Cinéma en relief

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Le cinéma en relief, ou cinéma en 3D (trois dimensions) ou cinéma stéréoscopique permet de créer des images en trois dimensions, hauteur, largeur et profondeur. Les dispositifs mis en œuvre sont calqués sur le principe de la vision binoculaire naturelle de l'homme[note 1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts du cinéma en relief[modifier | modifier le code]

Dès l'invention de la photographie en 1839, on met au point des techniques de prise de vue en relief et pour observer ces vues on crée des visionneuses appelées stéréoscopes. En 1858, le physicien français Joseph d'Almeida invente le premier procédé de projection de diapositive en relief, les anaglyphes. Pour la sélection des images gauche et droite (couple stéréoscopique) on utilise deux couleurs complémentaires, le rouge et le bleu (cyan). Ce procédé à lunettes rouge et cyan est encore usité de nos jours. Le cinéma connaît la même évolution, des visionneuses à deux oculaires de type kinétoscope permettent de visualiser des images fixes puis animées, en relief.

Le premier film connu, projeté pour un public payant date du 10 juin 1915 (New York, procédé anaglyphe). Dans les années 1920, quelques films anaglyphes sont produits, Power of love (premier film de fiction), Movies of the future, etc.

C'est également dans les années 1920 que l’on propose un nouveau procédé, le Téléview. Ici le couple stéréoscopique n’est plus projeté en même temps mais de façon alternative.

En 1925, Abel Gance tourne quelques scènes en stéréoscopie anaglyphe pour son Napoléon. Ces scènes seront coupées au montage final.

En 1935, les frères Lumière tournent un remake de leur célèbre film L'Arrivée d'un train en gare de la Ciotat en relief, procédé de leur invention à lunettes jaune et mauve.

Mais c'est une autre technique qui se développe dans les années 1930. Pour la sélection des images on utilise des filtres polarisants, la projection en couleur devient possible (les anaglyphes sont plus adaptés pour le noir et blanc.) De nos jours les salles obscures ont recours à la polarisation, ainsi que les TV 3D passive.

C’est durant les années 1930 que le terme « 3D » se généralise.

Les années 1950 : Au États-Unis, pour faire revenir le public dans les salles, qui reste à la maison pour regarder la télé, on propose des films en relief (lumière polarisée). tous les genres sont représentés, comédie, drame, science fiction etc. De 1950 à 1955 plus d'une cinquantaine de films sont produits. Durant cette même période, la photographie et les bandes dessinées en 3D connaissent également un engouement sans précédent.

Dans les années 1980, le relief refait son apparition dans les salles, le temps de quelques films. L'un des plus connu est Les Dents de la mer 3.

Des perspectives nouvelles d’exploitations[modifier | modifier le code]

Un intérêt grandissant pour ce nouveau schéma d’exploitation se développe auprès des industriels de la filière. Les exploitants y voient l’occasion de dynamiser leur programmation et de l’autre côté, elle réengage un nouveau mode de création concernant la production. Par ailleurs, le surcoût du passage à la stéréoscopie pour une salle équipée en numérique, est modéré par rapport à la pellicule qui demandait deux projecteurs et deux copies. Ce surcoût est évalué à environ deux euros par billet[1] et semble accepté par les spectateurs. Le relief est un argument supplémentaire pour encourager les exploitants à s'équiper de numérique[2].

Au-delà des problématiques purement techniques, le cinéma en relief permet de nouveaux choix créatifs. Le rapport à l’image que donne à voir le cinéma en relief rend compte de perceptions nouvelles qui obligent les créateurs à repenser leurs modes de productions, à commencer par l’écriture scénaristique. Les approches peuvent largement différer. Quand certains pensent le cinéma comme moyen d’expression artistique que nous retrouvons dans l’idée d’un cinéma « Art et essai », d’autres y voient de nouvelles possibilités de divertissement susceptible de plaire à un public des salles de cinéma toujours plus grand. Ces techniques donnant la possibilité d’aller toujours plus loin dans le divertissement du spectateur happé par des images toujours plus spectaculaires qui intègrent sensations de profondeur et effets de jaillissements. Enfin certains sont partisans d'un relief volontairement « doux » voire naturaliste, qui ne heurte pas le spectateur.

Il est clair qu’aujourd’hui, le relief dans les salles de cinéma constitue un enjeu pour cette industrie. Empreint de renouveau il s’appuie sur des procédés innovants pour relancer un élan de curiosité que le cinéma tend à perdre face à l’arrivée des homes-cinéma dans les foyers. Après plusieurs rendez-vous avortés dans le passé, les conditions d’expansion du cinéma en relief semblent être au rendez-vous, du fait de la qualité technique de l'ensemble de la chaîne de production et de diffusion et de la volonté des différents acteurs d'investir dans cette filière. Les plus actifs sont les studios d'animation, qui peuvent produire à moindre coût en 3D. Dès 2007, Dreamworks, comme Disney, annonçait produire tous ses films en 3D à partir de 2009[3]. Néanmoins, les réalisations demeurent très hétérogènes, entre les super productions au relief soigné, dont « Avatar » de Cameron est l'archétype, et les œuvres mineures qui ne sont pas sauvées par un relief bâclé. Le risque est dans une lassitude rapide du public, la désaffection s'expliquant par une qualité inégale du relief mais aussi par le prix des billets [4].

