Louve capitoline

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41° 53′ 36″ N 12° 29′ 01″ E / 41.89333333, 12.48361111 ()

Louve capitoline
Image illustrative de l'article Louve capitoline
Louve capitoline, musée du Capitole.
Artiste inconnu
Antonio Pollaiuolo ? pour les jumeaux
Date XIIe - XIIIe siècles
Type Sculpture en bronze
Dimensions (H × L) 75 × 114 cm
Localisation Musée du Capitole, Rome

La Louve capitoline ou Louve du Capitole est une sculpture en bronze des XIIe et XIIIe siècles de notre ère, conservée au palais des Conservateurs (Musée du Capitole) à Rome. Elle est un symbole associé à la légende de Romulus et Remus et à la fondation de Rome.

Description[modifier | modifier le code]

La sculpture en bronze de 75 cm de hauteur et 114 cm de longueur, représente un épisode de l'histoire légendaire de Romulus et Rémus : déposés sur le Tibre dans un panier d'osier, les jumeaux sont recueillis par une louve au pied du Mont Palatin, sous un figuier sauvage (le Ficus Ruminalis) situé devant l'entrée de la grotte du Lupercal. L'animal les aurait nourris et protégés. Devenus adultes, les deux frères retournent à l'endroit de leur abandon et y fondent la ville de Rome.

Datation[modifier | modifier le code]

Romulus et Remus (XVe siècle ?)
Denier d'argent de Sextus Pompée (vers 137 avant notre ère) : avers - le fleuve Rumon ; revers - sous le figuier, près du berger Faustulus, la louve veillant sur Romulus et Rémus.
Sur l'autel de Mars et Vénus d'Ostie (musée du Palazzo Massimo) la louve a la tête tournée vers les gémeaux.
Sur un buste romain de l'Agora d'Athènes, la louve a aussi la tête tournée vers les gémeaux.

En juillet 2008, les résultats des analyses de datation au carbone 14, effectuées depuis 2006 par les universitaires de la région du Salento, ainsi que l'utilisation de la technique de la « cire perdue » qu’on employait peu dans l’Antiquité romaine, prouvent que l'œuvre ne date pas du Ve siècle av. J.-C., comme on l'a longtemps prétendu depuis les études de Johann Joachim Winckelmann au XVIIIe siècle, mais remonterait en fait au milieu du Moyen Âge : elle n'était donc pas étrusque[1]. On pourrait donc supposer que la statue signalée devant le palais du Latran dès le Xe siècle ne serait pas celle-ci.

Cependant, ces résultats n'ont toujours pas fait l'objet, en 2012, d'une véritable publication scientifique et il n'existe pas encore un consensus clair de la communauté scientifique sur cette question…

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette œuvre fut utilisée comme fontaine aux XIIe et XIIIe siècles. Offerte par le pape Sixte IV à la ville de Rome en 1471, elle est placée dans l'église Saint-Théodore-du-Palatin, époque à laquelle on rajoute également deux représentations en bronze des jumeaux romains, œuvres attribuées à Antonio Pollaiuolo (1432 - 1498). La statue est placée au Capitole vers 1544. L'ensemble fut ensuite transféré après 1876 au palais des Conservateurs.

Répliques[modifier | modifier le code]

Une réplique est offerte par la ville de Rome en 1962 à la ville de Paris, à l'occasion du jumelage des deux capitales. Elle se trouve dans le square Paul-Painlevé (Ve arrondissement). La ville de Rome a également offert une réplique de la louve à la ville de Martigny, ancienne cité romaine située en Valais ; elle se trouve d'ailleurs sur la bien nommée place de Rome.

Une histoire analogue (celle des fils de Rémus) donne lieu à une légende comparable pour la fondation de la ville de Sienne, avec la lupa senese qui orne tous les édifices notables de la ville (plusieurs devant le Duomo, sur une colonne de la place Salimbeli…) avec la différence de l'orientation de sa tête.

Représentations antiques de la louve romaine[modifier | modifier le code]

Les textes anciens nous ont conservé le souvenir de deux groupes sculptés qui représentaient à Rome la louve et les jumeaux :

Ces deux œuvres n'ont pas survécu.

Un troisième groupe figurant la louve avec les jumeaux se trouvait au Capitole et fut renversé, avec d'autres statues, lors d'un violent orage qui s'abattit sur Rome en 65 av. J.-C.[5]. C'est à ce groupe (jumeaux non compris) qu'a généralement été identifiée la statue de la louve aujourd'hui conservée au musée du Capitole, dès 1544 par Marliani, puis par Winckelmann, Petersen, Carcopino et d'autres.

Sur la plupart des représentations antiques, la louve a la tête tournée vers l'arrière, veillant sur les gémeaux.

La louve romaine de Chişinău en Moldavie, symbole des luttes politiques entre autochtones et russophones.

Utilisation du symbole de la Louve du Capitole[modifier | modifier le code]

Benito Mussolini, qui se voulait le promoteur d'une « Nouvelle Rome », a utilisé la représentation de la Louve du Capitole comme outil de propagande. Il en envoya à plusieurs reprises des répliques aux États-Unis.

La Louve du Capitole fut choisie comme emblème des Jeux olympiques de Rome (1960). Elle figure aussi sur le logo du club de football AS Rome.

La Louve du Capitole, sans les jumeaux, est aussi présente sur la couverture des livres de la série latine de la Collection des Universités de France, à couverture rouge[6].

Enfin la louve romaine de Chişinău, capitale de la république de Moldavie, est devenue, depuis l'indépendance en 1991 de ce pays jadis roumain, puis soviétique, un symbole des luttes politiques entre autochtones moldaves (de langue romane) et colons russophones : régulièrement ces derniers la vandalisent ou subtilisent, tandis qu'une „Ligue culturelle pour l'unité des roumains de tous lieux” organise des souscriptions, fait faire des copies et la remet en place. La première statue a été fondue en 1940 au moment de l'annexion soviétique, puis une réplique a été remise en place lors de l'indépendance devant le Musée d'Histoire[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La lupa del Campidoglio è medievale la prova è nel test al carbonio, La Repubblica, 9 juillet 2008.
  2. Et donc, par l'effet de la translation opérée par l'augure Attus Navius, au Comitium. J. Carcopino, op. cit., p. 30-31.
  3. Antiquités romaines, I, 79, 8.
  4. J. Carcopino, op. cit., p. 31-32.
  5. Dion Cassius, XXXVII, 9 ; Cicéron, Catilinaires, III, 19 et De diuinatione, I, 19 ; II, 47 ; Julius Obsequens, 61.
  6. « La couleur… rappelle ainsi le petit drapeau, planté sur la tente prétorienne, qui accomplit le tour du monde antique à la suite des imperatores. » Jérôme Carcopino, La Louve du Capitole, p. 3.
  7. „Ligue culturelle pour l'unité des roumains de tous lieux” : [1]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jérôme Carcopino, La Louve du Capitole, Paris, Les Belles Lettres, 1925, 92 p., 6 pl. (réimpr. d'articles parus dans le Bulletin de l'Association Guillaume Budé en 1924 et 1925).
  • Cécile Dulière, Lupa Romana. Recherches d'iconographie et essai d'interprétation (coll. « Études de philologie, d'archéologie et d'histoire anciennes », 18), Bruxelles-Rome, Institut historique belge de Rome, 1979, 2 vol. (texte + ill), 318 p., 327 fig.
  • Gilbert-Charles Picard, « La louve romaine du mythe au symbole », Revue archéologique, 1988, fasc. 1.

Liens externes[modifier | modifier le code]