Ivan Jablonka

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Ivan Jablonka
Jablonka Rendez-Vous Histoire de Blois.png
Ivan Jablonka en 2012.
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (45 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Yvan AméryVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Directeur de thèse
Distinctions
Œuvres principales

Ivan Jablonka, né le à Paris, est un historien et écrivain français, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris-XIII.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Paris d’un père ingénieur physicien et d’une mère professeur de lettres, petit-fils de Juifs polonais communistes morts à Auschwitz[1], Ivan Jablonka fait ses études secondaires au lycée Buffon. Après des études en khâgne au lycée Henri-IV, il intègre l'École normale supérieure (promotion B/L 1994) et est reçu à l’agrégation d’histoire[2]. Élève d’Alain Corbin et de Jean-Noël Luc à la Sorbonne, il soutient en 2004 sa thèse de doctorat sur les enfants de l’Assistance publique sous la Troisième République[3]. L’année suivante, il est nommé maître de conférences en histoire contemporaine à l’université du Maine, puis, en 2013 professeur à l'université Paris-XIII-Nord.

Activités de recherche et éditoriales[modifier | modifier le code]

Édition[modifier | modifier le code]

Depuis 2009, il codirige avec Pierre Rosanvallon la collection La République des idées (éditions du Seuil)[4], où il a édité des ouvrages de sociologues et d'économistes comme Éric Maurin, Camille Peugny, Robert Castel, François Dubet, Esther Duflo, Gabriel Zucman, Laurent Davezies ou Thomas Piketty.

Il est un des fondateurs et rédacteurs en chef de La Vie des idées, revue en ligne née en 2007[5],[6],[7].

En 2013, il fonde la collection "La Vie des Idées" aux Presses universitaires de France[8].

Histoire des enfants et des jeunes[modifier | modifier le code]

Il a publié en 2005 une biographie de Jean Genet, où il étudie le parcours social, politique et littéraire de l'écrivain, depuis l'Assistance publique jusqu'à son compagnonnage pro-palestinien. Jablonka estime qu'une lecture « plus approfondie » de l'œuvre de Genet prouve « une adhésion aux valeurs nazies ».

Ni père ni mère (2006) est une histoire des enfants abandonnés. Il montre que ces enfants grandissent dans les humiliations et la violence, mais que certains s’intègrent et font souche dans la région où ils ont été placés. Ce travail s'appuie notamment sur 400 dossiers de pupilles de la Seine, de la Somme et du Loir-et-Cher[9].

Dans son ouvrage Enfants en exil : transfert de pupilles réunionnais en métropole (1963-1982) publié en 2007, il présente le déplacement de 1 630 enfants vers la métropole. Plus de soixante départements, principalement dans le Massif central et le Sud-Ouest français, ont reçu ces pupilles de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) de la Réunion. L'objectif de cette migration forcée, orchestrée par Michel Debré, était de lutter contre la surpopulation sur l'île et de repeupler les déserts ruraux de la France métropolitaine. Pour l'auteur, ce transfert d'enfants n'est pas un dérapage, mais « une institution républicaine, séquelle du colonialisme dans la France de la Ve République »[10].

Biographie familiale[modifier | modifier le code]

Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012) raconte la vie et la mort de Matès et Idesa Jablonka, les grands-parents paternels de l’auteur, depuis la Pologne jusqu’à Auschwitz en passant par l’engagement dans le Parti communiste polonais, l’exil en France et le régime de Vichy. Ce récit-essai, basé sur une vingtaine de fonds d’archives et de nombreux témoignages, tente de faire revivre les disparus entre histoire, mémoire et travail de deuil.

L'écrivain le désigne comme "biographie familiale" mais relève explicitement de ce que le théoricien de la littérature Dominique Viart appelle des "Récits de filiation", à l'image de ceux qui se sont développés en littérature depuis le début des années 1980 (chez des écrivains tels que Michon, Ernaux, Rouaud). Comme dans ces récits, l'auteur ne livre pas seulement le trajet reconstitué de ses grands parents mais produit en effet aussi la narration de sa propre recherche, les éléments de son enquête, ses impasses et ses découvertes. Publié aux éditions du Seuil dans la collection de Maurice Olender « La librairie du XXIe siècle »[11], il a été salué par Jean-Louis Jeannelle comme un « très grand livre »[12].

