Cancer pédiatrique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Une fillette essaie des chapeaux à porter après la chimiothérapie contre une tumeur de Wilms, un type de cancer qui touche généralement chez les enfants[1].

Le cancer pédiatrique ou cancer de l'enfant est un cancer qui touche un enfant ou adolescent âgé de 0 à 14 ans inclus (juste avant 15 ans). Certaines définitions du cancer de l'enfant incluent aussi les adolescents de 15 à 19 ans. L'oncologie pédiatrique est la branche de la médecine qui s'intéresse au diagnostic et au traitement du cancer chez les enfants.

Historique[modifier | modifier le code]

Les cancers de l'enfant ont longtemps été ignorés ou négligés, en raison de la très forte mortalité infantile qui frappait les sociétés humaines[2]. Moins de 50 % des nouveaux-nés atteignaient l'âge adulte. A la fin du XIXe siècle, en Europe occidentale, entre 150 et 170 nouveau-nés sur mille mouraient avant leur premier anniversaire[3]. Cette mortalité infantile était due, dans l'immense majorité des cas, aux maladies infectieuses, nutritionnelles et métaboliques.

Les premiers hôpitaux dédiés aux enfants apparaissent en France. Le tout premier est celui des « Enfants Malades », Paris, 1802 ( aujourd'hui Hôpital Necker-Enfants Malades ) qui prend la suite de Hôpital des Enfants Trouvés[4], et de l'Hospice des Enfants-Rouges d'avant la Révolution. C'est le début de la pédiatrie comme discipline médicale spécialisée. Les premiers cancers de l'enfant étudiés seront les leucémies dans la deuxième moitié du XIXe siècle[5].

En 1947, selon le témoignage de O. Schweisguth, on considérait les cancers de l'enfant comme inéluctablement mortels : « Ces enfants mouraient probablement chez eux, sans tentative thérapeutique et n'atteignaient qu'exceptionnellement les services de pédiatrie »[6]. Cependant depuis la fin des années 1930, la découverte de l'acide folique et de ses molécules antagonistes, comme le méthothrexate, ouvre la voie aux premiers essais de médicaments anticancereux.

À partir de 1947, à Paris, les premiers essais de traitement des cancers et leucémies de l'enfant sont tentés à l'Institut Gustave-Roussy , sous l'égide de René Huguenin et à l'Hôpital Hérold par Jean Bernard[6]. En octobre 1947, Jean Bernard obtient une première rémission complète de leucémie aiguë, mais de deux mois seulement[7]. Ces pionniers doivent tout apprendre par contact multidisciplinaire, et dans un premier temps, extrapoler à l'enfant les traitements de l'adulte, le plus souvent dans des conditions techniques médiocres (premières radiothérapies).

Les survies se comptent alors en semaines, posant de nombreux problèmes éthiques : les rapports avec les parents et leur implication dans les décisions à prendre (de débuter ou d'arrêter un traitement), questionnements sur « l'acharnement thérapeutique » ou « la recherche expérimentale ». Cependant l'amélioration des résultats est restée continue et spectaculaire, mais inégale selon le type de tumeur.

En 1960, l'Institut Gustave-Roussy compte ainsi 88 enfants guéris depuis 1948, mais cette guérison s'accompagne de séquelles dues aux traitements, considérées alors comme « un prix à payer »[6].

En 1968, la cancérologie de l'enfant ou oncologie pédiatrique devient internationale avec la création de la Société Internationale d'oncologie pédiatrique. La collaboration internationale permet d'organiser des études sur des tumeurs rares (impossibles à réaliser dans un seul pays)[6].

Depuis la fin du XXe siècle, l'objectif n'est plus seulement d'améliorer le taux de guérison des cancers de l'enfant, il est de suivre sur le long terme la qualité de vie (santé, vie sociale et professionnelle) des adultes traités et guéris d'un cancer dans l'enfance[8].

Épidémiologie : incidence et mortalité[modifier | modifier le code]

Dans le monde entier, on estime que le cancer de l'enfant a une incidence de plus de 175 000 par an et un taux de mortalité d'environ 96 000 personnes par an[9]. Dans les pays développés, le cancer de l'enfant enregistre un taux de mortalité d'environ 20 % des cas. Dans les pays aux ressources restreintes, cependant, le taux de mortalité est d'environ 80 %, voire 90 % dans les pays les plus pauvres.

