Discours de Ratisbonne

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Benoît XVI

Le discours de Ratisbonne est un discours que le pape Benoît XVI a présenté sur le rapport entre la raison et la foi, intitulé Foi, raison et université - Souvenirs et réflexions, à l’université de Ratisbonne en Allemagne, où il avait été professeur. Le , Benoît XVI entame un discours sur les rapports entre la religion et la violence, pour faire une condamnation claire et motivée de la violence exercée au nom de la religion. Une citation du discours déclenche de vives réactions politiques et religieuses dans le monde, majoritairement négative dans les pays musulmans, plutôt positive dans les pays occidentaux prenant la défense du pape au nom du dialogue religieux et de la liberté d'expression, sauf en "France ou l'on revient à plusieurs reprises sur la déclaration controversée que le pape avait faite à Ratisbonne concernant la religion musulmane. On considère le voyage du pape en Turquie à la fois comme un risque à prendre mais aussi comme une opportunité de réconciliation" (voir article usherbrooke).

Discours de Benoît XVI[modifier | modifier le code]

Résumé[modifier | modifier le code]

Le discours de Foi, raison…, citant aussi bien la pensée juive et grecque que la théologie protestante et l’athéisme moderne, traitait principalement de la chrétienté et de ce que le pape Benoît appelle la tendance à « exclure la question de Dieu » de la raison. L’islam n’est abordé que dans une partie du discours (trois paragraphes). Le pape cite des critiques fortes qu’il décrit comme « étonnamment abrupte »[1] et d’une « rudesse assez surprenante »[2]. Dans les trois paragraphes, situés au début du discours, Benoît XVI cite et discute un argument fait par l’empereur byzantin Manuel II Palaiologos tiré d’un dialogue qu’il avait avec un érudit persan en 1391 à propos du jihad, mais aussi sur des commentaires faits par Théodore Khoury, qui publia récemment le dialogue de l’empereur auquel le Souverain Pontife se référait. Benoît XVI utilise l’argument de Manuel II pour décrire une distinction entre le point de vue chrétien, tel que l’exprime Manuel II, selon laquelle « ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu » et du point de vue de l’islam, comme l’explique Khoury, que Dieu transcende les concepts tels que la rationalité.

Les paragraphes qui traitent de l’islam[modifier | modifier le code]

Paragraphe 1 -

«  Tout cela me revint en mémoire récemment à la lecture de l’édition publiée par le professeur Théodore Khoury (Münster) d’une partie du dialogue que le docte empereur byzantin Manuel II Paléologue, peut-être au cours de ses quartiers d’hiver en 1391 à Ankara, entretint avec un Persan cultivé sur le christianisme et l’islam et sur la vérité de chacun d’eux. L’on présume que l’empereur lui-même annota ce dialogue au cours du siège de Constantinople entre 1394 et 1402 ; ainsi s’explique le fait que ses raisonnements soient rapportés de manière beaucoup plus détaillée que ceux de son interlocuteur persan. Le dialogue porte sur toute l’étendue de la dimension des structures de la foi contenues dans la Bible et dans le Coran et s’arrête notamment sur l’image de Dieu et de l’homme, mais nécessairement aussi toujours à nouveau sur la relation entre — comme on le disait — les trois « Lois » ou trois « ordres de vie » : l’Ancien Testament — le Nouveau Testament — le Coran. Je n’entends pas parler à présent de cela dans cette leçon ; je voudrais seulement aborder un argument — assez marginal dans la structure de l’ensemble du dialogue — qui, dans le contexte du thème « foi et raison », m’a fasciné et servira de point de départ à mes réflexions sur ce thème.  »

Paragraphe 2 -

«  Dans le septième entretien (dialexis — controverse) édité par le professeur Khoury, l’empereur aborde le thème du djihad, de la guerre sainte. Assurément l’empereur savait que dans la sourate 2, 256 on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! ». C’est l’une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. Sans s’arrêter sur les détails, tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent le « Livre » et les « incrédules », l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. « Dieu n’apprécie pas le sang — dit-il —, ne pas agir selon la raison, sun logô, est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort… »

Paragraphe 3 -

«  L’affirmation décisive dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence est : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. L’éditeur Théodore Khoury commente : pour l’empereur, un Byzantin qui a grandi dans la philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, en revanche, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable. Dans ce contexte, Khoury cite une œuvre du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui explique que Ibn Hazn va jusqu’à déclarer que Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l’obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l’homme devrait même pratiquer l’idolâtrie.  »

(Dans la suite de son discours (12 paragraphes), le pape parle des relations entre la Foi catholique et la raison, en particulier la philosophie hellénistique. Il n’est plus question de l’islam ni de la violence, par contre la citation de Manuel II « Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. » revient à deux reprises.)

Constat[modifier | modifier le code]

  • Le pape Benoît XVI, en relatant dans son discours une controverse de la fin du Moyen Âge (fin XIVe siècle) entre l’empereur de Constantinople Manuel II Paléologue et un érudit musulman persan, a provoqué une polémique, ayant été compris, dans certains milieux musulmans, comme critiquant le jihad (la "guerre sainte") et le Prophète. Dans cette transcription on peut comprendre que Dieu, qui est amour, ne peut voir la vraie foi se répandre par la guerre (le Jihad) et la violence.
  • Le pape Benoît XVI est accusé d’avoir lié la foi musulmane à la violence.
  • Le 14 septembre, le Vatican rappelle dans une déclaration officielle que « (…) le Saint-Père souhaite cultiver une attitude de respect et de dialogue envers les autres religions et cultures, et de toute évidence aussi l’islam », et que ce discours était « un refus clair et radical de la motivation religieuse de la violence ».