Le grand-père d'Ivan Jablonka, Mates Jablonka, est né le 10 février 1909 à Parczew, Pologne. Sa grand-mère, Idesa Jablonka (née Feder), est née le 14 mai 1905 à Parczew, Pologne. Ils sont déportés par le Convoi No. 49, en date du 2 mars 1943, du Camp de Drancy vers Auschwitz. Leur dernière adresse est le 3 rue Désirée dans le 20e arrondissement de Paris[13].

En camping-car[14], récit de ses souvenirs de vacances familiales dans les années 1980, se présente comme une « autobiographie avec des "nous" »[15]. Jablonka considère que, puisque « l’historien fait partie de l’histoire », son travail doit être une réflexion sur sa propre historicité[16].

Sciences sociales et littérature[modifier | modifier le code]

Dans L'histoire est une littérature contemporaine (2014), à la fois fondement théorique de Histoire des grands-parents et "manifeste pour les sciences sociales", il montre qu'on peut concilier sciences sociales et création littéraire. D'un côté, le chercheur peut assumer la littérarité de son texte en choisissant d'"écrire pleinement"[17]. De l'autre, l'écrivain peut comprendre une réalité passée ou présente (p. ex. un crime), comme font Truman Capote, Annie Ernaux, Emmanuel Carrère[18] et les écrivains-survivants du XXe siècle (Primo Levi, Varlam Chalamov). Ce livre prolonge la réflexion de Michel de Certeau ou Paul Veyne sur l'écriture de l'histoire, mais pour Jablonka toute histoire n'est pas un "roman vrai" et toute littérature n'est pas roman. Les sciences sociales sont plutôt du côté des "écrits du réel" (témoignage, grand reportage, autobiographie...), sous la forme du "texte-recherche". Des outils comme la "fiction de méthode" et le "je de méthode"[19] permettent de concilier rigueur, réflexivité et écriture au sein d'une enquête.

Formes de la recherche[modifier | modifier le code]

À partir de 2012, Jablonka a publié des textes théoriques sur les sciences sociales et la notion d’enquête, partant de l’idée que la recherche est aussi une recherche sur sa forme (récit, langue, mais aussi théâtre, peinture, bande dessinée…)[20]. La réconciliation entre création et recherche permet d’inventer des « formes nouvelles pour dire du vrai »[21]. S’ensuit selon Jablonka une nouvelle cartographie des écritures, avec trois continents : premièrement le travail académique, deuxièmement le roman et enfin le « troisième continent », constitué des formes nouvelles que permet l’enquête.

Il a ainsi publié Laetitia en 2016 consacré à un fait divers par lequel il obtient le prix Médicis mais ce livre lui vaut également des critiques cinglantes[22].

Prolongeant cette réflexion sur les nouvelles écritures du savoir[23], Jablonka a publié une enquête sociologique sur les métiers de l'esthétique, le Corps des autres (2015), dans la collection de Pierre Rosanvallon, "Raconter la vie".