Dans de nombreux pays développés, l'incidence du cancer de l'enfant augmente peu à peu : les taux de cancer chez les enfants ont augmenté de 0,6 % par an entre 1975 et 2002 aux États-Unis[10] et de 1,1 % par an entre 1978 et 1997 en Europe.

Des gains importants ont été observés dans la survie au cancer de l'enfant généralement parlant. Cependant, il existe de fortes disparités selon les types de cancer, selon les pays (en particulier en fonction du niveau de richesse des pays), et en fonction des groupes d'âge.

En fonction des âges[modifier | modifier le code]

L'incidence des cancers varie selon l'âge, la moitié des cancers de l'enfant survient avant l'âge de 5 ans[11].

Avant l'âge de un an, prédominent les tumeurs embryonnaires (comme les neuroblastomes), les leucémies et les tumeurs du système nerveux central. De 1 à 4 ans, les leucémies sont les plus fréquentes. De 5 à 9 ans, s'ajoutent les lymphomes, et de 10 à 14 ans les leucémies sont moins fréquentes mais s'ajoutent les tumeurs des os et des tissus mous[11],[12].

Les adolescents ainsi que les jeunes adultes (parfois réunis sous l'appellation AYA en anglais, Adolescents and Young Adults) n'ont pas bénéficié des mêmes gains en survie que les enfants plus jeunes. Leurs taux de mortalité restent plus élevés. En France, en 2017, la mortalité due au cancer des adolescents est plus élevée que celle d'enfants plus jeunes[13].

Plusieurs raisons sont invoquées. Des auteurs aux États-Unis, sur la base d'une large cohorte, notent un diagnostic plus tardif, un moindre accès aux soins médicaux, une participation particulièrement faible aux essais cliniques[14]. Les adolescents ne sont pas systématiquement observés par les services de pédiatrie et plusieurs auteurs notent, dans divers pays, le manque de coordination des services et le manque d'accès des adolescents aux services de pédiatrie et aux grands centres de soins en cancérologie, ce qui a un impact négatif sur la qualité des études scientifiques et du suivi clinique individuel des patients et de leur famille[15],[16],[17].

En France, en 2017, des oncologues évoquent des raisons biologiques et les prises en charge également moins optimales pour les adolescents comparés aux jeunes enfants : un taux d'inclusion dans les essais thérapeutiques bien plus faible (mais les données semblent insuffisantes pour conclure à une relation directe), et le fait que les enfants pris en charge dans les unités pédiatriques aient de meilleurs taux de survie que les adolescents pris en charge dans les services adultes[13].

En fonction des pays et régions[modifier | modifier le code]

Pays riches ou pays pauvres[modifier | modifier le code]

À l'échelle internationale, la plus grande variation dans l'incidence du cancer de l'enfant est observée lorsque l'on compare les pays à revenu élevé aux pays à revenu faible[18]. Elle se situe dans une fourchette allant de 100 à 160 nouveaux cas par million d'enfants et par an. Dans les pays industrialisés, l'incidence la plus élevée est observée aux États-Unis et la plus basse au Royaume-Uni[12].

Ces différences sont difficiles à interpréter : différences de capacité à diagnostiquer, de qualité des systèmes d'enregistrement, de classification des cancers, ou encore par causes de décès concurrentes[12] (cas des pays où les jeunes enfants meurent d'abord de malnutrition ou d'infection).

Il existe cependant des contrastes réels tenant à des différences dans les facteurs de risque. Par exemple, le lymphome de Burkitt frappe 6 à 7 enfants sur 100 000 par an dans certaines parties de l'Afrique subsaharienne, en étant associé à une double infection par le virus d'Epstein-Barr et le paludisme ; en Afrique du nord et en Chine du sud, c'est le carcinome du nasopharynx qui est associé à ce virus ; dans les pays industrialisés, ce même virus est associé à la mononucléose infectieuse, sans lymphome ou autre cancer.