Interprétation et enjeux[modifier | modifier le code]

Au sein de l’Église, la critique du faux irénisme a été tout d’abord développée dans l’encyclique Humani Generis de Pie XII. Le point de doctrine est d’exiger un dialogue franc qui va au-delà des malaises et des vaines concessions. Benoît XVI ne se pose pas en critique de ses prédécesseurs ou de Vatican II ; en lançant le défi du dialogue à ses interlocuteurs, il veut aller au cœur du débat, qui pour lui a autant d’enjeux culturels que religieux.

Par la déclaration Nostra Ætate du concile Vatican II sur les rapports avec les autres religions, l’Église ouvre le dialogue en misant surtout sur les croyances communes des grandes traditions religieuses. Cette ouverture s’était par exemple concrétisée par les journées de prière commune à Assise. Le caractère sans condition de cette attitude d’ouverture avait été critiquée au sein même de la curie romaine, en particulier par le cardinal Ratzinger alors qu’il était préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Ce dernier avait obtenu que l’on dise des responsables religieux qu’ils étaient réunis à Assise "ensemble pour prier" et non pour "prier ensemble", soulignant ainsi que pour la théologie catholique, le sens de la prière chrétienne n’était pas réductible à celui des autres religions.

Auteur du catéchisme de l'Église, il avait publié quelques années plus tôt la déclaration Dominus Iesus qui réaffirmait l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église. L’une de ses plus vives critiques déjà adressées à l’islam est qu’elle est incompatible avec la démocratie.

Foi et raison

Alors que sa première encyclique traitait de l’amour de Dieu, cette fois-ci à Ratisbonne il aborde le sujet de la Foi et de la Raison au sein des institutions académiques, sujet qu’avait abordé Jean-Paul II dans son encyclique Fides et ratio. Ce rappel s’adresse aussi bien à un occident déchristianisé, qui tend à considérer que le domaine de la Raison exclut tout discours sur la Foi, qu’à un monde musulman, implicitement appelé à manifester plus de raison dans l’expression de sa foi, et à accepter une critique de l'islam externe.

Quelques commentateurs ont souligné le rôle central que la notion de disputatio (débat entre théologiens de religions différentes) tenait dans cette histoire relatée par le pape. Ces débats (parfois appelés « controverses ») étaient une pratique fréquente de l’Église à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. Il y en eut d’organisé avec des juifs, des musulmans, des cathares… La scène historique relatée par le pape rappelle une époque où les autorités de deux religions pouvaient dialoguer rationnellement de leur religion respective, sans recourir à la violence pour défendre leur foi: le siège de Constantinople qui sert de toile de fond est une guerre politique, non religieuse. Par contraste, cette scène souligne les difficultés actuelles d’une critique de l’islam fondée sur la raison.

Relation entre catholicisme et islam

En ce qui concerne les rapports avec l’islam, le pape montre son désir de fonder le dialogue inter-religieux sur la responsabilité[réf. nécessaire]. Le sort des minorités chrétiennes en terre d’islam, ou les appels à la violence religieuse de certains dirigeants islamistes, sont des sujets pointés du doigt par les autorités catholiques.

Jusqu’à la déclaration de Ratisbonne, la position de l’Église catholique a été[réf. nécessaire] de ne faire aucun geste qui puisse entraîner des difficultés pour les minorités chrétiennes en pays islamiques (en Palestine, Iran, Irak, Turquie, Copte en Égypte…). La déclaration de Ratisbonne marque également une rupture par rapport à cette stratégie.

De fait, en sus des manifestations hostiles, les chrétiens des pays islamistes ont effectivement payé le prix de cette nouvelle politique : sept églises attaquées dans les territoires palestiniens mi-septembre[3], et une religieuse, sœur Leonella Sgorbati, assassinée en Somalie[4].

Mais ces exactions ont été condamnées par de nombreuses autorités, y compris des dirigeants de l’islam. Ces commentaires ont souligné que face à des accusations de violence, l’islam ne pouvait pas répondre par la violence, acceptant ainsi de placer le débat sur le terrain proposé par le pape.

Mises au point du Vatican[modifier | modifier le code]

Déclaration officielle du secrétaire d'État[modifier | modifier le code]

Tarcisio Bertone, le nouveau secrétaire d’État du Saint Siège, a fait une déclaration le 16 septembre 2006, expliquant que « La position du pape sur l’islam est, sans équivoque, celle exprimée par le document Nostra Aetate » et que « l’opinion du pape en faveur du dialogue interreligieux et interculturel est absolument sans équivoque » Le souverain pontife était « absolument désolé » de voir ses propos interprétés comme offensants pour l’islam.

