Leucémie aigüe myéloïde

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Leucémie aigüe myéloïde
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Leucémie aiguë myéloïde, les flèches indiquent les bâtonnets d'Auer.
Spécialité Oncologie et hématologieVoir et modifier les données sur Wikidata
CIM-10 C92.0
CIM-9 205.0
ICD-O M9861/3
OMIM 601626
DiseasesDB 203
MedlinePlus 000542
eMedicine 197802Voir et modifier les données sur Wikidata
eMedicine med/34 
MeSH D015470
Symptômes infections, saignements
Complications Réaction du greffon contre l'hôte (GvH)
Causes radiations, benzène
Diagnostic hémogramme, myélogramme, cytogénétique
Traitement chimiothérapie anticancéreuse, thérapie ciblée, allogreffe de moelle osseuse
Médicament Idarubicine, mitoxantrone, étoposide, cyclophosphamide, daunorubicine, thioguanine hydrate (d), pravastatine, gemtuzumab ozogamicin, Plerixafor, dasatinib monohydrate (d), Énasidénib, bortézomib, Venetoclax, doxorubicine, hydroxyurée, cytarabine, évérolimus, Azacitidine, méthotrexate, Deferasirox (en), trétinoïne, nivolumab, clofarabine, décitabine, Midostaurine, vorinostat, lénalidomide, filgrastim, nilotinib, ponatinib, busulfan, sorafénib, ruxolitinib, imatinib, Midostaurine et 6-thioguanineVoir et modifier les données sur Wikidata
Médicaments cytarabine, daunorubicine, busulfan, midostaurine,
Patient UK Acute-myeloid-leukaemia-pro

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La leucémie aigüe myéloïde (LAM), aussi appelée leucémie aigüe myéloblastique, est un cancer de type hémopathie maligne affectant les cellules hématopoïétiques de la moelle osseuse. Les cellules leucémiques, appelées blastes, sont caractérisées par une incapacité à se différencier en cellules matures et par une prolifération et une division cellulaire incontrôlée[1]. Les LAM surviennent classiquement chez l'adulte au-delà de 40 ans, en particulier chez le sujet âgé mais font également parties des cancers de l'enfant. La prise en charge est assurée par des médecins hématologues, majoritairement en milieu hospitalier. L'association de la chimiothérapie intensive et de l'allogreffe de moelle osseuse permet d'obtenir des rémissions complètes et durables voire des guérisons chez environ 20 à 40 % des patients ; le pronostic est cependant largement déterminé par l'âge, la cytogénétique et la réponse au traitement[2],[3].

Domaine d'intérêt pour la recherche médicale, des progrès importants ont été accomplis au cours des années 2000 et 2010. L’avènement de nouvelles techniques performantes en hématologie cellulaire, en biologie moléculaire et en cytogénétique a donné accès à une meilleure compréhension des mécanismes de la pathogénie des LAM. L'identification de nouvelles cibles thérapeutiques permet depuis 2015 de proposer des thérapies ciblées en alternative à la chimiothérapie cytotoxique. Ainsi, pour un sous-type particulier, la leucémie aiguë promyélocytaire avec mutation PML-RARA, la chimiothérapie classique tend à ne plus être proposée en première ligne de traitement.

Épidémiologie[modifier | modifier le code]

Incidence[modifier | modifier le code]

Les LAM peuvent survenir à tout âge mais affectent surtout l'adulte après 50 ans. Durant la décennie 2010, l'âge médian de diagnostic était compris entre 64 et 72 ans selon les pays et les années.

Épidémiologie des LAM
Paramètre France[4] Europe[5],[6] États-Unis[7] Monde[8]
Prévalence (pour 100 000 hab.) 11[9]
Incidence (pour 100 000 hab.) 2,3 (F) / 3,1 (H) (2018) 2 - 3 3,5 (F) - 5,2 (H) (2012-2016)
Sex ratio (H/F) 1,3 1,2 1,5
Proportion des hémopathies 7,6 %
Proportion des cancers 0,9 % 1,2 %

La population pédiatrique (0-19 ans) est peu affectée par les LAM : l'incidence est faible avec, en 2017, une incidence de 0,9 %[10]. Ces patients sont davantage touchés par un autre sous-type de leucémie : la leucémie aiguë lymphoblastique qui représente environ 80 % des cas de leucémie de l'enfant contre 20 % pour les LAM[11].

