Eugène Green

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Eugène Green

Naissance 28 juin 1947 (67 ans)
New York, États-Unis
Nationalité Drapeau de la France France (depuis 1976)
Profession Metteur en scène, réalisateur, essayiste, romancier
Films notables Le Pont des Arts (2004)
La Religieuse portugaise (2009)

Eugène Green est un cinéaste, écrivain et dramaturge français né le 28 juin 1947 à New York.

Originaire des États-Unis, il émigre en France à la fin des années 1960 et fonde à la fin des années 1970 une compagnie de théâtre baroque, le Théâtre de la Sapience, avec laquelle il essaie de restituer sur scène la diction de l'époque baroque.

À la fin des années 1990, il se lance dans le cinéma avec un premier film, Toutes les nuits, réalisé en 1999 et sorti en 2001, inspiré de L'Éducation sentimentale. Il continue au cinéma avec Le Monde vivant (2003) et surtout Le Pont des Arts (2004), qui avec 42 000 entrées constitue aujourd'hui son plus grand succès.

Il publie son premier roman, La Reconstruction, en 2008. Suivent ensuite La Bataille de Roncevaux (2009), Un conte du Graal (2010), La Communauté universelle (2011) et Les Atticistes (2012).

Biographie[modifier | modifier le code]

Eugène Green naît en 1947 à New York[1]. Très tôt, il décide de quitter les États-Unis, qu'il nomme dans ses écrits la « Barbarie » et dont il ne prononce jamais le nom, et désire émigrer en Europe. Après voir voyagé à travers l'Europe, à Munich, à Prague et en Italie, il s'établit finalement à Paris en 1969 et y poursuit des études de lettres (licence et maîtrise de 1970 à 1973) puis d'histoire de l'art (licence et DEA de 1975 à 1977)[2],[3].

Il obtient la nationalité française en 1976[3].

Il est figurant dans le film de Robert Bresson, Le Diable probablement[4].

En 1977, il crée sa compagnie, le théâtre de la Sapience[3].

Après des années passées à avoir tenté de restituer un théâtre baroque, il se tourne vers le cinéma à partir de la fin des années 1990 et se désinvestit du théâtre.

En 1997, il obtient l'avance sur recettes pour réaliser son premier film Toutes les nuits. Il tourne le film en 1999 et le film sort sur les écrans en 2001. Il obtient alors le prix Louis-Delluc[3]. Le film attire notamment l'attention de Jean-Luc Godard. Quand Serge Kaganski l'interroge en 2004 sur les films qui l'ont intéressé au cours des dernières années, Godard cite Toutes les nuits[5].

En 1999, il met en scène Mithridate de Jean Racine à la chapelle de la Sorbonne[3],[6].

En 2002, il tourne le court métrage Le nom du feu[3].

En 2002, il représente le Sermon sur la mort de Bossuet à l'église Saint-Étienne-du-Mont. Pour retrouver l'esprit du XVIIe siècle, l'église est éclairée à la bougie et Eugène Green déclame le sermon depuis la chaire[7].

En 2003, il sort deux livres, le recueil de contes Rue des Canettes et l'essai sur la parole au cinéma Présences[8].

En attendant les financement pour Le Pont des Arts, il obtient des financements pour un court-métrage qui devient finalement un long métrage de 75 minutes, Le Monde vivant[9].

En 2003, il obtient l'avance sur recettes pour tourner Le Pont des Arts, un projet ancien qui remonte à 1997[10],[3]. L'histoire se passe à Paris entre 1979 et 1980. Elle est centrée autour de deux personnages. Sarah (Natacha Régnier), une chanteuse baroque, terrorisée par son chef (Denis Podalydès) est amenée à se suicider. Pascal (Adrien Michaux), étudiant en lettres, est au bord du suicide mais retrouve le goût de vivre en entendant la voix de Sarah sur un disque qui lui a été offert par son ancienne petite amie. Autour de ces deux personnages et de leurs compagnons respectifs, on trouve un ensemble de personnages caricaturaux comme le chef de l'ensemble musical dans lequel chante Sarah, Guigui, le metteur en scène Jean-Astolphe Meréville interprété par Olivier Gourmet ou encore la professeur de surréalisme interprétée par Julia Gros de Gasquet. Le film est à la fois une fable sur la force de l'art qui permet à Pascal et Sarah de se retrouver par delà la mort et une vive satire du monde de la musique baroque. Comme toujours, le cinéma d'Eugène Green clive fortement la critique. Certains, à l'image de Jean Collet dans la revue Étvdes, condamnent la radicalité des partis pris esthétiques, considérant que le choix de prononcer toutes les liaisons donne « un effet désastreux à l'écran[11] ». L'aspect satirique du film dérange aussi certains critiques, comme Jean-Philippe Tessé qui n'y voit qu'un « règlement de comptes »[12],[11].

