Bataille de Ticonderoga (1759)

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Bataille de Ticonderoga (1759)
Plan d'attaque de Ticonderoga, « proposé pour une mise en exécution pourvu que les circonstances et le terrain le permettent. »
Plan d'attaque de Ticonderoga, « proposé pour une mise en exécution pourvu que les circonstances et le terrain le permettent. »
Informations générales
Date 26 et 27 juillet 1759
Lieu Fort Carillon
Issue Victoire britannique
Abandon du fort par les Français
Belligérants
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Royal Standard of King Louis XIV.svg Nouvelle-France
Royaume de Grande-Bretagne Royaume de Grande-Bretagne
British-Red-Ensign-1707.svg Amérique du Nord britannique
Commandants
François-Charles de Bourlamaque Jeffery Amherst
Forces en présence
400 hommes[1] 11 376 hommes[2]
Pertes
40 prisonniers[3] 5 morts
31 blessés
Guerre de Sept Ans
Batailles
Europe

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Saint-Louis (1758) · Gorée (1758) · Gambie

Coordonnées 43° 50′ 29″ N 73° 23′ 17″ O / 43.841388888889, -73.38805555555643° 50′ 29″ Nord 73° 23′ 17″ Ouest / 43.841388888889, -73.388055555556  

Géolocalisation sur la carte : New York

(Voir situation sur carte : New York)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Ticonderoga (1759).

La bataille de Ticonderoga de 1759 est une confrontation mineure à Fort Carillon (renommé plus tard Fort Ticonderoga) se déroulant les 26 et 27 juillet 1759, lors de la guerre de la Conquête. Une force militaire britannique de plus de 11 000 hommes dirigée par le général Sir Jeffery Amherst déplace son artillerie sur une hauteur dominant le fort, défendu par une garnison de 400 soldats Français, dirigée par le brigadier-général François-Charles de Bourlamaque.

Agissant selon les ordres du général Louis-Joseph de Montcalm et du marquis de Vaudreuil, le gouverneur de la Nouvelle-France, de Bourlamaque préfère faire replier ses forces plutôt que de défendre le fort. Le magasin de poudre du fort est détruit mais ses murs ne subissent que des dommages mineurs. Après le départ des Français, les Britanniques occupent le fort, renommé ensuite Fort Ticonderoga. Ils mettent alors en place un programme d'amélioration des défenses de la région et lancent la construction d'une flotte pour conduire des opérations militaires sur le lac Champlain.

La tactique des Français permet d'empêcher l'armée d'Amherst de rejoindre James Wolfe à la bataille des plaines d'Abraham. Toutefois, elle immobilise aussi 3 000 hommes qui ne peuvent participer à la défense de Québec.

Contexte[modifier | modifier le code]

La guerre de la Conquête commence en 1754 et concerne des disputes territoriales dans ce qui constitue aujourd'hui l'ouest de la Pennsylvanie . Elle tourne en faveur des Britanniques en 1758 après une série de défaites en 1756 et 1757. Les Britanniques parviennent à capturer Louisbourg et Fort Frontenac en 1758. La seule victoire française significative de l'année 1758 intervient lors de la bataille de Carillon. Là, une petite force française parvient à vaincre une importante armée britannique dirigée par James Abercrombie. Lors de l'hiver suivant, les commandants français ordonnent à la majeure partie de la garnison de Fort Carillon de se replier pour défendre Québec, Montréal et les forts français dans la région des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent[4].

Le Fort Carillon situé au sud du Lac Champlain occupe une place d'une importance stratégique, avant même l'arrivée de Champlain dans la région en 1609. Il contrôle l'accès à un sentier de portage entre Champlain et le Lac George le long de la principale route de commerce entre la vallée du fleuve Hudson et le Saint-Laurent[5]. Lorsque la guerre est déclenchée, la région fait partie de la frontière entre la province britannique de New York et la province française du Canada. En 1755, les Britanniques parviennent à bloquer l'avance des Français lors de la bataille du Lac George.