« Quant au jugement de l'empereur byzantin Manuel II Paléologue, qu'il a cité dans son discours de Ratisbonne, le Saint-Père n'a pas entendu et n'entend absolument pas le faire sien, mais il l'a seulement utilisé comme une occasion pour développer, dans un contexte universitaire et selon ce qui apparaît après une lecture complète et attentive du texte, certaines réflexions sur le thème du rapport entre religion et violence en général et conclure à un refus clair et radical de la motivation religieuse de la violence, de quelque côté qu'elle provienne. (...) Le Saint-Père est donc vivement désolé que certains passages de son discours aient pu apparaître comme portant offense à la sensibilité des croyants musulmans et aient été interprétés d'une manière absolument non conforme à ses intentions. D'autre part, face à la religiosité fervente des croyants musulmans, il a mis en garde la culture occidentale afin qu'elle évite "le mépris de Dieu et le cynisme qui considère la dérision du sacré comme un droit de la liberté"[5]. »

Déclarations du pape[modifier | modifier le code]

« Je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours (…) considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans alors qu’il s’agissait d’une citation d’un texte médiéval qui n’exprime en aucune manière ma pensée personnelle (…). J’espère que la déclaration, samedi, de mon secrétaire d’État contribuera à apaiser les esprits et à clarifier le sens véritable de mon discours qui (…) était une invitation au dialogue franc et sincère avec un grand respect réciproque. »

  • Benoît XVI a évoqué, place-Saint Pierre pour l’audience générale, son récent séjour bavarois. Il a fait le récit de son étape à Munich, dont il fut le pasteur, puis de celle au sanctuaire marial d’Altötting et enfin de sa rencontre avec les universitaires de Ratisbonne devant les fidèles rassemblés.

« Ce ne fut pas seulement un retour vers son passé, mais aussi une belle occasion d’envisager l’avenir avec espérance (…). Celui qui croit n’est jamais seul (…) nous devons réfléchir sur notre appartenance de baptisés à l’Église du Christ, dans laquelle personne n’est jamais seul, mais en communion permanente avec Dieu et les frères (…). J’avais choisi pour ce discours les rapports entre la foi et la raison. Pour introduire mes auditeurs dans la dramatique actualité du sujet, j’ai cité un passage d’un dialogue du XIVe siècle où l’empereur chrétien Manuel II présente à son interlocuteur musulman, d’une manière incompréhensiblement abrupte le lien entre religion et violence.

C’est malheureusement cette citation qui a pu prêter méprise. Il est pourtant clair à une lecture attentive de mon texte que je n’entendais absolument pas faire mienne l’opinion négative du souverain byzantin, et que ce jugement polémique n’exprimait pas mes convictions. Mon intention était toute différente. À partir de ce que Manuel Paléologue dit ensuite de positif sur la raison qui doit présider à la transmission de la foi, je désirais expliquer que ce ne sont pas la religion et la violence qui vont de pair, mais bien la religion et la raison.

Le thème de ma leçon était bel et bien le lien entre la foi et la raison. En cela, je voulais inviter au dialogue entre la foi chrétienne et le monde moderne, ainsi qu’avec toutes les cultures et religions. J’ose espérer que durant les diverses phases de mon séjour bavarois, notamment à Munich où j’ai souligné l’importance de respecter ce qui est sacré pour autrui, on aura perçu mon profond respect pour les grandes religions, et notamment pour les Musulmans qui adorent le Dieu unique et avec lesquels les Catholiques se sont engagés à défendre et promouvoir de concert la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté pour tous les hommes.

J’espère donc qu’après des réactions immédiates, les propos tenus à l’université de Ratisbonne puissent constituer un encouragement supplémentaire à un dialogue fructueux, et même critique, entre religions comme entre la raison moderne et la foi des chrétiens[6]. »

Réactions par ordre chronologique[modifier | modifier le code]

Les chefs religieux[modifier | modifier le code]

Musulmans[modifier | modifier le code]

