Johann Joachim Winckelmann

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Johann Joachim Winckelmann

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Portrait de Winckelmann par Angelica Kauffmann (1764).

Naissance
Stendal
Décès (à 51 ans)
Trieste
Nationalité allemande
Profession Historien de l’art, archéologue

Johann Joachim Winckelmann, né le à Stendal et assassiné le à Trieste, est un archéologue, antiquaire et historien de l’art allemand.

Sa trajectoire personnelle et ses écrits témoignent de l'internationalisation des circulations artistiques en Europe au XVIIIe siècle tout comme de leur rôle déterminant dans l'émergence d'une nouvelle conception de l'art, le néoclassicisme[1].

Auteur d’une œuvre de référence et d’une correspondance très souvent citée, il joua un rôle précurseur dans l'apparition de ce mouvement néoclassique allemand et européen. En tant que théoricien, il peut être considéré comme le fondateur de l’histoire de l'art et de l’archéologie en tant que disciplines modernes.

Années de formation en Allemagne et en Italie[modifier | modifier le code]

Winckelmann est né à Stendal dans l’est de l’Allemagne dans un milieu modeste (son père est cordonnier). Après avoir entrepris des études de théologie protestante à contre-cœur à l’Université de Halle (Saxe-Anhalt), et avoir fait ce qu’on nommait alors ses humanités, il vécut modestement comme précepteur auprès d’enfants de familles nobles. Puis, en 1748, il se fit engager comme bibliothécaire auprès du comte Heinrich von Bünau, par ailleurs historien, dans son château de Nöthnitz près de Dresde. Après qu’il se fut converti au catholicisme, en 1754, ce dernier lui fit ouvrir les portes de la grande collection d’art de l'Électeur de Saxe à Dresde[1].

Winckelmann publia en 1755 son premier ouvrage, Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques dans la peinture et la sculpture. Auguste III, électeur de Saxe et roi de Pologne, lui octroya alors une pension conséquente pour continuer ses études à Rome, et étudier les œuvres d’art de l’Antiquité in situ[2].

À Rome, il se vit proposer le poste de bibliothécaire du cardinal Albani et joua le rôle de guide pour de nombreux voyageurs venus admirer les monuments de la ville éternelle. Il devint par la suite surintendant des Antiquités puis bibliothécaire et scripteur de la bibliothèque vaticane[1].

Théoricien du néoclassicisme[modifier | modifier le code]

Portrait par Raphael Mengs, 1755.

Défenseur inconditionnel de l’art grec, Winckelmann y voit les caractéristiques absolues du beau ; il apparaît ainsi comme un adversaire du baroque et du rococo. Il met sa connaissance intime des œuvres, acquise notamment lorsqu’il travaillait au Vatican et lors de ses visites des fouilles d’Herculanum et de Pompéi, et du musée royal de Portici[3] au service de ce qu’il considère comme sa mission : former le goût de l’élite intellectuelle de l’Occident. La formule qu’il trouve pour caractériser l’essence de l’art grec, « noble simplicité et calme grandeur », va inspirer des générations d’artistes et d’architectes après lui comme Benjamin West et Jacques-Louis David, sans oublier les théoriciens de l’art et écrivains allemands comme Lessing, Goethe et Schiller.

J.J. Winckelmann rejette la nature sensuelle de l’art, manifestation des passions de l’âme, et invente le « beau antique » en marbre blanc (ignorant comme ses contemporains qu’il était revêtu de polychromie), dont l’esthétique est fondée sur l’idéalisation de la réalité et conditionnée par la liberté politique, la démocratie. Se basant sur les travaux du comte de Caylus en qui il reconnut une influence importante, il contribua à faire de l’archéologie une science plutôt qu’un passe-temps de riche collectionneur.

Son œuvre principale est l’Histoire de l’Art de l’Antiquité (1764), dans laquelle il rejette les classifications établies par Vasari au XVIe siècle[1] pour distinguer quatre phases dans l'art grec : le style ancien, le style élevé, le beau style et l’époque des imitateurs, qui ont toujours cours aujourd’hui (style archaïque, premier classicisme du Ve, puis second classicisme du IVe, enfin style hellénistique). Il conçoit cette succession de manière cyclique, à l’image de l’évolution biologique d’un organisme vivant et valorise la période du IVe siècle av. J.-C., période qu'il considère comme l'apogée de la sculpture grecque, celle où aurait été atteint « une forme de Beau idéal jamais dépassé depuis »[2].

