Commission Bronner

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Les Lumières à l'ère numérique
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Commission BronnerVoir et modifier les données sur Wikidata
Type
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Organisation
Membres
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Fondateur
Président

Les Lumières à l'ère numérique (dite commission Bronner) est une commission française chargée de faire des propositions dans les champs de l'éducation, de la régulation, de la lutte contre les « diffuseurs de haine » et de la désinformation. La commission, présidée par le sociologue Gérald Bronner, est installée par le président de la République Emmanuel Macron le .

Contexte[modifier | modifier le code]

Manifestation contre le passe sanitaire à Paris, le 17 juillet 2021.

Depuis 2017, les autorités françaises et européennes multiplient les initiatives pour lutter contre les manipulations et désinformations de l'information sur Internet[réf. nécessaire]. Le Parlement français a adopté une loi contre la manipulation de l'information fin 2018. La loi crée un devoir de coopération des plateformes, qui doivent mettre en œuvre des mesures en vue de lutter contre la diffusion de fausses informations susceptibles de troubler l'ordre public. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qui est chargé de la supervision de l'application de la loi, a publié le le deuxième bilan de l’application et de l’effectivité des mesures mises en œuvre par les plateformes pour lutter contre la diffusion de fausses informations[1].

En , le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum), une agence nationale de lutte contre les manipulations de l'information, est mise en place sous l'égide du secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN). Elle doit « veiller, détecter et caractériser les opérations d'ingérence numérique étrangères aux fins de manipulation de l'information sur les réseaux sociaux ».

La régulation des plateformes est en cours de révision au niveau européen. Les autorités françaises espèrent une adoption du « Digital Services Act » en 2022[2],[3]. En parallèle, la Commission européenne envisage de renforcer son code des bonnes pratiques contre la désinformation en ajoutant des contraintes et des obligations[4].

Hasard du calendrier, deux députés ex-LREM, Matthieu Orphelin et Paula Forteza, publient le un rapport sur le complotisme dans lequel ils font dix propositions[5]. Le Conseil national du numérique a également publié en juin une étude sur les infox afin de nourrir le débat avant la prochaine élection présidentielle[6],[7].

Objectifs[modifier | modifier le code]

La commission Bronner a huit thématiques de travail : le rôle des algorithmes[Lesquels ?], le financement des infox, les moyens de développer l'esprit critique, la liberté éditoriale des médias face à la pression de la dérégulation du marché de l'information, types de dispositifs juridiques possibles, les mécanismes psychologiques et sociologiques qui conduisent à la diffusion de fausses nouvelles, les ingérences étrangères et le type de citoyenneté numérique et d'espace démocratique renouvelé pouvant être mis en place[8].

Le communiqué de l'Élysée précise les objectifs[9] :

  1. « Définir un consensus scientifique qui sera mis à disposition du grand public, des médias, des acteurs de la société civile sur l'impact d'Internet dans nos vies de citoyens : notre information, notre rapport à l'autre, notre représentation du monde et de nous-même, notre exposition à des biais cognitifs qui peuvent enfermer.
  2. Formuler des propositions dans les champs de l'éducation, de la prévention, de la régulation, et de la judiciarisation des entrepreneurs de haine afin de libérer la société des bulles qui enferment une partie de nos concitoyens et nourrissent les extrémismes, la haine, la violence, les dérives sectaires et les obscurantismes.
  3. Proposer de nouveaux espaces communs de la démocratie, de la citoyenneté, du collectif qui puissent trouver leur place dans le monde numérique, donner du sens à des citoyens isolés.
  4. Développer une analyse historique et géopolitique de l'exposition de la France aux menaces internationales qui pèsent sur notre démocratie et notre société au travers d'Internet et des recommandations sur les enjeux à porter dans le débat international et européen. »

Critiques[modifier | modifier le code]