Techniques de projection[modifier | modifier le code]

Techniques de projection en relief argentique[modifier | modifier le code]

Plusieurs techniques ont été utilisées pour la projection en relief de film sur pellicule. On a longtemps utilisé deux caméras standards (monoscopique) couplées côte à côte avec une distance entre les deux objectifs proche de celle de nos deux yeux (base stéréoscopique). En salle, deux projecteurs, également couplés et synchronisés envoient les deux images du couple stéréoscopique sur la même surface d’écran. La mise en œuvre de ce dispositif n’est pas facile mais il a l’avantage d’utiliser du matériel standard et donc déjà existant.

Dans les années 1950, on a l’idée de positionner, en post-production, les deux images issues des deux appareils de prise de vue sur un seul et même film (système monobande). Les deux images du couple sont placées côte à côte ou l’une au-dessus de l’autre. Devant l’objectif du projecteur unique on place un instrument optique à prisme et/ou à miroir afin de superposer les deux images sur l’écran. La désynchronisation devient impossible.

Les productions des années 1980 sont tournées avec le procédé ARRIVISION 3D. Un bi-objectif spécial placé sur une caméra permet d’enregistrer sur la pellicule argentique les deux images du couple (l’une au-dessus de l’autre). À la projection ce même objectif superpose les deux vues à l’écran. S’il existe plusieurs méthodes pour observer des images en relief, stéréoscope, projection etc., elles doivent toutes permettre à l’œil gauche de ne voir que l’image de gauche, et pas la droite et à l’œil droit de ne voir que l’image de droite et pas la gauche. Ceci est la règle d’or de la stéréoscopie. La couleur des anaglyphes, le recours à la lumière polarisée, l’obturation alternée ont pour mission de respecter cette règle d’or.

A noter que dans les années 1940 des techniques de film en relief sans lunettes ont vu le jour (écran à réseau lenticulaire) et des salles spéciales ont été construites.

Techniques de projection en relief numérique[modifier | modifier le code]

En attendant des procédés autostéréoscopiques (sans lunettes) performants, peu coûteux et faciles à mettre en œuvre, le cinéma numérique en 3Dimensions s'appuie actuellement sur deux systèmes: le tout séquentiel et la projection séquentielle et en lumière polarisée (mixte).

L'enregistrement électronique d'une image ne peut se faire de façon instantanée comme sur un support photosensible. Il se fait pixel par pixel, ligne par ligne. De ce fait l'enregistrement des deux vues du couple stéréoscopique ne peut se faire simultanément, il se fait de façon alternative(séquentielle).

Le tout séquentiel (XpanD).

Si les deux vues, gauche et droite, du couple ne sont pas enregistrées simultanément, elles ne seront pas affichées simultanément sur l'écran mais successivement, l'une après l'autre.

Les lunettes sont à occultation alternée. Les verres de ces lunettes sont à cristaux liquides. Celui-ci est transparent mais sous l'action d'une impulsion électrique il devient noir, opaque (comme dans les montres à affichage digital). Ces lunettes sont synchronisées au projecteur grâce à une liaison sans fil à infrarouge. Le cristal liquide de chaque verre devient opaque alternativement, occultant tour à tour l’œil gauche et l’œil droit selon l'image qui apparaît à l'écran. Comme ces lunettes réagissent à une action, elles sont dites "actives" en opposition avec les lunettes passives (à filtre polarisant, anaglyphe, etc..)

Inconvénients: Ces lunettes, à électronique embarquée, sont lourdes et chères.

Avantages: Un écran standard est suffisant. Perte de luminosité moins importante qu'en polarisé. Angle de vision par rapport à l'écran plus grand.

Le " tout séquentiel " est principalement réservé aux parcs d'attraction où l'on peut investir dans des lunettes actives complexes (parfois ces lunettes sont de véritables casques, permettant une vision latérale accrue, bien utile avec les écrans hémisphériques qui enveloppent le spectateur).

La projection mixte, séquentielle et polarisée (RealD).

Nous avons toujours une prise de vue et une projection séquentielle, mais ici cette particularité n'est pas exploitée.

