Renonciation du pape

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Armoiries du Vatican lors de la vacance.

La renonciation du pape est prévue au canon 332 paragraphe 2 du Code de droit canonique : « S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit » et au canon 44 paragraphe 2 du Code des canons des Églises orientales. La seule condition pour que la renonciation soit valide est qu'elle soit faite « librement et se manifeste correctement ».

À la suite de la renonciation débute une période de vacance du siège papal, qui s'achève avec la désignation d'un nouveau pape par un conclave de cardinaux.

Le dernier pape à avoir renoncé à sa charge est Benoît XVI[1], le 28 février 2013.

Aspect juridique[modifier | modifier le code]

Le droit canonique en vigueur, promulgué par le magistère, ne précise pas de personne ou d'instance à qui le pape devrait annoncer sa renonciation[Note 1], laissant ouverte la possibilité de le faire à l'Église ou au monde en général. Mais certains commentateurs[2] estiment que le Collège des cardinaux ou du moins son doyen doit être informé en premier lieu, car les cardinaux doivent être absolument certains que le pape a renoncé à son ministère pontifical avant qu'ils ne puissent valablement procéder à l'élection d'un successeur[3],[4].

Pour Alain Boureau et Corinne Péneau, l'abdication du pape soulève une question théologique : l'élection du pape se déroulant selon la tradition catholique sous la direction du Saint-Esprit, la démission du vicaire du Christ remettrait en cause la puissance de ce Saint-Esprit[5]. Réagissant à des analyses de ce type, le canoniste Carlo Fantappiè, rappelle que le droit canonique a toujours distingué la personne et la charge, et critique les « erreurs grossières qui ont été commises même par des représentants du monde universitaire »[6].

Historique des renonciations[modifier | modifier le code]

Nom no  Portrait Début du pontificat et renonciation Informations
Pontien 18 Pope Pontian.jpg 230
28 septembre 235
Déporté dans des mines en Sardaigne par l'empereur Maximin le Thrace, Pontien renonce à son siège épiscopal le 28 septembre 235 pour permettre l'élection d'un nouvel évêque de Rome – c'est la première date attestée dans l'histoire de la papauté[7].
Martin Ier 73 Pope Martin I.jpg 5 juillet 649
655
Déporté en Chersonnèse Taurique par l'empereur Constant II, Martin Ier aurait approuvé, ou du moins n'aurait pas condamné l'élection de son successeur Eugène Ier, ce qui peut être interprété comme une renonciation[8].
Benoît V 132 Scherbe vom Grab Benedikt V.jpg 22 mai 964
23 juin 964
Déposé par l'empereur Otton Ier, Benoît V ne se défend pas et, selon le chroniqueur Liutprand de Crémone, se dépouille lui-même de ses insignes pontificaux[8].
Jean XVIII 141 Ioannes XVIII.jpg 1003
Juin ou juillet 1009

On sait qu'il meurt simple moine de Saint-Paul-hors-les-Murs à la fin de juin ou en juillet 1009. On ignore s'il a été déposé ou s'il a renoncé à sa charge, volontairement ou sous la contrainte du patrice Jean Crescentius[9].

Sylvestre III 146 Silvestro3.jpg 13 ou 20 janvier 1045
mars 1046

Élu pape par une partie des Romains après que Benoît IX eut été chassé de la ville, Sylvestre III est excommunié par ce dernier. Quelques mois plus tard, un arrangement est trouvé selon lequel les deux candidats à la papauté renoncent à leurs prétentions. Sylvestre III s'exécute en mai 1046 et est formellement déposé au synode de Sutri[9].

Benoît IX 147 Benoit IX.jpg 10 mars 1045
1er mai 1045
Benoît IX convient, contre un avantage financier, de renoncer à la papauté. C'est son oncle, le pape Grégoire VI, qui lui succède après l'avoir convaincu de renoncer à sa charge pour des raisons qui demeurent obscures[10]. Il sera finalement excommunié pour simonie.
Grégoire VI 148 B Gregor VI.jpg 5 mai 1045
20 décembre 1046

Grégoire VI, parfois cité comme démissionnaire, est déposé en 1046 pour simonie à l'instigation du roi des Romains Henri III[11].

