Guillaume Dustan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Guillaume Dustan

Description de l'image  Guillaume-Dustan.jpg.
Activités Écrivain, éditeur
Naissance 28 novembre 1965
Paris
Décès 3 octobre 2005 (à 39 ans)
Paris
Genres Autobiographie
Autofiction
Essai
Littérature expérimentale
Distinctions Prix de Flore 1999
Prix Sade 2013 (posthume)

Œuvres principales

Guillaume Dustan, de son vrai nom William Baranès, né à Paris le 28 novembre 1965 et mort à Paris le 3 octobre 2005, est un écrivain et éditeur français, magistrat de profession. Son œuvre littéraire, pour l'essentiel autobiographique, est en grande partie centrée sur la pratique et la problématique de l'homosexualité.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'énarque[modifier | modifier le code]

Fils d'une architecte d'intérieur et d'un psychiatre, Guillaume Dustan obtient les premiers prix de français et d'anglais au concours général. Élève au lycée Henri-IV, où il effectue sa khâgne, il refuse de passer le concours d'entrée de l’École normale supérieure[1]. Il suit alors le parcours classique Sciences Po-ENA (promotion 1991 Victor Hugo), avant de se lancer dans une carrière juridique. Juge administratif, il dirige, en 1994 et 1995, avec Marie-Anne Frison-Roche, La Justice : l'obligation impossible, pour la collection « Valeurs » des éditions Autrement ainsi que De l'injuste au juste, aux éditions Dalloz.

Il découvre sa séropositivité en 1989. Guillaume Dustan a alors une « double vie ». La journée, il est conseiller de tribunal administratif et rédige des articles érudits pour les éditions Dalloz. En alternance, il découvre le monde de la nuit. Il expérimente la « drague » sur minitel rose, les backrooms et les rapports impersonnels avec des partenaires multiples. Il connaît ses premières expériences avec la drogue[1].

Écriture et médiatisation[modifier | modifier le code]

En 1994, à Paris, il rédige son premier roman, Dans ma chambre qu'il corrige sur épreuves à Tahiti où, entre-temps, il avait demandé son affectation en tant que magistrat. Dans ma chambre est publié aux éditions POL en 1996. Judith Perrignon, journaliste à Libération, écrit : « [Guillaume Dustan] laisse tomber la défroque de l'élite bourgeoise, troque ses prestigieux diplômes contre les tares d'une époque puritaine : il est pédé, séropositif, drogué et le fait savoir[1]. »

En 1997, il quitte Tahiti, se met en disponibilité de son administration et, revenu en métropole, il rédige un second récit, Je sors ce soir, publié chez le même éditeur en 1997. Jusque-là anonyme et caché derrière son nom de plume, il commence alors à apparaître à visage découvert dans les médias, tout en évitant encore à l'époque de révéler son véritable nom[2]. En 1998, toujours chez POL, il publie Plus fort que moi, dernier tome de ce qu'il considérait comme une trilogie « autopornographique ». La même année, il collabore au dixième numéro de la revue Écritures, consacrée à Renaud Camus[3].

Il crée alors la collection « Le Rayon gay » aux Éditions Balland, dans laquelle il publie, en 1999, pour la première fois en France, Les Monologues du vagin. « Le Rayon gay » deviendra par la suite « Le Rayon ». Ce sera la première collection entièrement LGBT éditée en France.

Une cinquantaine de titres y seront publiés jusqu'à sa fermeture en 2003[4], dont trois titres de Guillaume Dustan : Nicolas Pages (1999, titre qui fait référence à l'écrivain et plasticien Nicolas Pages), Génie Divin (2001) et LXiR ou Dédramatison La Vi Cotidièn (2002).

Il reçoit le prix de Flore, en 1999, pour son roman Nicolas Pages. La même année, de janvier à mars, il dirige le magazine gay e-m@le pour le compte de radio FG[5].

La médiatisation de Guillaume Dustan s'accroît avec la polémique sur le bareback. Act Up s'oppose à lui parce qu’il prône les relations sexuelles non protégées entre adultes consentants (le barebacking). Cela lui vaut d'être à partir de 2001 attaqué par Act Up-Paris; Didier Lestrade, membre historique de cette association, est en pointe de l'opposition à Guillaume Dustan, dont il juge les positions criminelles[6].