Comme le souligne Charlotte Guichard, « en proposant la Grèce comme modèle artistique indépassable, Winckelmann s'oppose aux partisans de la supériorité de l’art romain et participe ainsi aux débats autour de la définition de l'idée de civilisation »[1]. Ce faisant, Winckelmann tend à donner une valeur politique à ses classifications esthétiques : il n'hésite pas à établir un lien de causalité entre liberté politique et perfection artistique et considère que la qualité des œuvres produites en Grèce à l'époque classique peut être liée au régime qui s'y épanouit alors, la démocratie[4]. Ce raisonnement eut d'importantes conséquences sur la politisation des cercles néoclassiques d'artistes et d'amateurs dans les années 1780. En effet, la leçon de Winckelmann « fut interprétée au sens littéral par les artistes de la génération de David, au risque de rompre le moment venu avec le mécénat monarchique »[4]. On comprend mieux aussi dans ce cadre la capacité du néoclassicisme à devenir art officiel sous la Révolution et l'Empire[4].

Ce dernier ouvrage, comme les Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques, est rapidement traduit en français, italien et anglais et abondamment commenté (entre autres par Lessing dès 1766). Son retentissement est très important dans le réseau européen des amateurs d'art, démontrant l'importance de la médiation de Johann Joachim Winckelmann dans l'émergence de nouvelles conceptions de la sculpture et de l'art en général, autour du néoclassicisme[2].

Le « roman » de sa mort[modifier | modifier le code]

Portrait par Anton von Maron, 1768.

Alors qu’il faisait étape à Trieste, le 8 juin 1768, Winckelmann fut assassiné dans sa chambre par Francesco Arcangeli, repris de justice séjournant dans la même auberge, à qui il avait montré des médailles antiques que l’impératrice Marie-Thérèse lui avait offertes[5]. Il est enterré dans la cathédrale de Trieste.

Un important procès eut lieu, à l’issue duquel le meurtrier fut condamné au supplice de la roue. En dépit de spéculations sur le mobile du crime (crime passionnel homosexuel[6], meurtre commandité par un archéologue concurrent, par les milieux diplomatiques, les jésuites, etc.), la version la plus probable demeure celle du crime crapuleux.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Outre ses premières Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques dans la peinture et la sculpture (Gedanken über die Nachahmung der griechischen Werke in der Malerei und Bildhauerkunst) en 1755 il publia :

  • une réplique fictive de ce premier essai : Sendschreiben über die Gedanken (Épître sur les Réflexions), et une réponse à cette réplique : Erlaüterung der Gedanken, Explication des réflexions)
  • en français : Description des pierres gravées du feu Baron de Stosch.
  • en allemand, à l’adresse de ses bienfaiteurs : Über die Baukunst der Alten (1762, Remarques sur l’architecture des Anciens), augmentée d’un compte-rendu sur les temples du Paestum.
  • Histoire de l'art dans l'Antiquité (1764)
  • en italien : Les Monumenti antichi inediti, spiegati ed illustrati (1767) (Monuments inédits de l’Antiquité expliqués et illustrés), son histoire de l’art, modèle d’ouvrage encyclopédique pendant plus d’un siècle, qui a été très souvent cité et qui a contribué à éduquer le goût de l’élite intellectuelle.
  • l'Abhandlung von der Fähigkeit der Empfindung des Schönen in der Kunst und dem Unterrichte in derselben, 1769 (Des réflexions sur le sentiment du beau dans les ouvrages de l’art et sur les moyens de l’acquérir, première traduction française, 1786).

Son oeuvre est disponible en édition contemporaine :

dernière édition française : Pensées sur l'imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture, traduit de l'allemand par Laure Cahen-Maurel, éditions Allia, Paris, 2005.
  • (de) Geschichte der Kunst des Altertums (Histoire de l'art chez les Anciens), 1764, première traduction française par Gottfried Sellius, 2 vol., Paris, Saillant, 1766 puis seconde trad. par M. Huber, 3 vol., Paris, 1789
  • (de) Unbekannte Schriften, éd. S. von Moisy, H. Stichtermann & L. Tavernier, Bayerischen Akademie, Munich, 1987
  • (de) Il Manoscritto fiorentino, éd. M. Kunze, Olschki, Florence, 1994
  • Monuments inédits de l'Antiquité expliqués et illustrés (1762) (Monumenti Antichi Inediti Splegati ed Illustrati, Rome, 1767)
  • De l'imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture
  • Réflexions sur l'imitation des œuvres grecques
  • Remarques sur l'architecture des Anciens (1762)
  • Histoire de l'art dans l'Antiquité (1764), Livre de Poche, 2005, Traduction de Dominique Tassel

