Conseil français du culte musulman

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Conseil français du culte musulman

Cadre
Forme juridique Association loi de 1901
But

Représenter les musulmans de France


Réguler les activités religieuses musulmanes en France
Zone d’influence France
Fondation
Fondation 2003
Fondateur Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur
Identité
Président Dalil Boubakeur (depuis 2013)
Site web www.lecfcm.fr
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Le Conseil français du culte musulman (CFCM) est une association régie par la loi de 1901 sous l'égide du ministère de l'Intérieur, et qui a vocation à représenter les musulmans de France.

Le CFCM intervient dans les relations avec le pouvoir politique français, dans la construction des mosquées, dans le marché des aliments halal, dans la formation de certains imams, dans le développement de représentations musulmanes dans les prisons et dans l'armée française, dans la nomination d'aumôniers dans les hôpitaux, et dans la construction de carrés réservés aux musulmans dans les cimetières[1]. Il essaye de coordonner les dates des fêtes religieuses (dont celles du ramadan).

Histoire[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1973, la Grande Mosquée de Paris est le principal lieu de culte musulman en France. La grande mosquée de Lyon est construite quasi-entièrement avec des fonds du roi Fahd ben Abdelaziz Al Saoud[2].

En 1990, Pierre Joxe, alors ministre de l'Intérieur sous la présidence de François Mitterrand, lance le Conseil de réflexion sur l'Islam de France, qui est chargé de présenter des propositions pour l'organisation du culte des musulmans[1]. Neuf imams sur dix en France viennent alors de l'étranger[2].

Dans sa déclaration le 23 novembre 1997, Jean-Pierre Chevènement (alors ministre de l'Intérieur chargé des cultes), dit[3] :

« L'islam est une religion nouvelle en France. Avec environ quatre millions de résidents de culture musulmane, elle est rapidement devenue la deuxième religion du pays. La moitié des musulmans qui vivent sur notre territoire national sont français. La plupart des autres sont appelés à le devenir. Le gouvernement ne saurait s'en désintéresser. J'ai suivi avec attention et médité les efforts de plusieurs de mes prédécesseurs pour intégrer l'islam dans la communauté nationale. J'ai le même objectif : aider à l'affirmation d'un islam français. Seulement, les difficultés qu'ils ont rencontrées m'incitent à la prudence. Il y a un paradoxe de l'Islam dans ses rapports avec la laïcité...

Nous devrons parvenir à trouver les modalités pratiques de nos rapports, ce qui suppose l'existence d'un interlocuteur légitime, ou du moins considéré comme tel par le plus grand nombre. L'absence d'un clergé unifié et hiérarchisé ne doit pas être un obstacle insurmontable. L'État n'imposera pas ses choix. Ce n'est pas son rôle. Il agréera ceux qui lui seront proposés. Je m'adresse à ceux des musulmans qui sont ici présents et, à travers eux, à leurs coreligionnaires... Sachez en tout cas qu'il y a place pour l'uslam à la table de la République. Ce n'est pas seulement un droit qui revient aux musulmans ; c'est une chance pour eux et pour la France de faire vivre, sur notre territoire, un Islam moderne. »

Chevènement entame une consultation large rassemblant toutes les fédérations musulmanes, les grandes mosquées et certaines personnalités[1] et leur soumet un texte qui ne pouvait « faire l'objet d'une négociation », mais qui a cependant été amendé : le texte initial ajoutait que cette convention « consacre notamment le droit de toute personne à changer de religion ou de conviction ». Assimilée à un acte d'apostasie, cette précision sur le droit à changer de religion ou de conviction a été retirée à la demande des musulmans, et le pacte fut signé le 28 janvier 2000[4]. Néanmoins, Alain Billon, conseiller de Chevènement, considère le texte comme « expression positive de laicite »[2].

La consultation fut poursuivie par Daniel Vaillant dès son arrivé au poste le 29 août 2000 jusqu'au 6 mai 2002, et aboutit à la création du CFCM par Nicolas Sarkozy, alors occupant du poste, lors du conseil des ministres du 7 juin 2003[5].

Le Conseil français du culte musulman (et ses conseils régionaux) est créé en 2003 pour être, sur le modèle de la loi de 1905, l'interlocuteur du gouvernement pour tous les problèmes liés à l'exercice du culte. Surtout, le CFCM doit assurer la formation des imams, une question qui revêt une importance fondamentale dans un contexte d'affrontement entre les tendances modérée et intégriste de l'islam[1].

Près de 4 000 grands électeurs représentant 995 lieux de cultes (mosquées et salles de prières) votent dans 25 régions les 6 et 13 avril 2003. La Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), proche du Maroc, arrive en tête et obtient 16 sièges sur 41 au conseil d'administration du CFCM. La Mosquée de Paris, proche de l'Algérie, en obtient six. L'Union des organisations islamiques de France, proche des Frères musulmans, en obtient 13. Malgré ce mauvais score, le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur est assuré d'obtenir la présidence du CFCM, en vertu d'un accord préalable conclu le 20 décembre 2002, sous l'égide du Gouvernement français[1].

