Bataille d'Iéna

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Bataille d’Iéna
Napoléon passe en revue la Garde impériale à Iéna  par Horace Vernet
Napoléon passe en revue la Garde impériale à Iéna
par Horace Vernet
Informations générales
Date 14 octobre 1806
Lieu Entre Weimar et Leipzig
Issue Victoire française décisive
  • Occupation française de la Prusse
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Flag of Electoral Saxony.svg Électorat de Saxe
Commandants
Napoléon Ier Frédéric Louis de Hohenlohe-Ingelfingen
Forces en présence
40 000 hommes
180 canons rejoint par en tout 41 000 hommes
45 000 hommes
215 canons rejoint par 15 000 autres vers midi
Pertes
2 480 morts ou blessés 25 000 morts, blessés ou prisonniers
112 canons
40 drapeaux
Quatrième coalition
Batailles
Cap-Vert (navale) · San Domingo (navale) · Río de la Plata

Campagne de Dalmatie (1806-1807)
Raguse · Castel-Nuovo


Campagne de Prusse (1806)
Saalbourg · Schleiz · Saafeld · Auerstaedt · Iéna · Halle · Magdebourg · Lübeck · Golymin · Pułtusk · Stralsund


Campagne de Pologne (1807)
Eylau · Ostrołęka · Dantzig · Guttstadt · Heilsberg · Friedland


Traité de Tilsit
Coordonnées 50° 57′ 00″ N 11° 34′ 30″ E / 50.95, 11.575 ()50° 57′ 00″ Nord 11° 34′ 30″ Est / 50.95, 11.575 ()  

La bataille d'Iéna s'est déroulée le 14 octobre 1806, à Iéna (Allemagne, actuel land de Thuringe) parallèlement à la bataille d'Auerstaedt, et s'est terminée par une victoire totale des Français commandés par Napoléon contre les Prussiens commandés par le général de Hohenlohe, pendant la Campagne de Prusse et de Pologne.

Prélude[modifier | modifier le code]

En août 1806, l'Europe semble en paix : l'Autriche désarme ; le Royaume-Uni, ruiné par la guerre et démoralisé par la victoire française sur le continent, fait tout pour trouver un accord avec la France, surtout depuis la mort de William Pitt et son remplacement par Charles James Fox tandis que le royaume de Naples est occupé, obligeant son roi à s'exiler en Sicile.

Pourtant, Frédéric-Guillaume III de Prusse est très inquiet lorsque Napoléon réorganise, sans le tenir informé, le Saint-Empire en Confédération du Rhin, cette dernière trop favorable à la France : les principaux États qui la composent sont sous son protectorat. De plus, Napoléon voudrait restituer le Hanovre à son ancien propriétaire, le Royaume-Uni. Or, depuis moins de six mois, ce territoire est occupé par la Prusse, en échange de sa neutralité avec la France, pendant que la Grande Armée est occupée en Bavière et en Moravie contre les unités russes et autrichiennes de la troisième coalition.

Pendant les mois d'août à septembre, la reine de Prusse, Louise de Mecklembourg-Strelitz, attise la haine de l'armée et de la population prussiennes à l'encontre des Français : les officiers de l'armée royale se plaisent à aiguiser leurs sabres sur les marches de l'ambassade de France à Berlin tandis que Frédéric-Guillaume III de Prusse lance à qui veut l'entendre :

« Pas besoin de sabres, les gourdins suffiront pour ces chiens de Français. »

Alexandre Ier, tsar de toutes les Russies et Frédéric-Guillaume III de Prusse se rencontrent à Potsdam, et jurent sur le tombeau du grand Frédéric II de Prusse de ne plus jamais se séparer avant la victoire sur la France.

La Prusse, la Russie, la Suède, la Saxe et le Royaume-Uni (à la mort de son Premier ministre Fox, le 14 septembre) forment la quatrième coalition et mobilisent leurs troupes le 9 août. L'armée prussienne est divisée en trois groupes : un sous les ordres de Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick (70 000 hommes), un autre sous le commandement du prince de Hohenlohe (50 000 hommes) et un troisième sous Rüchel et Blücher (30 000 hommes).

Le 4 octobre, Napoléon reçoit un ultimatum l'invitant à se retirer de la rive droite du Rhin avant le 8 octobre. Le 6, on fait lire à la Grande Armée un bulletin qui annonce :

« Soldats ! L'ordre de votre rentrée en France était déjà donné, des fêtes triomphales vous attendaient. Mais des cris de guerre se sont fait entendre à Berlin. Nous sommes provoqués par une audace qui demande vengeance. »

Campagne précédant la bataille[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Campagne de Prusse et de Pologne.

