Stagflation
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La stagflation est la situation d'une économie qui souffre simultanément d’une croissance économique faible ou nulle et d'une forte inflation (c’est-à-dire une croissance rapide des prix). Cette situation est souvent accompagnée d'un niveau élevé du taux de chômage.
Ce mot-valise, contraction de « stagnation » et d’« inflation », a été employé en premier par le Chancelier de l'Échiquier Iain Macleod en novembre 1965[1] pour décrire la situation économique du Royaume-Uni dans une période où tous les autres pays capitalistes développés connaissaient une forte croissance (période dite des "Trente Glorieuses". Mais, au cours des années 1970, ces pays développés ont connu à leur tour des situations de stagflation. Ce renversement de situation est dû à l'entrée en crise progressive du capitalisme, marquée par une chute des taux de rentabilité aux États-Unis, dès le milieu des années 1960, puis, quelques années après, en Europe occidentale et au Japon. Se sont rajoutés à cette dégradation la crise du système monétaire international en 1971 et le premier choc pétrolier en 1973, l'ensemble provoquant une grave crise structurelle dont le capitalisme n'est sorti qu'en libéralisant la circulation des capitaux et en commençant à dégrader la condition salariale par la baisse de la part salariale dans la richesse produite. Dans ce nouveau contexte de globalisation des systèmes productifs et d'échanges, les politiques keynésiennes nationales de relance, essayant d'arbitrer entre inflation et chômage (principe de la courbe de Phillips, se révélèrent inefficaces et laissèrent le champ libre aux préceptes monétaristes de Milton Friedman et de l'Ordolibéralisme. S'ouvrit alors la période dite du néolibéralisme.
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[modifier] Historique
La sortie de crise de rentabilité fut donc l'œuvre des politiques de rigueur, dites aussi politiques de l'offre, et cela dans plusieurs domaines. Dans le domaine monétaire, d'abord, elles furent initiées par la banque centrale des États-Unis, la Réserve fédérale, sous la direction de Paul Volcker en 1979, qui décida d'augmenter fortement les taux d'intérêt directeurs pour juguler rapidement l'inflation. La hausse des taux se généralisa progressivement au monde entier, avec pour conséquence collatérale le début de l'explosion de la dette des pays pauvres. Les politiques monétaires orthodoxes furent donc le fil conducteur des politiques économiques dans la plupart des pays. En Europe, l'adoption du Traité de Maastricht en 1992 prépara la mise en place d'une Banque centrale européenne indépendante des États et la création de l'euro. La lutte contre l'inflation sur les biens et services devint l'objectif unique, en laissant de côté l'inflation qui se développait sur les prix des actifs financiers. Ainsi s'explique la répétition de bulles spéculatives et de crises financières au cours des années 1980, 1990 et 2000. En Europe, les politiques de rigueur concernèrent aussi les budgets publics, contraints de respecter des normes de déficits et d'endettement. Les politiques de rigueur portèrent enfin sur les coûts salariaux, puisque, un peu partout dans le monde, au cours de la décennie 1980, les salaires furent désindexés des prix, ce qui fut l'occasion de les déconnecter de l'évolution de la productivité du travail. Ainsi s'explique le fait, que, après une période de hausse consécutive à l'entrée en crise du système, on enregistra une baisse de la masse salariale dans la valeur ajoutée de 8 à 10 points de pourcentage selon les pays, avant qu'elle ne stabilise à un niveau historiquement bas dans la décennie 1990. Ces politiques furent initiées sous Ronald Reagan aux États-Unis et Margaret Thatcher au Royaume-Uni, dès la fin des années 1970. Le tournant de la rigueur fut pris en France sous François Mitterrand en 1982-1983.
L'efficacité de ces politiques économiques tient moins à leur vertu théorique qu'au renversement du rapport des forces entre le salariat et le capital. En effet, le monétarisme souffre d'une grande faiblesse théorique. Il affirme la neutralité de la monnaie sur l'activité économique et donc l'inefficacité de toute politique interventionniste, à partir de l'hypothèse que l'économie est en concurrence parfaite et qu'elle est donc spontanément dans une situation de plein emploi. Ainsi, la conclusion étant l'hypothèse, on ne peut pas stimuler l'emploi puisqu'il n'y a pas de chômage. Cette assertion étant démentie par les faits, le chômage est resté très important pendant plus de trois décennies, et cela malgré, ou à cause, des politiques orthodoxes menées, la faillite de celle-ci a éclaté en même temps que la nouvelle crise structurelle qui a frappé la finance mondiale en 2007-2008.
[modifier] Mécanismes
La stagflation s'intensifie quand les mécanismes de régulation économique et sociale se grippent, comme ce fut le cas au cours de la décennie 1970. La rentabilité du capital émoussée par des gains de productivité plus faibles se heurte à des conventions sociales héritées de l'après-guerre. Celles-ci conduisent pendant un court laps de temps à des hausses de salaire sur la lancée antérieure, que les politiques orthodoxes vont briser rapidement.
[modifier] Politique monétaire et stagflation
Le principal outil de politique monétaire utilisé pendant la période de sortie de la stagflation et pendant celle du néolibéralisme est le taux d'intérêt pour réguler l'évolution de la masse monétaire. Dans une phase où se sont imposés les changes flottants et la circulation des capitaux, l'autonomie des politiques monétaires a eu tendance à s'amenuiser. Cette configuration porte le nom de triangle d'incompatibilité de Mundell.

