Albe la Longue

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41° 44′ 49″ N 12° 39′ 01″ E / 41.74691, 12.65026

Cité antique fortifiée du Latium, Albe la Longue (Alba Longa) est l'une des plus anciennes cités d'Italie. Elle est située à 20 km au sud-est de Rome à l'emplacement de l'actuel Castel Gandolfo.

Légende et origine d'Albe[modifier | modifier le code]

Selon la légende, Albe la Longue (en italien Alba Longa) est fondée par Ascagne (Iule), fils d’Énée, trente ans après la fondation de Lavinium. Chronologiquement, cela signifierait à peu près au milieu du XIIe siècle av. J.-C., peu de temps après la destruction de Troie (qui aurait eu lieu en 1184 av. J.-C. selon les Anciens).

Ascagne aurait fondé une dynastie de rois albains, la dynastie des Silvii, du nom de son fils Silvius ; de cette dynastie, nous connaissons plusieurs listes de rois, comportant de treize à quinze noms, avec des variantes selon les auteurs. Les derniers rois de cette dynastie sont Procas et ses fils Numitor et Amulius. L’héritier légitime de Procas était Numitor, mais il est chassé par son frère Amulius, qui usurpe le trône et contraint Rhéa Silvia, la fille de Numitor, à entrer dans les rangs des vestales pour lui ôter tout espoir d'avoir une progéniture qui pût venger son grand-père. Quand Rhéa Silvia donne naissance aux jumeaux Romulus et Rémus, engendrés par Mars, Amulius ordonne de les tuer. Mais les jumeaux sont abandonnés sur le Tibre et sauvés. Devenus hommes, et prenant conscience des droits de leur naissance, ils tuent Amulius et rendent le trône à Numitor. Ce dernier, en remerciement, leur permet de fonder une nouvelle cité, Rome : ainsi, les Romains regardent traditionnellement Albe-la-Longue comme leur cité-mère.

Alors que la puissance de Rome augmente, les deux cités entrent en conflit, et finalement, sous le roi de Rome Tullus Hostilius (vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C.), une guerre entre elles se termine par le célèbre combat des Horaces et des Curiaces. Albe est détruite (665 av. J.-C.), à la suite de la trahison de son dictateur Mettius Fufetius, pour ne jamais être reconstruite, et ses habitants sont déplacés à Rome, où la colline de Caelius leur est offerte.

Rois d’Albe la Longue[modifier | modifier le code]

Selon Denys d'Halicarnasse, les rois d’Albe la Longue forment une chaîne de descendance directe entre Ascagne et Romulus. Grâce à Tite-Live, nous connaissons les deux derniers chefs[1] d’Albe la Longue, qui ne font pas partie de cette séquence. Les deux ont gouverné à l'époque de Tullus Hostilius. Le premier fut le roi Gaius Cluilius, qui meurt au début de la guerre contre les Romains. Le dictateur Mettius Fufetius, qui lui succède, sera exécuté sur l'ordre de Tullus Hostilius pour traîtrise.

La liste des rois légendaires d'Albe la Longue est reconstituée à partir de Tite-Live[2] comme suit (dates ?). L'Énéide reprend quelques-uns de ces noms[3].

Lignée d'Ascagne
  1. Ascagne (Ascanius) (ou Iule), fils d'Énée, roi de Lavinium en -1155, puis roi d'Albe la Longue de -1155 à -1143 ;
  2. Silvius (Silvius), fils du précédent, roi de -1143 à -1114. Il donne son nom à la dynastie des Silvia ;
  3. Enée (Aeneas Silvius), fils du précédent, roi de -1114 à -1078 ;
  4. Latinus Silvius (ou Latrius), fils du précédent, roi de -1078 à -1039 ;
  5. Alba, fils du précédent, roi de -1039 à -1002 ;
  6. Atys, fils du précédent, roi de -1002 à ? (fin règne inconnue) ;
  7. Capys, fils du précédent, roi de ? (début règne inconnue) à -976 ;
  8. Calpétus (ou Capétus), fils du précédent, roi de -976 à -905 ;
  9. Tiberinus Silvius, fils du précédent, roi de -905 à -885 ;
  10. Agrippa, fils du précédent, roi de -885 à -864,
  11. Alladès ou Romulus Silvius, fils du précédent, roi de -864 de -845 (meurt foudroyé) ;
  12. Aventinus, roi de -845 à -808 ;
  13. Procas, roi de -808 à -794 ;
  14. Numitor, fils aîné du précédent, roi en -794 et de -754 à -735, père de Rhéa Silvia, la mère de Rémus et Romulus ;
  15. Lausus, roi en -794 (tué par Amulius dès son premier jour de règne) ;
  16. Amulius, frère cadet du précédent, roi de -794 à -754 ;
  17. Numitor, frère aîné du précédent, roi de -754 à -735, restauré par ses petits-fils, Rémus et Romulus.
Fin d'Albe
  1. Gaius Cluilius, roi de -735 à -665 (mort dans la guerre contre les Romains) ;
  2. Mettius Fufetius, dictateur (-665) pour continuer la guerre.