Ses apparitions médiatiques sont souvent remarquées : Guillaume Dustan se présente sur les plateaux perruqué (notamment à deux reprises chez Thierry Ardisson, dans Tout le monde en parle[7]), militant pour une « cohabitation pacifiste de l'homme et de la femme au sein d'un même corps. »

Il fait quelques apparitions au cinéma[8], en 2001, dans le court-métrage Les Éléphants de la planète Mars, de Philippe Barassat, et en 2003, dans Process, de C.S. Leigh.

En 2001, il intègre le jury de Prix Sade. La même année, il se présente aux élections municipales, dans le 4e arrondissement de Paris[9].

Entre 2000 et 2004, il réalise une vingtaine de vidéos expérimentales[10], non commercialisées, et dont la distribution (restreinte) s'organisera après sa mort.

En 2003, il participe à la revue littéraire Bordel, dirigée par Frédéric Beigbeder et Stéphane Millon[11].

Retrait du milieu culturel[modifier | modifier le code]

Après la fin de sa collaboration avec Balland, Guillaume Dustan réintègre la magistrature. Nommé à Douai, il continue de publier mais se tient désormais éloigné du milieu littéraire et des médias[12],[13],[14]. Dans un texte paru dans Technikart, il évoque une vie « d'un ennui mortel[15] ».

En 2004, la revue Écritures lui consacre un numéro spécial intitulé « Danger Dustan / Engagement », constitué de textes inédits de l'auteur et d'articles critiques[16],[17]. La même année, il publie Dernier roman chez Flammarion et, en 2005, Premier essai. Ces deux textes sont ignorés par les critiques littéraires qui les jugent « illisibles »[12].

Décès et postérité[modifier | modifier le code]

Guillaume Dustan décède le 3 octobre 2005 d'une intoxication médicamenteuse involontaire[18] liée à une consommation excessive de médicaments pour contrer les effets secondaires du traitement anti-VIH et d'antidépresseurs[19] ayant entrainée une embolie pulmonaire[20]. Il est enterré au cimetière du Montparnasse. Comme épitaphe, sur sa tombe, on peut lire : « J'ai toujours été pour tout être[21]. »

Des personnalités lui rendent hommage. Thomas Clerc, universitaire, publie dans le journal Libération un article intitulé « Mon cœur est mort (pour Guillaume Dustan) » dans lequel il déclare que « Guillaume Dustan était l'un des écrivains les plus forts de la littérature contemporaine, celle qui prend des risques parce qu'elle n'est pas formatée. » Il voit en Dustan un écrivain qui « a posé quelques jalons décisifs pour saisir l'esprit d'une époque et qui restera donc dans les têtes comme les tubes qu'il aimait tant. Il a lié le monde et la littérature parce qu'il ne faisait pas de différence entre l'art et la vie. Avec une sorte d'innocence superbe, il écrivait pour aujourd'hui. Il est mort, mais ses textes dansent[22]. » Des écrivains réagissent également à sa disparition. Michel Houellebecq écrit : « la mort de Guillaume Dustan m'a beaucoup affecté ; c'était un être lumineux, extrême, il était important par sa présence autant que par ses livres[23] ». Erik Rémès rend quant à lui hommage à un « drôle de personnage à la fois terriblement attachant et, en même temps, détestable. Un garçon très intelligent, violent, possessif, excessif, manipulateur. Un garçon de 40 ans qui paraissait encore parfois traverser une crise d’adolescent. Avec ses envies d’être aimé et son côté insupportable. Enfant gâté, bourgeois, puant. Provocateur, barebacker, cynique, libre-penseur. Un garçon qui n’avait pas sa langue dans sa poche et qui parlait et écrivait, quitte à choquer, rentrer dans le lard des conventions[24]. » Dans une lettre posthume adressée à Dustan, Virginie Despentes écrit : « C'est toi le meilleur d'entre nous. Et de loin. Tu ne ressemblais pas à un écrivain français. Tu étais beau, dangereux, drogué, séducteur, ta voix était à tomber par terre de sexy. Une drôle de grimace remontait ta bouche d'un côté quand tu souriais et on ne savait pas trop si tu étais doux ou teigneux, fort ou désespéré. Tu étais excitant. Tes romans te ressemblent[25]. »

En 2007, la Fémis projette Enjoy (back to Ibiza), un film réalisé par Guillaume Dustan[26].