  • Tariq Ramadan, nommé à une chaire d'études islamiques contemporaines à l'Oriental Faculty de l'Université d'Oxford, a déclaré : « [..] La plupart n’avait pas lu le texte, beaucoup se suffisaient d’un compte-rendu très approximatif qui stipulait que le pape avait associé l’islam à la violence mais tous dénonçaient "l'inadmissible injure". Quel que soit le jugement des savants ou des intellectuels sur les propos du Pape, on eut aimé que ceux-ci s’en tiennent à une attitude raisonnable quant à l’exposition de leurs critiques et ce pour deux raisons. On sait que certains gouvernements instrumentalisent ce type de crise pour laisser s’exprimer les frustrations populaires. Quand on a privé le peuple de ses droits fondamentaux et de sa liberté d’expression, il ne coûte rien de laisser ce dernier exprimer sa colère contre les caricatures danoises ou les propos du Pontife. Dans les faits, on assiste à des mouvements populaires de protestation dont la caractéristique première est un débordement émotionnel absolument incontrôlé. Ces masses en ébullition donnent l’impression qu’on ne débat pas chez les musulmans et que le verbe agressif et la violence sont davantage la règle que l’exception. Il est de la responsabilité des intellectuels musulmans de ne pas jouer à ce jeu dangereux et tout à fait contre productif[7] ».
  • le recteur de la mosquée de la porte d’Aix, Mohand Alili, relativise l’importance accordée aux propos tenus par Benoît XVI à Ratisbonne, estimant que le pape « défend ce qu’il est. Alors c’est aux musulmans de dire : “voilà ce que nous sommes”. Je ne vois pas pourquoi on va créer un système de polémique », poursuivant : « je ne vois pas pourquoi les musulmans s’en prennent au pape au lieu de s’en prendre aux leurs, (…) [à ceux] qui ont décrédibilisé l'islam »[8].
  • Youssef al-Qaradâwî, une religieux égyptien très connu dans le monde musulman à la tête de l'Association des érudits islamiques a dit : « Nos mains sont tendues et notre religion appelle à la paix, non pour la guerre, pour l'amour pas la haine, à la tolérance, et non pour le fanatisme, pour se connaître les uns les autres et non pas pour renier l'autre. nous condamnons cela et nous aimerions avoir des explications sur ce qui était sous-entendu. Nous appelons le Pape, le pontife, à s'excuser auprès de la nation islamique, car il a insulté notre religion et son prophète, sa foi et sa loi, sans aucune justification[9] ».
  • Mohammed Tantaoui, savant renommé de l'Université Al-Azhar au Caire, a transmis la position de l'université comme quoi les commentaires du Pape sur l'islam « indiquent une ignorance claire » de la religion et « attribut à l'islam ce qu'il ne contient pas »[10].
  • Le grand mufti d'Arabie saoudite `Abdul `Aziz al-Cheikh a accusé le pape de « mensonge ». Il indique que « ces propos prouvent l’impossibilité de toute réconciliation entre les religions »[12].
  • Le religieux saoudien Salman al-`Awda (en) exhorte les musulmans à se « dresser » contre le Vatican, à cause de la « haine cachée dans le cœur du pape »[12].
  • Ahmad Khatami (en), l'un des clercs les plus influents de l'Iran a demandé au Pape de « tomber à genoux en face d'un haut dignitaire religieux musulman et essayer de comprendre l'islam »[13].
  • Aga Khan IV, chef de la branche Nizari Ismaélite de l'islam a dit : « J'ai deux réactions face à la déclaration du pape : Cela me préoccupe car je redoute une dégradation des relations entre chrétiens et musulmans et, en même temps, je vois une possibilité, une occasion de parler d'un problème important et grave : la relation entre la foi et la logique »[14].
  • Muhammad Abdul Bari du Muslim Council of Britain a déclaré qu’« on aurait espéré d’un chef religieux tel que le pape d’agir et de parler avec responsabilité et de rejeter le point de vue de l’empereur byzantin dans l’intérêt de la vérité et de rapport harmonieux. Il est regrettable que le pape n’a pas agi de la sorte et cela a tout naturellement provoqué beaucoup de consternation et de tourment. »[15]
  • Le grand mufti sunnite libanais, cheikh Mohammed Rachid Kabbani, estime que « la raison est la substance même de l’islam et de ses enseignements (…) L’islam interdisait la violence dans la vie humaine. Quiconque veut la vérité (sur l’islam) doit se référer au Coran plutôt qu’à un dialogue ou à des extraits »[12].
  • À Mogadiscio, Cheikh Abubukar Hassan Malin, dignitaire musulman lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques, appelle au meurtre de Benoît XVI déclarant : « Nous vous exhortons, musulmans, où que vous soyez, à pourchasser le pape pour ses propos barbares, comme vous avez traqué Salman Rushdie, l’ennemi d’Allah qui avait offensé notre religion (…) Quiconque offense notre prophète Mahomet devrait être tué par le musulman se trouvant le plus proche de lui (…) Nous appelons toutes les communautés islamiques du monde entier à se venger »[16].
  • `Amîr `Ali, responsable du Conseil musulman d’Australie, considère que « le pape avait employé la citation la plus mal venue, au moment le plus mal venu ».[réf. nécessaire]

Catholiques romains[modifier | modifier le code]

