Théorie des signatures

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Sanguisorba officinalis, la grande pimprenelle. Son nom latin vient de la couleur rouge des fleurs, qui faisait croire à sa capacité d'absorber le sang. En réalité, ses propriétés hémostatiques seraient dues à la présence d'une concentration élevée de tanins dans les racines
Représentation de la pulmonaire dans le Phytognomonica de Jean-Baptiste Porta, évoquant la disposition du cœur et des poumons
Les trois lobes des feuilles d'Hepatica nobilis, ainsi que la teinte rougeâtre de la face inférieure, évoquent le foie, et ont longtemps fait croire que cette plante étaient efficace dans le traitement des affections de cet organe, d'où son nom

La Théorie des signatures ou principe de signature est une méthode empirique d'observation du monde des plantes médicinales répandue en Europe, de l'Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle, selon laquelle la forme et l'aspect des plantes est à rapprocher de leurs propriétés thérapeutiques. Elle repose sur le principe similia similibus curantur "les semblables soignent les semblables"[1]. Ce concept relevant de l'alchimie a été repris par de nombreux médecins, chirurgiens et botanistes. Elle fut professée par Théophraste, Otto Brunfels, Paracelse, Leonhart Fuchs, Giambattista della Porta ou Nicholas Culpeper[2].

Cette théorie constitue un élément important de la médecine médiévale.

Historique[modifier | modifier le code]

Au XXXVIe siècle avant J.C. on croyait ainsi que tout l'art de la médecine consistait à utiliser des médicaments ressemblant aux organes malades. C'est ainsi que les haricots servaient à soigner les affections rénales, que les vers luisants entraient dans la composition des collyres, qu'on usait de boutons de rose pour les maux de tête et de racines pour les cors aux pieds[3].

Dioscoride est un des premiers à véhiculer cette idée, au Ier siècle av. J.-C. Il décrit notamment les effets de la pulmonaire dans le traitement des affections respiratoires, qu'il relie à l'aspect des feuilles, évoquant les alvéoles des poumons. Un autre exemple est celui de l’Hermodacte, ou « Doigt de Mercure », une mystérieuse racine[4], dont la forme évoque celle des doigts, et qui était utilisée pour les affections des membres, et, de manière générale, des articulations, notamment pour la goutte, ainsi que le décrit Henri de Mondeville (1260 † 1320) : « Hermodactylus en grec, Doigt de Mercure, Colchicon, en arabe Surandjan ; on dit qu'il est le Thériaque des articulations ».

L'idée de la signature a été reprise durant la Renaissance par Paracelse, et séduisit de nombreux auteurs de l'époque, entraînant une multiplication des Tractatus de Signaturis, plus ou moins sérieux. Selon les alchimistes, le principe de signature relève d'une notion d'équilibre astral. L'un des plus fervents suivants de cette théorie est Jean-Baptiste Porta (1539 † 1615), auteur d'un Phytognomonica qui décrit longuement les analogies repérées entre le règne végétal et le règne végétal, et les conséquences qu'il convient d'en tirer quant à leurs applications.

Le principe de signature se révèle, bien souvent, erronée, et la plupart de ses applications, sont, à l'instar de l'hermodacte, inefficaces, voire dangereuses, si l'on considère la possibilité que les bulbes de colchiques aient bien été utilisées en ce sens. Cependant, il arrive que par coïncidence, des applications thérapeutiques réelles soient découvertes par ce biais, comme les propriétés expectorantes de la pulmonaire, ou encore les propriétés hémostatiques de la pimprenelle (Sanguisorba officinalis, du latin, « qui absorbe le sang »), supposée dès l'Antiquité de par la couleur rouge foncé des fleurs

Analyse[modifier | modifier le code]

Cette théorie est en contradiction avec une pensée moderne[Laquelle ?] selon laquelle des formes imprimées dans des organismes différents et biologiquement éloignés, même avec une certaine ressemblance, serait le fruit du hasard[5]. Toutefois, un courant « spiritualiste » d'observation des phénomènes a persisté jusqu'à nos jours, selon lequel la vision que nous avons du monde nous permet d'entrevoir sa nature essentielle. Un représentant récent de cette tendance est l'écrivain allemand Ernst Jünger.

Exemple[modifier | modifier le code]

Les feuilles tachetées de la pulmonaire évoquaient la forme des alvéoles pulmonaires pour les anciens, qui l'utilisaient comme traitement des pathologies respiratoires

L'intérieur comestible d'une noix, de par sa ressemblance avec le cerveau humain, va lui être associée par la théorie des signatures. L'analyse moderne a révélé que la noix est riche en sérotonine, neurotransmetteur indispensable au fonctionnement de nombreuses fonctions cérébrales[2]. De même pour la pulmonaire dont les taches rappellent celles des poumons, la capillaire.