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Charlotte Guichard, « Les circulations artistiques en Europe (années 1680-années 1780) », in Pierre-Yves Beaurepaire et Pierrick Pourchasse (dir) Les circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Presses Universitaires de Rennes, 2010, p. 396
  2. a, b et c Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, Les circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, p. 252
  3. Robert Étienne, La Vie quotidienne à Pompéi, 1989, (ISBN 2010153375), pp. 51-52.
  4. a, b et c Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, Les circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, p. 253
  5. Ce fait divers constitue le sujet du livre de Dominique Fernandez, Signor Giovanni, Éditions Balland, 2002, (ISBN 2715814038)
  6. Par ailleurs il écrivit pour le jeune aristocrate balte Friedrich von Berg le Traité sur la capacité à ressentir le Beau (1763), où l’on peut lire : « Comme la beauté humaine doit être conçue, pour être comprise, en une seule idée générale, j’ai remarqué que ceux qui ne sont attentifs qu’aux beautés du sexe féminin et qui ne sont pas ou guère émus par celles du nôtre ont rarement la faculté innée, globale et vive de ressentir la beauté en art. Cette beauté leur semblera imparfaite dans l’art des Grecs, vu que les plus grandes beautés de celui-ci relèvent davantage de notre sexe que de l’autre. » Cet enthousiasme pour la beauté masculine est peut-être révélateur aussi de ses tendances homosexuelles, établies d'ailleurs entre autres par sa correspondance et le témoignage de Casanova.[réf. nécessaire]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Klaus-Werner Haupt: Johann Winckelmann. Begründer der klassischen Archäologie und modernen Kunstwissenschaften. Weimarer Verlagsgesellschaft 2014. ISBN 978-3-86539-718-8
  • Klaus-W. Haupt, "Die zwei Federn des Johann Winckelmann. Oder: Wer sein Glück erkennt und nutzt, der ist es wert!" (nonfictional book) Druckzone Cottbus GmbH 2012, ISBN 978-3-00-038509-4
  • É. Décultot, Johann Joachim Winckelmann : enquête sur la genèse de l'histoire de l'art, coll. Perspectives germaniques, P.U.F., Paris, 2000
  • J. W. von Goethe, Winckelmann und sein Jahrhundert, Tübingen, 1805
  • H. C. Hatfield, Winckelmann and His German Critics, 1755-1781, New York, 1943
  • J. G. Herder & J. W. von Goethe, Le Tombeau de Winckelmann, J. Chambon, Nîmes, 1993
  • C. Justi, Winckelmann, seine Leben, sein Werke und seine Zeitgenossen, 2 vol., Leipzig, 1866-1872, éd. W. Rehm, 3 vol., Cologne, 1956
  • K. Kraus, Winckelmann und Homer, Berlin, 1935.
  • A. Nivelle, « Winckelmann », in Les Théories esthétiques en Allemagne, Paris, 1955
  • W. Pater, « Winckelmann », in The Renaissance, Londres, 1873
  • É. Pommier dir., Winckelmann, colloque, Document. franç., Paris, 1991
  • É. Pommier, Winckelmann, naissance de l'histoire de l'art (2003)
  • H. Rüdiger, Winckelmann und Italien, Krefeld (R.F.A.), 1956
  • H. Stöcker, Zur Kunstanschauung des XVIII, Jahrhunderts. Von Winckelmann bis Wockenroder, thèse, Berne, 1902.
  • B. Vallentin, Winckelmann, Berlin, 1931
  • H. Zeiler, Winckelmanns Beschreibung des Apollo im Belvedere, Zurich, 1955.
  • Gli atti originali del processo criminale per l'uccisione di G. Winckelmann, éd. C. Pagnini, Trieste, 1964 ;
  • Efthalia Rentetzi, Johann Joachim Winckelmann und der altgriechische Geist, in “Philia -Universität Würzburg”, vol. I, (2006), p. 26-30.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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