En 2012, des textes inédits de Guillaume Dustan paraissent dans la revue Monstre (no 4). La même année, les éditions P.O.L annoncent la publication de ses Œuvres complètes (en trois tomes) accompagnées d'inédits[27], dans une édition dirigée par Thomas Clerc. Le premier tome, Œuvres I, paraît en mai 2013[28]. La même année, le jury du prix Sade lui décerne un prix spécial, à titre posthume[29].

Prix[modifier | modifier le code]

Écriture[modifier | modifier le code]

Influences et style[modifier | modifier le code]

Guillaume Dustan reconnaît plusieurs influences. Son style s'inspire incontestablement de la littérature anglo-saxonne, qu'il préfère au classicisme français, qu'il qualifie de « bourgeois ». Il écrit :

« Merde à la dictature du Vrai Roman, dans sa version de droite (classique avec un héros jeune et beau) ou de gauche (expérimental avec des chaises). La littérature bourgeoise française est tellement calquée sur les valeurs aristocratiques de distinction qu'elle a le plus grand mal à créer une littérature moderne[30]. »

Ses trois premiers romans (Dans ma Chambre, Je sors ce soir, Plus fort que moi) apparaissent dès lors comme un « adaptation française » du style anglo-saxon, plus souple, plus oral, moins académique, plus déconstruit, plus subversif, avec tout ce que cela sous-tend en termes d'éclatement de la phrase, de libertés dans la ponctuation, la syntaxe et même les thématiques abordées (le corps, le sexe, la drogue, l'exploration du moi). Les influences les plus évidentes sont incontestablement celles de Bret Easton Ellis et Dennis Cooper dont les œuvres sont basées sur la description clinique des faits (notamment sexuels), ce que note Dustan :

« Bret Easton Ellis m'avait montré la voie avec son minimalisme stylistique et son absence de « psychologie » au sens traditionnel du terme (l'intériorité des personnages n'est montrée qu'à travers le récit de leur action), pour son esthétique filmique, et bien sûr pour le trash-gore inédit[31]. »

Guillaume Dustan avoue son admiration sans limite pour Marguerite Duras, dont il salue la capacité à écrire avec du « mauvais français », à s'être libérée, à utiliser un style oral, donnant ainsi l'impression que tout le monde peut être écrivain. Il apprécie aussi en elle la figure militante, capable de prendre la plume à un moment où être une femme écrivain et artiste était loin d'être courant (et accepté). Il note d'ailleurs que « la littérature moderne (c'est-à-dire ayant échappé au patriarcat autoritariste) en France date de Duras »[32], et cite abondamment La Vie matérielle, livre d'entretiens de cette dernière, pour parler de sa « culture littéraire » dans Nicolas Pages. Il évoque aussi son goût pour les œuvres d'Hervé Guibert, dont il admire la mise en scène « gore-morbide » de soi et la capacité à transcrire (au-delà du pur acte sexuel) des relations amoureuses homosexuelles, et de Renaud Camus, dont il souligne « l'allégresse qui se dégageait encore à l'époque [de ses écrits pornographiques][33] ». Il publie d'ailleurs, en 1998, un texte-hommage à Renaud Camus[34].

Guillaume Dustan s'inscrit lui-même dans « le filon des écrivains de l'extrême : Sade, Artaud, Bataille, Genet, Guibert[33]. »

En revanche il exprime une répulsion toute particulière envers certains écrivains, entre autres, Angelo Rinaldi (« un résucé de Proust en plus triste »), Borgès (« inventeur de fables qui se mordent la queue ») ou encore Alain Robbe-Grillet, « un escroc », et Claude Simon et Jean Rouaud : « Litanie, liturgie, léthargie… », écrit-il dans Nicolas Pages.

Parmi ses contemporains, Dustan fut rapproché de Christine Angot, son « alter-angot », selon une critique qui voyait chez les deux auteurs une même pratique de mise à nu frontale du moi autobiographique. La confrontation radicale entre la vie et l'écriture serait alors un point de rapprochement entre les deux auteurs. Dans son Premier essai, Dustan parle d'ailleurs des « écrivains des années 90 », ceux dont il reconnaît l'importance dans l'avènement d'une nouvelle littérature et d'un nouveau style : Vincent Ravalec, Virginie Despentes ou encore Michel Houellebecq.