L'objectif même de la commission est critiqué. Pour la journaliste Eugénie Bastié, « il ne faut pas surestimer une menace complotiste qui si elle existe, reste marginale ». Elle rappelle que les trois-quarts des Français sont vaccinés et qu'une large majorité a approuvé le passe sanitaire[10]. Julien Giry, chercheur en science politique à l’université de Tours, rappelle qu'« il n’existe à ce jour aucune étude de long terme permettant de conclure à une hausse du nombre de personnes adhérant à une vision conspirationniste ». L'historien Emmanuel Kreis déplore l’utilisation massive du qualificatif « théorie du complot » par les politiques et les experts, ce qui a participé à galvauder la notion[11]. La philosophe Aliénor Barrière dénonce « une captation de la raison par le pouvoir étatique. Elle se fait ainsi l’écho d’une dialectique porteuse d’une autorité morale. Le pouvoir politique se teinte d’une forme de religiosité gardienne du culte de la Raison, de la Vérité, des Lumières. La commission sera alors la sainte inquisition de Ceux qui Savent : les Sachant contre les opinions « porteuses d’une face sombre »[12]. Cette interprétation est commune avec Philippe Bilger qui dénonce également « une manoeuvre politique dont le seul but est de démontrer que, puisque ce pouvoir rejette les fake news, il est forcément dépositaire de la vérité et de l'honnêteté »[13].

L'intervention de l'État est également questionnée. Pour Eugénie Bastié, « ce n’est pas à l’État de lutter contre le complotisme, mais chaque citoyen ». Pour le maire de Cannes David Lisnard, l'État doit se concentrer sur « le niveau de l'instruction publique, l'apprentissage de la raison critique et de l'esprit scientifique, meilleurs antidotes au complotisme »[14].

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Le , Le Journal du dimanche évoque pour la première fois la création d'une commission devant analyser « l'impact d'Internet sur notre démocratie et notre société »[15]. Puis L'Express dévoile un peu plus l'initiative présidentielle dans deux articles publiés le 27 et le [16],[17]. La commission Bronner, officiellement intitulée « Les Lumières à l'ère numérique », est lancée le 29 septembre. Il s'agit de la troisième commission mise en place par Emmanuel Macron durant le quinquennat[18].

La commission a tenu sa première réunion le [14]. Gérald Bronner et Laurent Cordonier travailleront à temps plein pour la commission. Tous les membres se réuniront une à deux fois par semaine[8]. La commission procèdera à des auditions : grands acteurs français du monde numérique, experts sur la question de la régulation algorithmique[17], médias[8], juges et magistrats[19], etc. Pour plus de transparence, les auditions seront filmées[8]. Le rapport est rendu public le 11 janvier 2021[20] et communiqué à chaque personne candidate à l'élection présidentielle[17]. 150 auditions et contributions ont été réalisées[21]. Il présente de manière synthétique l'état des connaissances de la désinformation à l'ère du numérique et propose 30 recommandations de moyens de lutte.

Composition[modifier | modifier le code]

La commission est composée initialement de quatorze personnes (sept hommes et sept femmes) et présidée par Gérald Bronner. Le Progrès a annoncé à tort la présence du sénateur Patrick Chaize au sein de la commission Bronner[22]. Il a juste assisté au lancement de la commission[23].

La composition de la commission est vivement critiquée. Outre Guy Vallancien qui démissionne le et n'est pas remplacé, l'absence de juriste ou d'experts du droit est critiquée d'autant que la commission a comme mission de faire des recommandations juridiques[24].

Membres de la commission[modifier | modifier le code]

