Labourd
Le Labourd (Lapurdi en euskara, la langue basque) est la province la plus occidentale du Pays basque français (ou Iparralde en basque). Il fait partie de l'arrondissement de Bayonne, département des Pyrénées-Atlantiques.
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Géographie [modifier]
Les limites du Labourd [modifier]
Le Labourd est délimité par :
- l'Adour et la Gascogne au nord (département des Landes).
- le golfe de Gascogne à l'ouest
- la Basse-Navarre à l'est
- le Guipuscoa (Basse Bidassoa) et la Communauté Forale de Navarre (Baztan, Bortziriak) au sud.
Division territoriale selon l'Académie de la langue basque [modifier]
Depuis 1999, l'Académie de la langue basque ou Euskalzaindia divise le territoire du Labourd[1],[2] selon les recommandations du comité de sa commission d'onomastique[3]. D'autres organisations et institutions telles que l'Eurocité basque Bayonne - San Sebastián[4] ou Gaindegia[5] utilisent cette division géographique pour réaliser des statistiques ou les commenter[6]. Certains regroupements communaux correspondent simplement aux anciennes divisions cantonales françaises. Par exemple, Lapurdi Itsasegia correspond au canton de Saint-Jean-de-Luz dans les années 1970[7].
- Baiona-Angelu-Biarritz (Bayonne-Anglet-Biarritz) : Anglet, Bayonne, Biarritz, Boucau[8].
- Lapurdi Beherea (Bas-Labourd) : Lahonce, Mouguerre, Saint-Pierre-d'Irube, Urcuit, Villefranque[9].
- Lapurdi Ekialdea (Labourd-Est) : Bardos, Bonloc, Briscous, Guiche, Hasparren, Macaye, Mendionde, Urt[10].
- Lapurdi Erdialdea (Labourd-Centre) : Ahetze, Arbonne, Arcangues, Bassussarry, Halsou, Jatxou, Larressore, Saint-Pée-sur-Nivelle, Ustaritz[11].
- Lapurdi Garaia (Haut-Labourd) : Ainhoa, Cambo-les-Bains, Espelette, Itxassou, Louhossoa, Sare, Souraïde[12].
- Lapurdi Itsasegia (Côte du Labourd) : Ascain, Bidart, Biriatou, Ciboure, Guéthary, Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Urrugne[13].
Climat et relief [modifier]
Le Labourd connaît un climat océanique doux (températures moyennes : 4 à 12° en hiver, 16 à 24° en été).
Son relief est fait de collines, dont l'altitude augmente vers l'est et le sud (contreforts des Pyrénées). Les montagnes sont de faible altitude : la Rhune, point culminant du Labourd, ne fait que 905 mètres. La région du Bas-Adour est quant à elle plate (plaine des Landes de Gascogne).
Les 4 fleuves et rivières principaux qui le parcourent sont :
- l'Adour (Aturri en basque)
- la Nive (Errobi en basque)
- la Nivelle (Urdazuri en basque)
- la Bidassoa (Bidasoa en basque)
Géographie historique : province de Labourd et Labourd contemporain [modifier]
En ce début de xxie siècle, tant les documents cartographiques et les bases de données[14] que les représentations mentales de la large majorité de la population [15] intègrent Bayonne et Boucau au Labourd. Si on se réfère à la province historique du Labourd, Bayonne en est en un sens disjoint -au moins depuis 1193, date où Richard Ier d'Angleterre (en sa qualité de duc d'Aquitaine) achète au vicomte de Labourd ses droits sur Bayonne[16].
Si on définit la province de Labourd par sa coutume, il faut en exclure d'une part Bayonne, d'autre part Saint-Esprit et Boucau : la première a sa propre coutume, les deux autres, landaises jusqu'en 1857, connaissent la coutume de Dax[17]. On obtient les mêmes limites si on s'intéresse au ressort de son assemblée représentative, le Biltzar (du moins à partir de 1763, date à laquelle Urt, Bardos et Guiche y sont réintégrées[18]).
Sur la carte ci-dessus, le ressort de la coutume du Labourd (qui est aussi celui du Biltzar) figure en jaune, celui de la coutume de Bayonne (la ville de Bayonne au sud de l'Adour) en vert, celui de la coutume de Dax (Boucau et Saint-Esprit) en bleu.
La carte des subdivisions judiciaires est plus complexe. La plus grande partie du territoire (en jaune clair sur la carte ci-dessus) constitue le bailliage du Labourd, attesté depuis 1247[19], dont le siège est à Ustaritz ; il dispose d'un bailli d'épée. Pourtant le bailliage du Labourd, intégré ultérieurement à la sénéchaussée des Lannes, ne constitue qu'une partie d'une sénéchaussée secondaire dont le siège est à Bayonne (sur la carte, la sénéchaussée de Bayonne est la réunion du bailliage du Labourd et de Bayonne, représenté en jaune plus foncé)[20]. À cette situation complexe s'ajoutent les situations plus simples de Saint-Esprit et Boucau (en bleu foncé sur la carte), qui appartiennent à la sénéchaussée de Tartas[21] et des trois paroisses d'Urt, Bardos et Guiche (en bleu clair sur la carte), qui sont rattachées à la sénéchaussée de Came[22].
