Seigneuriage

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Le seigneuriage est l'avantage financier direct qui découle, pour l'émetteur, de l'émission d'une monnaie. Dans le cas de la monnaie fiduciaire, émise seulement par les banques centrales, il est égal au montant émis, moins ses coûts de fabrication, de mise en circulation et d'entretien (remplacement des espèces usagées). S'ajoutent à ce revenu les intérêts de refinancement du système bancaire par l'institut d'émission.

Dans le cas de la monnaie scripturale, ce sont les banques de second rang (banques commerciales) qui, ayant seules le privilège d'émettre cette monnaie sous forme de crédits, bénéficient de l'avantage financier du seigneuriage. Il est égal à la différence entre le coût de la gestion des comptes chèques et le taux d'intérêt de refinancement auprès de la banque centrale.

Origine[modifier | modifier le code]

Le mot vient de l'ancien français seignorage, qui désignait le droit ou le privilège de battre monnaie. Il est passé tel quel en anglais, où il est parfois orthographié seigniorage.

Initialement, le seigneuriage était la plus value réalisée lors de la transformation d'une quantité de métal en pièces de monnaie. Tout propriétaire d'or ou d'argent pouvait l'apporter à l'atelier de frappe et restait propriétaire des pièces ainsi fabriquées. Cette plus value était fonction du coût de la transformation et des droits que pouvait s'accorder l'autorité, surtout dans le cadre d'un monopole d'émission.

Débats sur le seigneuriage[modifier | modifier le code]

Selon Acrithène - auteur se présentant comme « thésard en finance » publiant sur contrepoints.org –, la disposition de la rente de création de la monnaie a toujours été un sujet délicat. Pendant longtemps, la querelle s'est concentrée sur la plus ou moins grande gourmandise des princes. Le seigneuriage rapporte en effet de l'argent à l'émetteur d'une monnaie, mais l'inflation entraînée réduit le pouvoir d'achat des détenteurs de la monnaie concernée[1]. Le seigneuriage peut donc être vu comme une forme de taxation[1]. Une forme de taxation qui peut être considérée comme socialement injuste par ceux qui seraient partisans d'une progressivité de l'impôt, car strictement proportionnelle au pouvoir d'achat[1]. Le transfert de l'émission d'une monnaie devenue fiduciaire aux banques centrales avait apparemment réduit les débats, l'État étant théoriquement rémunéré par l'impôt sur les bénéfices de l'institut d'émission et devant récupérer l'essentiel de la rente d'émission.

Il faut cependant noter que ce transfert (par droit régalien) a été abandonné par les États européens conformément à l'article 104 du Traité de Maastricht, repris par l'article 123 du Traité de Lisbonne. La question reste vivace pour la monnaie de crédit créée par les banques (depuis l'émission de monnaie fiduciaire par la Banque d'Angleterre aux XVIIIe siècle).

David Ricardo écrit dans ses Principes d’économie politique : « Dans le cas de la création monétaire, l’avantage serait toujours pour ceux qui émettraient la monnaie de crédit ; et comme le gouvernement représente la nation, la nation aurait épargné l’impôt, si elle, et non la banque, avait fait elle-même l’émission de cette monnaie… Le public aurait un intérêt direct à ce que ce fût l’État, et non une compagnie de marchands ou de banquiers, qui fît cette émission ».

Aujourd'hui le questionnement tourne autour du financement des déficits publics par le crédit bancaire. L'État paie des intérêts aux banques privées et ne touche pas la rente de seigneuriage de la monnaie de crédit correspondante, sinon sous forme d'impôt sur le bénéfice des banques. Plus généralement l'appropriation privée des fruits d'un pouvoir régalien, celui de donner sa validité juridique à une monnaie, peut être considérée comme un démembrement discutable de la ressource publique.

Il faut cependant noter que les banques privées ne peuvent créer de monnaie de crédit à leur guise, puisque des réglementations imposent que la quantité de monnaie de crédit offerte par les banques soit proportionnelle à la monnaie mise en circulation par la banque centrale.

Utilisation des revenus de seigneuriage[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Au Canada, au cours des dernières années, il y a eu un peu plus de 35 milliards de dollars canadiens de billets en circulation. Le revenus en intérêt de la Banque centrale du Canada ont fluctué entre 1,7 et 2,2 milliards de dollars par année. Une infime portion — en moyenne 130 millions — a servi à financer toutes les dépenses de fonctionnement de la Banque, tandis que l'intégralité du montant restant a été versé au compte du Receveur général. Les revenus du seigneuriage permettent donc au gouvernement fédéral de financer une partie de ses dépenses sans avoir à percevoir de taxes ni d'impôts[2].

Suisse[modifier | modifier le code]

En Suisse, le bénéfice issu de la commercialisation des pièces commémoratives est utilisé à des fins culturelles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]