Gérald Bronner en 2018.
  1. Gérald Bronner, sociologue, membre du conseil scientifique de Conspiracy Watch[25] et du conseil d'administration de la Fondation Descartes[26] et rédacteur au Point[27]
  2. Roland Cayrol, politologue et directeur de recherche associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF)[28]
  3. Laurent Cordonier, chercheur en sciences sociales à la Fondation Descartes
  4. Frédérick Douzet, professeure de géopolitique à l'Université Paris-VIII et membre du conseil scientifique de la Fondation Descartes[29]
  5. Rose-Marie Farinella, ancienne journaliste, professeure des écoles, spécialisée dans l'analyse des infox[30]
  6. Aude Favre, journaliste et créatrice de la chaîne YouTube Aude WTFake
  7. Jean Garrigues, historien, professeur à l’université d’Orléans, président du Comité d’histoire parlementaire et politique et rédacteur à Franc-Tireur[31]
  8. Rahaf Harfoush, consultante en stratégie, écrivaine et membre du Conseil national du numérique
  9. Rachel Khan, actrice, écrivaine, juriste et rédactrice à L'Express et Franc-Tireur[32]
  10. Anne Muxel, directrice de recherches en sociologie et en science politique au CEVIPOF[33], directrice du domaine Défense et société de l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM) et membre du conseil d'administration de la Fondation Jean Jaurès
  11. Rudy Reichstadt, directeur de l'Observatoire du complotisme (association éditrice du site Conspiracy Watch) et rédacteur à L'Express et Franc-Tireur[32]
  12. Iannis Roder, professeur agrégé d'histoire en Seine Saint-Denis, président de l’Observatoire du conspirationnisme (association éditrice du site Conspiracy Watch)[34] et directeur de l'Observatoire de l'éducation de la Fondation Jean Jaurès
  13. Bertrand Warusfel, professeur de droit à l'Université Paris-VIII et avocat.
  14. Annette Wieviorka, historienne, spécialiste de l'histoire et de la mémoire de la Shoah

Guy Vallancien[modifier | modifier le code]

