Institutionnalisme

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Cette école de pensée économique se concentre sur la compréhension du rôle des institutions établies par les hommes pour modeler le comportement économique. L'École institutionnaliste comprend des héritages de l'École historique allemande ; elle se développe principalement aux États-Unis.

Thorstein Veblen, le fondateur.

Thorstein Veblen publie en 1899 Why is Economics not an Evolutionary Science?, le document fondateur de l'École institutionnaliste. Il rejette de nombreux postulats de l'école néoclassique, comme l'hédonisme individuel justifiant la notion d'utilité marginale, ou l'existence d'un équilibre stable vers lequel l'économie converge naturellement.

Sommaire

Postulats [modifier]

Une définition «historique» du terme a été donnée par Willard Earl Atkins (1889-1971), en 1932. Pour Atkins, on peut résumer en cinq articles les postulats des économistes institutionnalistes :
1) ce sont les comportements de groupe et non les prix qui doivent être au centre de l'analyse économique;
2) on doit accorder plus d'attention aux régularités des coutumes, des habitudes, des lois en tant qu'elles organisent la vie économique;
3) les individus sont influencés par des motivations qui ne peuvent être mesurées quantitativement;
4) le comportement économique évolue constamment et, par conséquent, les généralisations économiques doivent continuer de spécifier le repère du temps et du lieu d'application;
5) c'est la tâche de l'économiste d'étudier les sources des conflits d'intérêts dans la structure sociale existante; cette étude fait partie du sujet, le conflit n'est pas seulement une divergence par rapport à une norme hypothétique[1],[2].

Présentation [modifier]

Article détaillé : Institutionnalisme américain.

Les institutions [modifier]

L’économie fonctionne grâce aux institutions. Ce sont les lois, les règles, les normes et les routines. Elles produisent pour les acteurs économiques de la prévisibilité dans un contexte d’incertitude et de déterminations diverses[3]. L’intérêt de la réglementation est de minimiser l’incertitude et les coûts de transaction[4]. Friedrich Hayek distingue les ordres construits (législation par exemple) des ordres spontanés (routine). Ces derniers ont sa préférence[5].

La formation des institutions [modifier]

Les institutions ne sont pas le résultat d’actes et d’attitudes individuels qui s’additionnent[6]. Pour Henri Bartoli l’économie est la science de rapports sociaux de production et d’échange[7]. Les institutions résultent de la confrontation entre groupes sociaux aux intérêts différents[8]. L’arbitrage est d’abord politique puis juridique[9]. Douglass North distingue les contraintes formelles (lois, règles) des informelles (codes de conduite, normes de comportement, conventions)[10]. Les contraintes formelles peuvent changer d’un seul coup alors que les informelles ne se modifient que très progressivement. Si les nouvelles normes formelles sont en désharmonie avec les informelles les résultats ne sont pas ceux espérés. Il en a été ainsi dans le transfert brutal des règles formelles occidentales du marché dans les différents pays de l’Europe de l’Est[11].

Interactivité individus / institutions [modifier]

Les individus s’influencent les uns les autres[12]. Les pratiques routinières d’un certain nombre de personnes fonctionnellement nouées et se renforçant mutuellement sont les pièces constitutives des institutions[13]. Ces individus qui partagent une certaine culture forment un groupe[14]. Les institutions sont des organisations sociales issues d’une action collective et qui organisent les cadres des comportements[15]. Elles permettent des compromis entre groupes sociaux en conflit[16].

L’institution s’autonomise des acteurs[17]. Elle construit une pensée collective qui cesse d’être l’addition de la pensée des acteurs inclus[18]. Chaque individu exerce ses choix en étant influencé par les institutions. En retour les choix individuels contribuent à faire évoluer les institutions, sans déterminisme dans un sens ou dans l’autre[19]. La relation entre le produit et le producteur, entre l’institution et l’acteur, est interactive[20].

Hétérogénéité des institutions [modifier]

Le poids du passé [modifier]

Les institutions sont d’abord des habitudes de pensée et d’action dominantes[21]. Incorporées dans le droit elles acquièrent une durée et une inertie certaines[22]. Etant des produits hérités des conditions passées elles peuvent ne plus être adaptées aux exigences du présent[23]. Pour comprendre leurs effets il faut appréhender les processus sociaux et historiques par lesquels elles se sont constituées[24].

Les spécificités nationales [modifier]

Daniel Cohen, s’appuyant sur une étude de l’OCDE, constate l’importance des facteurs propres à chaque pays dans le déroulement de leur économie[25]. Les institutions sont toujours le produit d’une histoire[26]. Elles diffèrent d’un pays à l’autre et déterminent les comportements[27]. Les pays réagissent différemment à une stimulation donnée. Il n’est pas possible d’aligner un autre pays sur les pratiques du meilleur[28]. Un modèle ne peut être ni importé, ni exporté[29].

Une science pluridisciplinaire [modifier]

Pour les institutionnalistes, en économie comme dans les autres domaines, les individus sont soumis à une multiplicité de motivations et d’empreintes culturelles. Leur comportement est, entre autres, influencé ou modelé par des contextes collectifs. Cette conception s’oppose à la pensée néoclassique selon laquelle l’acteur économique ne recherche que l’utilité et le profit[30]. La compréhension de l’économie nécessite de puiser dans les sciences humaines et sociales[31]. Elle-même n’est qu’une branche des sciences sociales.