La grande vitesse de l'alternance et la persistance rétinienne donnent l'illusion que les deux vues du couple sont projetées simultanément , c'est-à-dire que sans lunettes, on voit en permanence deux images à l'écran. Partant de là, le film peut être visionné selon le principe de la lumière polarisée. Dans ce cas, un filtre polarisant électronique est nécessaire à la sortie du projecteur numérique. Alternativement, ce filtre change de sens de polarisation suivant l'image qui sort du projecteur. Côté spectateur, de simples lunettes polarisantes passives sont nécessaires. Les productions actuellement visibles dans les salles obscures exploitent cette mixité. Avatar et consort utilisent ce principe.

Inconvénients: Nécessite un écran métallisé entraînant une perte de luminosité qui s'ajoute avec la perte due aux filtres des projecteurs et aux filtres des lunettes. Angle de vision assez restreints par rapport à l'écran.

Avantages: Lunettes passives légères et peu coûteuses.(polarisation circulaire).

Il est à noter que tout film peut donc facilement être exploité soit selon le principe du "tout séquentiel " ou celui de la projection mixte. On peut même envisager une projection anaglyphe à partir d'un film séquentiel. On installe un filtre électronique devant l'objectif du projecteur. Quand l'image gauche sort du projecteur, le filtre devient bleu et quand l'image droite sort, le filtre devient rouge et ainsi de suite.

Une troisième technique de projection est parfois utilisée:

C'est le procédé à filtres interférentiels ou Dolby 3D[5] qui reprend le procédé Infitec : on utilise des longueurs d'onde particulières de rouge, vert et bleu pour l'œil droit et des longueurs d'onde différentes de rouge, vert et bleu pour l'œil gauche. Une roue équipée de filtres interférentiels (correspondant aux 3 couleurs primaires pour chaque œil) tourne rapidement devant le projecteur. Des lunettes équipées de filtres interférentiels sont portées par les spectateurs, ne laissant passer pour chaque œil que les longueurs d'onde qui lui sont destinées.

D'autres procédés de cinéma en relief reprennent ou améliorent l'une des trois techniques précédentes, on peut citer :

  • 3D MasterImage[6] et Sony 3D[7] reprennent le système à polarisation de RealD, en l'améliorant soit avec un filtre polarisant rotatif (3D MasterImage), soit une double optique de projection avec des puces numériques de taille double (Sony 3D).

Un pionnier de la projection relief au cinéma, dépositaire de nombreux brevets est Imax :

  • IMAX 3D[8] : indépendamment de la technique d'enregistrement et de reproduction des images, propre à l'IMAX, l'IMAX 3D utilise deux techniques 3D suivant les salles, soit les lunettes à cristaux liquides (le tout séquentiel), soit le système à polarisation (projection mixte) (IMAX du Gaumont Disney-Village, à Marne la Vallée et IMAX du Pathé Quai d'Ivry). Les lunettes sont plus grandes que dans les autres systèmes, à cause de la taille plus importante des écrans.

Contenus en relief[modifier | modifier le code]

Films en relief[modifier | modifier le code]

À gauche une paire de lunettes RealD 3D obtenue lors de la présentation du film Resident Evil: Afterlife, puis à droite une paire de lunettes MasterImage obtenue lors de la présentation du film Toy Story 3.
Article connexe : Catégorie:Film en relief.

Spectacles ou documentaires en relief[modifier | modifier le code]

Courts métrages en relief[modifier | modifier le code]

  • Puzzle de Sebastien Loghman produit et projeté en mai 2010 avec l'aide de La Géode et Binocle pour les 25 ans de La Géode
  • Jour à jour, j1 de Jean-Claude Flaccomio produit par Wego Productions est projeté au Gaumont en 2011 ainsi qu'à Cannes et en festivals internationaux. J1 est le premier opus d'une série de 7 épisodes en 3D relief stéréoscopique et 2D pour laisser le choix aux spectateurs d'apprécier le film dans ses deux supports de diffusion, une première en France[9]
  • La Revole de Dominique Benicheti (film de 17 minutes en relief tourné en stéréovision en 1999, qui existe en format 70 mm). D. Benicheti (1943-2011) était un réalisateur et technicien exceptionnel spécialiste des formats spéciaux. Il a tourné cette comédie musicale La Revole (avec Bernard Pivot, Paul Bocuse et Christian Marin entre autres) pour le musée Duboeuf, musée du Beaujolais (incluant la salle de cinéma en relief). Revole signifie la fête de fin des vendanges en Beaujolais. Benicheti avait aussi réalisé Le Prix de la liberté en 1994, un film de 18 minutes tourné en 360 degrés et 70 mm projeté sur 9 écrans dans la salle circulaire du musée du Débarquement d'Arromanches et qui eut 4 millions de spectateurs. Il est plus connu pour son long métrage documentaire Cousin Jules (1970) en techniscope et son stéréo.

Clips en relief[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La stéréoscopie : du grec, stéréos qui signifie « solide », ferme, impliquant une idée de volume, de relief et skopein qui veut dire observer. La stéréoscopie désigne l’ensemble des activités liées à l’image en relief, prise de vue, montage, restitution etc.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]