Mortalité[modifier | modifier le code]

Le taux de mortalité standardisé sur l'âge lié aux LAM est estimé à 1,3 pour 100 000 personnes en 2017 par le Global Burden of Disease[12]. Pour la population pédiatrique (0 à 19 ans) il est plus faible à 0,4 pour 100 000 personnes.

Pathogénie, causes, facteurs de risque[modifier | modifier le code]

Pathogénie[modifier | modifier le code]

Les hémopathies malignes dont les LAM font partie peuvent être globalement caractérisées en fonction de deux attributs : la prolifération des cellules sanguines et la capacité à la maturation. Les cellules retrouvées dans les LAM possèdent conjointement l'altération de ces deux traits. Les blastes ont perdus leur capacité de différentiation en cellules sanguines matures (polynuclaires, monocytes, plaquettes, érythrocytes). Ils échappent également aux signaux et mécanismes de régulation de la division cellulaire et prolifèrent librement.

Causes[modifier | modifier le code]

Les cancers et les leucémies n'ont pas de cause unique connue, mais leur développement est cependant associé à certains facteurs environnementaux ou anomalies génétiques. Le Centre international de recherche sur le cancer, une l'agence de l'OMS, est en notamment en charge de l'évaluation et classification des agents physiques, chimiques et biologiques en fonction de leur effet cancérogène. Certains d'entre eux favorisent particulièrement l'apparition de leucémies dont les LAM[13],[14].

Rayonnements ionisants[modifier | modifier le code]

Les rayonnements ionisants sont des particules assez énergétiques pour casser les liaisons chimiques entre atomes et donc altérer les molécules. La découverte de la radioactivité et son utilisation croissante au cours du XXe siècle ont fait rapidement apparaître les risques de l'exposition aux radiations pour la santé. Le développement de la radiobiologie a par la suite permis d'établir que radiations provoquent des anomalies au niveau de l'ADN, et augmentent le risque de survenue de cancer et particulièrement de leucémies. Marie Curie et Irène Joliot-Curie sont ainsi décédées de leucémies probablement radio-induites du fait de leur travaux sur la radioactivité[15],[16].

L'étude INWORKS, publiée dans le Lancet Haematology en 2015, portant sur une cohorte d'un peu plus de 300 000 travailleurs du nucléaire dans 3 pays, conclue à une augmentation du risque de leucémie même lors de faibles expositions[17].

Agents chimiques[modifier | modifier le code]

Des agents chimiques dont des médicaments et en particulier les chimiothérapies cytotoxiques sont identifiés comme pourvoyeurs de leucémies. Commes les radiations, ils peuvent altérer directement le génome et causent des mutations délétères.

L'exposition au benzène est une cause connue de développement de LAM, classé depuis 1979 comme cancérigène du groupe 1 par le CIRC[18],[19],[20].

Le glyphosate est classé comme probablement cancérogène pour l’Homme (groupe 2A) mais il n'est pas retrouvé de lien avec les LAM avec un fort niveau de preuve[21] ; bien que les données soient limitées, un lien reste suspecté[22],[23].

Médicaments identifiés comme leucémogènes[24] :

Agents biologiques[modifier | modifier le code]

Les facteurs de risque biologiques de LAM inclus :

Signes cliniques[modifier | modifier le code]

La présentation clinique des LAM est généralement peu spécifique, le diagnostic ne peut être posé sur les seuls symptômes. Ces derniers résultent de l'infiltration de la moelle osseuse et/ou d'autres organes par les cellules leucémique (blastes)[28],[29],[30],[31].

Insuffisance médullaire[modifier | modifier le code]

L'envahissement de la moelle osseuse par les cellules leucémiques va perturber l'hématopoïèse c'est-à-dire la création de nouvelles cellules sanguines. Trois types de cellules (ou lignées) sont habituellement produites dans la moelle : les globules rouges (érythrocytes), les globules blancs (notamment les polynucléaires neutrophiles) et les plaquettes (thrombocytes). Le dysfonctionnement de la moelle peut aller de la cytopénie (une seul lignée cellulaire touchée) à l'aplasie médullaire (déficit complet en cellules sanguines des trois lignées). Les symptômes associés dépendent du type de cytopénie. Les cytopénies peuvent être diagnostiquées devant la manifestation de symptômes cliniques ou bien sur un bilan biologique de routine chez un individu asymptomatique.

