Dialogue interreligieux

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Le dialogue interreligieux est une forme organisée de dialogue entre des religions ou spiritualités différentes.

Historique jusqu'à la Révolution française[modifier | modifier le code]

Moyen Âge et Renaissance[modifier | modifier le code]

Les premiers contacts entre l'islam et le christianisme donnèrent lieu à des guerres comme la conquête musulmane en Europe et les croisades au Proche-Orient. Dans le monde chrétien, on tenait les Juifs pour responsables de la mort de Jésus de Nazareth, autrement dit le peuple juif était considéré comme déicide, jusque dans la liturgie catholique, et ils étaient exclus d'un grand nombre de fonctions dans la société.

Il y eut des exceptions aux pratiques d'intolérance :

Aux contacts entre les civilisations, existaient des formes d'échanges culturels que l'on peut considérer comme les prémisses du dialogue interreligieux : califat de Cordoue, Sicile à l'époque de Roger II de Sicile.

Ces exemples de dialogue interculturel se fondaient, à partir de la Renaissance du XIIe siècle, sur un fondement philosophique clair : Pierre Abélard avait rédigé en 1142 le Dialogue entre un philosophe, un juif, et un chrétien, qui resta inachevé. Le philosophe dont il s'agissait était probablement un musulman. Abélard mit ainsi en scène trois monothéistes, pour qui il existe un Dieu unique. Il était en quête de tolérance religieuse, et chercha un noyau commun profondément ancré dans les cultures des trois religions monothéistes que sont le christianisme, le judaïsme et l'islam, permettant d'établir une véritable communication.

Abélard est l'inventeur de la scolastique, avant saint Thomas d'Aquin et les grands scolasticiens du XIIIe siècle. Il mit en évidence la force de la philosophie d'Aristote, transmise par les Arabo-musulmans au monde occidental. Cette philosophie permettait de mettre en évidence les fondements métaphysiques communs aux trois grandes religions monothéistes. La traduction des œuvres d'Aristote entre 1120 et 1190 nécessitait un travail conjoint entre Juifs, musulmans et chrétiens. Cette philosophie forma la base du savoir à partir du XIIe siècle en Occident, et fut introduite progressivement dans les universités européennes en création, au XIIIe siècle, par Albert le Grand et Roger Bacon. C'est ainsi que Paris devint la capitale intellectuelle de l'Occident (on employait peu le terme d'Europe à cette époque).

La Renaissance poursuivit cette tendance de fond.

Révolution française[modifier | modifier le code]

La Révolution française posa la question du statut des citoyens en général. Cela concerna les prêtres catholiques (voir constitution civile du clergé) mais aussi les citoyens des religions autres que le catholicisme, et notamment des Juifs qui étaient écartés de la plupart des fonctions.

Pourtant, l'idée d'un véritable dialogue passa difficilement dans les esprits catholiques.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Renouvellement des sciences religieuses[modifier | modifier le code]

Le développement des sciences religieuses fut issu de la philosophie allemande du XIXe siècle. Il a permis la mise en œuvre d'un savoir laïc sur le phénomène religieux qui fut perçu comme une menace par les religions. Tel fut l'enjeu de la crise moderniste durant laquelle l'Église catholique romaine combattit ce savoir sous le nom de relativisme ; tel est encore l'enjeu de bien des conflits ayant à voir avec le phénomène religieux.

Sur ce point, voir Quêtes du Jésus historique, Évangile.

En 1999 fut créée une fondation pour la recherche et le dialogue interreligieux et interculturels. Le cardinal Ratzinger a contribué à la fondation de cette organisation.

Développement des échanges[modifier | modifier le code]

Au XIXe et XXe siècles, l'important développement des moyens de transport et de communication a permis des échanges culturels qui, s'ils ne facilitaient pas le dialogue interreligieux, en jetaient les bases.

Certains utopistes, comme les saint-simoniens, s'imaginèrent même qu'il suffisait de mettre en place des lignes de chemin de fer et de navigation entre Rome et La Mecque pour faire dialoguer le pape et les musulmans.

