Isabel Martínez de Perón

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Isabel Martínez de Perón
Image illustrative de l'article Isabel Martínez de Perón
Fonctions
42e présidente de la Nation argentine
Prédécesseur Juan Perón
Successeur Jorge Videla
Présidente de la Nation argentine
(par intérim)
Prédécesseur Juan Perón
Successeur elle-même
28e vice-présidente de la Nation argentine
Président Juan Perón
Prédécesseur Vicente Solano Lima
Successeur Víctor Martínez
Biographie
Date de naissance (83 ans)
Lieu de naissance La Rioja (Argentine)
Nationalité argentine
Parti politique Parti justicialiste
Conjoint Juan Perón
Profession Danseuse

Isabel Martínez de Perón
Présidents de la Nation argentine

Isabel Martínez de Perón (née María Estela Martínez Cartas le 4 février 1931 à La Rioja, en Argentine) est la troisième épouse du président Juan Domingo Perón et la première femme présidente de l'Argentine, mais aussi première présidente d'une République de l'histoire mondiale[1], du 1er juillet 1974 au 24 mars 1976, succédant pour la fin du mandat, en tant que vice-présidente élue, à son mari mort en exercice.

Après moins de deux ans de présidence dans un contexte difficile, elle est déposée par la junte militaire que dirige le général putschiste Jorge Rafael Videla, donnant naissance à ce que celui-ci appela Processus de réorganisation nationale (Proceso de Reorganización Nacional).

Elle vit en Espagne depuis 1981, après cinq ans d'emprisonnement en Argentine. Depuis 2007, elle doit se tenir à la disposition de la justice argentine, qui examine ses actions ou omissions comme présidente en 1975.

Accession au pouvoir[modifier | modifier le code]

Isabel Martínez rencontre Perón, alors président déchu en exil au Panama, en 1955. Elle est danseuse dans une troupe folklorique. Elle abandonne cette carrière et l'épouse en 1960, à Madrid. Elle l'accompagne dans son exil espagnol. Elle fait un voyage en Argentine en 1965, à titre de déléguée personnelle de Perón, pour faire face au phénomène dit du néopéronisme, qui tente alors d'intégrer les revendications de la classe ouvrière tout en écartant Perón lui-même de la direction du mouvement péroniste.

Perón l'envoie à nouveau en Argentine, et elle arrive à Buenos Aires le afin de promouvoir la consigne « unité, solidarité et organisation » proclamée par le général dans le cadre des élections internes au Parti justicialiste, de nouveau autorisé grâce au « Grand Accord National » du général Lanusse.

Lorsque Perón retourne en Argentine pour se présenter aux élections de septembre 1973, Isabel l'accompagne comme colistière au sein de la formule dite « Perón-Perón » qui obtient plus de 60 % des suffrages. Devenue vice-présidente, elle assure brièvement l'intérim après l'hospitalisation de son mari, le 28 juin 1974. Après la mort du général, le , elle assume la continuité de la présidence, conservant son conseiller et ministre José López Rega à ses côtés.

Sa présidence[modifier | modifier le code]

Dès son accession au pouvoir, Isabel essaie de faire face à une situation à laquelle elle n'est pas préparée, mais elle subit l'influence de son ministre du Bien-être social et secrétaire personnel, José López Rega, connu sous le surnom de el Brujo (le sorcier), qui vise à faire prévaloir les intérêts de la droite du mouvement péroniste contre les divers mouvements sociaux.

López Rega utilise des fonds publics pour le financement d'un groupe armé, connu comme Alianza Anticomunista Argentina ou triple A[2],[3] Cette formation paramilitaire entreprend, sous sa direction, des actions de harcèlement contre des personnalités de la frange gauche du péronisme et de la gauche argentine, qui prennent la forme d'attentats, de séquestrations, de tortures et d'assassinats[4].

L'attitude du gouvernement se fait aussi plus dure et plus répressive, intervenant dans les provinces « dissidentes », les universités, des syndicats, les canaux de télévision privés, établissant une censure sans cesse renforcée contre les journaux et les revues[2].

L'économie argentine subit des dommages sévères : inflation galopante, paralysie des investissements, suspension des exportations de viande vers l'Europe et accroissement important de la dette[5],[2]. Une solution de type monétariste fut tentée par le ministre Alfredo Gómez Morales, mais sans succès, provoquant au contraire un processus de stagflation. Les prémices d'une crise politique majeure étaient réunies.

La chute[modifier | modifier le code]

Les militaires essaient de la convaincre de démissionner, mais elle s'y refuse et envisage de se représenter aux élections ; elle est déposée le 24 mars 1976 par la junte militaire dirigée par le général Jorge Rafael Videla qui met en place une dictature militaire sous le nom de Processus de réorganisation nationale.

Isabel Perón est incarcérée pendant cinq ans par les militaires, dans des conditions initialement si dures que le nonce apostolique doit intervenir à sa demande auprès du gouvernement militaire. Libérée en 1981, elle s'exile en Espagne.

À la suite d'un mandat d'arrêt émis par la justice argentine dans le cadre d'une enquête portant sur la disparition d'Héctor Fagetti, un opposant politique, pendant sa présidence, elle est interpellée par la police espagnole le 12 janvier 2007 à son domicile de Villanueva de la Cañada, à l'ouest de Madrid, où elle résidait depuis 1982.

Le rapport Nunca Más, rédigé en 1983, estime à 600 disparitions et 500 exécutions d'opposants le bilan de sa présidence, de 1973 à 1976.

