Jeux séculaires

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Les jeux séculaires (en latin ludi saeculares) fêtaient à Rome l’ouverture de chaque centenaire, le 21 avril, jour anniversaire de la fondation de Rome.

Le crieur public qui invitait à assister à ces jeux les présentait avec la formule qui devint traditionnelle « jeux que nul n’avait vus et que nul ne devait revoir »[1].

Célébrations des Jeux séculaires[modifier | modifier le code]

Malgré leur qualification, les dates de célébrations sont irrégulières, comme en témoigne le récapitulatif des huit premiers jeux séculaires établi par Censorinus en 238. Censorinus constate l'absence de tradition pour la période royale, l'imprécision relative des sources avant les jeux d'Auguste, et l'irrégularité des intervalles entre deux jeux[2]. En plus du calage par rapport à la date de fondation de Rome, Auguste a introduit une seconde chronologie célébrant son règne comme un nouvel Age d’or.

  • Premiers jeux vers 508 ou 455, selon Censorinus[2]
  • -348 fêtés par rapport à une date de fondation de Rome estimée à -748
  • 249 av. J.-C. et 149 av. J.-C. : Célébrations des jeux de Dis Pater, à un siècle d'intervalle[3]
  • 17 av. J.-C.[2], jeux rétablis par Auguste[4], la guerre civile ayant empêché toute célébration en -49. Ces jeux virent l’exaltation du nouveau siècle d’or (saeculum aureum) annoncé par les astrologues et inauguré par Auguste. Le troisième et dernier jour fut marqué par une procession à Apollon et Diane, accompagné d’un chant composé par Horace, le Carmen saeculare[5]
  • 47, célébrés par Claude[2], qui déclara que Auguste les avait célébrés trop tôt[6]. Ils marquaient ainsi le 800e anniversaire de Rome selon la nouvelle datation de sa fondation en -753, établie par Varron[7]
  • 87, célébrés par Domitien[2] en se basant sur la date de ceux d’Auguste[8]. Les monnaies émises pour le 14e consulat de Domitien portent au revers les mentions LVD SAEC FECIT avec des motifs tels que cippes commémoratifs, prêtre salien avec sa lance et son bouclier, jeunes filles portant des palmes, scènes d'offrandes[9]
  • 147, par Antonin le Pieux en revenant à la datation de Varron
  • 204, par Septime Sévère[10], cette fois 220 ans après la célébration de l’Âge d’or d’Auguste, selon un délai de deux saecula de 110 ans chacun
  • du 21 avril 247 au 21 avril 248, Philippe l'Arabe marque d’un an de fêtes grandioses le millénaire de Rome. Les frappes monétaires qui accompagnèrent ces jeux ont comme revers les animaux présentés aux jeux : lion, éléphant, cerf, ainsi que la louve et les jumeaux Romulus et Remus. Ces cérémonies eurent un très grand retentissement, on en trouve la mention aussi bien dans le Talmud que dans le Philogelos.
  • 304 : aucune festivité n'est célébrée par Constantin Ier, l’historien Zosime y verra la cause du déclin de Rome[11]
  • 348, 1100e anniversaire de Rome, célébré avec éclat par l’empereur Constant Ier
  • 404, le poète Claudien qui vit à cette époque note que cette année serait celle de la célébration des jeux séculaires, 200 ans après ceux de Septime Sévère. On ignore toutefois s’ils ont été effectivement célébrés, le début de l’année 404 ayant déjà été marqué par le triomphe d’Honorius et de Stilicon.

Le millénaire de Rome[modifier | modifier le code]

L'empereur Philippe a émis diverses monnaies commémoratives pour les dixièmes jeux séculaires, c'est-à-dire le millénaire de Rome, dont ces Antoniniens :

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Suétone, Claude, XXI ; Hérodien, Histoires, III, 8
  2. a, b, c, d et e Censorinus, De die natali, 17
  3. Periochae de Tite-Live, résume du livre 49, 6
  4. Suétone, Auguste, XXXI
  5. Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, 1974, p. 60
  6. Suétone, Claude, XXI
  7. Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, 1974, p. 86
  8. Suétone, Domitien, IV
  9. monnaies référencées C69 à C83, Henry Cohen, Description historique des monnaies frappées sous l'Empire Romain, Paris, 1892, [1], tome I, pp. 475-478
  10. Hérodien, Histoires, III, 8
  11. Zosime, Histoire nouvelle, 2

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Suétone, Vie des douze Césars
  • Roger Rémondon, La crise de l’Empire romain, 1970, PUF
  • Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, 1974, Seuil, (ISBN 2020026775)
  • André Piganiol, Le mémorial des siècles, Ve siècle, 1964, Albin Michel
  • Jean Gagé, Recherches sur les jeux séculaires, 1934, Les Belles Lettres.
  • Stéphane Benoist, Rome, le prince et la cité : pouvoir impérial et cérémonies publiques (Ier siècle ACN - début du IVe siècle PCN), Paris : Presses universitaires de France, 2005.
  • Stéphane Benoist, La fête à Rome au premier siècle de l’empire : recherches sur l’univers festif sous les règnes d’Auguste et des Julio-Claudiens, Bruxelles : Latomus, 1999.
  • John Scheid, Quand faire c’est croire : les rites sacrificiels des Romains, Paris : Aubier, 2005.
  • John Scheid, Déchiffrer des monnaies. Réflexions sur la représentation figurée des Jeux séculaires, in Images romaines. Actes de la table ronde organisée par l’École normale supérieure (24-26 octobre 1996). Paris : Presses de l’École normale supérieure, 1998, pp. 13-33.
  • CIL : Incriptiones Vrbis Romae Latinae, Partis qvartae fascicvlvs posterior, vol. VI, 2. Berolini : G. Reimer, Novi Eboraci : G. de Gruyter, 1902. Inscription CIL VI 2, 32323 = ILS 5050.