Le plan britannique[modifier | modifier le code]

Pour la campagne de 1759, le Secrétaire d'État britannique William Pitt ordonne au général Jeffery Amherst, le vainqueur à Louisbourg, de diriger une armée vers le Canada en naviguant vers le Nord en direction du Lac Champlain. Quant à James Wolfe qui s'est distingué lors de la bataille de Louisbourg sous le commandement d'Amherst, il a pour objectif la ville de Québec après avoir remonté le Saint-Laurent. Des instructions sont envoyées au gouverneur des Treize Colonies pour lever une force de 20 000 miliciens en prévision de ces deux campagnes. La province de New York mobilise 3 000 hommes, le New Jersey en envoie 1 000. Le Massachusetts rassemble 6 500 hommes dont 3 500 sont envoyés à Albany tandis que les autres sont envoyés dans l'armée de Wolfe à Québec ou pour remplir d'autres missions en Nouvelle-Écosse. Amherst parvient à convaincre les Quakers de Pennsylvanie de participer à la conscription en les menaçant de laisser vide les forts de la vallée de l'Ohio sur la frontière occidentale de la province, sujette à de nombreuses menaces de la part des Indiens et des Français[6].

Lorsqu'Amherst apprend la part de Sir William Johnson que la Ligue Iroquoise se prépare à soutenir les efforts britanniques pour chasser les Français des forts à leurs frontières, il décide d'envoyer une expédition prendre possession de Fort Niagara[7]. Il envoie 2 000 miliciens à l'ouest d'Albany aux côtés de 3 000 troupes régulières dirigées par le brigadier-général John Prideaux en mai[8]. Il conduit le reste des miliciens composé principalement d'hommes du Massachusetts, du New Jersey et du Connecticut vers le Fort Edward où ils rejoignent 6 000 réguliers (à peu près 2 000 sont issus du Royal Highlanders, d'autres viennent des 17e, 27e et 53e régiments à pied ainsi que 1er bataillon du 60e régiment à pied, 100 viennent de la Royal Artillery, 700 du Rogers' Rangers et 500 sont de l'infanterie légère de Thomas Gage)[2].

Le plan français[modifier | modifier le code]

Lors de la campagne de 1759, les Français prévoient de diriger la majeure partie de leurs ressources de guerre sur le théâtre européen de la guerre de Sept Ans. En février, le ministre de la guerre français le maréchal Belle-Isle informe le général Louis-Joseph de Montcalm qui est responsable de la défense du Canada qu'il ne recevra aucun renfort de France. En effet, la domination navale britannique de l'Atlantique ainsi que les risques inhérents à l'envoi d'une importante force militaire dans de telles circonstances justifient cette décision. Toutefois, Belle-Isle fait comprendre à Montcalm la nécessité qu'il y a à maintenir une tête de pont française en Amérique. En cas d'échec, il n'y aurait aucune autre possibilité de reconquérir le territoire. La réponse de Montcalm est la suivante : « À moins d'une chance inattendue ou de mettre en place une diversion quelque part en Amérique, le Canada chutera au cours de la prochaine campagne. Les Anglais ont 60 000 hommes, nous en avons 11 000 »[9].

Montcalm décide de concentrer les forces françaises au cœur du territoire du Canada, c'est-à-dire à Montréal, à Québec et dans la vallée du Saint-Laurent. Il positionne 3 000 hommes issu des régiments de la Reine et de Berry sous le commandement du brigadier-général François-Charles de Bourlamaque au sud de Montréal. Sur ces 3 000 hommes, 2 500 sont postés au Fort Carillon[10]. Du fait de son expérience des batailles précédentes, Montcalm sait que cette force est trop faible pour tenir le Fort contre une attaque déterminée des Britanniques. Montcalm et le marquis de Vaudreuil donnent pour instruction à de Bourlamaque de tenir Carillon le plus longtemps possible, puis de le détruire ainsi que le Fort Saint-Frédéric situé à proximité, avant de battre en retraite vers Montréal[1].