Cause et effets[modifier | modifier le code]

Le décret 261/75 dit d'« anéantissement de l'action de la subversion » est signé par Isabel Perón et ratifié par ses ministres. Il vise notamment les activités du groupe guérillero marxiste ERP (Ejército Revolucionario del Pueblo) dans la Province de Tucumán et autorise les forces armées à employer « tous les moyens disponibles » pour éliminer ce « danger ». Trois autres décrets dits Decretos de aniquilamiento de 1975 (Argentina) (es) seront pris pendant l'intérim d' Ítalo Argentino Luder à la Présidence de la République Argentine en octobre 1975.

La justice argentine étudie à l'heure actuelle les disparitions d'individus perpétrées par l'armée au cours de l'année 1975, autorisées précisément par ces décrets, bien qu'en théorie cette pratique ne soit devenue courante qu'à partir de mars 1976, après le coup d'État militaire. En effet l'armée, dans une interprétation extensive du décret, aurait recherché l'anéantissement non seulement de l'action de la « subversion », mais aussi des « subversifs ».

Le problème légal tourne autour des deux questions suivantes : dans quelle mesure le décret lui même est-il démocratiquement tolérable ? Et Isabel Perón était-elle vraiment au courant de l'existence même de la Triple A ?

En ce qui concerne la première question, les avocats chargés de la défense des généraux lors du procès de la Junte en 1985 ont plaidé en faveur de la légalité du décret. Placé dans son contexte historique, le décret visait l'élimination de l'ERP. Le décret émanait donc d'un gouvernement légitime contre un groupe guerillero. Le procureur Julio César Strassera a estimé lors de ce procès qu'Isabel Perón ne pouvait être jugée par ces faits, le décret étant selon lui constitutionnel.

La deuxième question est plus complexe : Isabel Perón était-elle au courant de l'existence de la Triple A et des raids contre les péronistes de gauche et autres militants de gauche ? L'indépendance de José Lopez Rega vis-à-vis d'elle, la gigantesque emprise psychologique qu'il avait sur elle et la grande naïveté dont elle a fait la preuve ces dernières années montrent que tout est possible. L'intelligence et la lucidité d'Isabel Perón ont souvent été mises en doute et il s'avère fort probable que de la même façon qu'elle ne comprit pas le contexte social ingouvernable du pays qu'elle dirigea entre 1974 et 1976, sa naïveté l'empêcha de s'apercevoir des menées de José Lopez Rega. Dans une interview accordée au journal Clarín le 19 janvier 2007, l'ex-sénateur Hipólito Solari Yrigoyen, première victime de la Triple A, qui survécut à deux attentats, reconnaît lui-même que le décret signé par Isabel Perón visait clairement l'action de la guérilla qui mettait en péril les institutions de l'État, et non pas les personnes elles-mêmes, et suggère par ailleurs qu'Isabel Perón n'était pas assez lucide pour savoir exactement ce qui se passait dans le pays, étant très influencée par José Lopez Rega[4]. Il rappelle toutefois aussi qu'avant le coup d'Etat du 24 mars 1976 « il y avait déjà 900 disparus », sans compter les innombrables prisonniers politiques, « presque tous péronistes » et « pas nécessairement Montoneros »[4]. Par ailleurs, l'enquête menée dans le cadre d'une plainte déposée à Tucumán semble établir qu'Isabel Perón aurait visité les centres de détention clandestins de Famaillá et Santa Lucía [6].

L'extradition d'Isabel Perón vers l'Argentine s'avère extrêmement difficile, du fait de sa double nationalité argentine et espagnole, et la longue bataille judiciaire ne fait que commencer[7],[6]. Plusieurs membres importants du Parti justicialiste ont fait part de leur indignation devant les attaques dirigées contre Isabel, et l'ancien président de l'Argentine Eduardo Duhalde s'est proposé pour être l'un de ses avocats[8].

Critiques de la personne[modifier | modifier le code]

Les critiques dirigées contre Isabel Perón sont nombreuses : elle a ainsi été qualifiée de « femme maladroite, inculte, limitée, se sachant dépassée par les évènements »[9]— pourtant, dans son unique biographie Isabel Perón; la Argentina en los años de María Estela Martínez (2003), María Sáenz Quesada en dresse un portrait beaucoup plus nuancé ; elle garde d'ailleurs le respect de nombreux péronistes, qui soulignent le courage qu'elle a eu, selon eux, d'assumer la présidence dans des conditions extrêmement dures auxquelles elle n'était pas préparée, et la dignité de son exil volontaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les « précédents » de Sühbaataryn Yanjmaa en Mongolie et de Song Qingling en Chine ne sont pas comparables : elles n'ont en effet occupé que des fonctions honorifiques et à titre intérimaire mais n'ont pas dirigé effectivement leur pays.
  2. a, b et c [1] Presidencia de Isabel Perón, in Todoargentina.net
  3. [2] "Paralelamente, se fue estructurando el terrorismo para estatal conocida como la Alianza Anticomunista Argentina (Triple A), organización parapolicial que contaba con los fondos y armamentos que le proporcionaba el Ministerio de Bienestar Social, a cargo de José López Rega." in Alicia Servetto, Memorias de intolerancia política: las víctimas de la Triple A.
  4. a, b et c « Hipólito Solari Yrigoyen, primera victima de la Triple A. "Isabel y López Rega vinieron a verme cuando estaba internado" », Clarín, 19 janvier 2007
  5. [3]Article Larousse
  6. a et b [4] Fiscal pide extradición de Isabel Perón, in El Intransigente, 14/04/2011
  7. [5] Isabel Perón resiste intento de extradición a la Argentina, in El Nuevo Diario, 14/04/2008
  8. [6] Duhalde se ofreció como abogado de Isabel Perón, in caracol.com, 25/01/2007.
  9. [7] Una "débil" mujer, in Página 12, 13/01/2007;

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


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Coat of arms of Argentina.svg
Président de la Nation argentine
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