Au XVIIIe siècle le pasteur Edward Stone fait le raisonnement suivant : le saule blanc a les pieds dans l'eau et n'a pas de fièvre, ce que ressentirait un humain dans le même cas[6][réf. insuffisante]. Il doit détenir une substance qui combat la fièvre. Cette substance doit se trouver à l'extérieur du saule pour le protéger du froid. Effectivement, il extrait de l’écorce du saule de l'Acide salicylique, autrement dit de l'aspirine. Les indiens d’Amérique du sud avaient tenu un raisonnement similaire en considérant que le saule étant très souple, il devait contenir une substance qui combat l'arthrite source de " non souplesse". Les problèmes de cœur surviennent lorsque l'on est en altitude. Il doit donc exister en altitude une plante qui soigne les problèmes de cœur. Effectivement, la digitale qui pousse en altitude, et dont la fleur ressemble un peu à un cœur contient une substance qui soigne les problèmes de cœur.

La théorie des signatures est à manipuler avec précaution : si la connaissance des plantes médicinales est issue d'une pratique empirique, il a peut-être fallu des siècles d'expériences aux chamanes et autres guérisseurs pour la maîtriser.

Des missionnaires jésuites en Amérique du sud ont autrefois (ouvrage de Nicolas Monardes (1569-1574)) utilisée la Passiflore (fleur de la passion) pour représenter la Passion du Christ auprès des indigènes (10 pétales comme les 10 apôtres restés fidèles, etc.). Certains[Qui ?] ont pu penser qu'en vertu de ces similitudes elle constituait une panacée ; elle possède effectivement certaines vertus médicinales (présence d'harmane, harmaline, divers IMAO et d'apigénine, IMAO et sédatif) mais ne constitue pas une panacée[réf. nécessaire].

Quelques espèces concernées[modifier | modifier le code]

Le latex jaune de la chélidoine lui valait sa renommée dans le traitement des ictères
  • Pulmonaria officinalis, la pulmonaire officinale : utilisée pour le traitement des affections respiratoires, pour la ressemblance de ses feuilles avec des alvéoles pulmonaires. Propriétés émollientes, expectorantes et astringentes.
  • "Hermodacte" : racine évoquant la forme des doigts, peut-être Hermodactylus, ou un colchique ; utilisée pour les affections des articulations, comme la goutte. Sans efficacité, certaines espèces qui peuvent avoir été utilisées dans ce sens sont toxiques.
  • Sanguisorba officinalis, la pimprenelle. On pensait que sa couleur rouge était due à sa capacité d'absorber le sang, d'où son nom. Elle aurait des propriétés hémostatiques.
  • Hepatica nobilis, l'hépatique à trois lobes : utilisée pour le traitement des affections du foie, en raison des feuilles au-dessous rougeâtre, à trois lobes, comme cet organe.
  • Chelidonium majus, la chélidoine : utilisée dans le traitement des ictères, à cause de la couleur de son latex. La plante présente bien des propriétés thérapeutiques, mais est également toxique.
  • Sagittaria sagittifolia, la sagittaire, étaient utilisée pour guérir les plaies occasionnée par les flèches, à cause de la forme de ses feuilles.
  • Echium vulgare, la vipérine commune, était réputée guérir les morsures de serpent, à cause de la ressemblance de la fleur avec la tête de l'animal.
  • Les plantes à latex étaient préconisées dans les problèmes de lactation.
  • Les plantes pubescentes étaient recommandées pour traiter la calvitie.
  • Les Orchis, et tout particulièrement l'Orchis bouc (Himantoglossum hircinum) étaient évoqués lors d'épisodes d'orchites, en raison de l'aspect des deux tubercules, rappelant des testicules.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Danielle Ball-Simon et Piotr Daszkiewicz, L'héritage oublié des signes de la nature, éd. Les Deux Océans, 1999.
  • Paul Fournier, Les quatre flores de France, Dunod
  • Jean-Baptiste Porta, Phytognomonica, 1560
  • Davy de Virville A., . De l'influence des idées préconçues sur les progrès de la botanique du XVe au XVIIIe siècle. In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1957, Tome 10 n°2. pp. 110-119.
  • F.V. Mérat & A.J. De Lens, Dictionnaire universel de matière médicale et de thérapeutique générale ; contenant l'indication, la description et l'emploi de tous les médicaments connus dans les diverses parties du globe, ed. J-B. Baillière, Méquignon-Mauvis, Paris, 1831

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biocontact, n°198, janvier 2010, La théorie des signatures, par Marc Lachèvre, p.62-66
  2. a et b Biocontact, n°198, janvier 2010, La théorie des signatures, par Marc Lachèvre, p.63
  3. Guy BRETON - Curieuses histoires de l'histoire - Presses de la Cité 1968, rééd. 1969, 1972, 1973 (titre initial "Antiportraits")
  4. Il s'agit peut-être d’Hermodactylus, ou d'une espèce non identifiée de colchique
  5. Biocontact, n°198, janvier 2010, La théorie des signatures, par Marc Lachèvre, p.64
  6. Émissions de Jean-Marie Pelt sur France Inter

Articles liés[modifier | modifier le code]