Le Tartuffe ou l'Imposteur

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Le Tartuffe
ou
l'Imposteur
Molière en 1664. Dessin de Charles Courtry, d'après un tableau de Michel Corneille le Jeune.
Molière en 1664. Dessin de Charles Courtry, d'après un tableau de Michel Corneille le Jeune.

Auteur Molière
Genre Comédie
Nb. d'actes 5 actes en vers
Lieu de parution Paris
Éditeur Jean Ribou
Préface Molière
Date de parution 23 mars 1669
Date de création en français
Lieu de création en français Théâtre du Palais-Royal
Compagnie théâtrale Troupe du Roy au Palais-Royal
Rôle principal Molière, Du Croisy

Le Tartuffe ou l'Imposteur est une comédie de Molière en cinq actes et en vers, d'abord créée en 1664 à Versailles et représentée pour la première fois en public le sur la scène du Palais-Royal.

Une première version en trois actes, dont on ne possède pas le texte, avait été donnée, sous le titre de Tartuffe ou l'Hypocrite, au château de Versailles, le , devant Louis XIV et une partie de sa cour. Le roi en ayant interdit les représentations publiques sur les instances de l'archevêque de Paris Hardouin de Péréfixe, Molière entreprit de remanier sa pièce pour la rendre moins provocante, et le au Palais-Royal, la troupe en donna une version en cinq actes intitulée L'Imposteur, dont on possède un synopsis précis, et qui elle aussi fut immédiatement interdite. Dix-huit mois plus tard, la version définitive fut autorisée et connut un immense succès public.

L'interdiction de la pièce était sans doute dictée par des considérations de politique religieuse, par la nécessité en particulier de ne pas affaiblir l'Église catholique dans un temps où la dissidence janséniste faisait peser sur elle la menace d'un schisme. La concomitance presque parfaite entre la signature de la Paix clémentine et la première représentation publique du Tartuffe dans sa version définitive confirme cette hypothèse.

Cette interdiction a entrainé une immense querelle, à laquelle ont pris part nombre de personnalités de l'époque. L'histoire mouvementée du Tartuffe, considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de son auteur, a donné lieu à l'écriture des trois principaux textes non-théâtraux de Molière — les requêtes ou « placets » présentés au roi en 1664 et 1667 et la préface de l'impression de 1669 —, dans lesquels se manifestent son habileté politique et son talent de polémiste.

Genèse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Première version : Le Tartuffe ou l'Hypocrite[modifier | modifier le code]

Page du registre de La Grange dans laquelle est consignée la création à Versailles du premier Tartuffe.

Création et interdiction[modifier | modifier le code]

Le premier Tartuffe est créé par la Troupe de Molière, le 12 mai 1664, à Versailles, ensuite des trois journées de divertissements que Louis XIV a offerts, entre le 7 et le 9, à quelque six cents invités sous le titre des Plaisirs de l'île enchantée.

Dans les heures ou les jours qui suivent, Louis XIV consent, à la demande de l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, son ancien précepteur, à défendre à Molière de représenter sa comédie en public (ce qui ne l'empêcha pas de la revoir, en privé avec une partie de la Cour, chez Monsieur[n 1], au mois de septembre). La pièce ne sera pas jouée en public durant cinq ans. Dans une relation considérée comme officielle de ces fêtes, publiée dans les derniers mois de l'année, on peut lire :

« Le soir, Sa Majesté fit jouer une comédie nommée Tartuffe, que le sieur de Molière avait faite contre les hypocrites ; mais quoiqu'elle eût été trouvée fort divertissante, le roi connut tant de conformité entre ceux qu'une véritable dévotion met dans le chemin du ciel et ceux qu'une vaine ostentation des bonnes œuvres n'empêche pas d'en commettre de mauvaises, que son extrême délicatesse pour les choses de la religion ne put souffrir cette ressemblance du vice avec la vertu, qui pouvait être prise l'une pour l'autre, et quoiqu'on ne doutât point des bonnes intentions de l'auteur, il la défendit pourtant en public et se priva soi-même de ce plaisir, pour n'en pas laisser abuser à d'autres, moins capables d'en faire un juste discernement[1]. »

Certains historiens ont vu dans cette interdiction une intervention de la reine-mère Anne d'Autriche[2], intervention que n'atteste aucun document ou témoignage de l'époque. En fait, cette interdiction serait due à une « négociation » entre le jeune roi et son ancien précepteur, le tout nouvel archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, qu'il avait chargé, quelques jours avant ces Fêtes, d'écraser la «secte janséniste ». Cette lecture des faits semble confirmée par l'article que la Gazette dite de Renaudot consacre le 17 mai aux deux affaires, dans lequel le rédacteur fait l'éloge de « ce grand monarque… soigneux de retrancher toutes semences de divisions dans l'Église » et de la « délicatesse qu'il témoigne pour tout ce qui la regarde, comme il le fit encore voir naguère par ses défenses de représenter une pièce de théâtre intitulée L'Hypocrite, que Sa Majesté, pleinement éclairée de toutes choses, jugea absolument injurieuse à la religion et capable de produire de très dangereux effet[3] ». De toute évidence, le roi a accepté l'idée « qu’en pleine crise du catholicisme il est dangereux de laisser représenter en public une pièce qui risque de saper l’autorité de l’Église[4] », mais l'interdiction ne porte que sur les représentations publiques.