France[modifier | modifier le code]

La surveillance des cancers de l'enfant de 0 à 14 ans est assurée en France métropolitaine par le Registre national des hémopathies malignes de l'enfant (RNHE) depuis 1990 et par le Registre national des tumeurs solides de l'enfant (RNTSE) depuis 2000. Depuis 2011, ces deux registres prennent en compte les adolescents de moins de 18 ans, et 4 départements d'outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique et La Réunion)[12].

En France métropolitaine, on observe chaque année 1 700 nouveaux cas de cancers chez les enfants de moins de 15 ans (période 2006-2010), soit 152 cas par million d'enfants de moins de 15 ans et par an[12]. En 2017, cette estimation est de 2 000 nouveaux cas par an avant l'âge de 15 ans et 900 cas par an chez le jeunes de 15 à 19 ans, soit une incidence annuelle de 152,8 cas par million d'enfants de moins de 15 ans, et 219,4 cas par million chez les jeunes de 15 à 19 ans[19].

Aucune augmentation de l'incidence n'a été observée sur la période 1990-1999 à partir des données des registres pédiatriques régionaux. En revanche, on note une augmentation des leucémies aiguës lymphoblastiques sur la période 1990-2007 (annuelle moyenne de + 1 à 2 %)[12].

Malgré les progrès majeurs réalisés dans la prise en charge depuis 30 ans, ces cancers représentent encore 20 % des décès de l'enfant (moins de 15 ans), soit la deuxième cause de mortalité après les accidents[12].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, le cancer est la deuxième cause fréquente de décès chez les enfants entre les âges de 1 et 14 ans, après les accidents[20]. Plus de 16 enfants et adolescents sur 100 000 ont été diagnostiqués avec le cancer, et environ 3 sur 100 000 en sont morts. En 2012, 12 000 nouveaux cas étaient diagnostiqués et 1 300 décès ont été enregistrés suite au cancer chez les enfants de 0 à 14 ans[21].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Selon l'association Cancer Research UK, le cancer de l'enfant est la principale cause de décès chez les enfants âgés de 1 à 14. Au total environ 1800 enfants ont reçu un diagnostic de cancer au Royaume-Uni entre 2012 et 2014 (soit en moyenne 5 nouveaux cas par jour) et environ 250 enfants en meurent chaque année. Le cancer de l'enfant reste rare parmi les cancers, car ils représentent moins de 1 % de tous les cancers[22].

Facteurs de risque[modifier | modifier le code]

Des facteurs familiaux et génétiques sont identifiés dans 5 à 15 % des cancers de l'enfant. Dans moins de 5 à 10 % des cas, sont en cause des expositions environnementales et les facteurs exogènes, tels que l'exposition prénatale au tabac, les rayon X, ou certains médicaments[18].

Pour le reste, c'est-à-dire dans 75 à 90 % des cas, les causes individuelles restent inconnues. Dans la plupart des cas, comme dans la cancérogenèse en général, les cancers sont considérés comme impliquant de multiples facteurs de risque et diverses variables[18].

Certains des facteurs impliqués dans les cancers de l'enfant sont évitables. Par exemple, la surexposition et la mauvaise utilisation des rayonnements ionisants durant l'accouchement (scanners utilisant la tomodensitométrie) lorsque le test n'est pas indiqué ou lorsque des protocoles pour adultes sont utilisés[23],[24]. Par ailleurs, l'enfant est beaucoup plus exposé, d'une façon générale, aux risques toxiques liés à l'environnement.

Identifiés et reconnus[modifier | modifier le code]

Facteurs héréditaires et prédisposition génétique[modifier | modifier le code]

Certains cancers de l'enfant sont héréditaires comme le rétinoblastome, le syndrome de Li-Fraumeni. D'autres sont plus souvent associés à des maladies chromosomiques comme la trisomie 21, à des maladies génétiques comme la neurofibromatose de Recklinghausen[11].

Il existe de nombreux syndromes de prédisposition génétique aux cancers de l'enfant, mais encore plus rares. En France, la recherche de cette prédisposition génétique est une démarche encadrée, codifiée par les lois de bioéthique[25].

Radiations ionisantes à fortes doses[modifier | modifier le code]

Des leucémies ont été observées chez les enfants survivants des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, pour des doses plus faibles que les adultes. De même pour le cancer de la thyroïde chez les enfants exposés (Russie, Ukraine, Biélorussie) après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl[26].