Il est apparu en tant qu'acteur en 2006 dans Les Amitiés maléfiques d'Emmanuel Bourdieu et dans Fragments sur la grâce de Vincent Dieutre.

Il publie son premier roman La Reconstruction en 2008[1] et un second roman La Bataille de Roncevaux en 2009[13].

La Religieuse portugaise (2009) raconte le tournage à Lisbonne des Lettres portugaises de Gabriel de Guilleragues.

En 2009, il tourne La Religieuse portugaise à Lisbonne et en Portugais. Le film raconte l'histoire de Julie de Hauranne (Leonor Baldaque), une actrice française qui se rend à Lisbonne pour le tournage d'une adaptation cinématographique des Lettres portugaises de Gabriel de Guilleragues. Lors de ses pérégrinations à travers la ville, elle tente de donner un sens nouveau à sa vie[14].

La même année, il publie un second roman La Bataille de Roncevaux dans lequel il raconte l'itinéraire spirituel d'un jeune basque forcé de se confronter à l'apprentissage du Français[15].

En 2011, il publie La Communauté universelle. Le roman raconte l'histoire d'un couple qui, après que la femme a soudainement quitté son mari, effectue chacun de son côté un retour aux sources[16].

Les Atticistes (2012) est un roman satirique racontant essentiellement l'histoire de deux personnages: Amédée Lucien Astrafolli, digne représentant de l'atticisme français, et Marie-Albane de Courtambat, sémiologue, féministe et adepte de la « méta-littérature » tout au long de la seconde moitié du XXe siècle[17].

Analyse de l'œuvre théâtrale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Déclamation baroque.

Fondé en 1977, le Théâtre de la Sapience[note 1] cherche à faire revivre l'art du théâtre baroque en utilisant les moyens spécifiques, déclamatoires et visuels qui le constituaient. La démarche est l'analogue de celle qui a permis de retrouver, en musique, le style de jeu des instruments "anciens" et, en danse, le langage de la danse baroque. L'art de la déclamation repose sur un code artistique très précis concernant le rythme, l'accentuation et la prononciation, tous trois très différents du langage parlé de l'époque. La déclamation est accompagnée d'une gestique selon un code très précis également. La mise en scène est frontale, face à « La Présence » (la place du Roi, voir l'article : Inégalités dans la musique baroque). L'éclairage aux bougies produit des jeux de lumière très spécifiques dont la mise en scène tire profit.

Depuis 1980, Eugène Green a formé comédiens et chanteurs, dans des stages à l'Accademia Claudio Monteverdi (Venise), le Corso d'Estate di Erice (Sicile), le Centre de Musique ancienne de Genève, l'École supérieure d'art dramatique du Conservatoire de Genève et le Corso internazionale di Urbino.

  • Pièces de Pierre Corneille : La Suivante (Avignon, 1993 ; Paris, 1996), Le Cid (Avignon, Paris, 1995), La Place Royale (Avignon, Marseille, Paris, 1996).
  • Pièce de Jean Racine : Mithridate (25 représentations dans la Chapelle de la Sorbonne, 28 septembre-30 octobre 1999).
  • Mise en scène de Jean-Philippe Rameau : Castor et Pollux (Théâtre national de Prague, 1999).

Lors des représentations de Mithridate, le Théâtre de la Sapience révèle qu'il ne reçoit aucune subvention des organismes publics chargés d'aider le théâtre et fait appel, à travers son association, au soutien financier des spectateurs.

Eugène Green est le seul[note 2] écrivain et metteur en scène français à avoir fait ce travail de fond pour le théâtre baroque, travail qui se poursuit par les nombreux élèves qu'il a formés. Le Bourgois Gentilhomme (dont une captation a été publiée par les éditions Alpha en 2005), comédie-ballet de Molière et Lully, mis en scène par Benjamin Lazar et en musique par Le Poème Harmonique, sous la direction de Vincent Dumestre, lui est pleinement redevable[18].

