Varlam Chalamov

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Varlam Chalamov
Варлам Шаламов
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Nom de naissance Varlam Tikhonovitch Chalamov
Naissance 5 juin 1907 ( dans le calendrier grégorien)
Vologda, Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Décès (à 74 ans)
Moscou, Drapeau de l'URSS Union soviétique
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture russe

Œuvres principales

Varlam Tikhonovitch Chalamov (en russe : Варлам Тихонович Шаламов) est un écrivain soviétique, né le 5 juin 1907 ( dans le calendrier grégorien) à Vologda, mort le à Moscou.

Biographie[modifier | modifier le code]

Varlam Chalamov naît et vit son enfance et son adolescence dans la ville du Grand Nord Russe, Vologda. Ses parents ont eu 8 enfants dont 3 mort-nés. Il est le cadet des 5 enfants qui ont survécu et son frère aîné, Valéry, a 13 ans de plus que lui. Varlam naît deux ans après le retour de la famille, en 1905, des îles Aléoutiennes (sur l'île Kodiak). Son père y a fait partie d'une mission orthodoxe américaine qui évangélise les populations aléoutes. Revenu à Vologda, ce père est nommé prêtre responsable de la paroisse de la Cathédrale Sainte-Sophie de Vologda. Il dispose d'une partie du presbytère à côté de la cathédrale ( aujourd'hui transformée en maison-musée Chalamov). La forte personnalité de son père, contre laquelle Varlam se dresse, forge son caractère qui le soutiendra pendant sa vie au bagne. Vers sa mère, effacée par les tâches ménagères d'une grande famille, va tout l'amour et la compassion. Chalamov décrit son enfance et son adolescence dans son récit La Quatrième Vologda écrit en 1968-1971 mais publié seulement en 1985 à Paris et en 1988 dans son pays (avec des coupures). La ville de Vologda, dont le Kremlin de Vologda a été construit sur ordre d' Ivan le Terrible, a toujours servi de lieu de relégation et il n'y a pas, selon Chalamov, de personnalité du mouvement de libération russe qui y ait passé moins de trois mois et qui n'a pas été enregistré au bureau de police de la ville. La ville est aussi le point de départ vers des lieux d'enfermement plus au Nord ou à l'Est de la Russie[1].


Ce père de Chalamov qui est prêtre orthodoxe du fait de ce statut, va lui occasionner des difficultés après la Révolution de 1917 : Varlam Chalamov ne peut poursuivre ses études universitaires à Vologda, il doit partir pour Moscou, où il réussit en 1923 le concours d'entrée à la faculté de Droit de l'université d'État de Moscou (MГУ). Pour payer ses études à l'université, Chalamov travaille dans une tannerie.

Chalamov entre dans un mouvement trotskiste, et conteste le pouvoir de Joseph Staline, en particulier en diffusant de manière clandestine les Lettres au Congrès du Parti, appelées ultérieurement le Testament de Lénine. Ces lettres de Lénine au Congrès mettent, entre autres, clairement en garde contre une éventuelle succession de Staline à la tête du Parti communiste. Arrêté le , il est envoyé pour trois ans dans un camp de travail à la Vichera, dans l'Oural central[2],[3].

Chalamov revient à Moscou en 1932 et y travaille comme journaliste et essayiste[4].

Les Grandes Purges le renvoient au Goulag[5] : le , Chalamov est arrêté pour « activité trotskiste contre-révolutionnaire », condamné à 5 ans et envoyé dans la Kolyma, région à l'extrême-est de l'URSS, au-dessus du cercle polaire arctique, connue sous le nom de « pays de la mort blanche ». Maintes fois, Chalamov souhaite la mort, mal nourri, abruti de travail dans les mines d'or, congelé par le climat polaire, battu par les détenus de droit commun, mais il survit pourtant. En 1943, toujours prisonnier, il écope d'une nouvelle condamnation, de 10 ans cette fois, et toujours à la Kolyma, pour « agitation anti-soviétique » pour avoir considéré Ivan Bounine comme un classique de la littérature russe.

« Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard. »

— Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, 1978

En 1946, la chance sourit deux fois à Chalamov : au seuil de la mort, il ne peut plus travailler et est envoyé à l'hôpital au lieu d'être exécuté. De plus, le détenu-médecin Pantiouhov prend d'énormes risques pour le faire nommer aide-médecin. Chalamov reçoit un salaire (très faible, mais qui va lui permettre d'acheter des livres) et surtout améliore ses conditions d'existence : une plus grande autonomie, une vraie ration de nourriture et surtout il ne travaille plus dans une mine, mais dans un hôpital chauffé. Après une formation rapide, il gère l'accueil des malades de l'hôpital.