Superficie et population [modifier]
En incluant Bayonne et Boucau, sa superficie est de 858 km²[23], soit environ 4 % de la surface totale du Pays basque (nord et sud), et sa population de 205 000 habitants, ce qui en fait la plus peuplée des trois provinces d'Iparralde. Si on se refuse à inclure ces deux villes dans le Labourd, la population est d'approximativement 152 000 habitants[24].
Villes et villages [modifier]
Le Labourd comprend une quarantaine de communes. On en trouvera la liste, annotée, à l'article Liste des communes du Labourd.
Histoire [modifier]
Les terres du Labourd, limitées au nord par l'Adour, sont géographiquement et historiquement liées à la mer. C'est, en partie, un territoire arraché à l'océan par l'accumulation de grands dépôts quaternaires, où s'installèrent les Vascons. Après une période d'occupation romaine superficielle, ils parviendront à constituer ce duché de Vasconie qui fut pratiquement indépendant et dont l'un des derniers porteurs du titre, Eudes, lutta contre les Sarrasins, lors de la fameuse bataille de Poitiers.
La mer a joué un rôle primordial dans l'évolution historique de cette région. On attribue à Bayonne le rôle de capitale du Labourd. Cela est vrai jusqu'au XII° siècle, date à laquelle Bayonne est détachée administrativement de sa province. La capitale historique du Labourd devient alors Ustaritz dans laquelle s'organise le Biltzar du Labourd (l'assemblée générale de tous les maires de la province du Labourd).
Après le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt, en 1152, les terres du Labourd passeront sous la dépendance de la couronne anglaise et elles seront l'objet de multiples intrigues, dont l'un des principaux protagonistes sera le fameux Richard Cœur de Lion, artisan du développement commercial et économique de Bayonne.
Cette influence anglaise dura jusqu'en 1450, quand le Labourd revint à la couronne française, après la signature du traité de paix au château d'Ayherre. En 1609, un procès des sorcières y fut mené par Jean d'Espagnet, conseiller au Conseil d'État, et Pierre de Lancre, conseiller au parlement afin de « purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l'emprise des démons.»
Héraldique [modifier]
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Les armes du Labourd se blasonnent ainsi : Parti : au premier d'or au lion de gueules tenant dans sa dextre un dard du même posé en barre, au second d'azur à la fleur de lys d'or. |
Culture et identité [modifier]
Langues parlées [modifier]
- français (langue officielle) ;
- basque ou euskara ;
- castillan, assez usité dans la zone frontalière (Hendaye…).
- gascon, parlé à Anglet, Bayonne, Biarritz, Urt, Guiche et Bardos.
La question de la « capitale » [modifier]
Au XIe siècle, alors que le Labourd est une vicomté féodale, c'est à Bayonne que siège le vicomte. C'est encore le cas jusqu'à la défaite du vicomte Pierre Bertrand face à Richard Cœur de Lion en 1174. Les vicomtes s'établissent alors à Ustaritz[25].
C'est aussi à Ustaritz que va s'établir l'institution judiciaire de la province, la cour du bailli, encore que Manex Goyhenetche, notant qu'Ustaritz n'est pas représenté sur une carte du XVIe siècle, formule l'hypothèse qu'à cette époque le siège du bailliage soit itinérant[26]. Cette institution proprement labourdine est toutefois dans une certaine mesure subordonnée à la sénéchaussée secondaire de Bayonne et c'est la juridiction de Bayonne qui traite des « cas royaux »[27], un petit nombre d'infractions pénales supposées de gravité nationale (lèse-majesté ou faux-monnayage par exemple) et reçoit certains appels de la Cour d'Ustaritz[28].
L'institution la plus originale du Labourd, le Biltzar, siège quant à elle à Ustaritz à partir de 1643[26].
Cet ensemble de circonstances fait qu'on peut trouver la mention d'Ustaritz comme « capitale » ou « capitale historique » du Labourd[29].
Pour la majorité des sources, notamment des dictionnaires historiques anciens, c'est tout de même Bayonne qui est désignée comme la « capitale » du Labourd[30], au nom de son influence « économique, religieuse et intellectuelle » sur la province[31].
L'identité labourdine [modifier]
L'éditorialiste de LEMA, mensuel du parti nationaliste basque, note en 2007 que « la conscience labourdine est aujourd'hui probablement la plus faible des sentiments provinciaux du Pays basque nord » tout en tempérant son propos : « la conscience labourdine est faible ? Est-elle morte ? Nul ne peut prédire le cycle long d'une identité »[32].
Voir aussi [modifier]
Notes et références [modifier]
- Lapurdi : toponymes (noms de lieux) sur le site de l'Académie de la langue basque.