Les irradiations médicales sont aussi reconnues comme facteurs de risque : radiothérapie à fortes doses, examens radiologiques maternels (exposition fœtale aux rayons X).

Médicaments[modifier | modifier le code]

Des médicaments immunosuppresseurs chez l'enfant peuvent augmenter le risque le lymphome. Le Diéthylstilbestrol (distilbène), médicament hormonal prescrit aux femmes enceintes, a été la cause de cancers génitaux chez l'enfant[18].

Virus[modifier | modifier le code]

Le virus d'Epstein-Barr est impliqué dans la survenue de certains lymphomes, comme le VIH (virus de l'immunodéficience humaine). Le rôle du virus de l'hépatite B dans l'hépatocarcinome est également bien démontré.

Soupçonnés et discutés[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs hypothèses environnementales, qui restent en discussion. De façon générale, plus un risque est faible, plus il faut des études épidémiologiques adéquates de grande taille pour le mettre en évidence.

L'exposition naturelle au radon serait facteur d'un excès de risque de leucémie. Le risque de leucémie à proximité des centrales nucléaires reste débattu, non confirmé.

L'exposition aux champs électromagnétiques à très basse fréquence (à proximité des lignes à haute tension - lignes aériennes à très haute tension -) pourrait augmenter le risque de leucémie de l'enfant.

En 2017, il n'existe pas d'éléments en faveur d'un rôle des téléphones portables et des radiofréquences dans les cancers de l'enfant[27].

D'autres études envisagent l'exposition durant la grossesse aux pesticides et insecticides, à la fumée de tabac. S'il est possible d'évaluer le risque de l'utilisation maternelle domestique d'insecticide durant la grossesse, il n'est guère possible de mesurer le risque de cancers liés aux résidus de pesticides dans l'alimentation[27].

Le rôle de la pollution automobile (produits benzéniques) a été recherché (risque de leucémie de l'enfant à proximité de routes à gros trafic). De même la consommation importante de viandes de salaison dans les tumeurs cérébrales de l'enfant[26].

Il y aurait aussi des facteurs protecteurs qui sont tout aussi discutés : l'allaitement maternel, la mise précoce en collectivité de l'enfant (crèches de nourrissons) diminueraient le risque de leucémie chez l'enfant[26].

La recherche s'oriente aussi vers les prédispositions génétiques individuelles aux cancers environnementaux (radiations, expositions chimiques, agressions microbiennes..).

Types[modifier | modifier le code]

Les cancers les plus fréquents chez les enfants sont la leucémie (32 %), les tumeurs du cerveau (18 %) et les lymphomes (11 %)[28],[29].

En 2005 aux États-Unis, chez les moins de 20 ans, 4,1 sur 100 000 ont été diagnostiqués avec la leucémie, et 0,8 sur 100 000 en sont décédés. Le nombre de nouveaux cas était le plus élevé chez les 1 à 4 ans, mais le nombre de décès était plus élevé chez les 10-14 ans.

En 2005, chez les jeunes de 0 à 19 ans, 2,9 sur 100 000 ont été diagnostiqués avec le cancer du cerveau ou du système nerveux central ; 0,7 sur 100 000 morts en sont décédés. Ces cancers ont été trouvés le plus souvent chez les enfants entre 1 et 4 ans, mais la plupart des décès sont survenus chez des enfants âgés de 5 à 9 ans. Les principaux sous-types de tumeurs au cerveau et au niveau du système nerveux central chez les enfants sont l'astrocytome, le gliome du tronc cérébral, le craniopharyngiome, le gliome desmoplastique infantile, l'épendymome, le gliome de haut-grade, le médulloblastome et la tumeur tératoïde rhabdoïde atypique[30].

D'autres types de cancers moins courants sont :

Organisations[modifier | modifier le code]

Les organisations centrées sur le cancer dans l'enfance par le biais de la recherche sur le cancer et/ou des programmes de soutien comprennent : Childhood Cancer Canada, CLIC Sargent et le Children Cancer and Leukaemia Group (au Royaume-Uni), Child Cancer Foundation ( Nouvelle-Zélande), Child Cancer Recovery Foundation (États-Unis), American Childhood Cancer Organization (États-Unis)[31], Childhood Cancer Support (Australie) et la Haïm Association (en Israël)[32].

