Sainte Tréphine

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Statue de Tréphine en la chapelle éponyme de Pontivy.

Sainte Tréphine (sainte Trifine, sainte Tryphine ou sainte Triphine) est un personnage semi-légendaire du VIe siècle dont la vie a souvent été considérée à l'origine du conte de Barbe Bleue. La sainte est mentionnée la première fois au XIe siècle par le moine Vitalis de l'abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys dans son ouvrage Vie de Saint Gildas. En Bretagne, elle est vénérée comme une sainte patronne des enfants malades et de ceux qui arrivent après terme[1]. La légende de Sainte Tréphine nous provient certainement d'un personnage historique qui épousa Conomor, un dirigeant de la Bretagne médiévale.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Conomor semblerait avoir épousé Tréphine, la fille de son allié Waroch, mais aurait abusé d'elle violemment avant de l'assassiner. Conomor fut tué plus tard par un rival sur un champ de bataille et devint un méchant légendaire dans l'histoire bretonne. Tréphine, ainsi que son fils Tremeur furent élevés en saints martyrs. Plusieurs églises leur sont dédiées et le village de Sainte Tréphine fut nommé en son honneur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Waroch Ier, roi du Bro Waroch, est la cinquième épouse du comte Conomor du Poher, roi de Domnonée, fille spirituelle de saint Gildas le Sage. Mère de saint Trémeur, elle aurait été décapitée par son époux qui avait l'habitude de décapiter ses épouses dès qu'elles étaient enceintes, mais elle fut ressuscitée par saint Gildas. Très peu d'éléments de sa vie sont connus. Elle est surtout évoquée par Dom Alexis Lobineau dans son récit de la vie de saint Gildas[2].

Son culte et ses traces dans la Bretagne actuelle[modifier | modifier le code]

Sainte Tréphine est fêtée le 7 novembre et son fils saint Trémeur le 21 juillet. Une paroisse, désormais commune des Côtes-d'Armor, porte son nom : Sainte-Tréphine, qui possède aussi une chapelle Saint-Trémeur Le pont Triffen à Landeleau porte son nom. Elle est la patronne de la chapelle de Trébalay en Bannalec.

La légende de Tréphine et Tremeur[modifier | modifier le code]

Dans les vieilles légendes, la méchanceté de Conomor inclus le meurtre de trois femmes avant Tréphine. Elle avait refusé de l'épouser au vu de sa réputation, mais lorsqu'il menaça d'envahir les terres de son père, elle finit par accepter afin d'épargner la vie du peuple. Alors que Conomor était au loin, Tréphine découvrit une chambre secrète où son mari cachait les reliques de ses épouses décédées. Elle pria pour leurs âmes et leurs fantômes lui apparurent pour la prévenir que si jamais elle tombait enceinte, Conomor la tuerait. En fonction de la version de la légende consultée, il tuait ses épouses enceintes soit parce qu'il était seulement intéressé par le plaisir sexuel qu'elles pouvaient lui procurer, soit parce qu'une prophétie disait qu’il serait tué par son propre fils[3].

À son retour, Conomor apprend la grossesse de sa femme qui parvient à s'échapper grâce à l'aide magique des épouses défuntes et donne naissance à son fils dans la forêt. Elle réussit à cacher son nouveau-né avant que son mari ne la rattrape et la décapite. Toutefois, Saint Gildas la trouve et la ramène miraculeusement à la vie. Tréphine et son fils ont tous deux vécu dans une sainte réclusion, mais dans d'autres versions de la légende, après la mort de Tréphine, Conomor retrouve son fils et le tue, d’autres encore disent que Conomor fut tué dans son château qui s’est miraculeusement écrasé sur lui[4] .

Le conte de Barbe Bleue pourrait provenir de cette légende[5].

Le peintre Paul Sérusier en a proposé deux représentations, qui sont citées chez Marcel Guicheteau, Paul Sérusier, Paris : Sides, 1976 : La Légende de Sainte Triphine (1904, 10,9 x 14,3 cm, toile) et Sainte Triphine et Saint Trémeur (1914, sculpture sur bois, cheminée de la maison de Paul Sérusier, Châteaneuf-du-Faou)

La légende de Tréphine et du roi Arthur[modifier | modifier le code]

Le folkloriste François-Marie Luzel a retrouvé une mystérieuse pièce de théâtre sur Tréphine et le roi Arthur [6]. Dans cette histoire, Arthur devient le mari de Tréphine au lieu de Conomor et Tréphine possède quelques caractéristiques de Guenièvre. Le complot inclut le frère diabolique de Tréphine, Kervoura, qui voudrait hériter du royaume d’Arthur. Quand il découvre la grossesse de Tréphine, il décide d’éliminer la lignée. Alors qu’elle est sur le point d’accoucher, il la kidnappe et cache l’enfant. Il accuse Tréphine d’avoir tué le bébé et utilise des preuves montées de toute pièce pour l’incriminer dans un complot contre la vie d’Arthur. Ce dernier met sa femme aux arrêts, mais elle réussit à fuir et travaille six ans en tant que servante. Elle fut finalement découverte et ramenée à la cour. Arthur accepte son innocence et ils ont une fille ensemble. Kervoura l’accuse ensuite d’adultère en utilisant de faux témoins. Elle est donc condamnée à être exécutée. Toutefois, son fils Tremeur, qui est maintenant grand, réussit à échapper à ses geôliers et revient. Il arrive juste au moment où sa mère doit être décapitée et provoque Kervoura en duel. Il le tue mais il avoue ses crimes avant d’expier. Arthur et Tréphine sont donc à nouveau réunis.

Ecrits[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire des Saints Breton, Paris, 1979, p.350.
  2. Guy-Alexis Lobineau, "Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province", 1725, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5494000p/f114.image.r=Tr%C3%A9meur.langFR et autres pages
  3. R. Couffon, "La Légende de sainte Triphine et de saint Trémeur et l’origine de leur culte", Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome LXXI, année 1944
  4. Wendy Mewes, Discovering the History of Brittany, Red Dog, 2006, p. 44
  5. Gilles Rihouay, Konomor, Barbe-bleue breton, Éd. Keltia Graphic, 29540 Spézet, 2001
  6. Brigitte Cazelles and Brett Wells, "Arthur as Barbe-Bleue: The Martyrdom of Saint Tryphine (Breton Mystery)", Yale French Studies, No. 95, Rereading Allegory: Essays in Memory of Daniel Poirion (1999), pp. 134-151