Atteinte de la lignée rouge[modifier | modifier le code]

Un déficit quantitatif en globules rouges est objectivé par la concentration totale d'hémoglobine dans le sang et est appelé anémie. La tolérance du patient à l'anémie est généralement liée à la vitesse d'apparition : en cas d'installation à bas bruit, l'organisme s'adapte via des systèmes de compensation et aucun symptôme n'est présent. Un déclenchement rapide s'accompagnera au contraire d'un retentissement clinique avec notamment dyspnée, asthénie, pâleur.

Atteinte de la lignée blanche[modifier | modifier le code]

Le principal problème est la diminution des polynucléaires neutrophiles (PNN) : ces cellulles appartiennent au système immunitaire inné et forment la première ligne de défense contre les infections, principalement bactériennes et fongiques. Selon l'importance du déficit on parlera de neutropénie ou d'agranulocytose. Le sujet neutropénique est extrêmement vulnérables aux infections. L'apparition d'une fièvre dans ce contexte est appelée neutropénie fébrile, c'est une urgence thérapeutique nécessitant le plus souvent une prise en charge en milieu hospitalier avec administration d'un antibiotique.

On peut parler de leucémie « hyperleucocytaire » (excès de globules blancs) tout en observant une neutropénie : un pourcentage élevé de leucocytes sont en fait des blastes avec parallèlement une chute du nombre polynucléaires normaux.

Atteinte de la lignée plaquettaire[modifier | modifier le code]

purpura petechial
Purpura pétéchial, possible manifestation d'une thrombopénie

Le diminution du nombre de plaquettes dans le sang expose à un risque de saignements importants ou spontannés. Cliniquement, des signes cutanés comme un purpura, des pétéchies ou des ecchymoses peuvent traduire l'inefficacité de l'hémostase.

Des troubles de la coagulation importants sont en particulier observés lors du stade initial de la leucémie aiguë promyélocytaire. Une consommation des plaquettes entraînée par la coagulation intravasculaire disséminée peut aggraver la thrombopénie.

Syndrome tumoral[modifier | modifier le code]

Le syndrome tumoral est lié à la dissémination des blastes hors de la moelle osseuses et de la accumulation dans les organes. Cela peut provoquer[32] :

hypertrophie gingivale
Hypertrophie gingivale

Le syndrome de leucostase est observé en cas d'infiltration massive des organes par les cellules leucémique. Il se manifeste par une forte hyperleucocytose, une fièvre et des symptômes respiratoires et ou neurologiques. Ce syndrome est une urgence thérapeutique dont l'issue peut être fatale par défaillance respiratoire : un traitement cytoréducteur, par exemple par hydroxyurée, doit être introduit pour diminuer l'infiltration blastique.

Le syndrome de lyse est lié à la destruction des blastes : les composants cellulaires sont alors relargués dans le sang dont les concentrations en ions (potassium, phosphate) sont modifiées, pouvant entraîner notamment une hyperkaliémie, délétère pour le rythme cardiaque. La concentration en acide urique peut aussi augmenter et conduire à des atteintes rénales en cas de formation de cristaux d'urates. La prise en charge du syndrome de lyse vise à rétablir un ionogramme normal par hydratation et administration d'électrolytes ; l'hyperuricémie peut être traitée par rasburicase, une enzyme qui dégrade l'acide urique.

