Pastorale (Pays basque)

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La pastorale est une pièce de théâtre chantée, montée par les habitants d'un même village sur un thème religieux ou historique.

À l'heure actuelle, c'est une des caractéristiques culturelles essentielles de la Soule. Une pastorale est organisée chaque année par une commune souletine. Les représentations se deroulent généralement le dernier dimanche de juillet et le premier dimanche d'août.


Pastorale à Camou-Cihigue le 29 juillet 2007

Histoire[modifier | modifier le code]

Essentiellement jouées en Soule, les pastorales représentent l'une des plus anciennes formes de culture du Pays basque. Elles puisent leurs origines dans le Moyen Âge, portées par la tradition orale, les premiers documents qui en font mention datant de 1750[1].

Elles étaient à l'origine jouées dans les églises, mais jugées obscènes, elles durent trouver d'autres scènes.

Depuis les années 1950, grâce au poète Pierre Bordaçarre (Etxahun-Iruri), la pastorale a été rénovée, moins dans sa forme que dans les thèmes qu'elle explore, qui se concentrent sur l'histoire du Pays basque.

À l'origine, la pastorale était annoncée le matin, lors du service religieux. Elle commençait par un défilé appelé munstra, jusqu'à la scène où l'un des participants se chargeait du pheredika initial, qui consiste en un salut à l'assistance et en une présentation du thème de la pastorale.

La pastorale proprement dite commençait alors. Les scènes étaient numérotées, afin que le public puisse suivre le déroulement de l'action, un enfant situé près des musiciens étant chargé de brandir des panneaux sur lesquels les numéros étaient inscrits.

La pastorale s'achevait par un pheredika final, consistant en un résumé du message porté par le spectacle et en un salut final.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les pastorales peuvent durer jusqu'à trois heures et présentent des danses et des chants en basque. Elles accompagnent toutes les fêtes locales, tout au long de l'année.

Caractéristiques
  • Dualisme : c'est peut-être ce qui constitue sa particularité la plus importante. Une distinction claire entre les bons et les méchants est établie. Parmi les bons on retrouve les Chrétiens (Kiristiak), les anges, les prêtres et Dieu, encore que ce dernier ne soit jamais physiquement représenté, mais interprété seulement par une voix. En revanche, les méchants sont toujours les ennemis de l'époque, les Turcs (Sarrasins) et les Turquettes, les Français, les Anglais et les "Satan", qui ponctuent la représentation de pas de danse souletine.
  • La musique : à l'origine, l'accompagnement se faisait à l'aide de chants grégoriens, durant lesquels les personnages entraient, sortaient ou se changeaient. Les instruments principaux étaient la flûte et l'atabal mais de nos jours, la présence instrumentale s'est notablement élargie: elle est désormais constituée de cuivres, violons, et les traditionnels ttun-ttun, txulule et atabala. Lors de la pastorale 2009, à Alos-Sibas-Abense, des instruments tels que violoncelle, accordéon chromatique et diatonique, violon, bouzouki, font leur apparition et vont donner une "couleur" XVe siècle à la musique.
  • La danse : elle constitue l'objet expressif principal de l'œuvre.