Célestin V 192 Celestine V Castel Nuovo Napoli n02.jpg 5 juillet 1294
13 décembre 1294
Célestin V, un ermite lié à la branche radicale des Franciscains spirituels[12], est élu à 85 ans. Il abandonne sa charge après cinq mois de pontificat[13], peut-être manipulé par Charles II d'Anjou[12]. Sa renonciation déclenche une controverse sur la légitimité canonique de l'abdication.
Grégoire XII 205 Gregory XII.jpg 30 novembre 1406
4 juillet 1415
Grégoire XII qui, dans le cadre de ce qui sera appelé le Grand Schisme d'Occident, est contraint à la démission lors de la poussée conciliariste du concile de Constance en 1415, à l'instar de l'antipape Jean XXIII[14]
Benoît XVI 265 Benedykt XVI (2010-10-17) 4.jpg 19 avril 2005
28 février 2013
Le 11 février 2013, Benoît XVI annonce sa renonciation pour raison de santé[15].

Frise chronologique[modifier | modifier le code]

Benoît XVI Grégoire XII Célestin V Grégoire VI Benoît IX

Renonciations conditionnelles alléguées non suivies d'effet[modifier | modifier le code]

Avant de partir couronner Napoléon Ier à Paris, en 1804, le pape Pie VII (1800-1823) signe un document de renonciation qui prendra effet s'il est emprisonné en France[4].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pie XII aurait élaboré un document indiquant que, s'il était enlevé par les nazis, il devait être considéré comme ayant renoncé à son siège et que les cardinaux devaient alors fuir au Portugal, pays neutre, pour y élire un successeur[16].

Selon un article de presse[17], Jean-Paul II, dans les années qui ont précédé sa mort, en 2005, avait envisagé de renoncer en raison de sa santé défaillante[18]. Ces affirmations ont été démenties par le Vatican[19].

Incapacité[modifier | modifier le code]

Un évêque diocésain doit présenter sa démission de la gouvernance de son diocèse à la fin de sa soixante-quinzième année[20],[21]. Les cardinaux ne sont pas autorisés à se joindre à un conclave, après avoir atteint quatre-vingts ans. Toutefois, pour un pape, il n'est pas nécessaire qu'il démissionne après avoir atteint un âge donné. Depuis la promulgation de ces règles concernant les évêques diocésains et les cardinaux, trois papes, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, ont atteint l'âge de quatre-vingts ans au cours de leurs pontificats. Seul ce dernier a renoncé à sa charge de pontife romain, à l'âge de 85 ans.

