Sabino Arana Goiri

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Arana.
Sabino Arana
Image illustrative de l'article Sabino Arana Goiri
Fonctions
1er président du Parti nationaliste basque
18951903
Successeur Ángel Zabala Ozamiz
Biographie
Nom de naissance Sabino Policarpo Arana Goiri
Date de naissance 26 janvier 1865
Lieu de naissance Abando, Bilbao, Espagne
Date de décès 25 novembre 1903 (à 38 ans)
Lieu de décès Sukarrieta, Biscaye, Espagne
Parti politique Parti nationaliste basque
Profession Écrivain
Religion Catholicisme

Sabino Arana Goiri, né le 26 janvier 1865 à Abando et mort le 25 novembre 1903 à Sukarrieta, est un penseur, politicien et leader espagnol et fondateur du nationalisme basque. C'est aussi un poète et bertsolari[1] de langue basque.

Biographie[modifier | modifier le code]

C'est à Sabino Arana que l'on doit certains des symboles nationaux basques - drapeau basque (ikurriña), le nom de la nation basque (Euzkadi), des prénoms basques utilisés aujourd'hui, un nombre important de néologismes (Aberri, Abertzale, etc.) et la fondation du parti nationaliste basque, EAJ-PNB.

Version originale du drapeau basque créé en 1894 par les frères Arana.

Outre son nationalisme, la pensée de Sabino Arana se distingue par son catholicisme (l'un des deux piliers de l'identité basque), son attitude anti-libérale et anti-socialiste, et accessoirement de rejet du colonialisme (surprenante en cette fin du XIXe siècle européen).

La pensée de Sabino Arana reste polémique. Certains écrits sont xénophobes à l'encontre des autres habitants de la péninsule ibérique, surtout ceux ayant émigré au pays basque, les maketos. Ses défenseurs le justifient par l'époque et le contexte. Il est influencé par les thèses raciales de son époque, mais en lui donnant un sens basque, la souche familiale ou arraza. le Pays Basque serait pour lui : " un ensemble de familles basques " (la Patria, 10 mai 1903). Dans un contexte de perte de tous les signes d'identité, perte des fueros suite aux guerres carlistes, arrivée dans la Biscaye industrielle, de nouvelles populations étrangères à la culture et à la langue basque, Sabino Arana Goiri nourrissait une crainte de perte de tous les repères basques. Les socialistes qui s'organisaient pour la première fois, en Espagne, dans les zones ouvrières de Bilbao, méprisaient la langue et la culture basque, comme des vestiges du passé, destinés à disparaître. Dans ce contexte hostile, Sabino Arana Goiri a nourri un ressentiment anti-espagnol qui fut atténué par un humanisme chrétien qui rendait Sabino, solidaire des ouvriers espagnols, exploités dans les mines de Biscaye.

Le nationalisme de Sabino Arana était, au moins initialement, biscayen. Dans son esprit, Alava et Guipuscoa (les deux autres provinces qui constituent aujourd'hui le pays basque espagnol, Euskadi) étaient deux entités distinctes de la Biscaye. Le drapeau basque (ikurriña) est, par exemple, un drapeau biscayen, Il avait dessiné des drapeaux distincts pour les autres provinces basques.

Nationaliste basque[modifier | modifier le code]

Au milieu du XIXe siècle, la société basque est confrontée au libéralisme qui prend de l'ampleur en Espagne, comme dans toute l'Europe, et notamment en France. Les Basques prennent deux fois les armes contre les libéraux espagnols à l'occasion des guerres carlistes, pour défendre leurs fueros, les institutions juridiques provinciales des Basques et leur catholicisme. En 1876, une loi espagnole supprime " les fueros ".

L'industrialisation de la Biscaye, après la seconde guerre carliste en 1876, bouleverse une société basque jusque-là rurale. C'est alors qu'émerge la figure de Sabino Arana Goiri qui va développer une vision positive de la société pré-industrielle, professe un rejet du libéralisme et un catholicisme passionné.

Fondateur du Parti nationaliste basque[modifier | modifier le code]

Statue à Bilbao.

Depuis sa création en 1895, le Parti nationaliste basque défend la doctrine abertzale (patriote). Le PNV (Partido Nacionalista Vasco) en castillan se dit EAJ (Euzko Alderdi Jeltzalea) en basque. À ce titre, la traduction basque du nom du parti est différente de sa traduction en castillan ou en français. « Euzko Alderdi Jeltzalea » signifie « parti basque des partisans du JEL » (le JEL en question étant en lui-même un acronyme de Jaungoikoa Eta Lege zaharrak) ce qui en français signifie : « Dieu et les lois traditionnelles », Le drapeau basque ou ikurriña est également une transcription graphique de l'acronyme JEL, avec la croix verte de St André évoquant le Lege Zaharra (Loi Traditionnelle), en référence à un bataille mythique remportée par les Biscayens contre les Castillans pour préserver leurs lois traditionnelles. Cette victoire eut lieu un jour de St André. La couleur verte est une référence directe à l'arbre de Gernika, symbole des libertés biscayennes et basques. La croix blanche est une référence directe au catholicisme, le Jaungoikoa (Dieu). A noter que dans la hiérarchie sabinienne, le peuple symbolisé par le rouge édicte ses propres lois, dans le respect des valeurs catholiques.