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Le conseil d'administration est élu pour trois ans par des délégués des mosquées dont le nombre est déterminé uniquement par la surface des lieux de culte. Le conseil élit en son sein le bureau exécutif qui élit à son tour le président du CFCM pour la durée du mandat. Les Conseils régionaux du culte musulman (CRCM) sont élus en même temps.

Présidents[modifier | modifier le code]

Dalil Boubakeur, né le 2 novembre 1940 à Philippeville — aujourd'hui Skikda — en Algérie, est le premier président du CFCM. Élu en 2003, il est réélu en 2005 malgré la défaite de la Grande Mosquée de Paris et la victoire de la Fédération nationale des musulmans de France.

En juin 2008, Mohammed Moussaoui, né en 1964 à Figuig au Maroc, professeur de mathématiques à l'université d'Avignon et vice-président du Rassemblement des musulmans de France, remplace Boubakeur à la présidence à l'issue des élections. Il écourte son mandat en 2013 pour permettre la mise en œuvre d’une réforme souhaitée par les autorités françaises, mettant en place une direction collégiale et tournante.

En juin 2013, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, redevient président du CFCM, élu à une très large majorité des membres du Conseil d’administration.

Dans la presse[modifier | modifier le code]

Plainte contre Charlie Hebdo[modifier | modifier le code]

Le CFCM estime que l'hebdomadaire a eu une « volonté délibérée d'offenser » lors de la parution d'un numéro. Il pourrait déposer plainte, estime Mohammed Moussaoui, alors président du CFCM : « Il s’agit bien d’une intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds de leurs sentiments religieux. Il s'agit d’une provocation »[6],[7],[8]. Le CFCM n'a pas poursuivi davantage ce sujet.

Un autre numéro intitulé La Vie de Mahomet est paru le 2 janvier 2013. Cette fois-ci, le CFCM a « appelé les musulmans de France à éviter toute réaction à ce comportement obsessionnel et pathologique qui ne traduit qu’une forme de lâcheté et d’opportunisme, face auxquels les musulmans doivent opposer mépris et ignorance »[9].

Attentat contre Charlie Hebdo[modifier | modifier le code]

En janvier 2015, le CFCM a condamné l'attentat islamiste contre Charlie Hebdo le jour même par communiqué de Boubakeur, qui écrit : « nous appelons tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République et de la démocratie à éviter les provocations qui ne servent qu’à jeter de l’huile sur le feu »[10].

Plus tard, Ahmet Ogras, l'un des vice-présidents du CFCM, a jugé jeudi 15 janvier au micro de Radio France internationale « inadmissible » de la part de l'hebdomadaire, dans la « conjoncture » actuelle, de persister à caricaturer le prophète Mahomet : « Il y a trouble de l'ordre en provoquant les personnes, en humiliant 2 milliards de personnes aujourd'hui. On pouvait s'exprimer différemment »[11].

Composantes[modifier | modifier le code]

Différentes tendances composent le conseil :

Élections de 2011[modifier | modifier le code]

Les élections du 5 juin 2011 renouvellent les représentants au conseil. Le conseil est composé de[12] :

L'UOIF a décidé de boycotter le scrutin[13].

Élections de 2013[modifier | modifier le code]

Les élections du 8 juin 2013 renouvellent les représentants au conseil. Le conseil est composé de[14] :

D'autres membres sont nommés au conseil par les fédérations et les grandes mosquées[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e ina.fr: "Le Conseil Français du Culte Musulman", 14 avril 2003
  2. a, b et c Jonathan Laurence: "From the Élysée Salon to the Table of the Republic", in European Yearbook of Minority Issues, Vol.3, p.247
  3. discours.vie-publique.fr: "Déclaration de M. Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'intérieur chargé des cultes, sur l'histoire des relations entre l'État et les religions, l'attachement au maintien du régime du Concordat en Alsace Moselle et sur les voies de l'intégration d'un Islam à la française, Strasbourg le 23 novembre 1997."
  4. liberation.fr: "Quelle liberté de conscience?", écrit de Leïla Babes et Michel Renard, 26 juin 2000
  5. L'association est créée le 28 mai 2003 par publication au Journal officiel de la République française le 7 juin 2003.
  6. liberation.fr: "Le CFCM étudie la possibilité de porter plainte contre «Charlie Hebdo»", 21 septembre 2012
  7. atlantico.fr: "Caricatures de Mahomet : vers une plainte du CFCM contre Charlie Hebdo", 21 septembre 2012
  8. nouvelobs.com: "Le CFCM étudie la possibilité de porter plainte contre Charlie Hebdo", 21 septembre 2012
  9. oumma.com: "BD Charlie Hebdo : Le CFCM appelle les musulmans à opposer mépris et ignorance", 2 janvier 2013
  10. lecfcm.fr: "Condamnation de l’attentat contre Charlie Hebdo", 7 janvier 2015
  11. lemonde.fr: "Un vice-président du CFCM juge « inadmissible » que Charlie persiste à caricaturer Mahomet", 15 janvier 2015
  12. Communiqué du CFCM, site du CFCM, 5 juin 2011.
  13. Élections du CFCM : l’UOIF boycotte, la Fédération de la Mosquée de Paris incertaine, saphirnews.com, 9 mars 2011.
  14. a et b « Résultats des élections du CFCM du 8 juin 2013 », sur CFCM,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]