Ingouchie

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République d'Ingouchie
(ru) Республика Ингушетия
(inh) Гlалгlай Мохк
Blason de République d'Ingouchie
Armoiries de l'Ingouchie
Drapeau de République d'Ingouchie
Drapeau de l'Ingouchie
Ingouchie
Administration
Pays Drapeau de la Russie Russie
Région économique Caucase du Nord
District fédéral Caucase du Nord
Statut politique République
Création 4 juin 1992
Capitale Magas
Président Makhmoud-Ali Kalimatov (intérim)
Premier ministre Moussa Chiliev
Démographie
Population 472 776 hab. (2016)
Densité 130 hab./km2
Géographie
Superficie 3 628 km2
Autres informations
Langue(s) officielle(s) Russe, ingouche
Fuseau horaire UTC+4
Code OKATO 26
Code ISO 3166 RU-IN
Immatriculation 06

La république d'Ingouchie (en russe : Респу́блика Ингуше́тия, Respoublika Ingouchetiïa ; en ingouche : Гlалгlай Мохк (« Ğalğay Moxk ») est une république, sujet fédéral de la fédération de Russie.

Géographie[modifier | modifier le code]

Carte topographique de la Ciscaucasie. La république d'Ingouchie se situe vers le centre de la carte.

L’Ingouchie est située sur les pentes nord du Caucase et s'étend sur une superficie de 3 628 km2[1].

Elle est frontalière de la République d’Ossétie du Nord-Alanie au nord, à l'ouest et au sud-ouest, de la République tchétchène au nord-est, à l'est et au sud-est, ainsi que de la Géorgie au sud.

Cours d'eau[modifier | modifier le code]

Les principaux cours d'eau sont l’Assa (ru) (en), la Sounja et le Terek.

Montagnes[modifier | modifier le code]

Le territoire de la république s'étire sur 150 km du nord au sud, sur le versant nord des montagnes du Caucase. Son plus haut sommet est le mont Chani qui culmine à 4 451 m[2].

Ressources naturelles[modifier | modifier le code]

L’Ingouchie est riche en réserves de pétrole et de gaz naturel.

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat de l’Ingouchie est principalement continental. La température moyenne est de −7 °C en janvier et de 22 °C en juillet. Les précipitations annuelles moyennes s'élèvent à 1 200 mm.

Divisions administratives[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte anglophone[3] de l'Ingouchie, ici appelée Ingushetia.
Un ancien château ingouche.
À flanc de montagne des tiges de pierres se dressent devant de hauts nuages.
Des maisons-tours en Ingouchie, les régions de langue vainakh. Photo juin 2019.

L’histoire des Ingouches est liée à celle des Tchétchènes : leurs ancêtres communs étaient des tribus connues sous le nom de Vainakhs, vivant sur les versants nord-est du Caucase. Des sources arméniennes les mentionnent pour la première fois au VIIe siècle. Les Vainakhs descendirent dans les plaines de Ciscaucasie entre le XVe siècle et XVIe siècle. Vers la fin du XVIe siècle, à l’époque où la région était sous l’influence des empires turc et perse, la plus grande partie de la population abandonna la mythologie ingouche[4] et passa à l’islam. Au XVIIIe siècle les Vainakhs se séparèrent en deux groupes : Ingouches à l’Ouest et Tchétchènes à l’Est. En 1810 la Russie leur imposa son autorité mais se heurta à de nombreuses révoltes pendant tout le XIXe siècle. En 1862 après une guerre de 25 ans entre l'Empire Russe et la Tchétchénie-Lezghistan, la Russie s'empare entièrement la partie "est" du Caucase, elle décide de créer plusieurs zones dans la région, et c'est la que nous voyons apparaitre pour la première fois la division administrative Ingouche, qui porte le nom Kazako-Ingouche. En 1924 le pouvoir soviétique a son tour créa une oblast autonome ingouche puis l’intégra en 1934 à la République socialiste soviétique autonome de Tchétchénie-Ingouchie au sein de l’URSS.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Joseph Staline accusa Ingouches et Tchétchènes d’avoir tous en bloc compté sur les nazis pour être délivrés de sa dictature. Il ordonna au NKVD-NKGB de déporter l’ensemble des Ingouches et des Tchétchènes de Ciscaucasie au Goulag, au Kazakhstan et au Kirghizistan où près des deux tiers périrent[5],[6],[7].

