Coupellation

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La Coupellation est un type d'épreuve pour tester les métaux précieux (orfèvrerie ou monnayage ; contexte historique : République de Venise). Voir aussi touchau et peggio.

Vers la fin du XIIIe siècle se diffuse une technique élaborée, en provenance de France, la coupellation ou coupelle (à Venise : il sazzo, parfois nommé « essai par le feu » : sazzo per via di foco). Elle est en fait connue depuis des lustres, Theophilus Presbyter (pseudonyme d’un moine de l’abbaye bénédictine de Helmarhausen) décrivant clairement la coupellation de l’argent dès 1110-1140, dans un traité technique rédigé à l’intention des monastères. En vérité cette méthode semble avoir été pratiquée en Chine plusieurs siècles avant notre ère. Elle aurait été introduite dans le bassin méditerranéen par les Phéniciens et serait attestée dans la Grèce antique, par exemple dans les mines argentifères du Laurion.

Il s'agit cette fois d'une véritable opération de métallurgie, destinée à isoler par oxydation les divers métaux d'un alliage en fusion. Elle se fonde sur une caractéristique commune de l'or et de l'argent, celle de ne pas s'oxyder aux températures élevées, alors que le cuivre présent dans un alliage s'oxyde complètement. L'opérateur utilise un creuset en phosphate de chaux nommé coupelle, fait de cendres d'os d’animaux.

Il convenait en premier lieu de les calciner jusqu’à obtention de résidus blancs, réduits en une poudre passée au tamis. Celle-ci, placée dans un linge, était ensuite mise à tremper dans un baquet plein « d’eau de rivière ». On obtenait ainsi une pâte à laquelle, grâce à un moule ad hoc, on donnait la forme d’une coupelle.

À ce point se déroulait la partie délicate du travail : trop pressée dans le moule, la pâte n’aurait pas été assez poreuse ; insuffisamment pressée, elle aurait laissé passer la totalité du métal testé. Il était ensuite procédé à la dessiccation des coupelles sur une planche située à proximité d’un feu ; alors seulement, intervenait leur cuisson, dans un four « modérément chauffé ».

Point de recette exacte, par conséquent, seulement des conseils empiriques et un tour de main dont on devait se transmettre le secret de maître à disciple, sinon de père en fils.

Comment l’essayeur utilise-t-il la coupelle ? Il prélève deux petits échantillons du métal à soumettre à l'expérimentation (il s'agit par conséquent d'un contrôle destructif, impossible sur certaines pièces). Il les pèse tous deux soigneusement ; il en conserve un comme témoin et place l'autre dans une coupelle qu'il introduit dans son four. Afin de pouvoir aisément et rapidement traiter des quantités minimes de métal, ce four est de petite dimension, environ 20 × 50 cm, parfois moins. L'essayeur porte l’échantillon à son point de fusion après avoir ajouté du plomb, dans une quantité qui dépend du poids et de la qualité supposée du métal à tester (il existe pour cela des tables à respecter) ; sous l’effet de la chaleur, ce plomb s’oxyde -on parle de litharge- et il emporte avec lui l'oxyde de cuivre à travers le creuset poreux. Il ne reste au fond de la coupelle que du métal pur non oxydable ; une fois refroidi, celui-ci est pesé et sa masse comparée à celle du premier échantillon. À dire vrai, ce que l'opérateur emploie ici à des fins de contrôle, est un authentique procédé d'affinage de l'or et de l'argent.

À quelque écart infinitésimal près (évaporation, déperdition au passage du creuset poreux), le procédé est fiable. Cependant, un problème d’envergure demeure. Il n'est possible de pratiquer la coupellation que sur l'argenterie ou sur les soudures (or et cuivre). En effet, si l'argent fait partie de l'alliage d'or se pose le problème de la séparation des deux métaux nobles. Ils ne s'oxydent ni l'un ni l'autre et finissent au fond du creuset, encore étroitement mêlés. Or justement, les alliages de bijouterie sont constitués grâce à un apport additionnel de métal dur destiné à compenser la malléabilité de l’or pur, et éventuellement à réduire le coût de la pièce. À Venise, cet apport est généralement constitué d’un mélange de deux tiers d’argent et d’un tiers de cuivre. On ne peut donc pas utiliser la coupelle pour tester l'or. De fait, l’essai n’est pratiqué que pour l’argenterie, et c'est la raison pour laquelle à Venise, les contrôleurs de l'argent seront traditionnellement appelés sazzadori (de sazzo).

Pour que ce problème de séparation soit résolu, il faut attendre 1518 et la découverte de la méthode dite de l'inquartation. L'alliage demeurant après coupellation est enrichi d'une quantité soigneusement mesurée d'argent, chauffé puis soumis à l’action de l’eau forte jusqu’à dissolution de tout l’argent ; il convient d’enrichir le métal testé, car si la proportion d’or est trop élevée, la solution acide est incapable d’attaquer l’alliage. Au terme de ces opérations, le métal qui subsiste est de l'or pur. Cependant l’argent a disparu dans la solution acide ; pour l’heure il est perdu. Et c’est pourquoi au XIIe siècle, Theophilus Presbyter recommande déjà la séparation des ateliers travaillant l’or et l’argent, afin d’éviter que les deux métaux ne se mêlent accidentellement. Précaution élémentaire : c’est d’ailleurs ainsi que la Zecca procédera durant toute son histoire. Dans son traité, l’auteur médiéval consigne en outre une méthode pour raffiner l’or en éliminant l’argent. Rien d’étonnant à cela ; durant le haut Moyen Âge, les recherches des alchimistes orientaux ont considérablement enrichi les connaissances en matière de métallurgie ; ainsi Jabir Ibn Hayyan qui œuvre à la cour du calife Haroun al Rashid découvre, dès le VIIIe siècle, un procédé pour fabriquer commodément l’acide nitrique indispensable aux essais.

On ne parviendra que plus tard à récupérer les deux métaux. De fait, à la fin du XVIIIe siècle, dans la comptabilité de la Zecca relative aux opérations de fabrication du sequin (monnaie d’or) apparaît une ligne intitulée : argent trouvé dans les fusions. Quant à l'argent perdu lors des essais, il est récupéré en immergeant dans la solution acide des plaques de cuivre, sur lesquelles l’argent précipité vient se déposer. Par immersions répétées et lavages successifs, on obtient une poussière qui, traitée au salpêtre et au borate de soude, fondue en creuset, donne de l’argent presque pur.