L'avance britannique et le retrait français[modifier | modifier le code]

Lors des trois jours suivants, les Britanniques se retranchent et commencent à mettre en place des lignes de siège et à établir des positions près du fort. Ce travail est compliqué par le fait que le sol y est difficile à creuser et des sacs de sable sont demandés pour protéger les travaux. Durant cette période, les batteries françaises font feu et endommagent sérieusement les positions britanniques. Le 25 juillet, un détachement des Rogers' Rangers lance plusieurs navires vers le lac au nord du fort et percent le barrage établi par les Français pour empêcher les navires de se diriger vers le lac. Au 26 juillet, les Britanniques ont positionné leur artillerie à 180 mètres des murs du fort.

Dans le même temps, Bourlamaque s'est retiré avec ses troupes vers le fort Saint-Frédéric à l'exception de 400 hommes au moment où il apprend la progression des Britanniques. La petite troupe restante fait feu sur ces derniers et tuent cinq hommes et en blessent 31 autres. Le capitaine Louis-Philippe Le Dossu d'Hébécourt qui commande le fort juge au soir du 26 juillet qu'il est temps de quitter la position. Ses hommes dirigent les canons en direction des murs, positionnent des mines et versent une traînée de poudre vers les magasins de poudre surchargés. Ils allument ensuite la mèche et abandonnent le fort après avoir baissé le drapeau français. Les Britanniques apprennent le départ des Français grâce à des déserteurs. Le général Amherst promet 100 guinées au volontaire prêt à pénétrer dans le fort pour éteindre la mèche, sans réussite[11]. L'explosion finit par intervenir dans la nuit. Le magasin de poudres est détruit et la plupart des structures en bois prennent feu du fait des braises. Toutefois, les murs du fort sont peu endommagés. À la suite de l'explosion, quelques-uns des hommes de l'infanterie légère de Gage se précipitent à l'intérieur du fort et retrouvent le drapeau français[12]. Néanmoins, l'incendie met deux jours avant de s'éteindre complètement[13].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les Britanniques commencent à occuper le fort le lendemain. L'une des conséquences du départ rapide des troupes françaises est qu'une unité d'éclaireurs revient vers le fort en pensant qu'il est encore aux mains des Français. De fait, quarante hommes sont faits prisonniers[3].

Plan de 1760 des fortifications de l'île aux Noix.

Les forces françaises en retraite détruisent le Fort Saint-Frédéric le 31 juillet, laissant la voie libre aux Britanniques pour commencer leurs opérations militaires sur le lac Champlain (la construction des deux forts avait pour but d'empêcher les Britanniques d'accéder au lac)[3]. Cependant, les Français disposent d'une petite flotte armée qui doit être neutralisée par les Britanniques avant toute opération. Le temps de prendre possession des deux forts, d'y effectuer quelques réparations et de construire une flotte pour le lac Champlain retarde les forces d'Amherst et les empêche de rejoindre le général Wolfe lors du siège de Québec. En outre, Amherst craint que la retraite de Bourlamaque puisse être un moyen de le faire tomber dans un piège et il passe les mois d'août et septembre à superviser la mise en place de la petite flotte, la construction du Fort Crown Point (un nouveau fort à proximité des ruines du Fort Saint-Frédéric) et à vérifier les routes d'approvisionnement entre sa position et la Nouvelle-Angleterre[14].