De l'autofiction…[modifier | modifier le code]

Dans Nicolas Pages, Dustan radicalise ses aspirations littéraires, et note :

« C'est qu'il n'y a pas trente-six solutions en littérature : soit on invente tout et on s'expose à une relative pauvreté de détail (sauf à réintroduire des petites merdes vécues dans l'histoire inventée) ; soit on raconte sa vie et on s'expose à une relative faiblesse dramatique (sauf à faire des mutants en greffant des événements et des personnages les uns sur les autres). En fait j'ai envie d'être beaucoup plus radical. En littérature, soit c'est soi, soit c'est du bidon[35]. »

Des lors, l'œuvre dustanienne est un « abandon de la grande fiction » au profit d'« une sorte de narration domestique[35] ». Écriture acharnée du corps, du sexe, de la drogue, de la danse, du mouvement et du moi, l'œuvre de Dustan propose une autofiction intégrale, sans - selon les dires de l'auteur - aucun ajout romanesque ou fictionnel : « Au début je pensais romancer, comme on dit. Changer des trucs. Mourir à la fin. Et puis je n'ai pas voulu[36]. » En outre, la psychanalyse et l'auto-psychanalyses émaillent tous ses textes, de même que les rapports de force entre hommes (sadomasochisme), la drogue (théorisation de la consommation et de l'exploitation corporelle et psychique de l'ecstasy, en particulier), sur fond de réflexion politique.

Chez Dustan, l'autofiction prend la forme d'une écriture perfomative, où la vie débouche vers l'écriture, et non le contraire. Lors d'une interview accordée à Fluctuat.net il déclarait :

« La question est de savoir pourquoi les gens écrivent. Pourquoi est-ce qu'on raconte des histoires, je ne sais pas moi. Je n'ai pas envie d'écrire des histoires. J'ai essayé et ça ne marchait pas. Et à un moment j'ai trouvé que j'avais une vie assez bizarre pour écrire dessus. J'ai été très influencé, d'abord marqué, puis influencé par la lecture des gens qui utilisaient le "Je". Et qui racontaient leurs choses. Leurs choses à eux. »

Mais à la question « Pourquoi aurait-on envie de raconter sa vie ? », Dustan répond :

« C'est plutôt l'inverse qui est surprenant. Il est étonnant que ce soit surprenant de demander pourquoi on a envie de raconter sa vie. J'ai plutôt l'impression que c'est ça qui est normal, en tout cas ce qui se comprend le plus facilement, non ? Ce qui est étonnant, n’est-ce pas l’inverse, c'est-à-dire qu’il y ait des gens qui passent autant de temps à raconter des histoires qui ne parlent pas d’eux. »

… à l'autopornographie[modifier | modifier le code]

D'un point de vue thématique, l'œuvre dustanienne se présente, dans un premier temps, comme une sorte « d'Odyssée du sexe » :

« L'idée était d'écrire une sorte d'Odyssée, une histoire de ma vie sexuelle qui était aussi une découverte, un voyage dans les contrées sauvages et inconnues du sexe, peuplées de monstres divers. Ma « vie sexuelle ». Un truc en fait assez peu exploré par la littérature, alors que dans la vie de chacun il y a des transformations incroyables, profondes, dans le rapport à ces choses-là au cours de la vie ou de périodes suffisamment longues de la vie. Encore une fois l'idée était de donner de l'importance à des choses dont on ne parle pas et qui sont pourtant de l'essence même de la définition de soi[37]. »

La trilogie dite « autopornographique » (néologisme créé par Dustan dans Génie divin) publiée chez P.O.L. explore alors trois « dimensions sexuelles » : celle de la sexualité quotidienne et domestique d'un homosexuel parisien des années 1980-1990 (Dans ma chambre), celle du « milieu » gay (Je sors ce soir) et celle du sadomasochisme (Plus fort que moi).

L'autopornographie serait ainsi une autofiction du « moi sexuel », dont l'exposition crue apparaît comme une ultime provocation, et l'urgence de l'écriture un des moteurs :

« Il était hors de question d'écrire sur ma vie honteuse, ma vie de rat. Impossible. Si j'ai pu écrire mon premier livre, c'est parce que je pensais que j'allais mourir. Dans un testament on est libre. On déshérite. J'ai déshérité mon père et tous les flics. J'ai dit que je me droguais et que je me faisais mettre. Les deux grands trucs politiquement incorrects[38]. »

Dans cette perspective, la sexualité, chez Dustan, se présente comme une libération. L'auteur plaide pour une sexualité sans protection entre adultes consentants (barebacking) en évoquant la liberté de chaque individu de se mettre en danger et de se débarrasser de l'autorité moralisante :