Dans son bilan annuel sur la situation des « déplacés spéciaux » rédigé quelques mois avant la mort de Staline, le 9e département du KGB désigna les Ingouches et Tchétchènes comme étant « le peuple le plus incorrigible qui soit, contaminé par l’oisiveté, le banditisme et le fanatisme panislamique »[8]. Se fondant sur le rapport du KGB qui concluait qu’« une seconde déportation ne résoudrait pas le problème », les hauts responsables soviétiques jugèrent « inappropriée et inutile » la proposition en juin 1952 du ministère de l’intérieur kazakh de « déporter les Ciscaucasiens encore plus loin, vers les zones les plus isolées du Kazakhstan[8] ».

Durant les années d’exil, la république de Tchétchénie-Ingouchie fut dissoute et une partie de la population ossète vint s’installer en Ingouchie.

En juin 1956, le nouveau ministre de l'intérieur kazakh, Doudorov, adressa un mémorandum à Nikita Khrouchtchev dans lequel il préconisait la création d’une région autonome tchétchéno-ingouche située au Kazakhstan ou en Kirghizie où avaient été déportés les Ciscaucasiens. Le Présidium rejeta la proposition et libéra les « déplacés spéciaux » tchétchéno-ingouches à la condition qu’ils signent un engagement stipulant qu’ils renoncent à rentrer chez eux et à demander une compensation[8]. Plus d’un tiers des déplacés refusèrent de signer le document. Finalement, par un décret du 7 janvier 1957, le Présidium du Soviet suprême restaura la République autonome de Tchétchénie-Ingouchie en Ciscaucasie, moins un territoire ingouche attribué à l’Ossétie septentrionale (le district de Prigorodny), et autorisa les déplacés à y rentrer[8].

Le retour des Ingouches fut mal accueilli par les Ossètes et de nombreux troubles en découlèrent après la dislocation de l'URSS, comme le conflit en Ossétie du Nord de 1992 qui vit près de 10 000 Ingouches du rayon de Prigorodny forcés de quitter leurs maisons[9]. Les difficultés des réfugiés chassés du rayon de Prigorodny est un problème majeur en Ingouchie, qui fait déjà face à un fort chômage (jusqu'à 50 %) et à une crise environnementale en aggravation (la déforestation des pentes du Caucase entraîne l’érosion des sols). Une forte concentration de troupes russes est stationnée en Ingouchie depuis les guerres en Tchétchénie voisine, et des réfugiés tchétchènes fuyant le conflit s’ajoutent aux réfugiés ingouches. Bien que certaines compensations aient été reçues de l’Ossétie du Nord pour les réfugiés ingouches, le problème est loin d’être résolu.

La capitale fut transférée de Nazran à Magas en .

En juin 2004, quelque 570 miliciens islamistes venus de Tchétchénie envahirent l’Ingouchie et attaquèrent la ville de Nazran, tuant plus de 90 personnes. La Russie accusa le chef de guerre Chamil Bassaïev d’avoir organisé l’attaque.

Au lendemain d’une fusillade dans une mosquée au Daghestan qui avait fait un mort, sept policiers ingouches furent tués dans un attentat suicide témoignant d’une flambée de violences dans le Caucase russe à l’occasion de la fin du ramadan.

Le , le président Younous-bey Evkour annonça un accord avec la Tchétchénie pour lui retourner une portion de 343 km² du territoire . Après la perte du district de Prigorodny (un cinquième du territoire ingouche), ce projet d’une nouvelle cession a aussitôt entraîné une vive contestation populaire[10] entraînant le bannissement de Younous-bey Evkour et son remplacement par Mahmoud-Ali Kalimat.