Néanmoins, Sabino Arana Goiri n'a pas défendu une vision traditionaliste de la nation basque. Sa devise : " atzokoan finkatuz, gaur biharkoa eraikiz ", " en se basant sur le passé, impulser aujourd'hui l'avenir ". Pour Sabino Arana Goiri, il ne s'agit pas de reproduire le passé, mais de l'interroger pour construire l'avenir.

Le premier nationalisme défensif prôné par Sabino Arana Goiri a très rapidement évolué, grâce à l'ouverture progressive de Sabino lui-même. Dès 1899, EAJ-PNB se lie à une société culturelle " Euskalherria " très influente à Bilbao, dirigée par M. De la Sota, un industriel bascophile qui permettra à EAJ-PNB de s'implanter rapidement dans cette ville et dans les zones alentours. EAJ-PNB demeure un parti nationaliste abandonnant ses références raciales et ouvert au milieu économique local. Dans les années 30, EAJ-PNB devient un parti démocrate-chrétien qui au nom d'un humanisme chrétien rejette le soulèvement franquiste catholique.

Aujourd'hui, les deux piliers d'EAJ-PNB : le Jaungoikoa relate un projet de société démocrate, non religieux, issu de l'humanisme chrétien européen et le Lege Zaharra, la nation basque est basée sur la capacité des Basques, à maîtriser leur destin, en fonction d'un " esprit basque des lois " et des besoins humains actuels. Cette nation est évidemment aujourd'hui ouverte et composée de Basques d'adoption ou d'origine sans hiérarchie entre eux.

L'idéologie initiale a évolué en fonction des dirigeants successifs et l'évolution des idées.

L'idée principale de Sabino Arana Goiri fut de distinguer les peuples (races[2]) basque et latins et de plaider pour l'indépendance politique du premier. Le génie de Sabino Arana Goiri fut d'adapter la nation moderne du XIXe siècle, basée sur la souveraineté du peuple, au cas basque. En 1897, il appela de ses vœux l'union des Basques « pour le salut de la patrie commune, c'est-à-dire de la race elle-même ». Il créa le néologisme Euzkadi pour désigner cette nation basque réunissant des peuples vivant dans des territoires ayant jusqu'alors connu des destinées relativement séparées mais parallèles, et, pour rompre avec le vocabulaire de l'Ancien Régime, il parla de « guerre de conquête » contre Euzkadi, de « lois basques » (et non plus de fors), et enfin d'« indépendance ». Ainsi, l'Espagne devint, pour la première fois, une puissance étrangère dont il fallait se séparer. Ce qui fut interprété par ses sympathisants comme un progrès fondamental du peuple basque, qui, enfin, osait reconnaître sa différence.

Sabino Arana condamne fortement le colonialisme sous toutes ses formes — alors qu'en même temps un homme de gauche convaincu, républicain et laïc, comme Jules Ferry, le soutient —, prend fait et cause en faveur des Hottentots d'Afrique du Sud, et félicite les États-Unis pour l'indépendance de Cuba. Rejetant le libéralisme, il inspire la fondation du syndicat basque ELA-STV.

Créateur du principal Parti nationaliste basque qui présidera les différentes communautés autonomes basques de 1936 et 1979, le rôle de Sabino Arana a été déterminant dans l'émergence d'un nationalisme basque et démocrate.

Sur les pas d'Augustin Chaho[modifier | modifier le code]

Le nationalisme basque émerge en 1895, à une époque où la crispation nationaliste des anciennes grandes puissances d'Europe est bien entamée : la France et le Royaume-Uni continuent à étendre leur empire colonial, l'Italie et l'Allemagne viennent de terminer leur unification respective, l'Autriche-Hongrie, la Russie et l'Empire ottoman vivent encore les dernières années de leur domination sur l'Europe de l'Est. Et l'Espagne libérale tente vainement d'imposer son modèle centraliste aux peuples périphériques de la péninsule Ibérique.

Si on peut reconnaître à Sabino Arana Goiri le titre d'inspirateur du nationalisme basque, il faut reconnaitre que l'abertzalisme n'est pas né de rien. Le terme d'abertzale est un néologisme forgé par Sabino Arana Goiri lui-même pour désigner son mouvement. Parmi les Basques qui ont participé à l'éveil du nationalisme ou abertzalisme basque se trouve un Souletin : Augustin Chaho.

À la différence des frères Arana Goiri, Chaho est un homme de gauche, républicain, partisan de la laïcité, qui adhéra aux idées socialistes dès leur apparition et fut le premier à parler de la construction du Pays basque dans le cadre de l'Europe, à la même époque que l'idée des « États-Unis d'Europe » chère à Victor Hugo.

En dépit de la fougue d'Augustin Chaho, et de sa modernité sur bien des points, son combat reste isolé et s'éteint avec lui. Personne ne poursuit son œuvre. Ce sont bien les frères Arana Goiri et notamment Sabino, qui passe une partie de son enfance entre Hendaye et Bayonne, qui lancent le mouvement de libération nationale basque à la fin du XIXe siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Poésies
Théâtre
  • Libe, 1935, Verdes Atxirika

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (eu) 184 bertsoak de Sabino Arana Goiri
  2. Au XIXe siècle, le terme de « race » était couramment employé en Europe pour désigner les peuples.