La Grande Armée (180 000 hommes) envahit la Prusse, ayant pour objectif Berlin. L’avant-garde, sous les ordres du maréchal Lannes, repousse un corps prussien à Saalfeld le 10 octobre. Le prince Louis Ferdinand de Prusse, le neveu du grand Frédéric, y trouve la mort en combat singulier. L’armée prussienne résiste. La cavalerie de Murat est envoyée en reconnaissance dans la plaine de Leipzig, mais sans résultat. En fait, les Prussiens ont décidé de se replier vers le Nord, ne laissant sous les ordres de Hohenlohe qu'une forte arrière-garde à Iéna. Napoléon s'y dirige alors avec le gros de ses troupes. Il donne l'ordre à Davout de marcher sur Naumbourg, à une soixantaine de kilomètres au sud de Leipzig, pour prendre l'ennemi à revers et frapper ses arrières. Bernadotte est laissé en réserve, sur les hauteurs de Dornbourg, et doit prêter main-forte à Davout en cas de problèmes.

Carte de la bataille d'Iéna
Carte du champs de bataille et des monuments sur un panneau à Cospeda près d'Iéna

Forces en présence[modifier | modifier le code]

L'armée prussienne est divisée en deux colonnes : une sous le commandement de Brunswick, et l'autre sous les ordres de Hohenlohe avec 50 000 hommes et 120 canons, dont l'ensemble du contingent saxon. Ce général a pour but de protéger la retraite du premier. C'est le corps de Hohenlohe qui soutiendra l'affrontement avec Napoléon.

Les forces françaises comprennent le 4e corps de Soult, le 5e de Lannes, le 6e de Ney et le 7e d'Augereau (ces deux derniers sont incomplets au début de la bataille) et la garde impériale, soit 55 000 hommes. La réserve de cavalerie s'y ajoute, soit 10 000 hommes. L'artillerie comprend 173 canons. Le tout est commandé par Napoléon.

Les préparatifs[modifier | modifier le code]

Le 13 octobre, à la tombée de la nuit, Lannes arrive devant Iéna, que les Prussiens viennent d'abandonner. La ville est ravagée par les incendies nés des pillages. Ce site convient mal pour une bataille rangée. Il s'agit d'une vallée très encaissée, entourée d'une dense forêt. Au nord-ouest, le plateau de Landgrafenberg atteint 350 mètres, mais les Prussiens ont négligé de le garder, estimant ses pentes infranchissables.

La légende[Quoi ?] raconte que c'est un prêtre saxon, n'admettant pas l'alliance forcée de son pays avec la Prusse, qui guida l'état-major de Lannes, par un sentier étroit et caillouteux, qui servait habituellement à conduire les chèvres jusqu'au sommet. Napoléon fit aussitôt armer ses bataillons de pics et de pelles pour élargir le passage afin de faire passer l'artillerie française, bloquée en bas du chemin. L'Empereur dirigeait lui-même l'opération, n'hésitant pas à encourager et aider ses soldats. Tout le centre était « massé » sur ce plateau, la poitrine de chaque homme touchant le dos du soldat placé devant lui. La seule route d'accès vers la vallée est bien gardée par les troupes saxonnes.

Napoléon improvise aussitôt une manœuvre inverse de celle d'Austerlitz : Il conquiert à l'insu de son ennemi un plateau qui lui assure une situation dominante. Il surplombe ainsi l'armée prussienne concentrée juste devant lui.

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

La charge du maréchal Murat.

L'armée française progresse, avec de gauche à droite, les corps d'Augereau, de Lannes, de Ney et enfin de Soult. La garde impériale est en retrait, entre Augereau et Lannes, ainsi que la cavalerie de Murat, placée à l'extrême droite. Par contre, l'armée prussienne entre en ordre de bataille, en deux colonnes parfaitement alignées, comme pendant la guerre de Sept Ans. Le corps du prince von Rüchel (30 000 hommes) est placé sur le flanc droit prussien, en renfort. Mais celui-ci trop éloigné, ne peut participer immédiatement à la bataille.