Début d'une « Affaire Tartuffe »[modifier | modifier le code]

L'annonce de l'interdiction de la pièce suscite aussitôt une immense controverse, « la plus importante controverse de l'histoire du théâtre français[5]», qui durera cinq ans et polarisera les positions sur les attributions respectives des pouvoirs civil et religieux, à un moment où cette question se posait en France avec une particulière acuité[6].

Jean Loret est le premier à se faire l'écho de cette affaire dans la livraison du 24 mai 1664 de sa Muze historique : « le Comédien Moliére, / Dont la Muze n'est point asniére, / Avoit fait quelque plainte au Roy, / Sans m'expliquer trop bien pourquoy, / Sinon que sur son Hypocrite, / Pièce, dit-on, de grand mérite, / Et trés-fort au gré de la Cour, / Maint Censeur daube nuit et jour[7]. »

On conçoit que cette satire de la dévotion ait plu au jeune roi, irrité, a-t-on dit, par les remontrances qu'il s'était entendu adresser au sujet sa liaison avec Louise de La Vallière[n 2], au point que, selon le père Rapin, il aurait pu suggérer le sujet à Molière[8]. C'est ce qui explique que le roi, parfaitement informé, si ce n'est du détail, du moins des grandes lignes de la comédie, avait invité Molière à en donner une avant-première à Versailles à la fin des fêtes des Plaisirs de l'Ile enchantée.

Même si les plus récentes recherches ont montré que l'influence réelle de la Compagnie du Saint-Sacrement a été considérablement exagérée[9] par les auteurs du XXe siècle, il reste que des croyants sincères pouvaient être choqués par la présence sur une scène de théâtre d'un directeur de conscience fourbe et lubrique, et l'on comprend que Louis XIV, qui venait de confier au nouvel archevêque de Paris, son ancien précepteur, le soin d'anéantir « la secte du jansénisme », se soit laissé convaincre par lui qu'il devait assumer son rôle de « Fils aîné de l'Église » et donc interdire à Molière de présenter en public « une pièce de théâtre […] absolument injurieuse à la religion et capable de produire de très dangereux effets »[10].

En juillet 1664, Pierre Roullé, curé de l'église Saint-Barthélemy de Paris, antijanséniste notoire et auteur d'un manuel sur la direction de conscience[11], fait remettre à Louis XIV un opuscule tout à sa louange, Le Roy glorieux au monde, ou Louis XIV le plus glorieux de tous les roys du monde, dans lequel, sur trois pages d'une extrême violence, il décrit Molière comme un impie, un « démon vestu de chair et habillé en homme » et promis au feu de l'enfer pour avoir osé tourner en dérision la fonction de directeur de conscience[n 3].

Molière réagit aussitôt par un premier Placet, dans lequel il en appelle directement au roi, en assurant que, loin d'avoir fait une satire de la dévotion, il n'a fait que remplir sa fonction d'auteur de comédie, dont il rappelle le traditionnel but moral[n 4] :

« Le Devoir de la Comédie étant de corriger les Hommes en les divertissant, j'ai cru que dans l'emploi où je me trouve je n'avais rien de mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon Siècle ; et comme l'Hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes, et des plus dangereux, j’avais eu. Sire, la pensée que je ne rendrais pas un petit service à tous les honnêtes gens de votre royaume, si je faisais une comédie qui décriât les hypocrites, et mit en vue, comme il faut, toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance, toutes les friponneries couvertes de ces faux-monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée[12]. »

Dans ce Placet, il présente les accusations dont il est victime comme étant d'autant moins fondées que sa pièce a obtenu l'approbation du légat du pape, le cardinal Chigi[n 5].

Deuxième version : L'Imposteur[modifier | modifier le code]

Louis XIV ayant confirmé son interdiction après avoir revu le spectacle en septembre 1664 à Villers-Cotterêts, chez son frère et sa belle-sœur, Molière entreprend de remanier sa pièce. Il transforme son personnage, qui perd sa qualité de directeur de conscience laïc et son habit assez proche de celui d'un homme d'Église — grand chapeau, cheveux courts, petit collet, vêtements austères[n 6] — pour devenir un aventurier louche sous le couvert d'un homme du monde dévot.

Au début de l'année 1665, la querelle du Tartuffe rebondit avec la représentation de Dom Juan ou le Festin de Pierre, qui suscite en avril ou mai 1665 un pamphlet très virulent contre Molière : Observations sur le Festin de Pierre, auquel répondent deux partisans de Molière en juillet-août. Ce même été 1665, Boileau prend également position pour Molière en publiant un Discours au Roi dans lequel il s'attaque vigoureusement aux bigots « Qui, tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans »[n 7].

Page du registre de La Grange dans laquelle sont consignées la création et l'interdiction de la deuxième version du Tartuffe[n 8].

On sait, par une lettre du duc d'Enghien d'octobre 1665, que Molière est alors en train d'ajouter un quatrième acte à sa pièce (lequel correspondra au cinquième acte de la version définitive), de façon à créer un rebondissement : Tartuffe, devenu un escroc habile, ne se laissait plus chasser piteusement comme dans la version initiale, mais se révélait maître de la maison d'Orgon et de ses papiers compromettants[13]. Du coup Molière peut produire à la dernière scène le coup de théâtre qui rétablit l'ordre familial bouleversé par les menées de l'imposteur. L'intervention royale, telle que l'Exempt la décrit dans les vers 1904-1944, n'est pas simplement celle d'un deus ex machina venu dénouer une action sans issue. Le roi est en effet présenté comme le garant de la véritable justice, qui ne se laisse pas prendre aux apparences.»[14]. Autrement dit, Molière avait transformé sa pièce en pièce politique dans laquelle le roi intervenait à ses côtés pour condamner les hypocrites. Il ne lui restait plus qu'à intercaler un deuxième acte, consacré aux amours malheureuses de la fille de la famille (promise au nouveau Tartuffe devenu faux homme du monde) et de son amoureux (absents de la version primitive)[15].

