Pierre de Rosteguy de Lancre

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Pierre de Rosteguy de Lancre est un magistrat français né à Bordeaux en 1553 et mort en 1631, surtout connu pour avoir participé à un épisode de chasse aux sorcières dans le Labourd, au Pays basque.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Bordeaux, musée d'Aquitaine, armoiries de la famille de Lancre, XVIIe siècle.

Il est issu d'une famille de marchands de Juxue en Mauléon connue depuis 1510, et fils d'Étienne de Rosteguy, conseiller du roi et seigneur de Lancre, et de Marguerite de Beziat de Nozières. Après des études de droit et de théologie en France, puis en Bohème et à Turin, il devient, le 3 août 1582, conseiller au parlement de Bordeaux. En 1588, il épouse Jeanne de Mons, la petite-nièce de Montaigne. Il eut, hors mariage, un fils naturel connu sous le nom de Père Bienassis. Son frère Étienne de Rosteguy de Tastes laissant lui aussi un enfant naturel, ses héritiers furent les fils aînés des enfants de ses deux sœurs Catherine et Marie, respectivement mariées à noble Florimond de Raymond, conseiller au parlement de Bordeaux, et à noble Jean-Jacques de Spens d'Estignols, conseiller au parlement de Bordeaux, sous condition d'ajouter à leur nom celui de Lancre et d'écarteler leurs armoiries en y ajoutant ses armes: d'azur à 3 ancres d'or, posées 2 et 1. Il convient donc de ne pas confondre ces 3 familles Rosteguy de Lancre (éteintes au XVIIe siècle), Raymond de Lancre et de Spens d'Estignols de Lancre (branche cadette éteinte au XIXe siècle des barons de Spens d'Estignols). Son neveu Jean-Jacques de Spens d'Estignols hérita du château de Tastes qui resta dans cette famille jusqu'au début du XIXe siècle. Ce château fut rebaptisé Malromé et devint la propriété de la famille de Toulouse-Lautrec. Le peintre Henri de Toulouse-Lautrec y mourut le 9 septembre 1901.

La mission en Labourd[modifier | modifier le code]

Le 10 décembre 1608 le roi, saisi par les habitants du Labourd, envoie une lettre au parlement de Bordeaux nommant le conseiller Pierre de Rosteguy de Lancre pour aller juger des actes en Béarn. Une seconde lettre signée du roi Henri IV fut envoyée au même parlement de Bordeaux le 17 janvier 1609 et modifia la composition de la commission royale en nommant deux commissaires : messire Jean d'Espagnet, conseiller au Conseil d'État et président en notre cour du parlement de Bourdeaux, et messire Pierre de Rosteguy de Lancre, aussi notre conseiller en notre dite cour et parlement. Un échange de lettres intervint entre le parlement et le roi qui émit une lettre de jussion en date du 18 février 1609 et le parlement enregistra les lettres royales des 17 janvier et 18 février le 5 juin 1609. Cette commission devait « purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l'emprise des démons », faire la lumière, en particulier à Saint-Jean-de-Luz, sur les actes des réfugiés juifs et mauresques expulsés d'Espagne et du Portugal, mais aussi sur les mœurs réputées libres des femmes de marins en l'absence de leurs maris, et sur les comportements des guérisseuses et cartomanciennes. Le roi fixa la fin de sa mission au 1er novembre 1609. Cette mission commença le 2 juillet 1609 à Bayonne, mais très vite Pierre de Rosteguy de Lancre se retrouva seul, le roy envoyant Jean d'Espagnet régler un différend entre pêcheurs français et espagnols.

Cet épisode de chasse aux sorcières resta dans les mémoires, et la légende en amplifia quelque peu les dimensions. Un dénommé Reuss, dans un ouvrage sur la sorcellerie publié en 1872, parla de six cents personnes torturées, puis exécutées, parmi lesquelles des femmes, des enfants, des prêtres. En réalité, l'ampleur de l'opération fut moindre : les études publiées en 1938 dans la revue du Musée de Bayonne lors de la grande exposition de 1938 sur la sorcellerie ramenèrent ces chiffres entre soixante et quatre-vingts exécutions, avec l'audition de quatre à cinq cents témoins. La commission, contrairement à ce qu'affirme la légende, dura seulement 4 mois : fin septembre, les marins revinrent de Terre-Neuve et s'opposèrent violemment à certaines exécutions. La plus grande émeute eut lieu lors de l'exécution de Marie Bonne. La mission finit le 1er novembre 1609, contrairement aux ordres du roi. Des sorcières du Labourd furent emprisonnées au fort du Hâ jusqu'en 1610 en provenance de nombreuses paroisses et de villes, dont Dax. En 1613, il y en avait encore qui attendaient d'être jugées par le parlement de Bordeaux.

Rostéguy de Lancre est également connu pour cette observation, faite pendant sa mission, concernant les bains de mer de Biarritz, qu'il juge contraires à la morale : « ce mélange de grandes filles et de jeunes pêcheurs qu'on voit à la côte en mandille, et tout nus en dessous, se pêle-mêlant dans les ondes »…

En 1612, il devient conseiller du roi, membre du Conseil d'État. Il meurt en 1631.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Tableau de l'inconstance et instabilité de toutes choses (1607)
  • Tableau de l'inconstance et instabilité... revu et corrigé et augmenté d'un livre nouveau de l'inscontance de toutes les nations principales d'Europe (1610)
  • Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons : première édition (1612), rééditée en (1613) et en (1982) par les éditions Aubier, collection Palimpseste.
  • Le livre des princes contenant plusieurs notables discours pour l'instruction des Roys, Empereurs et Monarques (1617)
  • Incrédulité et mescréance du sortilège plainement convaincue (1622)
  • Du sortilège (1627)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Le conseiller Pierre de Lancre, par Communay (1890)
  • Les Procès en sorcellerie, par Roland Villeneuve (1979)
  • Sorciers et sorcières en Gascogne et Pays Basque par François Bordes (1999)
  • Le juge et la Sorcière par Joëlle Dusseau (2002)

Ouvrages[modifier | modifier le code]