À six heures du matin, Napoléon donne l'ordre de l'attaque. Les Prussiens, mal réveillés et ébahis, s'attendent à voir déboucher les Français sur leur droite. Ils soutiennent avec succès l'assaut d'Augereau, mais il s'agit d'une opération de diversion. La surprise des Prussiens est totale lorsqu'ils voient surgir du brouillard 30 000 hommes qui prennent leur flanc gauche. Immédiatement, Lannes bouscule la réserve du général Tauentzien tandis que Soult progresse par la droite en écartant la menace du général Höltzendorf. Augereau avance par la gauche et se heurte à la division saxonne Von Zerschwitz. Hohenlohe fait reculer Tauentzien et avancer la division Von Grawert pour maintenir la ligne.

Napoléon stabilise le front en alignant ses ailes par rapport à son centre, mais Ney, enthousiaste, continue son avancée et fait charger ses troupes. Il se retrouve vite au milieu des lignes adverses. Hohenlohe contre-attaque avec toute sa cavalerie, soit vingt escadrons. Aidé de l'artillerie, Ney redresse la situation.

Le général prussien Hohenlohe, visionnaire militaire de son temps, sait que ses hommes n'ont pas été entraînés, et que la bataille va sûrement être perdue. Son ami, le général Messembach, le rejoint au moment où la situation devient critique. Vers midi, les lignes prussiennes sont enfoncées. Les Saxons au sud tentent de porter assistance au centre prussien mais se heurtent au corps d'Augereau qui les repousse. L’armée prussienne entame son repli quand apparaît la colonne du général von Rüchel aux alentours du village de Kapellendorf, marchant au canon. Celle-ci arrive trop tard pour sauver ce qui reste des Prussiens, et ces renforts ne tiennent pas face à l'élan des troupes impériales toujours plus nombreuses sur le plateau. En peu de temps, ces forces se joignent aux fuyards qui quittent le champ de bataille.

Contrairement à Austerlitz, où Napoléon n'avait pas fait poursuivre par un nombre de soldats conséquents les Russes et les Autrichiens battant en retraite (seule la cavalerie de Murat s'était élancée sur leurs traces, sans intention de détruire ce qui restait de l'armée ennemie), cette fois, il donne l'ordre de s'élancer sur les traces des Prussiens. Murat progresse si vite qu'il saisit à l'entrée de Weimar l'artillerie et les bagages des Prussiens. La reine Louise de Prusse, « âme damnée » de la guerre, s'enfuit par une porte de la ville tandis que les Français entrent par l'autre. Excellente cavalière et surtout plus légère, elle avait, quelques heures plus tôt, déjà réussi à semer les dragons français.

Pertes[modifier | modifier le code]

Les troupes coalisées subissent de lourdes pertes : 49 généraux (dont 19 saxons), 263 officiers et 12 000 hommes, tués ou blessés, 14 000 prisonniers, 40 drapeaux et 112 canons capturés.

Les Français perdent 6 087[1] hommes, tués ou blessés, dont 6 officiers supérieurs (dont le colonel Marigny du 20e régiment de chasseurs à cheval) et 288 officiers.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Conséquences immédiates[modifier | modifier le code]

La bataille d'Iéna est combinée à celle d'Auerstaedt, qui se déroule le même jour, et voit le triomphe de Davout, qui avec seulement 27 000 hommes, vainc les 57 000 soldats de Brunswick. L'armée prussienne perd dans la même journée environ 43 000 hommes et toute son artillerie. Ces défaites jettent les Prussiens dans le désarroi. Ainsi, on vit 500 hussards français commandés par le général Lasalle capturer à eux seuls et sans résistance une forteresse ennemie. Il n'y a plus d'armée prussienne. Le 17 octobre, Bernadotte écrase le prince de Wurtemberg.

Dès le lendemain de la bataille, Napoléon fait mander les officiers saxons prisonniers et leur fait jurer de ne plus prendre les armes contre lui. Les chevaux des cavaliers saxons permettront la remonte des dragons à pied français. Diplomatiquement, des pourparlers sont engagés avec le prince électeur de Saxe, qui rejoindra l'alliance française et la Confédération du Rhin quelques semaines plus tard, y gagnant ainsi un titre de roi.