La nouvelle version du Tartuffe, maintenant intitulé L'Imposteur, résulte d'un travail de réécriture et de restructuration entamé dans les derniers mois de 1664, après que Louis XIV a confirmé son interdiction. La création a lieu le 5 août 1665 au Palais-Royal devant une salle comble. Le héros, désigné à présent comme un imposteur, et non plus comme un hypocrite[n 9], a été renommé Panulphe. Il se présente « sous l'ajustement d'un homme du monde », portant « un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée, et des dentelles sur tout l'habit »[16]. Molière a ôté de sa pièce tout ce qui était susceptible de « fournir l'ombre d'un prétexte aux célèbres originaux du portrait [qu'il voulait] faire ».

Ces « adoucissements » n'y font rien : il n'y aura pas de seconde représentation. Dès le 6 août, le premier président du parlement de Paris Guillaume de Lamoignon, qui, pendant l'absence du roi, est chargé de la police de la capitale, signifie à la troupe par huissier que cette comédie est toujours officiellement sous le coup d'une interdiction. Molière tente une intervention auprès du président Lamoignon, mais celui-ci est inflexible : « il ne convient pas à des comédiens d'instruire les hommes sur les matières de la morale chrétienne et de la religion : ce n'est pas au théâtre à se mêler de prêcher l'Évangile[17]. »

Peu après, Molière envoie La Grange et un autre comédien tenter une nouvelle démarche auprès de Louis XIV, alors à Lille, en lui soumettant un Second placet[n 10].

Le 11 août, l'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe de Beaumont, fulmine un mandement menaçant d'excommunication toute personne qui représenterait, lirait ou entendrait réciter cette pièce[n 11]. Le Roi a désormais les mains liées.

L'interdit s'applique aussi à l'étranger. Christine de Suède, qui voulait faire jouer la pièce à Rome en février 1666, fait adresser une demande en ce sens à M. de Lionne, secrétaire d'État des affaires étrangères en France, mais celui-ci lui oppose le fait que le « le Roi ne peut pas employer son autorité à faire voir cette pièce, après en avoir lui-même ordonné la suppression avec grand éclat »[18].

Abattu par cette décision ou sujet à une rechute de la maladie qui l'avait affecté au début de l'année, Molière sera absent de la scène durant sept semaines[19].

Tentative de solution et relance de la querelle[modifier | modifier le code]

Quelque temps après la publication du mandement de Péréfixe, Colbert demande à son bibliothécaire Étienne Baluze, qui est à son service, de se prononcer sur la validité de ce mandement. Dans le brouillon que l'on a retrouvé de sa réponse, le docteur en droit canon estime d'abord que les formalités requises n'ont pas respectées, car Péréfixe n'avait pas le texte de la pièce en main et n'a donc pas pu l'examiner avec toute l'attention nécessaire. En outre, la comédie étant un divertissement public et légitime, l'évêque aurait plutôt dû « s'adresser aux Princes pour faire cesser les scandales par leur autorité ». Il conclut cependant de façon ambigüe : « si les temps sont assez bien disposés pour qu'on puisse user des derniers remèdes sans scandale et qu'on prévoye que la peine d'excommunication ne sera pas suivie du mespris des chrétiens, on peut en user dans les occasions où les choses saintes seroient ouvertement et impudemment tournées en ridicule[20]. ». Tout en reconnaissant la légitimité du mandement de Péréfixe, Baluze suggère que l'effet de cette mesure extraordinaire est d'avoir provoqué le mépris des croyants. Julia Prest en conclut que « le scandale, même parmi les chrétiens, est maintenant le fait du mandement de Péréfixe et non celui de la pièce de Molière[21]. »

L'affaire du Tartuffe prend une nouvelle ampleur avec la publication clandestine, le 20 août 1667, d'une Lettre sur la comédie de l'Imposteur, qui connaîtra un vif succès[22]. L'auteur anonyme « qui prétend voler au secours de Molière, a adopté un ton si caustique et insolent, si hostile et méprisant envers les dévots (le plus souvent qualifiés de bigots et de cagots) et il développe une conception si rationnelle (et par là libertine) de la religion qu'il n'a certainement pas servi la cause de la pièce ni celle de Molière. » L'auteur est d'ailleurs conscient de l'effet négatif que pourrait avoir son apologie de la pièce : « Je rends apparemment un très mauvais service à Molière par cette réflexion, quoique ce ne soit pas mon dessein[23]. » Encore aujourd'hui l'identité de son auteur reste une énigme : « On s'interroge depuis trois siècles sur son identité, et rien dans ce texte ne permet de l'attribuer de façon décisive à l'un ou l'autre des écrivains le plus souvent proposés: La Mothe Vayer, Donneau de Visé, Chapelle, Subligny[24]. »

Version définitive : Le Tartuffe ou l'Imposteur[modifier | modifier le code]

Page de titre de l'édition de 1669.