« Nous réclamons les religions de la jouissance. Nous le sommes : raves, backrooms, saunas, c'est cela la politique nouvelle. La nouvelle pornographie. La nouvelle vie. L'extrême. Pas le couvre-feu dix-neuvièmiste. Pas le backlash. Le feu. La libération[39]. »

Littérature expérimentale[modifier | modifier le code]

Par la suite (dans, entre autres, Génie divin ou Premier essai), la construction des romans de Dustan est très spécifique : il s'agit le plus souvent d'une mise en perspective d'apparence anarchique de textes hétéroclites (récit, journal, articles, citations, courts essais) qui s'accompagne de variations dans la police des caractères (utilisation de l'italique, du gras, du souligné, changements fréquents de police). Une déconstruction assumé par l'auteur :

« Ces livres, ça, que ce soit Nicolas Pages ou celui-ci ou le prochain, grosso modo c'est à la va comme je te pousse. Mais c'est aussi ça qui m'intéresse comme projet littéraire, c'est : j'ai pas fait spécialement d'effort, c'est comme ça. Il y a certains passages oui vraiment écrit, là je me suis vraiment fait chier, j'ai réécrit. Pour le reste, on est dans l'ordre de l'entretien, de la vaticination, du délire. Là j'ai vraiment la flemme de corriger, et puis mes livres ont été annoncés comme novateur formellement[40]. »

En outre, dans Nicolas Pages, Dustan n'hésite pas à publier sur plus d'une dizaine de pages le journal tenu par sa grand-mère avant son décès en respectant scrupuleusement la graphie de celle-ci (les innombrables fautes d'orthographe et de syntaxe, les ratures, etc.).

Réception de l'œuvre[modifier | modifier le code]

On peut distinguer, selon David Vrydaghs[12], « trois moments dans la trajectoire de Guillaume Dustan ». Dans un premier temps, de 1996 à 1999, il est lentement propulsé sur le devant de la scène littéraire, ce qui fait de lui un écrivain culte dans le milieu homosexuel. Dans ma chambre est comparé à Tricks, de Renaud Camus, Guillaume Dustan fait quelques apparitions télévisuelles, notamment dans Le Cercle de minuit. Un écho médiatique commence à se former.

Après cette « phase d’émergence », interviendrait « une phase intermédiaire, de 1999 à 2001, où Dustan cherche à constituer une position collective dans la niche où il travaille depuis ses débuts, comme à percer en littérature au moyen de textes formellement plus ambitieux, et proches, à bien des égards, de l’essai. » De fait, dans Nicolas Pages ou Génie divin, il fait de ses œuvres des laboratoires d'expérimentations stylistiques remarquées par la critique. On note un « passage progressif au genre de l'essai, qui voit donc Dustan abandonner la littérature homosexuelle grâce à laquelle il s'était fait un nom pour une production à la fois littéraire et politique, située à l'intersection de la littérature et du champ intellectuel ». C’est également à cette époque qu’il commence à intervenir régulièrement dans l'espace public. Élargissant le lectorat homosexuel de ses premiers écrits, il est invité dans des émissions « grand public ». Le prix de Flore encourage sa médiatisation mais Guillaume Dustan regrette de n'avoir pas la visibilité et la reconnaissance qu'il pense mériter[41].

David Vrydaghs constate alors que cette phase est suivie par une autre, qu'il qualifie de « phase de déclassement, de 2001 à sa mort en 2005, pendant laquelle Dustan n’est plus lu. (…) Le déclassement de Guillaume Dustan, effectif à partir de Génie Divin, ne fait que se confirmer par la suite. Après avoir été remercié par Balland, Dustan quitte Paris pour Douai, puis Lille, où il écrit encore deux textes, Dernier roman et Premier essai, publiés chez Flammarion mais boudés par la critique au point, par exemple, que Jean Birnbaum, journaliste au Monde, ignore l’existence du dernier livre de Dustan dans sa notice nécrologique. Quant aux critiques qui connaissent ces deux livres, ils les jugent “illisibles” ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Romans et récits[modifier | modifier le code]

Œuvres complètes[modifier | modifier le code]

  • Œuvres :
    • tome I, préfaces et notes de Thomas Clerc, P.O.L, 2013.