  • Le cardinal Paul Poupard, président du conseil pontifical pour la culture et le dialogue interreligieux, commente que, face à un public universitaire, « le grand professeur Joseph Ratzinger a fait une leçon doctorale sur les rapports entre raison et foi », ajoutant : « ne réduisons pas son discours à des stéréotypes ». Le cardinal Paul Poupard, a appelé dans une interview « les amis musulmans de bonne volonté » à lire le discours « dans son entier » avant de se prononcer[17].
  • Mgr Charles Bo archevêque catholique de Rangoun en Birmanie, a déclaré que « le pape Benoît XVI a dit ce qu’affirment des millions de musulmans à travers le monde : la religion ne peut justifier la violence… Je suis triste de constater les malentendus de nos frères musulmans concernant ce que notre Saint-Père Benoît XVI a mentionné. Il est évident que dans un pays aussi tranquille que le Myanmar, nous ne voyons aucune réaction des musulmans. Benoît XVI affirmait clairement que la violence n’est pas compatible avec la nature de Dieu. La violence et l’assassinat sont contraires à la nature de Dieu », explique-t-il. « Il a dit clairement que Dieu est amour et que l’amour assure et fait jaillir la vie. Dieu donne la vie. C’est la raison fondamentale pour laquelle un théologien aussi respecté et hautement apprécié que le pape a transmis un message aussi clair dans sa première encyclique Dieu est amour. Le pape parlait dans une université, où il avait choisi de répéter que la dimension religieuse est nécessaire pour tous les hommes, et que la foi est fondamentale pour faire l’expérience de la plénitude de la vie » ajoute l’archevêque Bo. « La froideur de la rationalité conduit souvent à une vie désacralisée, c’est ce qu’il essayait de dire ». En définitive Mgr Charles Bo est certain que le pape a reflété le sentiment et le souhait de millions de musulmans. Car eux aussi affirment que la violence et l’islam ne peuvent pas être liés. Mgr Bo est convaincu que de nombreux musulmans « veulent être des croyants musulmans dans le monde d’aujourd’hui contre ceux qui utilisent la religion pour frapper les autres avec violence. La religion ne peut être à la base d’un conflit, d’une guerre ou de toute autre forme de violence »[18].
  • Réaction du cardinal Lustiger : « Nous sommes face un phénomène médiatique à la limite de l’absurde. Pour ceux qui n’ont pas lu en entier la "leçon" que le pape Benoît XVI a donnée à l’université de Ratisbonne, cette affaire est incompréhensible. Et effrayante. Il aura suffi de quelques mots pour que des foules, qui n’ont pas la moindre idée de ce dont il s’agit, se mettent à crier à l’offense et déchaînent une querelle dont on ne sait à qui elle profite. En tout cas, elle ne profite pas à l’Islam. Ce n’est pas respecter l’Islam que d’abaisser, piétiner quelqu’un qui s’est toujours présenté comme un loyal interlocuteur et un ami. Le procédé est grossier et je ne crois pas que les musulmans sincères, s’ils sont avertis, puissent souscrire à pareil déferlement de haine et de violence. Il y a un malentendu gravissime et ce malentendu est, d’abord, au détriment de l’islam. Sa pensée va au fond de la question cruciale du rapport de l’Occident avec la religion, en particulier avec l’islam. L’Occident risque de devenir totalement hermétique aux religions, si la "raison" séculière suit sa propre dérive. Et, pour l’islam, l’effet sera, en Occident, une attitude encore plus réductrice et impitoyable. Le christianisme a l’avantage d’être enraciné dans la culture occidentale. Cela n’a été possible que grâce à la rencontre de la raison grecque et de la tradition biblique. Et le pape suggère que, par cette médiation, l’islam pourra trouver la porte qui lui permettra, à son tour, d’accéder à la raison critique. Ce chemin n’appartient qu’à l’islam et il est clair que ce discours n’a rien d’offensant. Le sommer de se récuser sur un jugement qu’il n’a pas porté, c’est mépriser un ami. Ceux qui exigent des excuses n’ont pas lu le discours, ou ne l’ont pas compris, ou traduisent en défi politique, le plus humiliant possible, les termes d’un débat qui se voulait courtois. Si le jeu consiste à déchaîner la vindicte des foules sur des mots qui ne sont pas compris, alors les conditions du dialogue avec l’islam ne sont plus réunies. Ce serait très inquiétant si la discussion ne se limitait plus qu’à des mots convenus. Je trouve enfin avilissante l’attitude des pêcheurs en eaux troubles qui, dans des pays occidentaux, profitent de la circonstance pour accabler le pape Benoît XVI sans réfléchir aux enjeux de fond. »[19].
  • Le primat de l’Église canadienne et archevêque de Québec, Mgr Marc Ouellet, rappelle que « c’est dans un cadre universitaire que Benoît XVI a tenu des propos sur la violence et la religion… Les propos du pape ont été déformés par des groupes extrémistes ». L’archevêque poursuit « le véritable sens du discours du pape Benoît XVI visait à dissocier la violence de la religion »[20].
  • Le chef de l’Église catholique d’Australie à Sydney, le cardinal George Pell, soutient le pape Benoît XVI. « Les violentes réactions dans de nombreux endroits du monde musulman confirment l’une des principales craintes du pape Benoît XVI. Elles démontrent le lien qu’établissent de nombreux islamistes entre religion et violence, ainsi que leur refus de répondre à la critique par des arguments rationnels, ne réagissant que par des manifestations, des menaces et une véritable violence. Je pense que nous devons mener une étude approfondie de ce que le Coran dit de la violence, du parcours des premiers musulmans et de l’expansion militaire qui s’est poursuivie pendant des dizaines d’années, et solliciter l’avis de nos amis musulmans »[21].
  • L'archevêque de Tartous, Mgr Bassilos Mansour, à Damas demande au pape Benoît XVI de présenter un mot d’excuse aux musulmans et d’« abandonner toutes les expressions et les concepts durs qui existent dans notre formation culturelle pour se rencontrer avec les musulmans ». Il pose la question suivante au pape Benoît XVI « Pourquoi vous avez pris comme exemple l’empereur byzantin qui est un homme de guerre au lieu de tirer l’exemple des habitants chrétiens de Constantinople qui ont défendu la mosquée des musulmans dans la capitale des grecs avant la 4e Croisade, ou la pensée du Patriarche de Constantinople qui a appelé le Khalifa Abbaside à la coopération entre les deux nations islamique et chrétienne, ou bien la coopération des chrétiens de l’est avec Salaheddine contre les forces de la Croisade ? »[22].
  • Mgr Nasrallah Sfeir, patriarche des chrétiens maronites, la principale communauté chrétienne du Liban, déclare « Les critiques contre le pape sont politiques », et estime que « Benoît XVI n’a pas parlé directement de l’islam »[23].

Coptes[modifier | modifier le code]

  • Le chef de l’Église copte, Chénouda III, rappelle que « toutes les remarques qui offensent l’islam et les musulmans sont contraires aux enseignements du Christ »[24].
  • Le porte-parole de l’Église copte orthodoxe, Mgr Hakim Morcos affirme que « l’Église copte égyptienne rejette catégoriquement les propos du pape du Vatican (…). La religion chrétienne nous ordonne d’aimer l’autre quelle que soit sa religion et comme j’aime les adeptes de Jésus-Christ, je dois respecter le prophète des musulmans et les croyants musulmans et il est inacceptable d’offenser leurs sentiments religieux (…). Nous rejetons totalement toute atteinte aux symboles musulmans et toute atteinte au prophète des musulmans »[25].