- (eu) Euskal Herriko udalerrien zerrenda alfabetikoa (Liste alphabétique des communes du Pays basque)
- (eu) Onomastika batzordea. En 2012, des personnalités telles Txomin Peillen, Jean-Louis Davant, Jean-Baptiste Orpustan ou Bernadette Soulé y siègent
- Identité et imaginaire collectif dans l'Eurocité basque
- Observatoire pour le Développement Socio-Économique d’Euskal Herria
- Acción colectiva Hegoalde-Iparralde par Francisco Letamendia, Madrid, Editorial Fundamentos, 2006, Colección Ciencia, Serie Política, 295 pages.
- canton de Saint-Jean-de-Luz dans les années 1970
- Baiona-Angelu-Biarritz (-a) (Lapurdi) : toponymes sur le site de l'Académie de la langue basque.
- Lapurdi Beherea (-a) (Lapurdi) : toponymes sur le site de l'Académie de la langue basque.
- Lapurdi Ekialdea (-a) (Lapurdi) : toponymes sur le site de l'Académie de la langue basque.
- Lapurdi Erdialdea (-a) (Lapurdi) : toponymes sur le site de l'Académie de la langue basque.
- Lapurdi Garaia (-a) (Lapurdi) : toponymes sur le site de l'Académie de la langue basque.
- Lapurdi Itsastegia(-a) (Lapurdi) : toponymes sur le site de l'Académie de la langue basque.
- Voir par exemple (es) HAIZEA (dir.) et Juan Antonio Sáez (dir.), Nosostros Los Vascos - Ama Lur - Gegrafia fisica y humana de Euskalherria, Lur, 1999 (ISBN 84-7099-415-8), (eu) E. Asumend (dir.), Munduko Atlasa, Elkar, 2004 (ISBN 84-9783-1284) ou les données statistiques de la (en) Banque de Données du Pays Basque, Gaindegia Association.
- Gisèle Carrère-Prignitz, « Représentations du Sud : enquête sociolinguistique au Pays basque et en Béarn », dans Gisèle Carrère-Prignitz, Véronique Duché-Gavet et Yves Landerouin (coord.), Les Pyrénées, une frontière ?, L'Harmattan, 2005, p. 245 (ISBN 274759663X) (au sujet de la rive droite de l'Adour, Boucau et Saint-Esprit)
- Pierre Hourmat, Histoire de Bayonne, publiée comme numéro spécial (n° 142) du Bulletin de la société des sciences, lettres et arts de Bayonne, 1986.
- Anne Zink, L'héritier de la maison - Géographie coutumière du Sud-Ouest de la France sous l´Ancien Régime, Éditions de l'EHESS, 1993 (ISBN 2-7132-0996-X), notamment carte 7 et p. 28
- Anne Zink, op. cit., p. 57
- Maïté Lafourcade, 1789 et les Basques, Actes du colloque international de Bayonne, 1989
- Landes et Chalosse, sous la direction de Serge Lerat, Société nouvelle d'éditions régionales et de diffusion, Pau, 1983, p. 467-468
- Anne Zink, op. cit., p. 234
- Anne Zink, op. cit., p. 34-35
- F J Gomez Piñeiro et al., Pays Basque, La terre, les hommes, Labourd, Basse Navarre, Soule, Saint-Sébastien, Elkar (ISBN 84-7407-091-0), p. 297. Cet ouvrage a l'intérêt de fournir cette donnée dans un appendice qui fait apparaître la méthodologie utilisée (inclusion de Bayonne et Boucau, exclusion de Sames) et énumération des superficies additionnées pour obtenir le résultat.
- Nous suivons ici Eugène Goyheneche, Notre terre basque : notions de géographie, histoire et culture populaire, Ikas, 1961 (consulté dans sa 2ème édition, Société nouvelle d'éditions régionales et de diffusion, Pau, 1979), p. 26, qui donne deux chiffres de population possibles pour le Labourd, en actualisant bien entendu les données.
- Eugène Goyheneche, Le Pays Basque, Société nouvelle d'éditions régionales et de diffusion, Pau, 1979, p. 121-122
- Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays basque, Elkarlanean Donostia, 1998 (ISBN 2913156207) tome II, p. 139
- Eugène Goyheneche, op. cit., p. 131
- Anne Zink, Pays ou circonscriptions. Les collectivités territoriales de la France du Sud-Ouest sous l'Ancien Régime, Publications de la Sorbonne, 2000 (ISBN 2859443894), p. 32
- Ainsi dans Eugène Goyheneche, op. cit., p. 14, ou dans Philippe Veyrin, , 1943, p. 117, parmi d'autres.
- Manex (Jean) Goyheneche, Les basques et leur histoire - Mythes et réalités, Donostia, Elkar (ISBN 2 903 421 34X), p. 16-17. Manex Goyheneche renvoie à une observation similaire de Josette Pontet-Formigué (dans Bayonne, un destin de ville moyenne à l'époque moderne, J & D éditions, 1990) et cite plusieurs exemples : le Dictionnaire historique de la France, Hachette, 1872 ou la Grande Encyclopédie de H. Lamirault, 1895.
- Philippe Veyrin, op. cit., p. 17 utilise l'expression de « capitale économique, religieuse et intellectuelle »
- LEMA, numéro 117, novembre 2007, p. 8