Population et société[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

Évolution démographique
2002 2010 2016 - -
467 294516 693472 776--

Données socio-économiques de l'évolution démographique[modifier | modifier le code]

  • Population : 467 294 (2002)
    • Urbain : 198 496 (42,5 %)
    • Rural : 268 798 (57,5 %)
    • Hommes : 218 194 (46,7 %)
    • Femmes : 249 100 (53,3 %)
  • Femmes pour 1000 hommes : 1 142
  • Âge moyen : 22,2 ans
    • Urbain: 22,4 ans
    • Rural : 22,1 ans
    • Hommes : 21,4 ans
    • Femmes : 22,9 ans
  • Nombre de foyers : 64 887 (463 532 personnes)
    • Urbain : 28 751 (197 112 personnes)
    • Rural : 36 136 (266 420 personnes)

Composition ethnique[modifier | modifier le code]

La population de la république comporte 96,1 % d'Ingouches, 2 % de Tchétchènes, 0,5 % de Russes et 1,4 % d'autres. Plus de 98 % de la population est musulmane.

Politique[modifier | modifier le code]

Mourad Ziazik, ancien agent du KGB puis du FSB et président de la république d’Ingouchie de 2002 à 2008, lorsqu’il fut limogé par Dmitri Medvedev[11].

Le chef du gouvernement ingouche est le président.

Économie[modifier | modifier le code]

Avec peu de ressources si ce n’est l’eau minérale, l’Ingouchie a été déclarée zone de libre échange afin d’encourager l’investissement. Le gouvernement local souhaite le développement du tourisme, mais la situation politique tendue de la région et la pandémie de Covid-19 créent des conditions défavorables.

Divers[modifier | modifier le code]

De 1994 à 2008, l’Ingouchie a été membre de l’Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Si l'accord du 4 octobre 2018 avec la Tchétchénie est validé, cette superficie ne serait plus que de 3 285 km² soit une diminution de près de 10 % du territoire ingouche
  2. The Highest
  3. Bien que Commons contienne de nombreuses cartes en plusieurs versions selon les langues, il arrive que lorsque l'on traduit et télécharge en Français une carte comme celle-ci, des administrateurs estiment que la traduction est une violation du droit d'auteur de la version anglaise, ou bien que c'est un travail dérivé, et la suppriment.
  4. Mariel Tsaroieva, Mythologie des Ingouches - Peuple du Caucase central, Cygne-Decitre, (ISBN 978-2-84924-502-6)
  5. Pavel Polian, (ru) Принудительные миграции в годы второй мировой войны и после её окончания, 1939–1953 год. (« Migrations forcées durant la guerre et après celle-ci 1939-1953 ») - [1].
  6. Nikolaï Feodorovitch Bougaï, (ru) - Депортация народов La déportation des peuples en URSS.
  7. Наказанный народ : как депортировали чеченцев и ингушей (« Déportation des Tchétchènes et des Ingouches »), RIA Novosti du 22 février 2008, [2].
  8. a b c et d Nicolas Werth dans Collectif sous la direction de Stéphane Courtois, Le jour se lève : L'héritage du totalitarisme en Europe, 1953-2005, Éditions du Rocher, Mayenne, 2006, pages 139, 140 & 141 (ISBN 978-2268057019).
  9. (en) Johanna Nichols, The Ingush (with notes on the Chechen): Background information, 1997.
  10. Isabelle Mandraud, « Dans le Caucase russe, les Ingouches se révoltent pour leur terre » in : Le Monde du 23 octobre 2018 - [3]
  11. Le président de l’Ingouchie limogé, RFI, 31 octobre 2008
  12. « Russie: l'Ingouchie change de président dans l'espoir d'un avenir meilleur (mufti) », RIA Novosti (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]