Fatiha

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Enregistrement de la Fatiha.
Texte de la Fatiha tiré d'un Coran calligraphié par Hattat Aziz Efendi (1871–1934).
Texte de la Fatiha tiré d'un Coran calligraphié par Mir Emad Hassani (1554-1615).
Texte de la Fatiha tiré d'un Coran calligraphié au XIVe siècle ou au XVe siècle.
Texte de la Fatiha tiré d'un Coran calligraphié au XIIe siècle. Texte de la Fatiha tiré d'un Coran calligraphié au XIIe siècle.
Texte de la Fatiha tiré d'un Coran calligraphié au XIIe siècle.

La Fatiha (arabe : الفاتحة, al-fātiḥa) est la sourate d'ouverture du Coran, le livre sacré des musulmans. Composée de sept versets, elle met l'accent sur la souveraineté et la miséricorde d'Allah.

La Fatiha est dans le premier hizb et donc dans le premier juz', qui sont des divisions du coran. Elle peut être traduite par « l'entrée », « le prologue » ou encore « l'ouverture ». Mahomet la nomme « la mère du Coran » (Oumm-ul-Kitab). La tradition veut que ce soit la première sourate complète qui lui ait été révélée (l'ordre fixé du Coran n'est pas l'ordre chronologique de la révélation coranique, c'est pourquoi cette affirmation n'a pas de caractère évident). Elle est aussi appelée fātiḥat al-kitāb ou fātiḥat al-Qurʾān. Il y a environ 25 autres noms épithètes de cette sourate.

La tradition veut que les musulmans sachent au moins une sourate par cœur. Comme la Fatiha est courte et indispensable pour la salat (prière), elle est en général apprise dès l'enfance dans les madrasas (écoles coraniques) ou est simplement enseignée par les parents. Elle est récitée au début de chaque unité (rak'ah) de prière, auquel cas le terme « amin » (« amen ») y est ajouté en conclusion.

La sourate elle-même est presque toujours récitée lors de la cérémonie du mariage musulman. De nombreuses pierres tombales musulmanes portent des inscriptions demandant au visiteur de réciter la Fatiha pour l'âme de la personne décédée[1].

Fatiha est aussi un prénom arabe féminin.

Versets de la sourate et traduction[modifier | modifier le code]

Texte en arabe Translittération Traduction de Muhammad Hamidullah
1 بسم الله الرحمن الرحيم Bismi Allāhi Ar-Raĥmāni-r-Raĥīm Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
2 الحمد لله رب العالمين Al-Ĥamdu Lillāhi Rabbi-l-`Ālamīn Louange à Allah, Seigneur de l'univers.
3 الرحمن الرحيم Ar-Raĥmāni-r-Raĥīm Le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,
4 ملك يوم الدين Māliki Yawmi-d-Dīn Maître du Jour de la rétribution.
5 اياك نعبد واياك نستعين 'Īyāka Na`budu Wa 'Īyāka Nasta`īn C'est Toi [Seul] que nous adorons, et c'est Toi [Seul] dont nous implorons secours.
6 اهدنا الصراط المستقيم Ihdinā-ş-Şirāţa-l-Mustaqīm Guide-nous dans le droit chemin,
7 صراط الذين انعمت عليهم غير المغضوب عليهم ولا الضالين Şirāţ-Al-Ladhīna 'An`amta `Alayhim Ghayri-l-Maghđūbi `Alayhim Wa Lā-đ-Đāllīn Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.

Le « nous », première personne du pluriel par opposition au « je », indique que le fidèle prie au nom de tous les musulmans et pas seulement en son seul nom[2].

Historique de sa révélation[modifier | modifier le code]

La tradition scolastique islamique s'est interrogée sur où et quand les versets et les sourates du Coran ont été révélés à Mahomet, notamment si tel verset fut révélé à la Mecque ou à Médine. Selon Ibn Abbas et d'autres savants, la Fatiha est une sourate mecquoise, mais selon d'autres, c'est une sourate médinoise. D'autres encore, comme Mudschahid ibn Dschabr, sont d'avis que la première partie de la sourate est apparue à la Mecque et la seconde à Médine. La première hypothèse est largement admise, bien que certains croyants pensent qu'elle a été révélée pour partie à la Mecque et pour partie à Médine. L'exégèse coranique confirme la grande importance de cette courte sourate : le commentateur du Coran andalou al-Qurtubi[3] (mort en 1272) lui consacre 67 pages dans son exégèse[4].

Les islamologues occidentaux se sont aussi intéressés à la question par la suite. Il est difficile de répondre quant à l'âge de la Fatiha, car l'apport spécifiquement islamique est ici difficile à établir. En effet, cette prière aurait pu se trouver dans les livres de prière juifs ou chrétiens[5]. Cependant, il n'y a pas de doute que la sourate était déjà apparue à la Mecque et appartenait au rituel de prière des premiers musulmans.

Place dans la prière musulmane[modifier | modifier le code]

Après s'être orienté vers la Mecque (la qibla) l'orant dit « Allahu akbar » (« Allah est plus grand (que tous les autres) »), et commence debout la récitation de la Fatiha en langue arabe, en louant Allah et en exprimant son désir de chercher refuge auprès d'Allah contre le diable.