Diagnostic[modifier | modifier le code]

L'examen clinique du patient permet surtout de dépister des signes d'hémopathie maligne. Le diagnostic repose essentiellement sur un bilan biologique élargi comprenant : hémogramme (NFS), myélogramme ou biopsie ostéomédullaire, immunophénotypage, caryotype, cytogénétique et séquençage de gènes[33].

bom
Biopsie osétomédullaire (BOM)

L'examen de la moelle osseuse permet de définir l'aspect morphologique des cellules et est la première étape d'orientation du diagnostic. Le diagnostic de leucémie aiguë est posé en présence de plus de 20 % de cellules immatures, les blastes. L'examen de l'expression de divers récepteurs (les CD) par immunophénotypage permet de classifier le stade et la lignée à laquelle les cellules appartiennent.

caryotype avec hydridation in situ
Caryotype avec hydridation in situ

Le caryotype et l'étude du génome permettent l'identification d'anomalies chromosomiques (délétions, inversions, translocations) ; 50 à 60 % des LAM présentent des anomalies du caryotype. Il est également recherché des mutations génétiques. Ces analyses sont déterminantes pour évaluer le pronostic et les options thérapeutiques.

Avant le développement des techniques de phénotypage et de cytogénétique, le diagnostic des LAM était s'appuyait majoritairement sur la morphologie cellulaire et était guidé par la classification French-American-British (FAB). Les nouvelles techniques d'étude de l'ADN ont permis de constituer la nouvelle classification OMS qui a remplacé la FAB : sa catégorisation est plus fine et s'appuie sur les anomalies chromosomiques et/ou génétiques.

En dehors des classifications, on peut aussi distinguer 3 types de LAM[34]:

Classification[modifier | modifier le code]

De par les cellules affectées et les mutations en jeu, les leucémies aiguës myéloïdes sont un ensemble disparate qui a fait l'objet de catégorisation. La FAB (French-American-British) est la plus ancienne et a été remplacée par la classification OMS parue en 2008. Bien que la FAB soit obsolète, il est encore habituel de rencontrer les termes diagnostics s'y rapportant (LAM0, LAM3, etc.).

Organisation Mondiale de la Santé[modifier | modifier le code]

La classification OMS des LAM est celle actuellement utilisée pour les diagnostics. Initialement publiée en 2008, elle a été actualisée en 2016 et publiée dans Blood (revue d'hématologie de référence)[35].

Classification OMS 2016 des leucémies aiguës myéloïdes et néoplasies liées
Nom Description ICD-O
LAM avec anomalies cytogénétiques récurrentes Multiple
LAM avec anomalies associées aux myélodysplasies Regroupe les LAM associées aux SMD dépourvues des anomalies moléculaires précédemennt citées ; elles sont généralement associées à un pronostic défavorable.
  • LAM avec caryotype complexe
  • Anomalies déséquilibrées
    • LAM avec délétion du chromosome 7 – [-7/del(7q)]
    • LAM avec délétion du chromosome 5 – [del(5q)/t(5q)]
    • LAM avec aberration chromosomique déséquilibrée du chromosome 17 – [i(17q)/t(17p)]
    • LAM avec délétion du chromosome 13 – [-13/del(13q)]
    • LAM avec délétion du chromosome 11 – [del(11q)]
    • LAM avec aberration chromosomique déséquilibrée du chromosome 12 – [del(12p)/t(12p)]
    • LAM avec aberrations in chromosome X – [idic(X)(q13)]
  • Anomalies équilibrées
    • LAM avec translocation entre chromosome 11 et 16 – [t(11;16)(q23;q13.3)]
    • LAM avec translocation entre chromosome 3 et 21 – [t(3;21)(q26.2;q22.1)]
    • LAM avec translocation entre chromosome 1 et 3 – [t(1;3)(p36.3;q21.2)]
    • LAM avec translocation entre chromosome 2 et 11 – [t(2;11)(p21;q23.3)]
    • LAM avec translocation entre chromosome 5 et 12 – [t(5;12)(q32;p12);]
    • LAM avec translocation entre chromosome 5 et 7 – [t(5;7)(q32;q11.2);]
    • LAM avec translocation entre chromosome 5 et 17 – [t(5;17)(q32;p13.2)]
    • LAM avec translocation entre chromosome 5 et 10 – [t(5;10)(q32;q21.1)]
    • LAM avec translocation entre chromosome 3 et 5 – [t(3;5)(q25.3;q35.1)]
M9895/3
LAM post-traitement Groupe incluant les leucémies survenant après chimiothérapie ou exposition aux radiations. M9920/3
LAM, sans autre indication Groupe incluant les sous-types ne rentrant pas dans d'autres catégories.
Sarcome myéloïde
Proliférations myéloïdes associées à la trisomie 21
  • Myélopoïèse anormale transitoire
  • LA associée à la trisomie 21 constitutionnelle
M9861/3
Leucémie dérivée des cellules dendritiques plasmocytoïdes Autrefois connu sous le nom leucémie/lymphome à cellules NK