Il faudra attendre encore un an et demi, et le dénouement de la crise janséniste qui permit à Louis XIV de retrouver ses coudées franches en matière de politique religieuse : l'autorisation définitive de Tartuffe — désormais intitulé Le Tartuffe ou l'Imposteur — intervint « au moment exact de la conclusion définitive de la Paix de l'Église, aboutissement de longues négociations entre d'un côté les représentants du roi et le nonce du pape et de l'autre les représentants des Messieurs de Port-Royal et des évêques jansénistes. La concomitance est frappante : le 3 février, le nonce remit à Louis XIV deux « brefs » dans lesquels Clément IX se déclarait entièrement satisfait de la « soumission » et de « l'obéissance » des quatre évêques jansénistes», et le surlendemain la Troupe du Roy donnait la première représentation du Tartuffe[n 12].

Le 5 février 1669, la pièce, enfin autorisée, peut reparaître en public sur la scène du Palais-Royal et sous le titre Le Tartuffe ou l’Imposteur. La salle est archicomble, le succès est immédiat. Dans sa Lettre à Madame du samedi suivant, Charles Robinet témoignera que « maints coururent hasard / D'être étouffés dedans la presse, / Où l'on oyait crier sans cesse : / Je suffoque, je n'en peux plus ! » Il y aura quarante-quatre représentations consécutives et les comédiens de la troupe accepteront que, sa vie durant, Molière ait double part dans les recettes produites par la pièce[25].

C'est le triomphe de Molière, sa pièce le plus longtemps jouée (72 représentations jusqu'à la fin de l'année), son record de recettes (2.860 livres le premier jour, six recettes de plus de 2.000 livres, 16 de plus de 1000, une moyenne de 1.337 livres contre 940 pour L'École des femmes). L'affaire du Tartuffe est aussi une affaire d'argent.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Une pièce complète en trois actes[modifier | modifier le code]

On a cru pendant longtemps que la pièce donnée 12 mai 1664 devant Louis XIV et ses invités était inachevée, et que Molière et ses camarades avaient représenté, sous le titre Le Tartuffe ou l'Hypocrite, les trois premiers actes seulement d'une « grande comédie » conçue pour en compter cinq. Le spectacle se terminait donc sur le triomphe de Tartuffe s'apprêtant à épouser Marianne et à recevoir le don de la maison familiale de la main d'Orgon. Cette croyance reposait sur une lecture erronée des diverses sources concernant le spectacle donné à Versailles : le registre de La Grange, qui mentionne « trois actes du Tartuffe qui estoient les trois premiers[26] », la relation officielle des fêtes de Versailles parue à la fin de l'année 1664, et sa réécriture partielle par La Grange dans l'édition posthume de 1682[n 13].

Mais les chercheurs ont acquis aujourd'hui la conviction que ce premier Tartuffe était une pièce complète en trois actes correspondant approximativement aux actes I, III et IV de la version définitive, et dans laquelle les personnages de Mariane et de Valère, qui sont au centre du deuxième acte, n'existaient peut-être pas, ou n'avaient qu'un rôle très secondaire[n 14]. La première opération a consisté à ajouter une ultime scène au troisième acte (qui devient la fin de l'acte IV dans la version définitive) et un quatrième acte (qui devient l'acte V dans la version définitive)[27] : Tartuffe n'était plus cette sorte de moine laïc, gros et gras, victime de la tentation (un « hypocrite » tel que l'Église désignait les croyants insincères) ; il devenait un « scélérat », véritable criminel masqué qui simulait la dévotion afin de s'introduire dans les familles, s'emparer des héritages au détriment des fils, épouser les filles et coucher avec les épouses. Ce qui a permis à Molière d'introduire Louis XIV lui-même, incarnation de la justice qui envoie un de ses représentants démasquer et arrêter le criminel — bel hommage au souverain qui, tout en étant contraint d'interdire la pièce durant cinq ans, n'en a pas moins soutenu discrètement l'entreprise de Molière. Mais, du coup, le contraste est frappant entre les deux visages de Tartuffe, le bonhomme des premiers actes et le froid calculateur de la fin de l'acte IV et de l'acte V. La critique s'étonne depuis trois siècles des disparités présentées par les paroles et le comportement du personnage. Mais l'évolution du projet imposée par les circonstances a eu pour effet de brouiller les intentions initiales de Molière et de faire passer au second plan la satire de la dévotion (car Orgon demeure un dévot ridicule dans son aveuglement béat envers son directeur de conscience).

La fable[modifier | modifier le code]

Orgon est l'archétype du personnage de cour tombé sous la coupe de Tartuffe, un hypocrite et un faux dévot. Il est, ainsi que sa mère, Madame Pernelle, dupe de Tartuffe. Ce dernier réussit à le manipuler en singeant la dévotion et il est même parvenu à devenir son directeur de conscience. Il se voit proposer d'épouser la fille de son bienfaiteur, alors même qu'il tente de séduire Elmire, la femme d'Orgon, plus jeune que son mari. Démasqué grâce à un piège tendu par cette dernière afin de convaincre son mari de l'hypocrisie de Tartuffe, Tartuffe veut ensuite chasser Orgon de chez lui grâce à une donation inconsidérée que celui-ci lui a faite de ses biens. En se servant de papiers compromettants qu'Orgon lui a remis, il va le dénoncer au Roi. Erreur fatale : le Roi a conservé son affection à celui qui l'avait jadis bien servi lors de la Fronde. Il lui pardonne et c'est Tartuffe qui est arrêté.