Gentes d'Albe la Longue[modifier | modifier le code]

Selon la tradition rapportée par Tite-Live et Denys d'Halicarnasse[4], six familles (gentes) romaines étaient originaires d'Albe la Longue :

Données archéologiques et interprétation historique[modifier | modifier le code]

Localisation probable d’Alba Longa sur une carte du Latium antique, entre le lac albain et le mont albain
(1886, G. Droysens Allgemeiner Historischer Handatlas)

La localisation de la cité latine antique a fait l’objet de nombreux débats depuis le XVIe siècle. Le point de départ est l’histoire de la fondation chez Denys d'Halicarnasse qui parle d’un site entre Monte Cavo et le lac albain. Le site a été identifié à plusieurs reprises : au couvent de Saint-Paul à Palazzola, près d’Albano, ou à Coste Caselle, près de Marino, ou enfin à Castel Gandolfo. Il est établi que c’est à Castel Gandolfo que se trouve la villa de Domitien, dont des sources antiques affirment qu’elle occupe l’emplacement de la citadelle d’Albe.

Les données archéologiques disponibles remontent à l’âge du fer et établissent l’existence d’une série de villages, dont chacun possède sa propre nécropole, le long de la côte sud-ouest du lac albain. Quand Rome les détruit, ces villages devaient être en phase encore pré-urbaine, et commençaient à se regrouper autour d’un centre qui aurait bien pu être Castel Gandolfo. Cette hypothèse découle du fait que la nécropole qui s’y trouve est beaucoup plus grande, ce qui laisse penser à une plus grande ville.

Plus tard, durant la période républicaine, le territoire d’Alba (l’Ager Albanus) voit la construction de nombreuses villas résidentielles, qui sont mentionnées dans la littérature antique et dont des vestiges sont toujours visibles.

Le sanctuaire de Jupiter latiaris[modifier | modifier le code]

Au sommet du Mons Albanus se trouve un sanctuaire très ancien consacré à Jupiter Latiaris. Florus, l’historien romain du IIe siècle, rapporte que le lieu aurait été choisi par Ascagne, le fondateur d’Albe-la-Longue, qui après la fondation de la cité aurait invité les Latins à y célébrer des sacrifices en l’honneur de Jupiter.

Dans le sanctuaire, on célèbre chaque année les Feriae Latinae, au cours desquelles toutes les cités appartenant à la confédération des peuples latins se réunissent pour sacrifier au dieu un taureau blanc, dont la chair est distribuée aux participants. Il s'agit donc d'un culte fédéral et sa situation proche d'Albe-la-Longue témoigne de l'hégémonie qu'il devait exercer sur les autres lieux de culte de la région, parmi lesquels devait figurer Rome.

Après la destruction d’Albe-la-Longue et la substitution de Rome comme centre hégémonique, la tradition rappelle l'édification d'un véritable temple dédié à Jupiter Latiaris sur le mont Albain sous le règne de Tarquin le Superbe. Ce temple de Jupiter sur le Capitole, inauguré traditionnellement en 509 av. J.-C., est destiné à remplir les fonctions du sanctuaire fédéral latin, établissant le centre religieux à Rome.

Il ne subsiste aujourd’hui du sanctuaire antique que quelques vestiges du mur d’enceinte, qui ont été déplacés du site, et des restes importants de la route pavée qui en permette l’accès et qui rejoint la Voie Appienne près d’Aricie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur le titre des souverains d'Albe, voir Jacques-Hubert Sautel, « L'autorité dans la Rome royale selon Denys d'Halicarnasse. Aperçus sémantiques », Revue belge de philologie et d'histoire, 77, 1999, p. 91 et suiv.
  2. Tite-Live, Histoire romaine, I, 3
  3. Virgile, Énéide, VI, 760-770
  4. Tite-Live, Histoire romaine, I, 30, 2. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, III, 29, 7 mentionne une septième famille, les Metilii.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Grandazzi, Alba Longa, histoire d'une légende : recherches sur l'archéologie, la religion, les traditions de l'ancien Latium (« Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome », 336), De Boccard, 2008, 2 vol., XV-988 p.-[28] p. de pl. (ISBN 978-2-7283-0412-7)
  • Jean Gagé, « Comment Énée est devenu l'ancêtre des Silvii albains », Mélanges de l'École française de Rome, 88, 1976, p. 7-30.
  • Jacques Poucet, « Albe dans la tradition et l'histoire des origines de Rome », Hommages à Jozef Veremans, Bruxelles, Latomus.

Articles connexes[modifier | modifier le code]