Napoléon entre à Berlin à la tête de ses troupes. Charles Meynier, 1810

Le 27 octobre 1806, soit moins d'un mois après être entré en campagne, Napoléon entre à Berlin. Le 28, Murat capture le prince de Hohenlohe et toute son armée (16 000 hommes, 6 régiments de cavalerie, 60 canons et autant de drapeaux). Le 7 novembre, Blücher capitule à Lübeck. Enfin, Ney met fin à la chasse à courre, selon l'expression d'un général prussien, s'empare de Magdebourg, et capture 15 000 hommes et un parc d'artillerie de plusieurs centaines de canons, fraîchement livrés par les Britanniques.

L'armistice est signé le 30 novembre. Le sort de la Prusse est décidé le 9 juillet 1807 par le traité de Tilsit. Elle est amputée de la moitié de son territoire et de la majorité de ses places fortes (Magdebourg, Erfurt, Stettin, Graudenz, Dantzig), la plupart à l'ouest de l'Elbe. Elle perd 5 millions d'habitants et doit payer une indemnité de guerre considérable, soit 120 millions de francs de l'époque.

Conséquences dans l'histoire allemande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Unité allemande.

La défaite d’Iéna va déclencher un violent nationalisme allemand qui conduira à l'unification de la nation allemande au cours du XIXe siècle.

La défaite prussienne provoque un traumatisme au sein de l’élite prussienne et allemande[2]. Des réformateurs tels que Clausewitz et Fichte vont prendre conscience de la nécessité de transformer la vieille Allemagne en un État moderne et unifié afin de rivaliser avec la France[3]. Les Allemands sortent humiliés et fascinés par l’occupation française et sont contraints de l’imiter pour s’en sortir. La France servira donc à la fois de modèle et de repoussoir pour l’unité allemande[4] : le nationalisme allemand sera à la fois teinté de francophobie et nourri du libéralisme politique issu de la Révolution française.

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans Une ténébreuse affaire, Honoré de Balzac présente Napoléon à la veille de la bataille d'Iéna. Au moment où Laurence de Cinq-Cygne vient lui demander la grâce de condamnés en disant : « Ils sont tous innocents », Napoléon lui montre le campement de ses armées : « Ceux-là sont certainement innocents, et demain, trente mille hommes auront péri » répond-il[5].

Il a été dit qu'Hegel, qui était alors professeur à l'université d'Iéna, avait complété son chef d'œuvre, la Phénoménologie de l'Esprit, pendant que la bataille faisait rage. Hegel considérait que cette bataille était « la fin de l'Histoire », en termes d'évolution des sociétés humaines vers ce qu'il appelait « l'État universel et homogène ». Hegel déclare d'ailleurs, après avoir vu passer Napoléon sur son cheval près de l'université d'Iéna : « J'ai vu l'Empereur — cette âme du monde — sortir de la ville pour aller en reconnaissance »[6]. À propos de la fin de l'histoire chez Hegel, que c'est la Prusse impériale, construite en réaction aux campagnes napoléoniennes, qui constitue l'aboutissement de l'histoire (à la suite de la guerre de libération de 1811-1813 et de la défaite napoléonienne définitive de 1814, que Hegel vécut comme un drame). Ce thème est repris par Kojève qui verra ensuite la réalisation de « l'État universel et homogène » de Hegel dans Staline puis dans la « construction européenne » dont il est un des activistes jusqu'à sa mort en 1968. Avec la chute du communisme, le thème revient dans le livre de Francis Fukuyama, La Fin de l'histoire et le Dernier Homme, qui voit l'unification du monde sous l'emblème de la démocratie libérale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arnaud Blin, Iéna, 1806, Perrin, 2003, 239p, ISBN 978-2-262-01751-4
  • Henri Houssaye, Iéna, et la campagne de 1806, Bernard Giovanangeli Éditeur, 2006, 199p, ISBN 978-2-909034-91-1
  • Henry Lachouque, Iéna, Guy Victor
  • Robert Ouvrard, Iéna avec Napoléon, La campagne de Prusse par ceux qui l'ont vécue, Histoire et voyages, 2006, 391p, ISBN 978-2-84630-033-9

Jeux d'histoire[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Tradition magazine N°24
  2. René Girard, Achever Clausewitz, Carnets Nord, Paris, 2007, p.29
  3. Ibid., pp.27-28.
  4. Ibid., p.13.
  5. Bibliothèque de la Pléiade, 1978, t. VIII, p.677 (ISBN 2-07-010866-X)
  6. Hegel à Niethammer, 13 octobre 1806, in Correspondance, trad. fr. J. Carrère, Gallimard, tome I, p 114-115

Liens externes[modifier | modifier le code]

« Bataille d'Iéna », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]