Varlam Chalamov est libéré en 1951, mais il doit rester à Magadan, la grande ville de la région jusqu'à novembre 1953.

Photo de Chalamov et de son épouse Galina Goudz en 1935-1936

La mort de Staline en mars 1953 change la donne pour les prisonniers des camps (zek ou ZK, abréviation pour zaklioutchon) : les morts sont réhabilités, beaucoup de vivants sont remis en liberté. Chalamov peut quitter la Kolyma huit mois après la mort de Staline en novembre 1953. Il retrouve son épouse, Galina Ignatievna Goudz, qui l'a attendu tant d'années à Moscou ( depuis 1937 ) et leur fille Lena. Mais il rompt avec elle. Déportée au Kazakhstan après l'arrestation de son mari elle a officiellement divorcé en 1947 pour obtenir l'autorisation de revenir à Moscou. Au retour de ce dernier elle exige qu'il ne révèle rien de son expérience des camps à sa fille. Celle-ci a été élevée dans l'esprit du temps c'est-à-dire: la patrie et la haine des ennemis du peuple. Galina lui suggère de tout oublier pour retrouver une vie normale. Mais Chalamov a sa vocation d'écrivain et sa vie ne sera plus que travail de la mémoire et transcription dans ses récits[6]. Le récit de la Kolyma, intitulé L'Apôtre Paul, décrit une situation familiale proche de celle de l'auteur , c'est celle vécue par le pasteur Frisorger [7].


Chalamov ne peut revenir à Moscou avant sa réhabilitation en 1956, il travaille dans une exploitation de tourbe à Kalinine à 100 kilomètres au nord-ouest de la capitale. À Moscou, Chalamov publie des essais et de la poésie dans des revues littéraires tout en s'attelant à son œuvre majeure, les Récits de la Kolyma, dans laquelle il raconte son expérience des camps. Les épreuves sont envoyées dans les pays occidentaux en contrebande, ils sont aussi publiés en URSS par samizdat. Les Récits paraissent pour la première fois en 1966 et la première édition en langue russe (mais à l'étranger) en 1978. En 1972, Chalamov doit renier ses Récits, très probablement forcé par les pressions de l'État. Le livre paraît en URSS en 1987.

Varlam Shalamov bas-relief ) l'entrée de la maison-musée Chalamov à Vologda

La mort de Chalamov est une métaphore de sa vie : pauvre, affaibli, malade, il s'éteint dans un hôpital psychiatrique moscovite en 1982. Il est enterré au cimetière de Kountsevo de Moscou.

Œuvres de Chalamov[modifier | modifier le code]

Adaptation théâtrale[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Varlam Chalamov a été adaptée au théâtre Confluences à Paris pour la première fois en 2005 par Ariel Cypel sous le titre C'est ainsi que nous vivions, quelques récits de la Kolyma, avec Charlie Bauer et Marie Alexandre Ferrier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Varlam Chalamov (trad. Sophie Benech), La quatrième Vologda, Verdier, (ISBN 978-2-86432-553-6), p.10 et 22
  2. Jean-Pierre Thibaudat, « Chalamov, l'homme d'enfer », sur liberation.fr, (consulté le 15 mars 2017)
  3. Michel Crépu, « Vichéra, par Varlam Chalamov », sur lexpress.fr, (consulté le 15 mars 2017)
  4. Elsbeth Wolffheim, « Varlam Chalamov » in Efim Etkind, Histoire de la littérature russe, tome 6, p. 823.
  5. « Des poèmes inédits de Varlam Chalamov », sur lepoint.fr, (consulté le 15 mars 2017)
  6. Récits de la Kolyma : préface des récits de la Kolyma de V. Chalamov, Verdier (ISBN 9782864 323525), p. 13-14
  7. Récits p.83-89.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hanne Aga, L'Écriture du trauma dans les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, L'Harmattan, 1999.
  • Georges Nivat, notice sur sa vie dans Universalia 1983; pp.548-549.
  • Claude Esteban, Ce qui retourne au silence, Farrago/Leo Scheer, 2004.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]