Également appelée : néoplasme à cellules dendritiques plasmacytoïdes blastiques (NCDPB)

Leucémies aiguës de lignée ambiguë

FAB (French-American-British)[modifier | modifier le code]

La classification FAB (French-American-British, 1976)[36] est l'ancienne classification, aujourd'hui abandonnée. Elle se base la morphologie et la quantité de cellules observées sur le myélogramme.

Classification FAB des LAM
LAM Description Proportion
LAM 0 indifférenciée 5 % des cas
LAM 1 myéloblastique sans différenciation 15 % des cas
LAM 2 myéloblastique avec différenciation 25 % des cas
LAM 3 promyélocytaire 10 % des cas
LAM 4 myélomonocytaire 20 % des cas
LAM 4Eo myélomonocytaire avec éosinophilie 5 % des cas
LAM 5 monoblastique (sans différenciation : M5a, avec différenciation : M5b) 10 % des cas
LAM 6 érythroblastique ou érythroleucémie 5 % des cas
LAM 7 mégacaryoblastique 5 % des cas

Cette classification n'a pas d'impact en termes de pronostic ou de traitement à mettre en œuvre à la différence d'une analyse portant sur l'étude des gènes mutés[37].

Traitement[modifier | modifier le code]

Le traitement curatif des leucémies aiguës myéloïdes est la chimiothérapie intensive associée à l'allogreffe de cellules souches hématopoïétiques[38] (à l'exception de la LA promyélocytaire).

La prise en charge dépend de nombreux éléments liés à la fois au patient et à la leucémie. L'âge, l'état général, les comorbidités et les souhaits du patient sont notamment des facteurs prépondérants. Le type de leucémie aiguë et la génétique orientent ensuite les options thérapeutiques, notamment concernant les thérapies ciblées. Les décisions de traitement sont prises à l'issues de réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP).

Le traitement classique est une succession de cures de chimiothérapie en plusieurs phases : l'induction, la consolidation puis, si le patient est éligible, l'intensification thérapeutique avec allogreffe de moelle osseuse.

La radiothérapie n'est pas un traitement standard des LAM étant donné qu'il n'existe pas de localisation unique de la maladie comme pour une tumeur solide. Elle est cependant utilisée pour prévenir ou traiter une atteinte neuro-méningée, c'est-à-dire lorsque les cellules leucémiques sont retrouvées dans le système nerveux central (cerveau, moelle épinière)[39]. D'autres situations particulières peuvent nécessiter un recours à la radiothérapie (localisation testiculaire, sarcome myéloïde)[40].

Le traitement de la leucémie aiguë promyélocytaire (LAP) est un cas particulier et repose sur l' association d'acide tout-trans rétinoïque (ATRA) et de trioxyde d'arsenic (ATO) permettant d'atteindre des taux de rémissions supérieurs à 90 %.

La prise en charge du cancer est associé à de nombreux soins de supports indispensables : prévention et gestion des effets indésirables des chimiothérapies, suivi nutritionnel, dépistage de symptômes dépressifs, traitement de la douleur et mise en place des soins palliatifs adaptés si nécessaires.

Induction[modifier | modifier le code]

L'induction vise à induire une rémission complète (CR) sur les plans clinique et biologique par la chimiothérapie. Le protocole 3+7, à base de cytarabine et d'anthracycline (daunorubicine ou idarubicine), est classiquement prescrit[41] ; ce traitement provoque chez le patient une aplasie médullaire profonde de trois à quatre semaines, durant lesquelles ce dernier doit bénéficier d'une surveillance rapprochée dans un service d'hématologie spécialisé afin de prévenir les risques hémorragiques et infectieux.

En alternative à l'induction classique, d'autres molécules peuvent être employées comme la décitabine[42].