En 2005, il a publié sous le pseudonyme d’Yvan Améry un roman, Âme sœur. Bien qu’appartenant au genre de la fiction, ce livre partage des thèmes communs avec ses recherches d'historien, comme la défaillance parentale, la solitude des jeunes ou encore l'exil.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les vérités inavouables de Jean Genet, Éditions du Seuil, 2004.
  • Ni père ni mère : histoire des enfants de l’Assistance publique (1874-1939), Éditions du Seuil, 2006.
  • Enfants en exil : transfert de pupilles réunionnais en métropole (1963-1982), Éditions du Seuil, 2007.
  • Jeunesse oblige : histoire des jeunes en France (XIXe – XXIe siècle), PUF, 2009.
  • Les enfants de la République: l'intégration des jeunes de 1789 à nos jours, Éditions du Seuil, 2010.
  • Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus, Éditions du Seuil, La librairie du XXIe siècle, Paris, 2012.
  • Nouvelles perspectives sur la Shoah (avec Annette Wieviorka), PUF, 2013.
  • L’enfant-Shoah, PUF: Paris, 2014
  • Le monde au XXIIème siècle. Utopies pour après-demain, PUF: Paris, 2014 (avec Alexis Jenni et Nicolas Delalande)
  • L’histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales, Éditions du Seuil, La librairie du XXIe siècle, Paris, 2014.
  • Le corps des autres, Éditions du Seuil, Raconter la vie, 2015.
  • Laëtitia ou la Fin des hommes, Éditions du Seuil, La Librairie du XXIe siècle, 2016. - Prix littéraire du Monde 2016[24] et prix Médicis (roman) 2016[25].
  • En camping-car, Éditions du Seuil, La Librairie du XXIe siècle, 2018. - Prix France Télévisions 2018, catégorie essai[26].
  • Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinités, Éditions du Seuil, 2019.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ivan Jablonka : “On prétend parfois que tout a été dit sur la Shoah. Bien au contraire !”
  2. Séverine Nikel, « Ivan Jablonka, fils d’orphelin », in L’Histoire, no 373, mars 2012, p. 18-19
  3. Jablonka, Ivan, « Les abandonnés de la République : l'enfance et le devenir des pupilles de l'Assistance publique de la Seine placés en famille d'accueil (1874-1939) », http://www.theses.fr/,‎ (lire en ligne, consulté le 8 novembre 2017)
  4. http://www.repid.com/Equipe.html.
  5. Biographie d'Ivan Jablonka sur laviedesidees.fr
  6. « La vie des idées.fr - Wellnews », Wellnews,‎ (lire en ligne, consulté le 4 décembre 2016)
  7. Pierre Rosanvallon, un évangéliste du marché omniprésent dans les médias, Denis Souchon, acrimed.org, 6 octobre 2015
  8. « laviedesidées.fr : Livres et Manuels - Format Physique et Numérique | PUF », sur www.puf.com (consulté le 4 décembre 2016)
  9. Jean-Claude Farcy, « JABLONKA (Ivan). – Ni père ni mère. Histoire des enfants de l’Assistance publique (1874-1939) », Histoire de l’éducation, no 113,‎ , p. 140–144 (ISSN 0221-6280, lire en ligne, consulté le 4 décembre 2016)
  10. « L'enfance victime de l'injustice - LeMonde.fr », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 4 décembre 2016)
  11. Ivan Jablonka, historien : “J'ai tenté de les libérer mes grands-parents de leur propre mort”, telerama.fr, 29 mars 2015
  12. Jean-Louis Jeannelle, « Enfant du silence », Le Monde des livres, 10 février 2012.
  13. Voir, Klarsfeld, 2012.
  14. Ridet 2018.
  15. https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-culture/ivan-jablonka
  16. https://wp.unil.ch/metis/2018/01/un-front-pionnier-des-sciences-sociales-compte-rendu-du-cours-peut-on-faire-lhistoire-de-soi-prof-ivan-jablonka/
  17. Julie Clarini, « Paul Veyne et Ivan Jablonka : « L’histoire peut s’écrire pleinement » », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 4 décembre 2016)
  18. « Ivan Jablonka et Emmanuel Carrère écrivent l'Histoire en littéraires. », Culturebox,‎ (lire en ligne, consulté le 4 décembre 2016)
  19. « Vers le “je” de méthode avec un historien, Ivan Jablonka | art, langage, apprentissage », sur arlap.hypotheses.org (consulté le 7 juillet 2015)
  20. Ivan Jablonka, "Les formes de la recherche", en ligne sur La vie des idées, novembre 2014, https://laviedesidees.fr/Les-formes-de-la-recherche.html
  21. Ivan Jablonka, "La création en sciences sociales", Esprit, nov 2017, https://www.cairn.info/revue-esprit-2017-11-page-92.htm
  22. « Ivan Jablonka, l’histoire n’est pas une littérature contemporaine ! », sur Libération.fr, (consulté le 16 août 2019)
  23. Martine Fournier, « L'histoire est une littérature contemporaine » (consulté le 7 juillet 2015)
  24. a et b Marine Durand, « Ivan Jablonka reçoit le Prix littéraire du "Monde" 2016 », sur Livres Hebdo, (consulté le 7 septembre 2016).
  25. « Le Prix Médicis 2016 attribué à Ivan Jablonka pour "Laëtitia ou la fin des hommes" », sur Le Huffington Post (consulté le 2 novembre 2016)
  26. a et b « Prix littéraires de France Télévisions : annonce des deux vainqueurs. », sur LeBlogTvNews (consulté le 15 mars 2018)
  27. http://www.histoire.presse.fr/web/articles/ivan-jablonka-recoit-le-prix-du-senat-08-06-2012-46434
  28. http://www.prix-litteraires.net/prix/498,prix-guizot.html.
  29. http://www.rdv-histoire.com/IMG/pdf/communique_presse_pat_2012.pdf
  30. Eric Loret, « Ivan Jablonka récompensé par le prix Médicis », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 4 décembre 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]