Les pastorales connues[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle
  • 1769 : Sauguis[1] sur le thème de Richard de Normandie ;
Au XIXe siècle
Au XXe siècle
  • 1903 : Uhart-Cize[1] sur le thème de Saint Louis ;
  • 1906 : Roquiague[1] sur le thème de Nabuchodonosor ;
  • 1912 : Esquiule[1] sur le thème de Napoléon ;
  • 1921 : Trois-Villes[1] sur le thème d'Alexandre le Grand ;
  • 1928 : Alos[1] sur le thème d'Abraham ;
  • 1936 : Tardets[1] sur le thème de Charlemagne ;
  • 1952 : Ossas[1] sur le thème d'Abraham ;
  • 1955 : Esquiule[1] sur le thème de Matalas. Cette pastorale est l'œuvre de Pierre Bordaçarré, dit Etxahun-Iruri, natif de Trois-Villes, qui créa neuf pastorales de 1953 à 1978 ;
  • 1958 : Mauléon-Licharre[1] sur le thème de Berterreche. Cette pastorale est l'œuvre de Pierre Bordaçarré. Elle retrace l'assassinat de Berterretx, conséquence de la lutte des deux familles, Beaumont et Gramont ;
  • 1967 : Mauléon-Licharre[1] sur le thème de Chiquito de Cambo. Cette pastorale est l'œuvre d'Etxahun-Irui  ;
  • 1980 Ordiarp sur le thème de Iparragirre et écrit par Etxahun-Iruri ;
  • 1982 : Pagolle sur le thème de Pette Basabürü (Pette Beretter[2]) et écrit par Junes Casenave. Cette pastorale est l'œuvre de Pierre Bordaçarré ;
  • 1983 : Ossès et Trois-Villes sur le thème de Pette Basabürü et écrit par Junes Casenave ;
  • 1984 : Chéraute sur le thème de Aimunen lau semiak et écrit par Arotcharen et Dalgalarrondo ;
  • 1985 : Musculdy sur le thème de A. d'Oihenart et écrit par Allande Agergarai ;
  • 1986 : Barcus sur le thème de Etxahun Koblakari et écrit par Etxahun-Iruri
  • 1988 : Ordiarp[1] sur le thème d'Agosti Xaho et écrit par Jean-Mixel Bedaxagar ;
  • 1989 : Alçay et Lacarry sur le thème de Zumalakarregi et écrit par Junes Casenave ;
  • 1990 : Mauléon sur le thème de Abadia Urrustoi et écrit par Jean Louis Davant ;
  • 1991 : Musculdy sur le thème de Harizpe et écrit par Pier Paul Berzaitz ;
  • 1991 : Larrau[1] sur le thème de Xalbador ;
  • 1992 : Sainte-Engrâce sur le thème de Santa Kruz et écrit par Junes Casenave ;
  • 1993 : Gotein-Libarrenx sur le thème de Eüskaldünak Iraultzan et écrit par Jean Louis Davant ;
  • 1994 : Saint-Just-Ibarre sur le thème de San Mixel Garikoitz et écrit par Junes Casenave ;
  • 1995 : Roquiague sur le thème de Aguirre Presidenta et écrit par Jean Louis Davant ;
  • 1996 : Garindein sur le thème de Sabin Arana Goiri et écrit par Allande Agergarai ;
  • 1997 : Tardets sur le thème de Atharratze Jauregian et écrit par Pier Paul Berzaitz ;
  • 1997 : Tardets[1] sur le thème de Charles de Luxe ;
  • 1998 : Barcus sur le thème de Herriko Semeak et écrit par Patrick Queheille ;
  • 1999 : Alçay et Lacarry sur le thème de Agota et écrit par Junes Casenave ;
XXIe siècle 
De nos jours, une pastorale majeure se déroule chaque année dans un village différent; il arrive parfois que deux villages jouent une pastorale la même année; cela reste exceptionnel. Généralement, deux représentations sont jouées, le dernier dimanche de juillet et le premier dimanche d'août.
  • 2000 : Esquiule sur le thème de Madalena de Jaureguiberry et écrit par Pier Paul Berzaitz ;
  • 2001 : Trois-Villes et Sauguis sur le thème de Etxahun-Iruri et écrit par Roger Idiart ;
  • 2001 : Chéraute sur le thème du Xiberoko Makia (Le maquis de Soule) et écrit par Jean Louis Davant ;
  • 2002 : Aussurucq sur le thème de Ürrüti Jauregiko Peirot et écrit par Niko Etxart
  • 2003 : Idaux-Mendy[1] sur le thème de Ramuntxo et écrit par Pier Paul Berzaitz ;
  • 2004 : Mauléon[1] sur le thème de Antso Handia et écrit par Jean Louis Davant ;
  • 2005 : Licq-Athérey sur le thème de Bereterretx et écrit par Pier Paul Berzaitz ;
  • 2006 : Sainte-Engrâce sur le thème de Santa Grazi et écrit par Junes Casenave ;
  • 2007 : Camou-Cihigue sur le thème de Eñaut d'Elissagaray et écrit par Junes Casenave. Cette pastorale demanda six mois de préparation, regroupant 70 acteurs, parmi les 106 habitants du village[1], et accueillant 3 500 spectateurs ;
  • 2008 : Espès-Undurein sur le thème d'Xiberoko Jauna (Auger III de Mauléon[3]) et écrit par Jean Louis Davant;
  • 2009 : Alos-Sibas-Abense sur le thème de Belagileen Trajeria[4] et écrit par Dominika Rekalt. La pastorale relatait un épisode historique survenu il y a 400 ans, en Labourd, au cours duquel Pierre de Lancre, inquisiteur nommé par Henri IV procéda au jugement et à l'exécution de prétendues sorcières ;
  • 2010 : Barcus sur le thème de Xahakoa et écrit par Patrick Queheille ;
  • 2011 : Larrau sur le thème de Telesforo Monzón et écrit par Johañe Bordaxar ;
  • 2012 : Roquiague sur le thème de Jose Mendiague et écrit par Johañe Bordaxar ;
  • 2013 : Chéraute sur le thème de René Cassin et écrit par Jean-Louis Davant ;
  • 2014 : Garindein sur le thème de Ni, Petti Buhamea mis en scène par Mixel Arotce et écrit par Pier Pol Berzaitz ;
  • 2015 : Trois-Villes et Sauguis sur le thème de Aita Lhande et écrit par Jean Louis Davant ;
  • 2016 : Tardets sur le thème de Jean Pitrau et écrit par Pier Paul Berzaitz ;

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hérelle, Georges, Les Pastorales basques : notice, catalogue des manuscrits et questionnaire, Bayonne, imprimerie et lithographie P. Tavernier,‎ 1903, 86 p. (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t et u Gérard Moutche, Que disent les maisons basques ?, Atlantica 2010 (ISBN 978 2 7588 0177 1), pages 214 et 215.
  2. Pette Beretter était un capitaine navarrais
  3. Auger III de Mauléon (1237?-1318) fut le dernier vicomte de Soule au temps des « Rois maudits » Il combattit souvent, d'abord en faveur de la Soule, ensuite au service du royaume de Navarre.
  4. Belagileen Trajeria PASTORALA Aloze Ziboze Onize 2009

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]