La Journée internationale du cancer de l'enfant a lieu chaque année le 15 février et sert à promouvoir la connaissance sur ce type de cancer[33].

Participation aux essais cliniques[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, au début des années 2000, il est estimé que la majorités des enfants de moins de 14 ans participe aux recherches cliniques randomisés. Ce chiffre est beaucoup plus faible chez les adolescents où avoisine les 10 % en 2014. Le manque d'accès des adolescents aux essais cliniques est dû au fait que les adolescents sont souvent traités dans les services avec des adultes[16].

Psycho-oncologie pédiatrique[modifier | modifier le code]

La psycho-oncologie est l'étude de la relation entre le cancer et la psychologie[34],[35]. Ses thèmes sont très divers, et ses applications permettent d'aider l'enfant ou l'adolescent, ainsi que sa famille, à mieux supporter les symptômes de la maladie et les effets secondaires des traitements. Ainsi, des thérapies aident à gérer certains des symptômes spécifiques comme la douleur, les nausées et vomissements, la fatigue, les problèmes de sommeil, les problèmes de perte de poids et perte d'appétit en utilisant des techniques diversifiées et spécifiques. Le psycho-oncologue étudié l'impact neuropsychologique, émotionnel et les perturbations cognitives liées au traitement chimiothérapeutique. Il ou elle peut soutenir les enfants et la famille si le cancer ne peut être guéri, en prenant part aux soins palliatifs et soins terminaux[34],[35].

Des problèmes psychiatriques peuvent apparaître durant ou après les traitements ; il s'agit généralement de dépression et d'anxiété, mais d'autres comportements ou symptômes sont également possibles. Les psychothérapies et interventions qui sont diversifiées. Le psycho-oncologue s'intéresse aussi aux problèmes rencontrés par la famille et les aidants du patient (y compris les soignants) et aux problèmes rencontrés après le cancer par les survivants et leurs proches (peur des récurrences, résilience, soins de soi-même, etc.)[34],[35].

Survivants devenus adultes[modifier | modifier le code]

Méthodes d'étude : études longitudinales sur larges cohortes[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis et au Canada, une large cohorte de patients souffrant de cancers pédiatrique est suivie depuis 1994 : la Childhood Cancer Survivors Study (CCSS). Les participants sont des adultes qui ont été diagnostiqués avec un cancer durant leur enfance ou adolescence entre 1970 et 1986. Environ 14 000 anciens patient sont suivis médicalement dans le cadre de cette large étude longitudinale. La CCSS permet d'étudier les effets à long-terme du cancer pédiatrique[36],[37].

Cette démarche s'est étendue à d'autres pays. En France, l'étude French Childhood Cancer Survivors Study (FCCSS) a été mise en place en 2011, pour identifier les effets médicaux, sociaux, psychologiques et économiques du cancer pédiatrique chez les survivants, dans le long-terme[38]. Elle recrute les personnes ayant été diagnostiquées avec une tumeur avant l'âge de 19 ans[39]. Il s'agit d'une étude multicentre c'est-à-dire que de nombreux centres de cancérologie recrutent et transmettent leurs données à un centre de recherche qui centralise les données de l'étude et permettent à des chercheurs de travailler sur ces données. L'étude est administrée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale et fait régulièrement l'objet de publications médicales depuis sa mise en place[39].

En Suisse, le Registre Suisse du Cancer de l'Enfant enregistre les enfants nouvellement diagnostiqués et permet leur suivi longitudinal[40]. Il est administré par l'Université de Berne[40].

Les adultes survivants de cancer infantile rencontrent certaines difficultés physiques, psychologiques, et sociales.

Problèmes médicaux, morbidité et mortalité des survivants devenus adultes[modifier | modifier le code]

Les traitements étant particulièrement lourds, 70% de ces survivants développent des effets à long-terme qui souvent n'apparaissent qu`à l'âge adulte : infertilité, problèmes cardio-vasculaires, rénaux, musculo-squelettiques, cognitifs, endocriniens[41],[42].