Vidéographie[modifier | modifier le code]

La filmographie complète, incluant les vidéos non distribuées, est disponible dans le Premier essai de Guillaume Dustan, Paris, Flammarion, 2005, p.  151-154. La distribution des vidéos est assurée par Le Peuple qui manque[42].

  • Enjoy (Back to Ibiza), projeté le 25 octobre 2007 par PLP à La Fémis, 2001.
  • Poub(elle), 2002.
  • Squat, 2002.
  • Nietzsche, 2002.

Audiographie[modifier | modifier le code]

  • O fantasma (Dustan lit et dit), disque audio, dans Écritures, no 14 « Danger Dustan/Engagement », 2004.

Photographie[modifier | modifier le code]

  • Mon beau gars l'est, Guillaume Dustan (sodomie électrique), photographies d'Hervé Joseph Lebrun, 17 mars - 7 avril, Pause-Lecture, 61 rue Quincampoix, 75004 Paris, 2000.

Sur Guillaume Dustan[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Thierry Ardisson, Cyril Drouet et Joseph Vebret, « Guillaume Dustan : agitateur gay », Dictionnaire des provocateurs, Plon, 2010.
  • Jean Birnbaum, « Portrait de Guillaume Dustan en moraliste », Le Monde des livres, 29 mai 2013[43].
  • Patrick Besson, « Une égofiction de Dustan », Avons-nous lu ? Précis incendiaire de littérature contemporaine, Fayard, 2013.
  • Collectif, « Danger Dustan/Engagement », Écritures, no 14 , 2004.
  • Bénédicte Boisseron, « Post-coca et post-coïtum : la jouissance du logos chez Guillaume Dustan et "Seinfeld" », L'Esprit créateur, volume XLIII, no 2, été 2003.
  • Ahmed Haderbache, « Sexe, drogue, séropositivité : un leitmotiv de la fête chez Guillaume Dustan », Écrire, traduire et représenter la fête, Université de Valence, 2001[44].
  • Ahmed Haderbache, « Dustan et les médias : repenser son discours sans réinventer son histoire », séminaire, EHESS, 2008[45].
  • (en) Daniel Hendrickson et Marc Siegel, « The Ghetto Novels of Guillaume Dustan », Paroles gelées, no 16, 1998[46].
  • Pierre Jourde, « Guillaume Dustan », Le Jourde et Naulleau. Précis de Littérature du XXIe siècle, Mot et Cie, 2004.
  • David Vrydaghs, « Personne n'a dit que Guillaume Dustan était un intellectuel, ou les raisons d'un échec », @nalyses, 3 avril 2006[47].

Fictions[modifier | modifier le code]

Émissions[modifier | modifier le code]

  • Atelier de création radiophonique spécial « Dustan Remix », France Culture, 26 février 2006[49].

Annexes[modifier | modifier le code]

