Maladie bactérienne

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Une maladie bactérienne (ou bactériose) est une maladie infectieuse causée par une bactérie. Les maladies bactériennes sont très nombreuses en pathologie humaine et vétérinaire. Chez les végétaux, les maladies à bactéries sont du ressort de la phytopathologie.

Des biofilms anormalement pathogènes sur la peau ou les muqueuses sont impliqués dans une large gamme de maladies infectieuses : 65 % des infections recensées chez l'Homme dans les pays développés sont causées ou entretenues par des biofilms, et plus de 80 % des infections bactériennes chroniques le sont[1]. Il s'agit souvent de surinfections consécutives à une plaie ou une maladie virale (grippe par exemple).

Historique[modifier | modifier le code]

Certaines maladies des végétaux sont décrites depuis l’Antiquité ; pourritures, nécroses, jaunissement, dépérissement, chancres. Le phénomène de contagion était plus ou moins compris, mais c'est l'invention du microscope qui a permis l'identification des bactéries comme agents infectieux.

Les pathovars[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pathovar.

Parmi les bactéries Xanthomonas, l'espèce Xanthomonas transluscens - à titre d'exemple - présente de très nombreux pathovars qui s’attaquent aux céréales et graminées.

  • Xanthomonas transluscens pv undulosa
  • Xanthomonas transluscens pv cerealis
  • Xanthomonas transluscens pv graminis
  • Xanthomonas transluscens pv (...)

Principaux groupes de bactéries phytopathogènes[modifier | modifier le code]

Les α –Protéobactéries[modifier | modifier le code]

Ce groupe taxonomique contient le genre Bacterium. Mis au contact d’une blessure, la bactérie peut provoquer chez quasiment toutes les dicotylédones, des galles ou quelquefois la prolifération de racines (cf. Agrobacterium tumefasciens). Ce groupe contient également le genre rhizobium qui vit en symbiose avec les racines de légumineuses.

Les β-Protéobactéries[modifier | modifier le code]

On y trouve le genre Burkholderia qui provoque des flétrissements, des pourritures ou des nécroses. On retrouve également le genre Ralstonia solanacearum est responsable de maladies vasculaires en région tropicales.

Les γ-Protéobactéries[modifier | modifier le code]

Ce groupe regroupe la majorité des espèces de bactéries phytopathogènes: les Pseudomonas, les Xanthomonas, et les Erwinias (genres Erwinia, Pantoea, Dickeya, Pectobacterium).

Les ε-Protéobacteries[modifier | modifier le code]

On y trouve de nombreuses espèces vivant dans les vaisseaux du phloème.

Dans le groupe des bactéries Gram + dont le contenu C+G < 50 %

On retrouve la section des mollicutes qui contient les phytoplasmes et spiroplasmes qui sont des bactéries sans paroi. Cette spécificité, induit un grand polymorphisme et une insensibilité aux antibiotiques inhibant la synthèse des parois. Ces bactéries se font souvent transportés par des insectes vecteurs (cicadelles, psylles) pour coloniser les vaisseaux conducteurs dans lesquels elles vivent.

Dans le groupe des bactéries dont le contenu C+G > 50 %

On retrouve les corynéobactéries. Les espèces les plus dommageables sont clavibacter michiganese subsp sepedonicum provoquant la maladie de la nécrose annulaire de la pomme de terre, tandis que clavibacter michiganese subsp michiganense cause le flétrissement de la tomate. Ce groupe contient également le genre Streptomyces.

Les maladies bactériennes chez les végétaux[modifier | modifier le code]

Principaux symptômes des bactérioses[modifier | modifier le code]

Une même bactérie peut provoquer des symptômes différents sur différents organes.

Les nécroses et les brûlures : ce sont des attaques localisées qui aboutissent à la mort lente des cellules. La feuille présente des petites plaques de cellules mortes et sèches.

Les tâches huileuses ou pourriture molle : l’attaque des bactéries se matérialise par une prolifération rapide qui détruit les tissus sous-jacents. La prolifération des bactéries se réalise dans un amas visqueux.

Les galles ou tumeurs : il s’agit d’une prolifération anarchique des cellules de la plante hôte provoquée par les bactéries.

Les chancres peuvent être dus à plusieurs types de bactéries, dont certains pathovars de Pseudomonas syringae qui attaquent notamment les marronniers depuis peu.

Les trachéobatérioses : il s’agit d’une prolifération à l’intérieur des tissus conducteurs de la plante hôte. Les feuilles se flétrissent du côté des tissus atteints.

Mécanismes[modifier | modifier le code]

La dynamique épidémique de maladies bactériennes se traduit par plusieurs évènements qui constituent le cycle infectieux de base : phase de conservation de l’inoculum, la phase d’infection et la phase de dispersion.

La phase de conservation[modifier | modifier le code]

Les bactéries peuvent se conserver entre deux phases d'infection dans des débris végétaux (malades ou résidus de culture), dans des chancres ou bien dans les semences. Pour bon nombre d'espèce et notamment d'organismes de quarantaine, les semences constituent d'ailleurs le principal acteur de la dissémination longue distance.