Après la Seconde Guerre mondiale, la démocratisation du voyage se fit par la méthode du voyage organisé qui permit rarement la rencontre de l'autochtone. En revanche, les échanges d'étudiants, jusqu'ici réservés aux classes supérieures des pays développés, pourraient améliorer la situation par des financements européens, tel le programme Erasmus. Il est d'autant plus difficile de comprendre un comportement qu'on n'en connaît pas les origines. C'est pourquoi l'éducation est souvent considérée comme un vecteur de tolérance.

Du dialogue des religions au dialogue des convictions[modifier | modifier le code]

Au Conseil de l'Europe, un dialogue a été initié entre des organisations internationales non gouvernementales (OING) se réclamant de traditions religieuses diverses (chrétiennes, juives, musulmanes, bouddhiques), et de membres qui ne se comprennent pas en référence à une problématique religieuse, et qui se sont associés à partir de croyances et de convictions communes, humanistes, philosophiques, agnostiques, ou autres.

« Très vite, au cours de nos échanges, nous avons compris que l’expression ‘dialogue interreligieux’ ne nous convenait pas, puisqu'il excluait celles et ceux d’entre nous qui ne se reconnaissent pas comme appartenant ou référés à une religion instituée : nous avons commencé à parler de nos convictions respectives, de groupes de conviction, et à nous comprendre comme pratiquant un ‘dialogue interconvictionnel’ » (Bernard Quelquejeu)[1].

Ce dialogue interconvictionnel permet de prendre en compte la pensée et l’expérience de groupes de convictions non religieuses et de groupes de conviction qui ont pris une certaine autonomie par rapport à leur institution. En effet « les autorités non élues des religions revendiquent le monopole de la parole et de la représentation des citoyens fidèles de cette religion et seules ces autorités sont reconnues par les États au seul titre de l’exercice du culte. »[2]

Réunis au sein du « Groupe de travail International, Interculturel et Interconvictionnel » appelé « G3i », les membres ont organisé au Conseil de l'Europe deux colloques sur les thèmes suivants : « Cohésion Sociale dans une Europe multiculturelle. Rôle et impact des courants de pensée et des religions » (2007) ; « Devenir citoyens et citoyennes d’une Europe plurielle » (2012).

Dialogues interreligieux[modifier | modifier le code]

Parlement mondial des religions[modifier | modifier le code]

Le Parlement mondial des religions ou Parlement des religions du Monde, est la première tentative de nouer un dialogue global interconfessionnel. Il se réunit à Chicago du 11 au 27 septembre 1893, à l'occasion de l'exposition universelle, à l'instigation de Swami Vivekananda (1863-1902), un leader spirituel hindou, philosophe du védanta et Jenkin Lloyd Jones, (1843-1918), un chrétien unitarien[3]. Pour la première fois se rassemblaient des représentants de religions orientales, asiatiques et occidentales.

L'idée en est relancée en 1988 par des disciples de Vivekananda pour fêter le centenaire de cet événement et le Parlement des Religions du Monde renaît en 1993 à Chicago. Il a depuis tenu assemblée en 1999 au Cap, en 2004 à Barcelone lors du Forum universel des cultures et à Melbourne en 2009[3].

Conférence mondiale des religions pour la paix[modifier | modifier le code]

Créée en 1970, Religions pour la paix est la plus importante coalition internationale de représentants de grandes religions du monde au service de la promotion de la paix[4].

Rapports entre judaïsme et christianisme[modifier | modifier le code]

Après les événements de la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale, la conférence de Seelisberg (1947) a fait sentir la nécessité de revoir l'enseignement chrétien au sujet du judaïsme. L'historien Jules Isaac fut à l'origine de cette prise de conscience, ainsi que plusieurs personnalités chrétiennes.

Depuis une trentaine d'années, de nombreuses réflexions ont porté sur la recherche des racines religieuses de l'antisémitisme, ce que l'on appelle quelquefois l'antijudaïsme, afin d'établir un dialogue approfondi entre les Juifs et les chrétiens.

La liturgie catholique du vendredi saint a été modifiée dans le missel de 1966 par Paul VI, afin de supprimer la mention offensante pour les Juifs, qui subsistait depuis le VIIe siècle.