Même dans le cas où l'action du Saint-Siège est complètement entravée, aucune innovation ne doit être apportée dans la gouvernance de l'Église universelle et les lois spéciales adoptées, pour ces circonstances, doivent être observées[22],[23],[24],[25]. Le droit canonique ne prévoit pas l'éventualité qu'un pape soit temporairement ou définitivement inapte pour des raisons de santé, une tentative d'assassinat ou une captivité ; de même il n'indique pas quelle personne ou quel organisme ou quel groupe a le pouvoir de certifier que le pape est totalement empêché d'exercer ses fonctions[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme d'« abdication » n'est pas utilisé dans les documents officiels de l'Église, bien que le pape soit aussi un souverain régnant. La traduction française de la constitution apostolique Universi Dominici Gregis (22 février 1996) emploie une fois le mot « démission » et une fois le mot « renonciation ». Lors de celle de Benoît XVI, les médias utilisent d'abord le terme de « démission » puis celui de « renonciation », sur le conseil de spécialistes du droit canonique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Déclaration de Benoit XVI
  2. Prompta Bibliotheca canonica, juridica, moralis, theologica, necnon ascetica, polemica, rubricistica, historica de Lucius Ferraris
  3. Beal, Coriden et Green 2001, p. 438.
  4. a et b Abdication ecclésiastique - Catholic Encyclopedia (1913)
  5. Alain Boureau et Corinne Péneau, Le deuil du pouvoir - Essais sur l'abdication, Les Belles Lettres,‎ 2013, 204 p. (ISBN 978-2251381213)
  6. Carlo Fantappiè, Papauté, vacance du siège et "pape émérite". Équivoques à éviter, cité par Sandro Magister, site Chiesa, L'Espresso
  7. Jean-Pierre Martin, « Pontien », dans Philippe Levillain (s. dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, 2003, p. 1377.
  8. a et b Guyotjeannin 1994, p. 1443.
  9. a et b Guyotjeannin 1994, p. 1444.
  10. (en) F. Donald Logan, A history of the church in the Middle Ages, Routledge, p. 103.
  11. Yves-Marie Hilaire (dir.), Histoire de la papauté. 2000 ans de mission et de tribulations, éd. Tallandier, 2003, p. 173
  12. a et b Claude Carozzi (dir.), Vivre en société au Moyen Âge : Occident chrétien VIe ‑ XVe siècle, éd. Université de Provence, 2008, p. 294
  13. Yves-Marie Hilaire (dir.), Histoire de la papauté : 2000 ans de mission et de tribulations, éd. Tallandier, 2003, p. 211.
  14. Yves-Marie Hilaire (dir.), Histoire de la papauté. 2000 ans de mission et de tribulations, éd. Tallandier, 2003, p. 248-249.
  15. « Le pape renonce à poursuivre son pontificat », fr.radiovaticana.va (Radio Vatican), 11 février 2013.
  16. (en) Nick and Simon Caldwell Squires, « Vatican planned to move to Portugal if Nazis captured wartime Pope », The Daily Telegraph,‎ 2009-04-22 (lire en ligne)
  17. (en)Cardinal hints that ailing Pope may resign (Un cardinal fait allusion au fait que le Pape souffrant pourrait démissionner) - The Telegraph (08 février 2005)
  18. « Benoît XVI avait évoqué à deux reprises l'hypothèse d'une démission », Le Monde, 11 février 2013.
  19. Jean-Paul II irait bien
  20. Code de droit canonique (1983) 401 §1 & 2
  21. « § 1. L'Évêque diocésain qui a atteint soixante-quinze ans accomplis est prié de présenter la renonciation à son office au Pontife Suprême qui y pourvoira après examen de toutes les circonstances. § 2. L’Évêque diocésain qui, pour une raison de santé ou pour toute autre cause grave, ne pourrait plus remplir convenablement son office, est instamment prié de présenter la renonciation à cet office. »
  22. Code de droit canonique (1983) 335
  23. « Can. 335 – Quand le siège de Rome devient vacant ou totalement empêché, rien ne doit être innové dans le gouvernement de l’Église tout entière ; les lois spéciales portées pour ces circonstances seront alors observées »
  24. Code canons Églises orientales - canon 47
  25. « Quand le siège de Rome est vacant ou totalement empêché, rien ne sera innové dans le gouvernement de l'Église tout entière ; mais seront observées les lois spéciales portées pour ces circonstances. »
  26. (en) The Code of Canon Law Annotated (Wilson & Lafleur Limitée, Montréal 1993 ISBN 2-89127-232-3), note on canon 335.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John P. Beal, James A. Coriden et Thomas J. Green, New Commentary on the Code of Canon Law, Mahwah, Paulist Press International,‎ 2001, 1984 p. (ISBN 978-0-8091-4066-4, lire en ligne)
  • (en) John R. Eastman, « Giles of Rome and Celestine V: The Franciscan Revolution and the Theology of Abdication », The Catholic Historical Review, vol. 76, no 2,‎ avril 1990, p. 195-211 (ISSN 0008-8080)
  • (en) Patrick Granfield, « Papal Resignation », The Jurist, no 38,‎ 1978, p. 118-131 (ISSN 0022-6858)
  • Olivier Guyotjeannin, « Renonciation », dans Philippe Levillain (s. dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard,‎ 2003 (1re édition 1994) (ISBN 2-213-618577), p. 1443-1444
  • Jean Leclercq, « La renonciation de Célestin V et l'opinion théologique en France du vivant de Boniface VIII », Revue d'histoire de l'Église de France, vol. 25, no 107,‎ 1939, p. 183-192 (ISSN 0048-7988, DOI 10.3406/rhef.1939.2884, lire en ligne)
  • P. G. Caron, « La démission du pape dans la législation et dans la doctrine canonique du XIIIe au XVe siècles », Diritto ecclesiastico 62 (1951), p. 60-67

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]