Consolidation[modifier | modifier le code]

La suite du traitement dépend dans une large mesure du pronostic de la LAM, de la réponse à la chimiothérapie d'induction (obtention d'une rémission complète), du patient (âge, comorbidités, etc.) et de ses souhaits de traitement. Les traitements de consolidation visent à éliminer les cellules leucémique résiduelles et à ainsi prévenir les récidives[43]. L'allogreffe de moelle osseuse est le traitement préférentiel permettant d'atteindre le taux de rémissions durables le plus élevé mais au prix d'une prise en charge assez lourde.

Si l'allogreffe est refusée ou inappropriée, la chimiothérapie standard peut être poursuivie, par exemple par cytarabine haute dose, azacitidine ou clofarabine. Les autres options thérapeutiques sont les thérapies ciblées. L'autogreffe de moelle osseuse est très rare[44].

Allogreffe[modifier | modifier le code]

L'allogreffe de moelle osseuse est le seul traitement curatif des LAM. L'objectif est de détruire la moelle osseuse pathologique du patient puis d'en reconstituer une nouvelle moelle grâce à des cellules souches hématopoïétiques collectée chez un individu sain. La prise en charge thérapeutique est complexe et requiert un service d'hématologie adapté disposant de chambres protégées ainsi que d'autres infrastructures hospitalières (unité de thérapie cellulaire, unité de préparation des chimiothérapies, etc.)[45].

L'éligibilité à la greffe est évaluée collégialement et décidée en accord avec le patient. Les traitements nécessaires à la greffe possèdent une certaines toxicité et induisent une longue période d'aplasie et d'immunodépression avec un risque de complications et d'infections élevé. L'allogreffe est donc généralement réservée aux sujets « jeunes » (moins de 60 ans) et/ou en très bon état général qui pourront supporter cette prise en charge et tirer un bénéfice à long terme de la greffe[46].

On peut distinguer sommairement 3 étapes[47]. Tout d'abord, le conditionnement préalable à la greffe avec irradiation corporelle totale[48], administration d'immunosuppresseurs et de la chimiothérapie intensive. Les cellules souches hétérologues sont ensuite réinjectées. La troisième phase est la gestion de l'Aplasie post-chimiothérapie des éventuelles complications et effets indésirables.

Le conditionnement permet l'induction d'une immunodépression en prévention du rejet de greffe et l'éradication du cancer. Du point de vue immunologique, ces cellules extérieures (du « non-soi ») peuvent déclencher une réaction immunitaire contre les cellules du patient, conduisant aux effets « greffon vs. hôte » (GVHD) et « greffon vs. leucémie » (GvL). Le premier est un effet indésirable plus ou moins grave qui peut se manifester en diverses localisation (digestif, cutané, etc.) et correspond à une attaque des organes de l'hôte ; elle être aiguë ou chronique. L'effet GvL est bénéfique puisque les cellules immunitaires du greffon vont cibler les cellules leucémiques et exercer ainsi un effet anticancéreux[49]. Outre la GVHD, les complications de l'allogreffe incluent : maladie veino-occlusive hépatique, toxicité des chimiothérapies, infections en lien avec l'immunodépression et l'aplasie, augmentation du risque de cancers secondaires, cytopénies durables nécessitant des transfusions[47].

En 2016, en France, un peu plus de 700 allogreffes ont été réalisées pour traiter des LAM[44].

Un essai clinique mené en Floride sur le transfert adoptif de cellules a amené à un cas de guérison en [50],[51], suivant un principe assez voisin du traitement de la leucémie aiguë lymphoblastique, alors que c'est un autre antigène caractéristique des cellules tumorales[52],[53] qui était ciblé.

Thérapies ciblées[modifier | modifier le code]

Lors du diagnostic, le séquençage du génome permet d'identifier des mutations et donc les options de prescription de thérapies ciblées. Contrairement à la chimiothérapie cytotoxique classique, ces médicaments visent à neutraliser des anomalies de la machinerie cellulaire qui contribuent au développement du cancer. En comparaison des autres formes de cancer on constate un nombre assez réduit de gènes mutés (jusqu'à 23 gènes susceptibles d'être mutés et en moyenne cinq)[54]. Les six gènes les plus fréquemment mutés sont : FLT3 (de 30 %[55] à 55 %[56] des cas), NPM1 (50 %) et DNMT3A (50 %), IDH1, IDH2 (20 % des cas), TET2 (18 %). Les mutations peuvent être concomitantes.