Réactions politiques[modifier | modifier le code]

  • Drapeau de l'Égypte Égypte : Le gouvernement égyptien, qui craint que la situation ne dégénère, a convoqué le nonce apostolique (ambassadeur du Saint-Siège), pour lui demander une initiative d’apaisement de la part de Benoît XVI.[réf. nécessaire]
  • Maroc Maroc : Après la mise au point du pape, le roi Mohammed VI a rappelé son ambassadeur au Vatican en consultation pour protester contre des propos jugés "offensants" du pape Benoît XVI[27].
  • Drapeau de la Suisse Suisse : Le conseiller fédéral Pascal Couchepin chef du département de l’Intérieur prend la défense du pape, estimant son discours « intelligent et nécessaire (…). Il a voulu montrer ce qui constitue l’essence du christianisme. Il faut prendre en compte le fait que le judaïsme, le christianisme et l’islamisme n’ont pas la même conception de Dieu. Ce que le pape a dit était à ses yeux "globalement respectueux" (…). L’islam doit aussi se poser la question de la relation entre la raison et la foi. Car je crois que dans ce domaine le christianisme a une position beaucoup plus ouverte »[28].
  • Drapeau de la Palestine Palestine : Gaza, le Premier ministre palestinien, Ismaïl Haniyeh, qui appartient au mouvement islamiste Hamas, a condamné les propos du pape estimant qu’ils « allaient à l’encontre de la vérité et touchaient l’essence de notre foi ». Mais il a dénoncé aussi la série d’attaques contre des églises dans les territoires palestiniens. Sept églises avaient été la cible d’attaques à Gaza et en Cisjordanie. « Ces attaques sont totalement inacceptables et aucun Palestinien ne devrait y prendre part. Nos frères chrétiens font partie du peuple palestinien »[29].
  • Drapeau des États-Unis États-Unis : Le président américain George W. Bush a affirmé avoir "noté" les regrets du pape et les a jugés "sincères", selon un responsable de la Maison Blanche. C’est la seule réaction du président américain depuis que la controverse a éclaté[30].
  • Drapeau de la Turquie Turquie : Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait exigé de Benoît XVI qu’il s’excuse auprès des musulmans pour ces « déclarations horribles et malencontreuses ». La prochaine visite du pape en Turquie est susceptible d’être annulée[31].
  • Drapeau de la France France : Le président Jacques Chirac a réagi sur les propos du pape. « Il faut éviter tout ce qui anime les tensions entre les peuples ou entre les religions. Il faut éviter tout amalgame entre l’islam, qui est une religion respectée et respectable naturellement, et l’islamisme radical qui est une action tout à fait différente et qui est une action de nature politique (…)."Je n’ai pas pour vocation, ni l’intention, de faire un commentaire sur les propos du pape, je m’exprime sur le plan général et dans le cadre du dialogue des cultures et des civilisations »[32].

Réactions de la presse anglophone[modifier | modifier le code]

  • Les éditoriaux du Guardian et du Daily Telegraph parlent de mauvaise interprétation et de propos pris hors contexte.[réf. nécessaire]
  • Le New York Times qualifie de « tragiques et dangereux » les propos du pape Benoît XVI sur l'islam, et l'appelle à s'excuser[33].
  • Pour The Economist établissant en 2009 un bilan provisoire du pontificat de Benoît XVI, l'affaire du discours de Ratisbonne est symptomatique des dysfonctionnements de la Curie en matière de communication : selon cet article, plusieurs officiels du Vatican avaient manifesté leur inquiétude devant le projet de discours, sans disposer de canal de communication pour en informer le pape ; même le « porte-parole » de Benoît XVI, Federico Lombardi, qui souhaitait lui faire part de ses inquiétudes de dernière minute, n'aurait pas été autorisé à déranger le pape, qui dormait[34].

Réactions diverses[modifier | modifier le code]

  • Drapeau de l’Irak Irak : Une bombe a explosé vendredi 15 septembre devant une église catholique à Bassorah (sud), entraînant la mort d'un chrétien. Un autre chrétien est assassiné à l'arme blanche en plein marché, à Bagdad. Les responsables des églises chrétiennes en Irak recommandent la plus grande prudence aux fidèles. Un groupe fondamentaliste menace en effet les chrétiens de mort si le pape ne s'excuse pas[35].
  • Drapeau de la Palestine Palestine : Le 15 septembre 2006, la plus vieille église orthodoxe de Gaza, l’église Saint-Porphyre, est la cible d’attaques armées à quatre reprises dont un jet de grenade. Ismaïl Radouane, un des responsables du Hamas déclarait : « C’est une nouvelle croisade chrétienne lancée contre le monde musulman et arabe »[36].
  • Somalie Somalie : Dimanche 17 septembre, une religieuse catholique septuagénaire est tuée avec un garde dans un hôpital de Mogadiscio. Des représentants d’un mouvement islamique local ont déclaré à l’agence Reuters que cet assassinat était un signe de « protestation contre les paroles prononcées par Benoît XVI sur l’islam »[37],[38].
  • Al-Qaida : Ayman al-Zawahiri, numéro 2 du groupe terroriste, a déclaré dans un message vidéo diffusé le 29 septembre 2006 sur un site islamiste, que « ce charlatan a accusé l’islam d’être incompatible avec la rationalité, tout en oubliant que son propre christianisme est inacceptable pour un esprit sensé »[41].

Dénouement de la controverse[modifier | modifier le code]

Épilogue[modifier | modifier le code]

Benoît XVI reçoit, le lundi 25 septembre 2006, au palais apostolique de Castelgandolfo les ambassadeurs des pays à majorité musulmane, soit une vingtaine de pays dont l’Iran. Sont également présents le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, des membres du Conseil musulman d’Italie, du Centre culturel islamique italien et du Bureau de la Ligue musulmane mondiale.