Église catholique[modifier | modifier le code]

À la suite de la conférence de Seelisberg, organisée en 1947 pour étudier les causes de l’antisémitisme chrétien, les catholiques sentirent l'urgente nécessité de revisiter de fond en comble la relation qu'ils avaient avec les autres religions.

Le thème du dialogue interreligieux fut, avec l'œcuménisme, l'un des thèmes évoqués lors du concile Vatican II entre 1962 et 1965. La déclaration Nostra Ætate est le document qui assied les nouvelles relations entre les catholiques et les juifs, musulmans, bouddhistes et hindous. En 2005, des chefs religieux du monde entier se sont rencontrés pour célébrer le quarantième anniversaire de sa promulgation.

Puis, plusieurs événements ont marqué la recherche de dialogue :

L'encyclique Redemptoris missio consacre trois paragraphes au dialogue interreligieux (n° 55, 56, 57).

Plusieurs années avant l'an 2000, le pape Jean-Paul II a invité l'Église catholique à se repentir pour les erreurs commises dans le passé, notamment envers les religions non chrétiennes, et également à pardonner.

Article détaillé : Repentance de l'Église.

Islam[modifier | modifier le code]

Conférence « Dialogue des Religions et Symphonie Mondiales »[modifier | modifier le code]

Le 6 janvier 2009, à Mahuva (en) dans le Gujarat le Dalai Lama a inauguré une conférence interreligieuse appelée « Dialogue des Religions et Symphonie Mondiales ». Convoquée par le prédicateur hindou Morari Bapu (en), cette conférence explore « les moyens pour traiter la discorde parmi les religions majeures », selon ce prédicateur. Les participants incluent le professeur Samdhong Rinpoché, Premier ministre du gouvernement tibétain en exil pour le bouddhisme, Diwan Saiyad Zainul Abedin Ali Sahib (Ajmer Sharif) pour l’islam, le Dr. Prabalkant Dutt pour le christianisme non catholique, le Swami Jayendra Saraswathi (en) pour l’hindouisme et Dastur Dr. Peshtan Hormazadiar Mirza pour le zoroastrisme[5],[6].


Lieux de culte muliconfessionnels[modifier | modifier le code]

Dans l'histoire, en fonction des changements de majorité dans la confession des habitants d'un territoire on a pu voir des lieux de culte changer de destination : cathédrales devenant mosquées (Sainte Sophie) ou l'inverse (Mezquita de Cordoue). A Testour (Tunisie), au XVIIe siècle, le même édifice servait aux musulmans le vendredi, aux juifs le samedi et aux chrétiens le dimanche. De nos jours encore l'actuelle mosquée Jamme Masjid de Brick Lane, à Londres, a, par exemple fait office de temple protestant, au temps des huguenots, avant de se transformer en synagogue. D'autres exemples sont plus récents en GB, ou aux Pays Bas ou encore aux USA.

Dans certains lieux particuliers, hôpitaux, aéroports, prisons, certains centres commerciaux des lieux de recueillement multiconfessionnels ont pu être aménagés.

Une autre catégorie de lieux de culte se développe également intégrant dès la construction de l'édifice le caractère multiconfessionnel comme le Temple de Moncton au Canada ou le projet "Friday, Saturday, Sunday" des architectes britanniques Leon, Lloyd et Saleem[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Quelquejeu, « Les convictions partagées dans l'espace politique. Quelques discernements sémantiques et sociologiques », intervention au colloque « Devenir citoyens et citoyennes d’une Europe plurielle : Espaces et pratiques interconvictionnelles » le 24 janvier 2012 à Strasbourg.
  2. Programme de la Journée d’études « Devenir citoyens et citoyennes d’une Europe plurielle : Espaces et pratiques interconvictionnelles » le 24 janvier 2012 au Conseil de l'Europe (Strasbourg)
  3. a et b Histoire du parlement Mondial des Religions sur le site du Conseil du Parlement M.R.
  4. Site internet du Worl Congress of Religions for Peace
  5. Dalai Lama inaugurates 6-day world religions meet at Mahua
  6. Dalai Lama to inaugurate inter-faith conference
  7. SCLAVO, O. (2013) "Juifs, chrétiens et musulmans en colocation. Le projet Friday, Saturday, Sunday" Usbek & Rica n° M01736 automne 2013, pp. 62-63.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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