La maladie cardiovasculaire prématurée est l'une des principales complications à long terme[43]. Ainsi, les survivants adultes sont huit fois plus susceptibles de mourir de maladie cardiaque que les autres personnes. Ces troubles sont liés au retentissement des traitements ( anthracyclines, radiothérapie ) sur la fonction du myocarde. Le délai médian d'apparition de troubles cardiaques est de 19 à 20 ans. La surveillance des patients à risques est clinique, mais aussi échocardiographique (au minimum tous les 4 ans, et tous les 3 mois lors d'une grossesse) afin de dépister les patients asymptomatiques et mettre en place des mesures préventives[44].

Alors que les survivants de cancer de l'enfant ont plus de risques pour leur santé générale, ils devraient s'engager dans des comportements d'autogestion de leur santé (en) (ne pas fumer, pratiquer des activités physiques régulière, être surveillés médicalement, etc.)[45]. Selon une étude menée aux États-Unis sur une cohorte de 14 000 survivants du cancer de l'enfant (Cancer Childhood Survivors Study ou CCSS[46]), leurs comportements ne diffèrent pas en cela de ceux de la population générale du même âge[47]. Seule une minorité de survivants reçoit des conseils médicaux et des mesures de suivi en lien avec les risques spécifiques auxquels leur histoire médicale les exposent[47].

Effets psychologiques à long-terme chez les survivants et leurs parents[modifier | modifier le code]

Les enfants atteints de cancer ont davantage de risques de développer divers problèmes cognitifs ou des problèmes d'apprentissage[48]. Ces difficultés peuvent être liées à des lésions cérébrales résultant du cancer lui-même, comme une tumeur du cerveau ou des métastases sur le système nerveux central. Des difficultés peuvent également résulter des effets cognitifs à long-terme des chimiothérapies ou des radiothérapies.

Pays en voie de développement[modifier | modifier le code]

La prise en charge des cancers de l'enfant doit s'adapter aux contraintes du manque de moyens et aux croyances et pratiques traditionnelles. En Afrique francophone, cette approche est réalisée par un réseau de médecins français et africains, le Groupe Franco-Africain d'Oncologie Pédiatrique, fondé en 2000.

Les particularités de ces pays sont une fréquence élevée du lymphome de Burkitt, la découverte de cancers à un stade tardif, et les pathologies associées infectieuses et nutritionnelles.