La phase d’infection[modifier | modifier le code]

L’infection se fait le plus souvent de façon aléatoire en utilisant des ouvertures naturelles comme les stomates, les lenticelles, les hydathodes ou par les blessures occasionnées par des insectes phytophages ou lors de tailles. Le sol et la rhizosphère (la zone proche des racines) constitue un milieu de survie pour de nombreuses bactéries phytopathogènes.

Une fois à l'intérieur de la plante, les bactéries n'utilisent pas toutes les mêmes stratégies pour assurer leur croissance en phase parasitaire. Les mécanismes actifs de l'infection et de l'invasion sont au nombre de 3.

(i) le comportement nécrogène repose essentiellement sur la capacité de certaines bactéries à élaborer un système de sécrétion de type III (T3SS) et à injecter, au moyen de ce système de sécrétion, des effecteurs protéiques dans l'apoplaste ou dans le cytoplasme des cellules hôtes. Ces effecteurs perturbent le métabolisme des cellules hôtes et provoquent d'une façon ou d'une autre à leur mort; mort qui permet le relargage de composés dans l'apoplaste permettant aux bactéries présentes dans les espaces intercellulaires de s'entourer d'un environnement riche, favorable à leur croissance. Les agents nécrogènes ne sont pas des nécrotrophes ! Ils provoquent la mort des cellules hôtes mais ne se multiplient pas dans les tissus en décomposition. Certaines bactéries nécrogènes utilisent également des toxines telles que la coronatine (Pseudomonas syringae pv. tomato, agent de la moucheture de la tomate) ou la phaseolotoxine (Pseudomonas savastanoi pv phaseolicola, agent de la graisse à halo du haricot). Parmi les bactéries nécrogènes se situent également des espèces appartenant au genre Xanthomonas, Ralstonia et Erwinia amylovora, agent du feu bactérien.

(ii) le pouvoir pathogène des bactéries macergènes est lié principalement à la production d'enzymes dégradant les parois cellulaires végétales tels que les pectates lyases et des polygalacturonase. Ces bactéries sont responsables de pourritures molles. Les principaux agents concerncés sont les bactéries des genres Pectobacterium et Dickeya (ex-Erwinia chrysanthemi).

(iii) les bactéries oncogènes: l'espèce type est Agrobacterium tumefaciens, responsable de la galle du collet d'un grand nombre d'espèces végétales, principalement dicotylédones. Cette bactérie est capable de modifier génétiquement les plantes qu'elle infecte. En effet, elle dispose d'un système moléculaire lui permettant de transférer un grand fragment d'ADN (appelé T-DNA, pour transfert-DNA) contenant plusieurs gènes présent sur l'un de ses plasmides (appelé plasmide Ti, pour tumor-inducing) vers l'ADN génomique de la plante. Ce transfert est assuré par un système de sécrétion de type IV complexe. Le T-DNA originel contient des gènes codant des enzymes impliquées dans la synthèse d'auxines et de cytokinines, des hormones végétales et de substrats particuliers, les opines. L'expression de ces gènes provoque des dérèglement hormonaux dans les tissus infectés qui se mettent à proliférer pour former une tumeur. Cette tumeur constitue une niche favorable à la multiplication de la bactérie.

La phase de dispersion[modifier | modifier le code]

Tous les moyens sont bons :

  • La pluie joue un rôle très efficace dans la dispersion de bactéries présente sur les feuilles ou sur le sol.
  • Les exsudations bactériennes muqueuses peuvent sécher et se transmettre par le vent.
  • Les insectes pollinisateurs peuvent transmettre les bactéries quand celles–ci attaquent les fleurs (cas du feu bactérien chez les poiriers). Les insectes piqueurs jouent le rôle de vecteurs des bactéries qui vivent dans les tissus conducteurs.
  • Les machines agricoles peuvent également transmettre les bactéries en remuant le sol.

Évolution des stratégies parasitaires[modifier | modifier le code]

La tendance évolutive dans les stratégies de parasitisme s’est marquée par un passage progressif d’un parasitisme de faiblesse facultatif (la bactérie pouvant attaquer une large gamme d’hôtes) à un parasitisme obligatoire (la bactérie est en relation étroite avec certains hôtes).

Toutes ces stratégies se retrouvent chez les bactéries phytopathogènes, les types de parasitismes les plus « évolués » impliquent des mécanismes de reconnaissance poussés entre la plante hôte et la bactérie.

Le parasitisme génétique[modifier | modifier le code]

La bactérie du genre Agrobacterium pratique la colonisation génétique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hall-Stoodley L, Costerton JW, Stoodley P (2004) Bacterial biofilms: from the natural environment to infectious diseases. Nat. Rev. Microbiol. 2(2): 95-108]

Voir aussi[modifier | modifier le code]