Analyse de l'œuvre cinématographique[modifier | modifier le code]

Influences[modifier | modifier le code]

Le cinéaste se réclame de Robert Bresson, du « grand cinéma européen de 1955 à 1979 », d'Ozu, Hou Hsiao-hsien, Wong Kar-wai et Hirokazu Kore-Eda[9].

Esthétique[modifier | modifier le code]

En 2009, Eugène Green publie un essai intitulé Poétique du cinématographe dans lequel il justifie ses choix esthétiques. En 2010, il est l'invité d'honneur du festival Paris Cinéma[19]. C'est l'occasion pour lui de donner une leçon de cinéma[20].

Dans ses films, les personnages parlent un français parfait en prononçant toutes les liaisons, ce qui produit un décalage avec le langage commun qui n'en fait que quelques unes; mais Green s'amuse aussi avec ce style en introduisant parfois un terme familier, produisant ainsi un nouveau décalage dans un effet humoristique. C'est par exemple le personnage joué par Adrien Michaux, qui, dans Le Monde vivant, enchaîne ses liaisons littéraires en demandant à son interlocutrice : "Qui est-ce, ce mec ?". Green explicite ces liaisons dans son refus d'un effet psychologique verbal ou gestuel de l'acteur que pourrait amener un langage commun. Ceci n'est pas possible avec une diction dont les liaisons imposent une linéarité d'expression poussant à l'intériorité. Ainsi selon lui, peut se libérer de l'acteur une énergie générée par cette introversion, qui n'est pas d'origine mentale, mais qui s'apparente plutôt au registre de l'émotion[21].

Quand il filme un dialogue entre deux personnages, plutôt que de placer sa caméra tour à tour dans un angle de 70 degrés par rapport à l'un des deux protagonistes, il place souvent sa caméra en face de chacun des protagonistes pour « libérer pleinement l'énergie que la parole dégage en chacun »[22].

Dans une interview à la revue Séquences, Eugène Green explique[23] : « Quand il y a champ et contrechamp avec amorce, le spectateur voit le personnage qui parle s'adresser à son interlocuteur. Mais quand il n'y a pas d'amorce, je mets la caméra entre les deux personnages, de sorte que le spectateur reçoit la même énergie du regard que vous recevez en parlant avec quelqu'un. Si vous parlez avec quelqu'un en ne voyant qu'un quart de son regard sous un angle oblique, ou en le voyant de dos, ce qui est le cas, pour le spectateur, dans le cadrage et montage traditionnels d'une conversation, il n'y a pas de possibilité de communication profonde, parce qu'une grande partie de l'incarnation de la parole passe par le regard dans sa plénitude. Le cinéaste a la liberté de placer la caméra où il veut : moi, j'en profite. »

Succès en salles[modifier | modifier le code]

Le tableau suivant est établi à partir de la base de données Lumière. La base de données inclut l'ensemble des entrées dans l'union européenne depuis 1996[24].

Film Année de production Entrées en Europe depuis 1996
Toutes les nuits 2000 7 929
Le Monde vivant 2003 19 945
Le Pont des arts 2004 42 996
La Religieuse portugaise 2009 12 506

Filmographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles de périodiques[modifier | modifier le code]

  • « Penser le cinéma. Notes » dans Trafic no 50, mars 2004

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Julien le pauvre[3]
  • La Parole dans le jardin[3]
  • 1995 : Le Rêve dans le petit fer à cheval[3].
  • La Pastorale du jardin du Luxembourg[3].
  • La Vieille Charité[3].

Discographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Bouquet, « Des pieds et des chemins », Cahiers du cinéma, no 556,‎ avril 2001
  • Jean-Sébastien Chauvin, « Rencontre avec Eugène Green », Cahiers du cinéma, no 556,‎ avril 2001
  • Jean-Philippe Tessé, « Parole d'ogre », Cahiers du cinéma, no 584,‎ novembre 2003
  • Jean-Sébastien Chauvin, « Singulière utopie », Cahiers du cinéma, no 580,‎ juin 2003
  • Jean-Philippe Tessé, « De bric et de baroque », Cahiers du cinéma, no 595,‎ novembre 2004
  • Valérie Ganne, « L'énergie intérieure d'Eugène Green », Synopsis, no 34,‎ novembre-décembre 2004
  • Jacques Mandelbaum, « Eugène Green, singulier et puissant cinéaste », Le Monde,‎ 25 août 2006 (lire en ligne)
  • Julia Gros de Gasquet, « Rhétorique, théâtralité et corps actorial », Dix-septième siècle, no 236,‎ mars 2007, p. 501-519 (DOI 10.3917/dss.073.0501, lire en ligne)
  • Thierry Méranger, « La religieuse portugaise », Cahiers du cinéma, no 650,‎ novembre 2009
  • Artémise Kopel, « Eugène Green : La rencontre de l'ange », Artkopel,‎ 7 juin 2010 (lire en ligne)
  • Eugène Green, « Du Théâtre baroque au cinéma », dans José Moure, Gaël Pasquier et Claude Schopp, L'Atelier des cinéastes : De la Nouvelle Vague à nos jours, Archimbaud Klincksieck,‎ 2012, p. 279-289