Dans le contexte du manque de moyens, le but n'est pas d'appliquer les protocoles occidentaux tels quels, de façon indistincte, mais de donner la priorité aux patients atteints de cancers de bon pronostic, en insistant sur l'information et le soutien aux familles[49].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. EBSCO database verified by URAC; accessed from Mount Sinai Hospital, New York
  2. Jean Bernard 1984, p. 8-9.
  3. (en) Edward G. Stockwell, Infant Mortality, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-33286-9), p. 224-225.
    dans The Cambridge World History of Human Disease, K.F. Kiple (dir.).
  4. (en) Elizabeth Lomax, Diseases of Infancy and early Childhood, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-33286-9), p. 149.
    dans The Cambridge World History of Human Disease, K.F. Kiple (dir.).
  5. Jean Bernard 1984, p. 20-22.
  6. a, b, c et d O. Schweisguth, « Début et développement de l'oncologie pédiatrique », La Revue du Praticien, vol. 41, no 23,‎ , p. 2347-2348.
  7. Jean Bernard 1984, p. 23-24.
  8. Dominique Plantaz, « Suivi à long terme après un cancer chez l'enfant », La Revue du Praticien, vol. 64,‎
  9. About childhood cancer at Childhood Cancer 2012.
  10. « Interpreting cancer trends », Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1076,‎ , p. 29–53 (PMID 17119192, DOI 10.1196/annals.1371.048, Bibcode 2006NYASA1076...29W)
  11. a, b et c Daniel Orbach, « Cancer de l'enfant », La Revue du Praticien, vol. 58,‎ , p. 557-563.
  12. a, b, c, d, e, f et g Brigitte Lacour et Jacqueline Clavel, « Aspects épidémiologiques des cancers de l'enfant », La Revue du Praticien, vol. 64,‎ , p. 1264-1269.
  13. a et b E. Desandes, C. Berger, J. Kanold et I. Tron, « Prise en charge et survie des adolescents atteints de cancer en France », Revue d'Oncologie Hématologie Pédiatrique, vol. 5, no 2,‎ , p. 67–75 (DOI 10.1016/j.oncohp.2017.05.002, lire en ligne)
  14. Helen M. Parsons, Linda C. Harlan, Nita L. Seibel et Jennifer L. Stevens, « Clinical Trial Participation and Time to Treatment Among Adolescents and Young Adults With Cancer: Does Age at Diagnosis or Insurance Make a Difference? », Journal of Clinical Oncology, vol. 29, no 30,‎ , p. 4045–4053 (ISSN 0732-183X, PMID 21931022, PMCID PMC3209697, DOI 10.1200/JCO.2011.36.2954, lire en ligne)
  15. V. Grèze, F. Chambon, F. Isfan et B. Pereira, « Épidémiologie et parcours de soins des adolescents de 15 à 19ans atteints de cancers diagnostiqués en Auvergne entre 2008 et 2013 », Revue d'Oncologie Hématologie Pédiatrique, vol. 3, no 3,‎ , p. 125–133 (DOI 10.1016/j.oncohp.2015.06.004, lire en ligne)
  16. a et b Anne E. Kazak et Robert B. Noll, « The integration of psychology in pediatric oncology research and practice: collaboration to improve care and outcomes for children and families », The American Psychologist, vol. 70, no 2,‎ , p. 146–158 (ISSN 1935-990X, PMID 25730721, DOI 10.1037/a0035695, lire en ligne)
  17. E. Desandes, C. Berger, J. Kanold et I. Tron, « Prise en charge et survie des adolescents atteints de cancer en France », Revue d'Oncologie Hématologie Pédiatrique, vol. 5, no 2,‎ , p. 67–75 (DOI 10.1016/j.oncohp.2017.05.002, lire en ligne)
  18. a, b, c et d Children and Cancer, in Children's Health and the Environment, a WHO Training Package for the Health Sector, World Health Organization.
  19. Yves Pérel 2017, p. 4-5.
  20. Cancer in Children from Centers for Disease Control and Prevention.
  21. Cancer Facts & Figures 2011 from American Cancer Society.
  22. « Childhood cancer statistics », sur Cancer Research UK (consulté le 27 octobre 2014)
  23. « Radiology Safety - What can I do? », sur Image Gently, Alliance for Radiation Safety in Pediatric Imaging (consulté le 8 février 2016)
  24. Stephen Swensen, James Duncan et Rosemary Gibson, « An Appeal for Safe and Appropriate Imaging of Children », Journal of Patient Safety, vol. 10, no 3,‎ , p. 121–124 (DOI 10.1097/PTS.0000000000000116, lire en ligne)
  25. Caroline Abadie, « Syndromes de prédisposition génétique aux cancers de l'enfant », La Revue du Praticien, vol. 64,‎ , p. 1273-1275.
  26. a, b et c Jacqueline Clavel, « Epidémiologie des cancers de l'enfant », La Revue du Praticien, vol. 57, no 10,‎ , p. 1061-1069.
  27. a et b Yves Pérel 2017, p. 13-14.