Le 11 octobre, l'armée Amherst se met en route et navigue vers le nord en direction du lac Champlain pour attaquer la position de Bourlamaque à l'île aux Noix sur la rivière Richelieu. Lors des deux jours suivants, l'un des navires français est capturé. Les Français préfèrent alors abandonnés et brûlés les autres pour ne pas qu'ils tombent aux mains des Britanniques[15]. Le 18 octobre, Amherst reçoit la nouvelle de la chute de Québec. Alors que l'hiver commence à poindre (certaines parties du lac se mettent à geler) et que l'engagement des miliciens prend fin le 1er novembre, Amherst décide d'annuler son attaque et de libérer les miliciens de leur service avant de se rendre avec son armée dans leurs quartiers d'hiver[16].

Avec la reddition de Montréal en 1760, les Britanniques prennent définitivement le contrôle du Canada. Le Fort Carrillon déjà renommé Fort Ticonderoga est resté occupé jusqu'à la fin de la Guerre de la Conquête[17]. Par la suite, une petite garnison est maintenue dans le fort jusqu'en 1775 et sa prise par la milice américaine au début de la Révolution américaine[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b McLynn 2004, p. 154
  2. a et b Kingsford 1890, p. 331
  3. a, b et c McLynn 2004, p. 155
  4. Atherton 1914, p. 416-419
  5. Lonergan 1959, p. 2-8
  6. Bradley 1902, p. 338
  7. Jennings 1988, p. 414-415
  8. McLynn 2004, p. 146
  9. McLynn 2004, p. 135
  10. Reid et Embleton 2003, p. 22, 44
  11. Hamilton 1964, p. 97
  12. Bradley 1902, p. 340
  13. Kingsford 1890, p. 334
  14. Anderson 2000, p. 343
  15. Kingsford 1890, p. 345
  16. Anderson 2000, p. 369-370
  17. McLynn 2004, p. 43
  18. Lonergan 1959, p. 56-59

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) René Chartrand, The Forts of New France in Northeast America 1600–1763, New York, Osprey Publishing,‎ 2008, 64 p. (ISBN 978-1846032554)
  • (en) Carl R. Crego, Fort Ticonderoga, Charleston, Arcadia Publishing,‎ 2004, 128 p. (ISBN 9780738535029)
  • (en) Edward Pierce Hamilton, Fort Ticonderoga : Key to a Continent, Boston, Little Brown,‎ 1964, 241 p.
  • (en) J. E. Kaufmann et Tomasz Idzikowski, Fortress America : The Forts that Defended America, 1600 to the Present, Cambridge, Massachusetts, Da Capo Press,‎ 2004, 416 p. (ISBN 978-0-306-81294-1)
  • (en) Carroll Vincent Lonergan, Ticonderoga : Historic Portage, Ticonderoga, New York, Fort Mount Hope Society Press,‎ 1959, 248 p.
  • (en) Stephen Pell, Fort Ticonderoga : A Short History, Ticonderoga, New York, Fort Ticonderoga Museum,‎ 1966, 100 p.
  • (en) William Kingsford, The History of Canada, vol. 4, Toronto, Roswell & Hutchinson,‎ 1890
  • (en) Francis Jennings, The Empire of Fortune, New York, W.W. Norton,‎ 1988
  • (en) Frank McLynn, 1759 : The Year Britain Became Master of the World, New York: Atlantic Monthly Press,‎ 2004 (ISBN 978-0-87113-881-1)
  • (en) Fred Anderson, Crucible of War: The Seven Years' War and the Fate of Empire in British North America, 1754–1766, New York, Vintage Books,‎ 2000 (ISBN 978-0-375-70636-3)
  • (en) William Henry Atherton, Montreal, 1535–1914 : Under the British Rule, vol. 1, Montréal, S. J. Clarke.,‎ 1914
  • (en) Stuart Reid et Gerry Embleton, Quebec 1759 : the Battle that won Canada, Oxford, Osprey Publishing,‎ 2003 (ISBN 978-1-85532-605-7)
  • (en) Arthur Granville Bradley, The Fight with France for North America, New York, E.P. Dutton,‎ 1902 (ISBN 978-1-85532-605-7, lire en ligne)

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