Acte I. La scène d'exposition s'ouvre sur le départ mouvementé de madame Pernelle, mère d'Orgon, déçue et révoltée du train de vie que mènent ses petits-enfants, sa belle-fille et son beau-fils par alliance. Ainsi l'acte s'ouvre sur le chaos installé par Tartuffe dans cette famille. Orgon apparaît alors. Il raconte avec émotion à Cléante sa première rencontre avec Tartuffe.

Acte II. Orgon veut briser son engagement envers Valère et marier sa fille Mariane à Tartuffe. Cette nouvelle cause une dispute entre les deux amants, dispute vite réglée par Dorine la suivante de Mariane, qui complote pour rétablir le calme dans sa maison.

Acte III. Tartuffe apparaît et tente de séduire Elmire. Damis entend la conversation et en informe son père. Par la suite, Damis est chassé par son père qui l'accuse de dénigrer Tartuffe. Orgon veut faire de Tartuffe son héritier.

Acte IV. Cléante tente en vain de mettre Tartuffe en face de ses responsabilités. Il est la cause du renvoi de Damis. Quant à l'héritage, il lui indique qu'il n'a aucune légitimité pour en bénéficier. Tartuffe reste intraitable : il n'interviendra pas pour aider Damis et il ne peut refuser cette donation. Mariane, dont le sort semble scellé, livre à son père son désespoir de se voir promise à Tartuffe. Elmire décide alors d'agir. Face à la crédulité et à l'aveuglement de son mari, elle lui propose de lui apporter la preuve de l'hypocrisie de son protégé. Elle demande à Orgon de se cacher sous la table afin qu'il puisse assister à une entrevue qui n'aura d'autre but que de révéler la véritable personnalité de Tartuffe. Survient alors Tartuffe qui se montre tout d'abord méfiant. Puis très vite il recommence une cour assidue auprès d'Elmire. À la fois furieux et effondré, Orgon intervient et ordonne à Tartuffe de quitter les lieux. Hélas, il est trop tard. Tartuffe rappelle à Orgon qu'il lui a fait don durant l'après-midi de ses biens et que c'est lui, Tartuffe, qui est à présent le propriétaire de la maison.

Acte V. Tartuffe réclame l'arrestation d'Orgon, comme traître au Roi. En effet Orgon a mis dans ses mains une cassette qu'un ami lui avait confiée, cette cassette contenant des documents compromettants. Coup de théâtre : l'exempt lui rétorque que c'est lui, Tartuffe qu'on va arrêter sur le champ sur ordre du Roi. Tartuffe ne comprend pas. C'est que le Roi, en récompense des services rendus par Orgon, lui pardonne cette correspondance et punit le délateur Tartuffe, coupable d'un crime commis avant le temps de la pièce.

Ainsi la pièce se termine dans la joie, car, de ce fait et par autorité royale, le Prince annule les papiers signés par Orgon et faisant acte de donation à Tartuffe, et Orgon donne la main de Mariane à Valère, « amant fidèle ».

Personnages et distribution de 1669[modifier | modifier le code]

Tartuffe : « Ah ! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme » (acte III, scène 3, vers 966).
Acteurs et actrices ayant créé les rôles en 1669[28]
Personnage Acteur ou actrice
Mme Pernelle, mère d'Orgon. Entichée de Tartuffe, elle incarne l'aveuglement d'une génération dépassée. Louis Béjart
Orgon, fils de Madame Pernelle et mari d'Elmire, lui aussi entiché de Tartuffe. Molière
Elmire, seconde épouse d'Orgon, belle-mère de Mariane et Damis. Armande Béjart
Damis, fils d'Orgon et frère de Mariane. Hubert
Mariane, fille d'Orgon, sœur de Damis et amante de Valère. Catherine de Brie
Valère, amant de Mariane. La Grange
Cléante, frère d'Elmire et beau-frère d'Orgon. La Thorillière
Tartuffe, faux dévot. Du Croisy
Dorine, suivante de Mariane. Madeleine Béjart
M. Loyal, sergent royal chargé de faire appliquer les décisions de justice. De Brie
Un exempt
Flipote, servante de madame Pernelle

Une pièce à clef ?[modifier | modifier le code]

Comme le notent les éditeurs de la Pléiade, « Il n'est pas anodin que trois siècles d'exégèse moliéresque n'aient pas réussi à identifier ceux que Molière appelle dans ses PLacets les Originaux de son Tartuffe[29]. »

Bien des contemporains ont cru reconnaître dans le personnage de Tartuffe les traits du conseiller spirituel du prince de Conti, l'abbé Roquette, qui avait une liaison avec Mlle de Guise[30] et « dont on se moquait en lui reprochant de vouloir être admiré des dames et de ne pas écrire lui-même ses sermons »[n 15].

D'autres ont vu dans Orgon le prince de Conti lui-même. Tallemant des Réaux, y voit les traits de l'abbé de Pons, amoureux de Ninon de Lenclos[30]. Tallemant a conté une autre historiette mettant en scène un possible modèle de Tartuffe dans la personne de Nicolas Charpy de Sainte-Croix[31].