  28. « Epidemiology of childhood cancer », Cancer treatment reviews, vol. 36, no 4,‎ , p. 277–85 (PMID 20231056, DOI 10.1016/j.ctrv.2010.02.003)
  29. https://www.uptodate.com/contents/image?imageKey=PEDS%2F99680&topicKey=PEDS%2F6243&rank=7~150&source=see_link&search=pediatric%20cancer
  30. Childhood Cancer overview from American Society of Clinical Oncology (ASCO).
  31. American Childhood Cancer Organization homepage
  32. « Hayim Association » (consulté le 31 mars 2016)
  33. February 15th is International Childhood Cancer Awareness Day!!! at The Foundation for Children with Cancer (FCC).
  34. a, b et c (en) Jimmie C. Holland, « History of Psycho-Oncology: Overcoming Attitudinal and Conceptual Barriers », Psychosomatic Medicine, vol. 64, no 2,‎ , p. 206–221 (ISSN 0033-3174, DOI 10.1097/00006842-200203000-00004, lire en ligne)
  35. a, b et c (en) S Dolbeault, A Szporn et J. C Holland, « Psycho-oncology: where have we been ? Where are we going? », European Journal of Cancer, vol. 35, no 11,‎ , p. 1554–1558 (DOI 10.1016/S0959-8049(99)00190-2, lire en ligne)
  36. (en) Robison LL, Armstrong GT, Boice JD et Chow EJ, « The Childhood Cancer Survivor Study: a National Cancer Institute-supported resource for outcome and intervention research. », Journal of clinical oncology : official journal of the American Society of Clinical Oncology, vol. 27, no 14,‎ (ISSN 0732-183X, DOI 10.1200/JCO.2009.22.3339, lire en ligne)
  37. Leslie L. Robison, Ann C. Mertens, John D. Boice et Norman E. Breslow, « Study design and cohort characteristics of the Childhood Cancer Survivor Study: a multi-institutional collaborative project », Medical and Pediatric Oncology, vol. 38, no 4,‎ , p. 229–239 (ISSN 0098-1532, PMID 11920786, lire en ligne)
  38. « Présentation de l'étude FCCSS », sur FCCSS.fr, (consulté en août 2017)
  39. a et b (en) « French Childhood Cancer Study », sur clinicaltrials.gov (consulté en août 2017)
  40. a et b « Registre Suisse du Cancer de l'Enfant », sur registretumeursenfants.ch, (consulté en août 2017)
  41. (en) Kevin C. Oeffinger, Paul C. Nathan et Leontien C.M. Kremer, « Challenges After Curative Treatment for Childhood Cancer and Long-Term Follow up of Survivors », Hematology/Oncology Clinics of North America, vol. 24, no 1,‎ , p. 129–149 (ISSN 0889-8588, DOI 10.1016/j.hoc.2009.11.013, lire en ligne)
  42. (en) Lisa Ljungman, Martin Cernvall, Helena Grönqvist et Brjánn Ljótsson, « Long-Term Positive and Negative Psychological Late Effects for Parents of Childhood Cancer Survivors: A Systematic Review », PLoS ONE, vol. 9, no 7,‎ (ISSN 1932-6203, DOI 10.1371/journal.pone.0103340, lire en ligne)
  43. (en) Steven E. Lipshultz, Vivian I. Franco, Tracie L. Miller, Steven D. Colan et Stephen E. Sallan, « Cardiovascular Disease in Adult Survivors of Childhood Cancer », Annual Review of Medicine, vol. 66, no 1,‎ , p. 161–176 (PMID 25587648, DOI 10.1146/annurev-med-070213-054849, lire en ligne)
  44. Dominique Plantaz, « Suivi à long termes après un cancer chez l'enfant », La Revue du Praticien, vol. 64,‎ , p. 1284-1289.
  45. Anne E. Kazak et Robert B. Noll, « The integration of psychology in pediatric oncology research and practice: collaboration to improve care and outcomes for children and families », The American Psychologist, vol. 70, no 2,‎ , p. 146–158 (ISSN 1935-990X, PMID 25730721, DOI 10.1037/a0035695, lire en ligne)
  46. (en) « CCSS Study aim », sur ccss.stjude.org, (consulté en juillet 2017)
  47. a et b (en) Nathan PC, Ford JS, Henderson TO et Hudson MM, « Health behaviors, medical care, and interventions to promote healthy living in the Childhood Cancer Survivor Study cohort. », Journal of clinical oncology : official journal of the American Society of Clinical Oncology, vol. 27, no 14,‎ (ISSN 0732-183X, PMID 19255308, PMCID PMC2738646, DOI 10.1200/JCO.2008.21.1441, lire en ligne)
  48. Children Diagnosed With Cancer: Returning to School from American Cancer Society.
  49. Yves Pérel 2017, p. 378-379.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Bernard, L'enfant, le sang et l'espoir, Paris, Buchet / Chastel, 1984.
  • Danièle Sommelet, Jacqueline Clavel et Brigitte Lacour, Epidémiologie des cancers de l'enfant, Springer Science & Business Media, (ISBN 9782287783371).
  • Yves Pérel et Dominique Plantaz, Cancérologie de l'enfant, Elsevier Masson, (ISBN 978-2-294-74925-4).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]