  • Œuvres juridiques dirigées par William Baranès, vrai nom de Guillaume Dustan, alors juge administratif :
    • La Justice. L'obligation impossible, en collaboration avec Marie-Anne Frison-Roche, Éditions Autrement, coll. « Valeurs », 1994 (ISBN 2020337762)
    • De l'injuste au juste, en collaboration avec Marie-Anne Frison-Roche, Droz, coll. « Thèmes et commentaires », 1996 (ISBN 2247026249)
  • Dans certaines bibliographies, l'œuvre LXiR est référencée sous le titre Bête de somme / La Loi[50].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (fr) Judith Perrignon, « Portrait de Guillaume Dustan », sur Actualité-gay.com (consulté le 19 juillet 2011)
  2. Guillaume Dustan, c'est qui ?, Têtu no 18, octobre 1997
  3. Guillaume Dustan, « Tribu(t) », Écritures, no 10, 1998.
  4. (fr) « Le Rayon ne tourne plus rond », sur 360°.ch,‎ 1er septembre 2001
  5. Guillaume Dustan, Génie Divin, Balland, coll. « Le Rayon », 2001, p. 101.
  6. Albert Le Dorze, La politisation de l'ordre sexuel, L'Harmattan, 2009, pages 203-206
  7. Cf. vidéos, dans la partie « liens externes » de l'article
  8. (fr) « Guillaume Dustan », sur UniFrance.org (consulté le 19 juillet 2011)
  9. Séverine Pierron, « Cartographie : bazar à l'hôtel de ville », Technikart, 1er février 2001.
  10. Guillaume Dustan, Premier Essai, Paris, Flammarion, 2005, p. 151-154.
  11. Guillaume Dustan, « Bons baisers du réel », Bordel, no 3, Flammarion, 2003.
  12. a, b et c (fr) « Personne n’a dit que Guillaume Dustan était un intellectuel, ou les raisons d’un échec », sur Revue-@nalyses.org,‎ 3 avril 2006
  13. Têtu, mars 2004
  14. Bande à part, Libération, 11 septembre 2008
  15. Guillaume Dustan, « Retraître », Technikart, 1er juin 2003.
  16. « Danger Dustan / Engagement », nombreux textes inédits de l'auteur, collectif, Écritures, no 14, éd. La Cinquième Couche, 2004.
  17. (fr) « Écritures # 14 », sur La cinquième couche (consulté le 19 juillet 2011)
  18. (fr) « La disparition de Guillaume Dustan », sur Têtu.com,‎ 10 octobre 2005
  19. Thierry Ardisson, Cyril Drouet et Joseph Vebret, « Guillaume Dustan : agitateur gay », Dictionnaire des provocateurs, Plon, 2010.
  20. Thomas Clerc, préface aux Œuvres de Guillaume Dustan, P.O.L, 2013, p. 11
  21. (fr) « DUSTAN Guillaume (William Baranès : 1965-2005) », sur Cimetières de France et d'ailleurs (consulté le 19 juillet 2011)
  22. Thomas Clerc, « Mon cœur est mort (pour Guillaume Dustan) », Libération, 20 octobre 2005.
  23. Michel Houellebecq, Interventions 2, Flammarion, 2009.
  24. Erik Rémès régit à la mort de Guillaume Dustan, gayromandie.ch, 24 octobre 2005.
  25. Virginie Despentes, « Cher Guillaume », Le Monde des livres, 31 mai 2013.
  26. Enjoy (back to Ibiza), vixgras.com, 24 octobre 2007.
  27. Thomas Clerc, « Oublier Dustan ? », Monstre, no 4, 2012.
  28. Œuvres I sur le site des éditions P.O.L, consulté le 25 mai 2013]
  29. Le prix Sade 2013 à... "Pornographia", Le Nouvel Observateur, 29 septembre 2013.
  30. Guillaume Dustan, Nicolas Pages [1999], J'ai Lu, coll. "Nouvelle Génération", 2003, p. 377 ; 385.
  31. Ibid., p. 395.
  32. Ibid., p. 377.
  33. a et b Ibid., p. 382
  34. Guillaume Dustan, « Tribu(t) », Écritures, no 10, 1998.
  35. a et b Op. cit., p. 384.
  36. Ibid., p. 397.
  37. Ibid., p. 406.
  38. Ibid., p. 394.
  39. Guillaume Dustan, Génie Divin [2001], J'ai lu, 2003, p. 336.
  40. Guillaume Dustan, LXiR, Balland, coll. « Le Rayon », 2002, p. 49-50.
  41. Dans Quitter la ville (Stock, 2000, p. 111), Christine Angot raconte que Guillaume Dustan lui a reproché de lui avoir volé sa rentrée littéraire, en 1999 et déclarant souffrir du manque de reconnaissance qui recouvrait ses livres.
  42. (fr) « Guillaume Dustan », sur Le Peuple qui manque (consulté le 19 juillet 2011)
  43. Jean Birnbaum, « Portrait de Guillaume Dustan en moraliste », Le Monde des livres, 29 mai 2013
  44. (fr) Ahmed Haderbache, « Sexe, drogue, séropositivité : un leitmotiv de la fête chez Guillaume Dustan », sur Google Livres (consulté le 21 juillet 2011)
  45. Ahmed Haderbache, « Dustan et les médias : Repenser son discours sans réinventer son histoire »
  46. (en) Daniel Hendrickson et Marc Siegel, « The Ghetto Novels of Guillaume Dustan », sur Escholarship.org (consulté le 21 juillet 2011)
  47. (fr) David Vrydaghs, « Personne n'a dit que Guillaume Dustan était un intellectuel, ou les raisons d'un échec », sur Revue-@nalyses.org,‎ 3 avril 2006
  48. David Hershen, Une histoire du Rock / Guillaume Dustan, France Culture, 5 octobre 2011.
  49. (fr) « Dustan Remix », sur France Culture.com,‎ 26 février 2006
  50. (fr) Nicolas Brulebois, « Le Rayon : Guillaume Dustan éditeur », E, P & LA, 28 juillet 2009.