Le , Guy Vallancien est désigné membre de la commission « Les Lumières à l'ère numérique »[35]. La présence de l'urologue et membre du conseil scientifique de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques est vite critiquée. La pneumologue Irène Frachon, lanceuse d'alerte de l'affaire du Mediator, publie une tribune dans Le Monde où elle qualifie Guy Vallancien de « fer de lance d'une nébuleuse de médecins (...) qui, depuis des années et sans vergogne, tentent de (...) nier la gravité du drame humain causé par le Mediator », et déplore sa participation à la commission, estimant qu'elle ne fera que « creus[er] un peu plus le fossé entre beaucoup de nos concitoyens et les élites qu'ils critiquent, à tort ou parfois à raison »[36],[37]. Outre l'affaire du Mediator, l'affaire dite du charnier de Paris-Descartes est évoquée. Guy Vallancien dirigea le Centre du don des corps de l'université de Paris-Descartes au moment des faits. Enfin, le médecin venait d'écoper le 11 juin d'un blâme de la part de l'Ordre des médecins pour avoir rédigé un certificat médical « mensonger »[38]. La commission décide le de maintenir Guy Vallancien dans ses rangs[39]. Mais les critiques se poursuivant, Guy Vallancien démissionne trois jours plus tard tout en dénonçant l'« honteuse campagne de dénigrement ignoble et mensonger »[40].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Caroline Sallé, « Le CSA, les fake news et la présidentielle », sur Le Figaro, (consulté le )
  2. « Emmanuel Macron installe une commission sur le complotisme présidée par le sociologue Gérald Bronner », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. « Régulation numérique européenne : La France veut aboutir en 2022 », sur CB News (consulté le )
  4. Dominique Desaunay, « Union européenne: un nouveau code des bonnes pratiques contre la désinformation en ligne », sur RFI, (consulté le )
  5. Arnaud Bélier, « Traiter le complotisme par le mépris ou la censure ne suffit pas : c’est même « une erreur » », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  6. #LeBrief, « CNNum : « Récits et contre-récits. Itinéraire des fausses informations en ligne » », sur www.nextinpact.com, (consulté le )
  7. Ingrid Vergara, « Fausses informations : le CNNum veut nourrir le débat avant la présidentielle en France », sur Le Figaro (consulté le )
  8. a b c et d Juliette Pousson, « Complotisme et désinformation : c’est quoi cette commission contre les fake news lancée par Macron ? », sur leparisien.fr, (consulté le )
  9. « « Les Lumières à l'ère numérique » : lancement de la commission Bronner. », sur elysee.fr, (consulté le )
  10. Eugénie Bastié, « Lutter contre le complotisme : rôle de l'Etat ? », sur CNEWS (consulté le )
  11. Youness Bousenna, « Commission Bronner : et si on surestimait l'importance du complotisme ? », sur www.marianne.net, (consulté le )
  12. « Commission Bronner : vers un affrontement entre la raison et la liberté ? », sur fr.irefeurope.org (consulté le )
  13. « Que va faire Gérald Bronner dans cette galère ? », sur Justice au Singulier (consulté le )
  14. a et b Élisabeth Pierson, « Désinformation et complotisme : la nouvelle commission Bronner interroge », sur Le Figaro, (consulté le )
  15. « Les indiscrets », Le Journal du dimanche,‎
  16. Laureline Dupont, « Pourquoi et comment Emmanuel Macron a décidé de s'attaquer au complotisme », sur LExpress.fr, (consulté le )
  17. a b et c Laureline Dupont et Thomas Mahler, « Gérald Bronner : "La rationalité n'appartient à aucun camp en particulier" », sur LExpress.fr, (consulté le )
  18. La commission des 1000 premiers jours de l'enfant en 2019 et le rapport Blanchard Tirole en 2021.
  19. « Désinformation et complotisme : cinq questions sur la Commission Bronner, chargée de lutter contre les "fake news" », sur Franceinfo, (consulté le )
  20. Noémie Lair, « École, signalements, publicité : les recommandations du rapport Bronner pour lutter contre la désinformation », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  21. « Complotisme, infox... La commission Bronner décrypte le « chaos informationnel » », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  22. « Dangers du numérique : le sénateur Patrick Chaize intègre une commission portée par Emmanuel Macron », sur www.leprogres.fr (consulté le )
  23. Patrick Chaize, « Invité à l’Elysée, pour le lancement de la commission Bronner », sur www.patrick-chaize.fr, (consulté le )
  24. H. S., « Pourquoi la commission Bronner connaît-elle des débuts chaotiques ? », sur www.20minutes.fr (consulté le )
  25. « Newsletter du 10 janvier 2021 », sur conspiracywatch.info (consulté le ).
  26. « CA Archive », sur Fondation Descartes (consulté le )
  27. Le Point magazine, « Gérald Bronner - Journaliste du Point », sur Le Point.fr (consulté le )
  28. « Roland Cayrol | Sciences Po CEVIPOF », sur www.sciencespo.fr, (consulté le )
  29. « Scientific-Committee », sur Fondation Descartes (consulté le )
  30. « Rose-Marie Farinella, l’institutrice qui forme ses élèves à débusquer les fake news », sur Franceinfo, (consulté le )
  31. KissKissBankBank, « FRANC-TIREUR par FRANC-TIREUR », sur KissKissBankBank (consulté le )
  32. a et b Olivier Ubertalli, « Presse : « Franc-Tireur » veut être « un libelle contre les extrémismes » », sur Le Point, (consulté le )
  33. « Anne Muxel | Sciences Po CEVIPOF », sur www.sciencespo.fr, (consulté le )
  34. « Trois questions à Iannis Roder », (consulté le )
  35. M. R., « Commission Bronner sur le complotisme : face au tollé, Guy Vallancien se retire », sur LExpress.fr, (consulté le )
  36. Irène Frachon, « La composition de la “commission Bronner” sur le complotisme laisse perplexe », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  37. Fabien Leboucq et Luc Peillon, « Qu'est-il reproché au chirurgien Guy Vallancien, membre de la commission «Bronner» contre les fake news ? », sur Libération (consulté le )
  38. Anne Jouan, « Le Pr Guy Vallancien, l’urologue des stars, sanctionné par l’Ordre des médecins », sur www.marianne.net, (consulté le )
  39. Cecilia Arbona et Olivier Bénis, « Guy Vallancien reste membre de la commission Bronner contre les fake news », sur www.franceinter.fr, (consulté le )
  40. « Commission sur le complotisme : le controversé professeur Guy Vallancien annonce sa démission », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]