatée (GALerie Activités de Tests pour l’EntreposagE) est un démonstrateur de galerie d'entreposage de déchets HA ou de combustibles usés[22]. Une partie de la galerie abrite des maquettes de différents équipements d'un entreposage (hotte et engin porteur, bouchon de radioprotection) tandis qu'une autre partie est destinée à l'expérimentation du comportement du béton de revêtement sous l'effet d'une augmentation de la température (simulant la présence de déchets ou de combustibles usés exothermiques).

Communication[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.liberation.fr/politiques/2013/08/28/ces-elus-tres-branches-atome_927847
  2. La gestion du risque associé aux déchets radioactifs à haute activité et à vie longue - Dossier technique élaboré pour la Mission Collégiale de Concertation Granite - Rapport no 268 du Centre d'étude sur l'évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN) (page 45) [PDF] [lire en ligne]
  3. La gestion du risque associé aux déchets radioactifs à haute activité et à vie longue - Dossier technique élaboré pour la Mission Collégiale de Concertation Granite - Rapport no 268 du Centre d'étude sur l'évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN) (page 46) [PDF] [lire en ligne]
  4. a et b Séminaire COWAM du 28 février au 1er mars 2002 à Verdun (pages 15-17) [PDF] [lire en ligne]
    Le projet COWAM (Community Waste Management) est une action concertée à l’échelle européenne soutenue par la Commission Européenne (DG Recherche) dont l’objectif est de développer des recommandations pratiques en vue d’améliorer la qualité des processus de décision en matière d’implantation et d’exploitation d’installations de gestion de déchets nucléaires au plan régional et local, en prenant en compte la spécificité des contextes nationaux, culturels et historiques des États membres.
  5. La gestion du risque associé aux déchets radioactifs à haute activité et à vie longue - Dossier technique élaboré pour la Mission Collégiale de Concertation Granite - Rapport no 268 du Centre d'étude sur l'évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN) (pages 46-47) [PDF] [lire en ligne]
  6. Loi no 91-1381 du 30 décembre 1991 relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs
  7. Article 4 de la loi n°91-1381 du 30 décembre 1991 sur la gestion des déchets radioactifs, sur Légifrance
  8. Article 13 de la loi n°91-1381 du 30 décembre 1991 sur la gestion des déchets radioactifs, sur Légifrance
  9. Décret n°92-1311 du 17 décembre 1992 portant application de l'article 6 de la loi n°91-1381 du 30 décembre 1991 sur la gestion des déchets radioactifs, sur Légifrance
  10. Arrêté du 17 décembre 1992 portant nomination d'un médiateur
  11. Rapport de la Mission collégiale de concertation granite (page 9) ; juin 2000 [PDF] [lire en ligne]
  12. Arrêté du 19 novembre 1999 portant nomination à une mission de concertation
  13. Remise du rapport de la mission collégiale de concertation granite à Mme Dominique Voynet, ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la Recherche et M. Christian Pierret, secrétaire d'État à l'Industrie - Communiqué de presse conjoint des 3 ministères (27 juillet 2000) [lire en ligne]
  14. http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/technologie/energie/index.htm
  15. La gestion des déchets radioactifs en France in Contrôle no 165 juillet 2005
  16. a et b Présentation de la Commission nationale d’évaluation
  17. [PDF] [1]
  18. CEA - Énergie - Gestion des déchets radioactifs au terme de la loi - Entreposer plus longtemps?
  19. Comment rendre compatibles entreposage et longue durée in Clés CEA no 53 (pages 64 à 70)
  20. Références
  21. http://www.cea.fr/content/download/2865/13108/file/dp_inauguration_visiatome.pdf
  22. le site gardois de Marcoule - GALATEE : GALerie Activités de Tests pour l’EntreposagE

Textes juridiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yannick Barthe, Le Pouvoir d'indécision : la mise en politique des déchets nucléaires, Economica, 2006