« Je voudrais aujourd’hui redire toute l’estime et le profond respect que je porte aux croyants musulmans (…). Poursuivant l’œuvre entreprise par mon prédécesseur, le pape Jean-Paul II, je souhaite donc vivement que les relations confiantes qui se sont développées entre chrétiens et musulmans depuis de nombreuses années, non seulement se poursuivent, mais se développent dans un esprit de dialogue sincère et respectueux, fondé sur une connaissance réciproque toujours plus vraie qui, avec joie, reconnaît les valeurs religieuses que nous avons en commun et qui, avec loyauté, respecte les différences (…). Le dialogue inter-religieux et interculturel est une nécessité pour bâtir ensemble le monde de paix et de fraternité ardemment souhaité par tous les hommes de bonne volonté. En ce domaine, nos contemporains attendent de nous un témoignage éloquent pour montrer à tous la valeur de la dimension religieuse de l’existence (…). Comme le déclarait le pape Jean-Paul II dans son discours mémorable aux jeunes, à Casablanca au Maroc, « le respect et le dialogue requièrent la réciprocité dans tous les domaines, surtout en ce qui concerne les libertés fondamentales et plus particulièrement la liberté religieuse. Ils favorisent la paix et l’entente entre les peuples » (…). Dans la situation que connaît le monde aujourd’hui, il est impératif que chrétiens et musulmans s’engagent ensemble pour faire face aux nombreux défis qui se présentent à l’humanité, notamment pour ce qui concerne la défense et la promotion de la dignité de l’être humain ainsi que des droits qui en découlent. Alors que grandissent les menaces contre l’homme et contre la paix, en reconnaissant le caractère central de la personne, et, en travaillant avec persévérance pour que sa vie soit toujours respectée, chrétiens et musulmans manifestent leur obéissance au Créateur, qui veut que tous vivent dans la dignité qu’il leur a donnée[43]. »

Les échanges ultérieurs[modifier | modifier le code]

Un mois après le discours de Ratisbonne, 38 personnalités musulmanes écrivent une lettre ouverte au pape, dans l'objectif de "parvenir à une compréhension mutuelle"»[44]. Cette initiative est élargie, un an plus tard, avec une nouvelle lettre intitulée Une parole commune entre vous et nous et signée de 138 personnalités issues de 43 pays. Le texte de la lettre a été discuté et mis au point en septembre 2007 au cours d’un congrès parrainé par le roi Abdallah II de Jordanie. Elle est centrée sur le double commandement de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain : « Conformément au Coran nous, en tant que musulmans, invitons les chrétiens à s’accorder avec nous sur ce qui nous est commun, et qui constitue également l’essentiel de notre foi et de notre pratique: les deux commandements de l’amour. ».

Quelques jours auparavant, le pape avait d'ailleurs tenu des propos analogues devant la Commission théologique internationale. Pour lui, la loi naturelle et les dix commandements constituent "la base d’une éthique universelle" qui vaut pour "toutes les consciences des hommes de bonne volonté, laïques ou appartenant à des religions différentes" En outre, les dix commandements se résument dans les deux "plus grands", celui de l’amour de Dieu et celui de l’amour du prochain: "la soumission à Dieu, source et juge de tout bien, et le sens de l’autre comme égal à soi"[45].

Analyses postérieures[modifier | modifier le code]

Regard rétrospectif du pape sur la polémique[modifier | modifier le code]

Dans le livre d'entretiens Lumière du monde publié fin 2010, Benoît XVI revient sur son discours et la polémique qu'il a suscitée. Reconnaissant avoir sous-estimé l'impact politique qu'allait connaître son intervention académique, il en souligne néanmoins les conséquences positives. Il cite ainsi l'appel au dialogue des 138 intellectuels musulmans, ou encore un échange avec le roi d'Arabie saoudite qui déclare vouloir « prendre position avec les chrétiens contre le détournement terroriste de l’Islam ».

Il ironise enfin sur la question de la liberté de parole et de ton dans le système médiatique contemporain[46] :

« L’empereur Manuel était déjà à cette époque vassal de l’empire ottoman. Il ne pouvait donc absolument pas attaquer les musulmans. Mais il pouvait poser des questions vivantes dans le dialogue intellectuel. Seulement la communication politique, de nos jours, est ainsi faite qu’elle ne permet pas de comprendre ce type de contextes subtils. »

Les avis des commentateurs[modifier | modifier le code]

Dans son commentaire[47] Abdelwahab Meddeb souligne : « Pour construire un monde en commun dans le respect de la diversité, il faut un dialogue, qui ne doit pas être de complaisance. La question de la violence de l'islam est une vraie question ».

Michel Orcel dans De la dignité de l'islam. Examen et réfutation de quelques thèses de la nouvelle islamophobie chrétienne, Bayard, Paris, 2011, replace le Discours de Ratisbonne dans le contexte d'un renouveau de l'« islamophobie chrétienne ».