En cas de mutation du gène FLT3, divers inhibiteurs de protéines kinases peuvent être indiqués : la midostaurine, giltéritinib (en)[57] , le quizartinib (en) en association ou non à la chimiothérapie[58],[59].

Il a été identifié que des mutations de l'isocitrate déshydrogénase (IDH), une enzyme impliquée dans le métabolisme énergétique cellulaire, peuvent promouvoir la prolifération des cellules leucémique. Ainsi, il a été développer des inibiteurs de l'IDH : l'énasidénib (inhibiteur de l'IDH2) et l'ivosidénib (inhibiteur de l'IDH1)[60],[61].

Une étude anglaise[62], aurait pour sa part, mis en évidence 11 types[63] distincts de leucémie aigüe myéloïde, du point de vue génétique. Il ressort en particulier de cette étude que les gènes: TP53, SRSF2, ASXL1, DNMT3A, et IDH2 seraient déterminants pour le pronostic et les traitements à envisager.

La norethandrolone (en) améliore légèrement la survie des malades, en particulier âgés[64], en phase de consolidation du traitement.

Divers autres thérapies ciblées peuvent être utilisées ou font l'objet de recherches cliniques gemtuzumab ozogamicine, glasdegib (en), venetoclax, liposomes mélangeant daunorubicine et cytarabine.

Traitement des rechutes[modifier | modifier le code]

En cas de rechute de la leucémie, la chimiothérapie est généralement reprise.

Histoire[modifier | modifier le code]

alfred velpeau
Alfred Velpeau

La première description dans la littérature médicale d'un cas de leucémie remonte à 1827. Alfred Velpeau décrivit le cas d'un fleuriste âgé de 63 ans atteint d'une maladie et présentant fièvre, fatigue, des calculs rénaux et une importante dilatation du foie et de la rate. Il observa que le sang du patient avait une consistance de gruau et postula que cette apparence pouvait être causé par des particules blanches[65]. En 1845, une séries de cas de patients décédés avec des rates dilatées et des « changements de couleur de consistence de leur sang » fut rapporté par le pathologiste J.H. Bennett ; il emploie alors le terme « leucocythémie » pour décrire cette affection[66].

Le mot « leucémie » fut employé pour la première fois par Rudolf Virchow, médecin pathologiste allemand, en 1856. Il décrivit, grâce à un microscope, un excès de globules blancs chez des individus présentant les symptômes décrits par Velpeau et Benett. Virchow ne connaissant pas l'origine de cette anomalie, il la nomma par un terme purement descriptif leucémie (en grec : sang blanc)[67].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Acute myeloid leukemia » (voir la liste des auteurs).
  1. Anglicisme provenant de acute, « aigu », signifiant le passage d'une maladie chronique à un stade aigu ; le verbe associé est « acutiser ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Grand Dictionnaire Terminologique, Office québécois de la langue française, « leucémie aiguë », (consulté le 28 décembre 2019)
  2. MSD, Ashkan Emadi, Jennie York Law, « Leucémie myéloïde aiguë (LMA) - Hématologie et oncologie - Édition professionnelle du Manuel MSD », (consulté le 29 décembre 2019)
  3. (en) National Cancer Institute, « Adult Acute Myeloid Leukemia Treatment (PDQ®)–Health Professional Version », (consulté le 28 décembre 2019)
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Norbert Ifrah (dir. et coordonateur), Marc Maynadié (dir. et coordonateur) et al., Société française d'hématologie, Hématologie, Issy-les-Moulineaux, Elsevier Masson, coll. « Les Référentiels des Collèges », , 3e éd., 400 p. (ISBN 9782294751080 et 9782294752636, EAN 9782294752636, notice BnF no FRBNF45533912). 
  • Stéphane Vignot (dir. et rédacteur), Jean-Charles Soria (dir.) et Stéphane de Botton, Gustave Roussy & Université Paris Sud XI, Cours de chimiothérapie antitumorale et traitement médical du cancer, Paris, , 32e éd., 534 p. (ISBN 978-2-9555469-9-4), chap. 83 (« Leucémies aiguës myéloïdes »). 

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