La rationalité de l’acteur humain [modifier]

Un choix économique non égoïste et non utilitariste n’est pas irrationnel[32]. La rationalité de l’individu signifie que l’on ne fait rien sans raison[33]. La psychologie sociale a mis en évidence le rôle des impulsions et des instincts[34]. Les travaux de l’économie expérimentale et de l’économie comportementale témoignent que les acteurs disposent d’une pluralité de motivations[35]. Des expériences montrent que non seulement les individus sont en général incapables de prévoir comment leurs préférences vont évoluer, mais même de prévoir si elles vont évoluer[36]. Les phénomènes de retournement de choix évoqués dans le paradoxe d’Allais obéissent à une rationalité[37]. La socialisation de chaque individu a eu lieu dans des contextes sociaux différents, voire contradictoires : famille, école, groupes de pairs, multiples institutions culturelles, médias, etc. L’acteur dispose de schèmes d’action hétérogènes parmi lesquels il en optera un en fonction des circonstances[38].

L’économie, science sociale [modifier]

Polanyi a constaté que l’idée même d’économie est récente. Dans les autres civilisations et cultures, ce que nous appelons phénomènes économiques n’est pas distingué des autres phénomènes sociaux, mais se trouve dispersé et étroitement imbriqué dans le tissu social[39]. Les branches de la vie sociale se sont autonomisées pour progresser dans les analyses[40]. Il en est ainsi de l’économique, du politique, du religieux, de l’éthique, etc. Leur compréhension nécessite que ces branches soient réencastrées[41]. Les différents courants de l’institutionnalisme établissent des liens avec les autres sciences sociales. Les préférences sont hétérogènes. Certains privilégient la sociologie, d’autres, le droit, la science politique ou la psychologie. L’inclination pour la démarche historique est la plus fréquente[42].

Représentants [modifier]

Les familles institutionnalistes [modifier]

L’école des conventionsL’école de la régulation

Font partie de la même famille de pensée[43] :

L’école expérimentale

Le courant évolutionniste (Joseph Schumpeter, François Perroux)

Les socio-économistes (Karl Polanyi, Max Weber, Marcel Mauss)

Les postkeynésiens (Nicolas Kaldor)

• L’économie politique internationale (Susan Strange)

Notes et références [modifier]

  1. «Institutional Economics». Round table conference of the American Economic Association. W. H. Kiekhofer, John Maurice Clark, Paul T. Homan, Hugh M. Fletcher, Max J. Wasserman, Willard E. Atkins, Francis D. Tyson, William W. Hewett et R. T. Ely. The American Economic Review, vol. 22, n°. 1, mars 1932, supplément, p. 111.
  2. Mise en perspective de l'institutionnalisme de quelques économistes allemands et américains, par Maurice Baslé. In Economie Appliquée, tome XLVI. 1993. n° 4, p. 159-176
  3. Sapir, 2005, p.315
  4. Alternatives économiques, décembre 1994, p.59
  5. Chavance, p.48
  6. Chavance, p.40
  7. Le Monde du 24 juin 2003
  8. Billaudot, p.171
  9. Boyer, 1995, p.25
  10. Chavance p.65
  11. Chavance, p.69 et 70
  12. Le Monde des débats, décembre 1993, p.2
  13. Sapir, 2005, p.182
  14. Problèmes économiques, n°2.688-2.689, p.7
  15. Sapir, 2005, p.184
  16. Chavance, p.87
  17. Dulong, p.8
  18. Sapir, 2005, p.57
  19. Alternatives économiques, novembre 1998, p.88
  20. Dulong, p.8
  21. Chavance p.16
  22. Chavance, p20
  23. Chavance p.16
  24. Dulong, p.8
  25. Le Monde du 9 mars 2006
  26. Dulong, p.8
  27. Revue de l’OFCE, n°112, janvier 2010, p. 120
  28. Revue de l’OFCE, n°112, janvier 2010, p.122 et 123
  29. Serge Paugam, Repenser la solidarité, puf, 2007, p.935
  30. Sapir, 2005, p.20 et 30
  31. Chavance, p.104
  32. Billaudot, p.187
  33. Sapir, 2005, p.30
  34. Chavance, p.24
  35. Sapir, 2005, p.40
  36. Sapir, 2005, p.48
  37. Sapir, 2005, p.41
  38. Lahire, 2005, p.31, 35 et 42
  39. Lahire, 2012, p.98
  40. Lahire, 2012, p.97
  41. Lahire, 2012, p.62 à 64
  42. Chavance, p.104 et 105
  43. Alternatives économiques, Hors série pratique n°31, novembre 2007


Bibliographie [modifier]

• Jacques Sapir, ‘’Quelle économie pour le XXIe siècle ?’’, Odile Jacob, 2005

• Bernard Chavance, ‘’L’économie institutionnelle’’, La Découverte, 2012

• Delphine Dulong, ‘’Sociologie des institutions politiques’’, La Découverte, 2012

• Bernard Billaudot, ‘’Régulation et croissance’’, L’Harmattan, 2001

• Robert Boyer et Yves Saillard (Sous la direction de), ‘’Théorie de la régulation. L’état des savoirs’’, La Découverte, 1995

• Bernard Lahire, ‘’L’homme pluriel’’, Armand Colin, 2005

• Bernard Lahire, ‘’Monde pluriel’’, Seuil, 2012