Les thèmes[modifier | modifier le code]

Les intentions de Molière ont été entièrement brouillées par la réécriture de la pièce et son passage de trois à cinq actes. Si l'on se fie à ce qu'on peut savoir du premier Tartuffe en trois actes (voir plus haut), la pièce avait été conçue non point comme une attaque de l'hypocrisie des hommes en général et de la fausse dévotion, mais comme une satire de la (vraie) dévotion[32]. Tous les traités de dévotion depuis l'Introduction à la vie dévote de saint François de Sales insistaient sur la nécessité absolue, pour quiconque voudrait vivre « en Dieu » tout en restant « dans le monde », de se laisser guider par un directeur de conscience : un homme distinct du confesseur et le plus souvent choisi parmi une catégorie relativement répandue, des laïcs qui avaient fait vœu d'obéissance à Dieu, de pénitence, de pauvreté, de chasteté. Ce mouvement de réforme des mœurs était orchestré par la Compagnie du Saint-Sacrement, une société secrète qui faisait notamment campagne contre le théâtre et dont un des historiens écrit qu'elle « contribua grandement, en 1664, à la suppression de la “méchante comédie de Tartufe“ »[33]. La toute-puissance acquise par ces hommes dans certaines familles était déplorée par les catholiques modérés et moquée par les incrédules (ceux que l'Église appelait les « libertins », au nombre desquels ses adversaires rangeaient Molière). Surtout que ces directeurs de conscience étaient des hommes, qu'ils étaient donc souvent victimes des tentations humaines et que dès lors ils tombaient dans le défaut que depuis ses origines l'Église chrétienne appelait hypocrisie envers Dieu: se persuader soi-même qu'on agit par et pour Dieu, alors qu'en fait on est guidé par les passions humaines, orgueil, concupiscence, etc. Autrement dit, catholiques modérés et libres penseurs estimaient que la « vie dévote » aboutissait à mettre des familles entières sous la coupe d'un couple infernal : le chef de famille aveuglément abandonné entre les mains du directeur de conscience qu'il considère comme l'émanation de la parole de Dieu ; et le directeur de conscience qui prétend guider tout le monde mais qui est incapable de se guider lui-même.

L'hypocrisie est certes un thème dominant dans la version de 1669, ce qui permet de classer Le Tartuffe dans la lignée des autres pièces de Molière, L'Avare, Les Précieuses ridicules, Le Bourgeois gentilhomme, Le Misanthrope ou l'Atrabilaire amoureux et Le Festin de pierre, visant à peindre et ridiculiser un vice. Lorsqu'il publia la version en cinq actes de sa pièce, Molière écrivit une préface destinée à masquer ses intentions initiales en prétendant que son objectif premier avait été de dépeindre « un méchant homme ». Il précise en outre que « l'hypocrisie est dans l'État, un vice bien plus dangereux que tous les autres ». Un hypocrite est une personne dont les actes camouflent la pensée. Tartuffe est un personnage qui ne révèle pas ses sentiments intérieurs. Molière va donc pendant deux actes présenter Tartuffe au travers des descriptions qu'en font les autres personnages sans jamais le montrer sur scène. De cette façon, le spectateur peut se faire une opinion du personnage avant que celui-ci n'apparaisse. Dès la première scène, le personnage est campé, décrit par Damis comme un « cagot de critique », par Dorine comme « un gueux qui, quand il vint, n'avait pas de souliers » et qui se comporte en maître, un hypocrite et un jaloux, un goinfre et un bon vivant (scène IV). Orgon, par contraste, le voit comme un humble, un doux, priant avec de grands soupirs, refusant l'aumône et se chargeant de tous les péchés, un être vertueux combattant tous les vices, sans voir que sous cette humilité se cache un ambitieux qui a pris le pouvoir dans sa maison. Ainsi la double facette du personnage est présentée et quand Tartuffe paraît, le spectateur connait déjà la duplicité de ce faux dévot et se demande seulement comment les honnêtes gens vont réussir à mettre au jour sa supercherie. L'attirance pour Elmire que Tartuffe ne peut cacher semble être son point faible mais quand il est accusé de ce fait, il abonde tant dans ce sens, se traitant lui-même plus bas que terre (méchant, coupable, scélérat, chargé de souillure, de crimes et d'ordures, perfide, infâme, perdu, homicide) qu'il coupe l'herbe sous les pieds de ses accusateurs et se pose en victime. Il faudra qu'Orgon lui-même soit témoin de la scène pour qu'il comprenne enfin le personnage capable de dire de la morale « ce n'est pas pécher que pécher en silence » et d'Orgon « Je l'ai mis au point de tout voir sans rien croire ».

Molière savait qu'en écrivant une satire burlesque sur l'aveuglement ridicule d'un chef de famille qui oublie toute charité chrétienne et sur l'hypocrisie d'un directeur de conscience, amateur de bonne chère et qui lutine sans vergogne la maîtresse de maison, il ferait rire la majorité de son public, tant à la ville qu'à la cour.