Douglas Murray (en), critique du fondamentalisme islamique, souligne à l'occasion du cinquième anniversaire du discours de Ratisbonne en septembre 2011, le faible impact que ce texte aura finalement eu. Au contraire, selon cet auteur, « des années d'intimidation et de violence ont fini par réduire au silence non seulement toute critique de l'Islam, mais aussi toute critique de la violence commise au nom de l'Islam contre des Chrétiens ». Il qualifie cette situation d'un des « grands échecs moraux de notre temps »[48].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Verbatim : les propos du pape sur l’islam, Tf1-Lci, 16 sept. 2006
  2. Foi, raison et université : discours du pape à l’université de Ratisbonne, InXL6
  3. Palestine
  4. Une religieuse assassinée en Somalie
  5. Déclaration du Cardinal Tarcisio Bertone, S.D.B.,Secretaire D'Etat, Samedi 16 septembre 2006n
  6. « Respect de l’islam, collaboration avec les musulmans » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08, VIS, 20 sept. 2006
  7. Le Pape et l’islam : le vrai débat, Tariq Ramadan
  8. Propos du pape sur l’islam: les musulmans ne doivent pas attendre du pape qu'il les glorifie, estime Mohand Alili, le Nouvel Observateur, 16 sept. 2006
  9. "Réactions des musulmans suite aux propos du Pape", BBC News, le 16 septembre 2006
  10. Malaysia demands apology, The Sydney Morning Herald, 16 septembre 2006
  11. (en) « Backpedals pape sur les remarques de "djihad": Benoît XVI affirme qu'il n'avait pas l'intention d'offenser les musulmans », Associated Press,‎ 2006-09-15
  12. a, b et c Le pape a raison de dénoncer la violence de l’islam !, L'Investigateur, 18 sept. 2006
  13. "Le souverain pontife était « absolument désolé » de cette crise", The Star (Malaisie), le 17 septembre 2006
  14. SPIEGEL Entretien avec with Aga Khan - Der Spiegel, le 12 octobre 2006
  15. In quotes: Muslim reaction to Pope, BBC News, 15 sept. 2006
  16. Somali cleric urges muslims to kill Pope, African News Dimension, 18 sept. 2006
  17. Colère musulmane contre les poncifs du pontife, Libération, 15 sept. 2006
  18. Le pape a dit ce qu’affirment des millions de musulmans, déclare un archevêque de Birmanie, Catholique.org, 17 sept. 2006
  19. « Controverse de Ratisbonne : le cardinal Lustiger s’en prend aux médias » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08, Le Monde par Chrétienté.info, 18 sept. 2006
  20. Le cardinal Ouellet à la défense du pape, Radio-Canada, 18 Sept. 2006
  21. « L’archevêque de Sydney soutient le pape » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08, Chrétienté.info, 19 sept. 2006
  22. « L’archevêque Bassilos Mansour adresse un message au pape » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08, La SANA, 19 sept. 2006
  23. Liban: le chef des chrétiens maronites défend le pape, Le Monde, 17 sept. 2006
  24. Le ton monte après les propos du pape sur l’islam, La Tribune, 16 sept. 2006
  25. L’Église copte égyptienne rejette les propos du pape, Nouvelles d'Arménie Magazine, 19 sept. 2006
  26. « Pope: Prodi, religions must be committed to dialogue » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08, AGI-Italy On Line, 16 sept. 2006
  27. Le Maroc proteste et rappelle en consultation son ambassadeur auprès du Vatican, Le Matin, 16 sept. 2006
  28. Le ministre suisse de l’Intérieur défend Benoît XVI, AP par Yahoo News, 17 sept. 2006
  29. La tension persiste après les regrets du pape, Le Nouvel Observateur, 18 sept. 2006
  30. George W. Bush trouve Benoît XVI "sincère", Le Nouvel Observateur, 19 sept. 2006
  31. Le secrétaire d’État du Vatican affirme qu’il n’y a "pas de raison" d’annuler le voyage du pape en Turquie, Nouvelles d’Arménie Magazine, 20 sept. 2006
  32. Chirac appelle à « éviter les tensions entre peuples ou religions », Nouvelles d’Arménie Magazine, 20 sept. 2006
  33. Le monde appelle Benoît XVI à s’excuser, Le Nouvel Observateur, 16 sept. 2006
  34. « A chapter of accidents », The Economist, vol. 391, no 8631,‎ 16 mai 2009, p. 63-65 (lire en ligne)
  35. (en) « Second Assyrian Christian Killed in Retaliation for Pope's Remarks », Assyrian International News Agency, 17 septembre 2006.
  36. Muslims deplore Pope speech, Reuters par Yahoo News, 15 sept. 2006
  37. Somalie: une religieuse italienne tuée par balle à Mogadiscio, AFP par Yahoo News, 17 sept. 2006
  38. Une religieuse assassinée en Somalie, Ag. Zénit, 17 sept. 2006
  39. Just outside Westminster Cathedral today..., Joee Blogs, 17 sept. 2006
  40. The Pope must die, says Muslim, Daily Mail., 18 sept. 2006
  41. Al-Zawahiri appelle les musulmans à la guerre sainte au Darfour Radio Canada, 29 sept. 2006
  42. Article sur le prix de l’université de Tubinguen
  43. « Nécessité du dialogue entre chrétiens et musulmans » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-08, VIS, 25 sept. 2006
  44. Lettre ouverte de 38 musulmans à sa Sainteté le Pape Benoît XVI, 25 oct. 2006, sur le site Groupe de recherche Islamo-Chrétien
  45. Sandro Magister, Un an après Ratisbonne, 138 musulmans écrivent une nouvelle lettre au pape, L'Espresso.
  46. Benoît XVI, Lumière du monde, livre d'entretiens avec Peter Seewald, Bayard, novembre 2010, (ISBN 978-2227482463), p. 133-134
  47. Libération, 23 septembre 2006.
  48. Douglas Murray, After Regensburg the silence is deafening, Catholic Herald, 12 septembre 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]