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le palais universitaire de la Sapience, à Rome, comporte une chapelle dont l'architecture a retenu l'attention d'Eugène Green.
  2. Philippe Lénaël, à Nantes et à Versailles, a cependant travaillé sur la gestique baroque et sur la mise en scène.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mathieu Lindon, « Eugène Green, un Ancien toujours vert », Libération,‎ 18 septembre 2008 (lire en ligne)
  2. « Interview Eugène Green », Lexnews,‎ 20 septembre 2011 (lire en ligne)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Eugène Green, « Mes dates clés », Libération,‎ 26 novembre 2003 (lire en ligne)
  4. Antoine de Baecque, « Une réponse à vingt ans d'humiliation », Libération,‎ 10 novembre 2004 (lire en ligne)
  5. Serge Kaganski, « Jean-Luc Godard : « c'est notre musique, c’est notre ADN, c’est nous » », Les Inrockuptibles,‎ 5 mai 2004 (lire en ligne)
  6. Mathilde La Bardonnie, « Racine, en vers et contre tous », Libération,‎ 28 septembre 1999 (lire en ligne)
  7. Olivier Séguret, « Gagner à être inconnu », Libération,‎ 19 juin 2002 (lire en ligne)
  8. Olivier Séguret, « La voix de Green », Libération,‎ 26 novembre 2003 (lire en ligne)
  9. a et b Philippe Chappuis, « Eugène Green : Toutes les nuits et Le pont des arts (interview) », Objectif Cinéma,‎ décembre 2003 (lire en ligne)
  10. Antoine de Baecque, « Eugène Green, le baroque sur le « Pont » », Libération,‎ 7 avril 2004 (lire en ligne)
  11. a et b Jean Collet, « Le Pont des Arts », Étvdes, no 401,‎ novembre 2004 (lire en ligne)
  12. Jean-Philippe Tessé, « Le Pont des arts », Chronic'art,‎ 2004 (lire en ligne)
  13. Éric Loret, « Un homme de lettres », Libération,‎ 10 novembre 2009 (lire en ligne)
  14. Jacques Mandelbaum, « "La Religieuse portugaise" : la grâce facétieuse d'Eugène Green redonne vie à la 'religieuse portugaise' », Le Monde,‎ 10 novembre 2009 (lire en ligne)
  15. Patrick Goujon, « La Bataille de Ronceveaux », Étvdes, t. 412,‎ mars 2010, p. 405-429 (lire en ligne)
  16. Françoise Le Corre, « La Communauté universelle », Étvdes, t. 415,‎ septembre 2011, p. 259-285 (lire en ligne)
  17. François Maillot, « Eugène Green, Les Atticistes », sur Blog de La Procure (consulté le 6 janvier 2013)
  18. Lebourgeoisgentilhomme.com
  19. Festival Paris Cinéma 2010 : http://www.pariscinema.org/fr/programmes-2010/invites/green.html
  20. Parole et sacralité, la leçon de cinéma d'Eugène Green du 11 juillet 2010 http://www.pariscinema.org/fr/actus1.html?actu_id=306&PHPSESSID=lltuslg312d3r3e0se0htq2rv1
  21. D'après l'interview d'Eugene Green pour Le Monde vivant (2003)
  22. Poétique du cinématographe, p. 90.
  23. Charles-Stéphane Roy, « Eugène Green et l’art vivant : vérités et contradictions », Séquences : La revue de cinéma, no 237,‎ 2005, p. 12-13 (lire en ligne).
  24. « Base de données Lumiere » (consulté le 13 mai 2012)

Liens externes[modifier | modifier le code]