La pièce a fait scandale parce que, tout en prétendant viser les faux dévots, elle attaquait aussi les vrais dévots, ainsi que l'affirment ses adversaires. Son contemporain Louis Bourdaloue, dans un sermon sur l'hypocrisie, dénonce cette pièce comme « une de ces damnables inventions pour humilier les gens de bien, pour les rendre tous suspects » et estime qu'il n'est pas du ressort d'un comédien de toucher à l'hypocrisie religieuse[34]. Deux siècles plus tard, un critique reconnaît que « libertins et dévots [...] savent fort bien que rien n'est plus aisé, quoi qu'en dise Molière, que de confondre le masque et la personne [...] Il n'est pas contestable [...] qu'en raillant la fausse dévotion il ne fournît des armes contre la dévotion véritable[35]. »

Comme Molière s'est défendu en accusant les opposants à sa pièce d'être des « faux-monnayeurs en dévotion »[36] et en demandant de « bien distinguer le personnage de l’hypocrite d’avec celui du vrai dévot »[37], il a lui-même invité à poser le débat en ces termes de sorte que, aujourd'hui encore, les critiques tentent de déterminer si Molière a mis en scène un vrai ou un faux dévot[38]. Dans la pièce, la définition que donne Cléante du « vrai dévot » est entièrement centrée sur des caractéristiques négatives[39], tout comme l'est celle qu'en donne le partisan de Molière dans la Lettre sur les observations :

« Je vous diray pourtant [...] que les veritables Devots ne sont point composez, que leurs manieres ne sont point affectées, que leurs grimaces et leurs demarches ne sont point estudiées, que leur voix n'est point contrefaite, et que ne voulant point tromper, ils n’affectent point de faire paroistre que leurs mortifications les ont abattus[40]. »

La pièce dérange les pouvoirs autoritaires. Un siècle et demi après sa représentation, Napoléon s'est étonné que Louis XIV ait fini par autoriser la pièce : « Je n'hésite pas à dire que, si la pièce eût été faite de mon temps, je n'en aurais pas permis la représentation[41]. »

Rebondissement de la querelle du Tartuffe à Québec[modifier | modifier le code]

En 1694, le gouverneur de la Nouvelle-France, Louis de Buade de Frontenac encourage la représentation du Tartuffe à Québec par un théâtre amateur pour la saison du Carnaval. Quand Mgr de Saint-Vallier apprend la nouvelle, il demande des explications à Frontenac, lequel lui répond simplement : « Puisqu'il se joue à Paris[42] ». Décidé à empêcher cette représentation, il émet le 16 janvier deux mandements. Le « Mandement au sujet des comédies » interdit d'assister à la représentation de cette pièce ou de toute autre similaire et il le fait dans des termes pas très éloignés de ceux qu'avait employés Péréfixe dans son décret d'excommunication du 11 août 1667 contre toute représentation du Tartuffe[42] :

« Nous déclarons que ces sortes de spectacles et de comédies ne sont pas seulement dangereuses, mais qu'elles sont absolument mauvaises et criminelles d'elles-mêmes et qu'on ne peut y assister sans péché, et comme telles nous les condamnons et faisons défenses très expresses à toutes les personnes de notre Diocèse de quelque qualité et condition qu'elles soient de s'y trouvent[43]. »

Le second mandement intitulé « Mandement sur les discours impies » dénonce nommément Jacques Mareuil, jeune officier de marine et comédien amateur qui devait jouer le rôle de Tartuffe. l'évêque l'accuse de tenir des propos « capables de faire rougir le ciel » et le menace « des carreaux de la vengeance divine[44]. »

Pour obtenir que Frontenac retire complètement la pièce, Saint-Vallier lui offre cent pistoles, que le gouverneur accepte par plaisanterie[45].

Mareuil, qui s'est vu interdire l'entrée dans toutes les églises et l'accès aux sacrements, fait vainement appel et est emprisonné le 14 octobre 1694 pour avoir participé aux répétitions d'une pièce qui n'a même pas été jouée. Il sera libéré sur l'intervention de Frontenac le 29 novembre, alors que Saint-Vallier vient de rentrer en France. Le bruit de l'affaire arrive jusqu'à Versailles, où Mareuil et Saint-Vallier doivent s'expliquer. Les deux parties sont réprimandées et Saint-Vallier, qui refuse de démissionner, peut toutefois retourner à son poste à la condition de ne plus outrepasser ses pouvoirs[46]. Toutefois, l'interdiction lancée contre le théâtre public persistera jusqu'à la fin du régime français, ce qui empêchera « l'enracinement d'une tradition théâtrale propre au Canada[47]. »

Sources[modifier | modifier le code]

Sources du sujet[modifier | modifier le code]

Pour créer son personnage, Molière se serait, selon certains historiens[48], inspiré de l'Ipocrito de Pierre l'Arétin (1542), comédie dans laquelle le héros éponyme, personnage aux yeux baissés, maigre et goinfre, habillé de noir et portant un bréviaire sous le bras, s'introduit dans la maison de Liseo, flattant le maître de maison, convoitant son épouse et intriguant pour parvenir à ses fins.

Molière aurait tiré son imposteur d'une nouvelle de Scarron, Les Hypocrites, traduite de l'espagnol et publiée en 1655, soit neuf ans avant Le Tartuffe. Dans cette nouvelle, le personnage de Montufar est un souteneur et un vil escroc qui se comporte en dévot et est unanimement célébré à Séville[49].

Origine du mot Tartuffe[modifier | modifier le code]

Plusieurs hypothèses ont été émises sur l'origine du nom de Tartuffe. L'une des plus ancienne est celle formulée dans la première moitié du XVIIe siècle par l'abbé de Longuerue, qui le fait dériver de l'allemand der Teufel (le diable)[50]. Elle n'a été reprise par aucun autre auteur. Vers la même époque, plusieurs auteurs rapprochent le mot des tartufoli (truffes) italiens[n 16].