Il continue avec de nouveaux versets du Coran qu'il a lui-même choisis (souvent une sourate comme Al-Ikhlas), puis il se prosterne (le front doit toucher le sol) et termine la prière par la salutation islamique, « as-salâm 'aleïkoum », adressée, selon la foi musulmane, aux deux anges assis à sa droite et à sa gauche (en). Auparavant il aura pu, le cas échéant, exprimer une prière de demande (dua) dans sa langue maternelle.

En raison d'un hadîth[6] qui affirme que « la prière de quiconque ne récite pas la sourate Al Fatiha est invalide », de nombreux savants musulmans insistent sur l'importance de cette sourate dans leurs commentaires. En pratique, cela signifie que les musulmans qui font leurs prières quotidiennes selon les règles traditionnelles récitent cette sourate au moins 17 fois par jour au minimum, si on ne compte que les cinq prières obligatoires (2 pour la prière du matin, 4 pour celle du midi, 4 pour celle de l'après-midi, 3 pour celle après le coucher de soleil et enfin 4 pour celle du soir).

Commentaire de la sourate[modifier | modifier le code]

Le premier verset, dont la translittération est « bismillāhir rahmānir rahīm » (« Au nom de Dieu, le Tout miséricordieux, le Très Miséricordieux »), peut être familier à l'oreille d'un non arabophone ou d'un non musulman car il est omniprésent dans les sociétés musulmanes, notamment sous sa forme contractée « Bismillâh » . Cette formule apparaît au début de chaque sourate du Coran, exceptée la neuvième, At-Tawba (et elle est répétée deux fois dans la 27e, An-Naml). Elle est un verset uniquement dans la Fatiha[2]. Cependant, certains savants (malikites) sont d'avis qu'elle ne constitue pas un verset. Elle est normalement prononcée avant de réciter une sourate ou une partie de sourate pendant la prière quotidienne, ainsi qu'avant les proclamations publiques et parfois même avant de nombreuses activités personnelles quotidiennes dans de nombreuses sociétés musulmanes. C'est un moyen d'invoquer la bénédiction d'Allah et de proclamer sa motivation avant une entreprise.

Les deux mots « ar rahmān » et « ar rahīm » sont souvent traduits par « miséricordieux » en français. Par exemple « le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (traduction de Muhammad Hamidullah). Ce sont deux formes linguistiques différentes de la racine triconsonontale « R-H-M » qui signifie « miséricorde » (voir l'article langues sémitiques). Le mot « rahmaan » indique l'importance alors que « rahīm » évoque la permanence temporelle.

Le deuxième verset « الحمد الله » (« alhamdulillah ») se situe parmi les phrases les plus populaires du monde arabe. Il est exprimé pour signifier qu'on se sent bien, qu'on est heureux, et même pour exprimer la consolation après une épreuve. Ce verset est aussi significatif en ce qu'il inclut une relation entre le nom d'Allah le plus commun, « الله », et un autre, « رب », qui peut être traduit par « Seigneur » et qui partage la même racine que l'hébreu « rabbi ». Dans certains exemplaires du Coran, les deux mots apparaissent en rouge à chaque occurrence.

Le septième verset, selon les commentaires en arabe littéraire du Coran (bihâmich al-qur'ân al-karîm) des savants de l'Islam tel que Tabarî (839-923), Zamakhshari ou Fakhr ad-Dîn ar-Râzî, faisant consensus auprès de tous les exégètes musulmans, distingue les musulmans des juifs et des chrétiens.

Par exemple, le Commentaire de Tabarî : verset 7 (Al-Ladhīna 'An`amta `Alayhim) : humu almalâ'ikatu wa an-nabiyyûna wa aS-Siddîqûna wa achuhadâ'u wa as-sâlihûna(al-maghDûb `Alayhim ) : humu al-yahûd (les juifs)(Wa Lā-đ-Đāllīna) : humu an-naSârâ (les chrétiens)

Ces commentaires, ainsi que de nombreux autres écrits depuis les premiers temps de l'Islam jusqu'aux commentaires des exégètes actuels, se basent essentiellement sur les 2 sourates et le hadith suivants :

  • "Dieu a transformé en singes et en porcs ceux qu’Il a maudits, ceux contre lesquels Il est courroucé." [Coran V, 60]
  • "Qui se sont égarés autrefois et qui en ont égaré beaucoup d’autres hors du droit chemin." [Coran V, 77]
  • "Ady Ben Hatem a dit: ”J’ai demandé à l’Envoyé de Dieu - qu’Allah le bénisse et le salue - au sujet de ceux qui sont désignés par ce verset: (Non le chemin de ceux qui ont encouru Ta colère), il me répondit: “Ce sont les juifs, quant aux égarés ce sont les chrétiens”." [7]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Encyclopædia of Islam. New Edition. Brill, Leiden. vol. 2, p. 841.
  2. a et b Roger Caratini et Hocine Raïs, Initiation à l'Islam : La foi et la pratique, Presse du Châtelet,‎ 2003, 203 p. (ISBN 2-84592-076-8), II, chap. 1 (« Les cinq piliers de l'Islam »), p. 126.
  3. (en) à son sujet : Encyclopædia of Islam. New Edition. Brill, Leiden, vol. 5, p. 512.
  4. imprimé à Beyrouth 2006. vol. 1, p. 166-233.
  5. (de) Theodor Nöldeke, Geschichte des Korans, vol. 1, p. 110.
  6. Résumé du Sahih al-Bukhari, Daroussalam, 1999, p. 249.
  7. Tafsir Ibn Kathir complet en français sur Archive.org.