En 1857, le philologue François Génin croit pouvoir affirmer que « Molière n’a pas inventé le mot Tartufe (sic) : il l’a pris tout fait dans la langue italienne vulgaire, où il s’employait déjà comme épithète, non pas, il est vrai, dans l’acception d’hypocrite que le chef-d’œuvre de Molière lui a imprimée irrévocablement, mais avec un sens métaphorique voisin »[51]. Il s'appuie sur la présence du terme tartufo dans un poème de Lorenzo Lippi, Il Malmantile racquistato[52], avec le sens probable d'homme à l'esprit méchant[53]. Ce même mot figure également dans Lo astrologo, comédie de Giambattista della Porta écrite vers 1606[54], où l'un des personnages (Vignarolo) en traite un autre de cheval, de bœuf, d'âne et de tartufo[n 17] dans le sens probable de stupide.

Le Champion des dames, 1440. Les mots tartuffes et truffes se lisent à la fin des 17e et 19e lignes.

Mais s'il est vrai que Molière n'a pas inventé le mot, on peut douter qu'il soit allé le chercher dans ces auteurs italiens. Quand il en a fait le nom propre de son hypocrite, le mot était depuis plusieurs siècles un nom commun de la langue française à l'orthographe encore variable : tartuffe, tartufe, tartufle, taltufle[55]. Dérivé comme son équivalent italien du latin terræ tuber (tumeur ou excroissance de terre[n 18]), c’était un doublet et parfois un synonyme du mot truffe dans ses diverses acceptions, comme on peut le constater dans la traduction française du De honesta voluptate ac valetudine latin de Bartolomeo Sacchi, dit « Platine », dont le titre du chapitre De tuberibus (Des tubéracées) avait été traduit « Des treufles ou tartufles » en 1505 par Didier Christol[n 19]. Après avoir suggéré quelques façons d’accommoder les truffes, Platine terminait son chapitre par ces lignes : « Cette viande [= nourriture] ainsi apprêtée nourrit grandement et commeut [= provoque] luxure, et pour ce aux tables délicieuses des gens libidineux elles viennent communément, pour cause d’exercer plus promptement leur luxure, laquelle chose se peut supporter et louer si on le fait pour génération, mais si pour intempérance de luxure désordonnée, comme font plusieurs gens oiseux et paillards, c’est certes chose détestable et à réprouver totalement. [n 20]»

Le mot tartuffe figurait déjà vers 1440 dans le manuscrit du Champion des dames, long poème allégorique, dans lequel le chanoine Martin Le Franc[56] prenait la défense des femmes éternellement calomniées, et dénonçait la lubricité de certains hommes qui usent de stimulants sexuels, de « tartuffes » par exemple : « Je tais champignons et tartuffes / Et maintes choses qu’aucuns prennent / Pour leur luxurieuses truffes [= tromperies] / Soutenir, dont par trop mesprennent / Car contre Nature s’enhennent [= se donnent du mal]. »

La Tartufe, gravée par Jacques Lagniet. BNF-Arsenal.

Toujours féminin, tartuffe apparaît à l’aube du XVIIe siècle dans Le Mastigophore, pamphlet d’Antoine Fuzy[57], où il a une valeur nettement métaphorique, proche de celle que lui donnera Molière[n 21] : « Tu fais le Quintilien sauvage et bocager, le Salomon nouveau, le Docteur Salope, le Camerlingue d’éloquence, l’Aristarque de factorerie, et tu n’es qu’une tartuffe, qu’un butor, qu’une happelourde. [58]»

En 1876, Hippolyte Lucas découvre dans un recueil factice de la bibliothèque de l'Arsenal une vignette intitulée « La Tartufe », qui semble avoir été imprimée avant 1663[59]. Signée du « maître imagier » Jacques Lagniet (1600-1675), elle porte en légende : « Cette vieille méduse a le teint si farouche, / L'estomac si mauvais qu'il ne sort de sa bouche / Qu'une haleine puante et des crachats gluants. / Elle en voudrait pourtant encore bien découdre, / Mais son teint jaune pâle et ses yeux de chat-huant / N'en rencontre pas un qui s'y veuille résoudre. » Quelques années plus tard, Auguste Baluffe met en doute, sans en donner de raisons, l'antériorité de cette vignette sur l'œuvre de Molière[60], mais un autre moliériste, C.E.J. Caldicott, qui la reproduit en tête de La Carrière de Molière : entre protecteurs et éditeurs (1998), la date des environs de 1658[n 22].

De ce qui précède, il résulte que toute l'invention de Molière se réduit, et ce n'est pas peu, à avoir masculinisé le mot tartuffe, comme le titre sous lequel il a publié sa pièce l’indique de façon on ne peut plus claire : Le Tartuffe ou l’Imposteur (≠ Tartuffe ou l'Imposteur). Tartuffe est un tartuffe, comme Alceste est un misanthrope. C’est d'ailleurs ce que confirme sa présence comme nom commun aux orthographes diverses dans plusieurs textes de l’époque. Ainsi le sieur de Rochemont évoque-t-il dans ses Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre, « tant de bons pasteurs que l’on fait passer pour des tartuffes », et Donneau de Visé écrit dans sa Lettre sur les Observations : « À quoi songiez-vous, Molière, quand vous fîtes dessein de jouer les tartufles ? », puis, plus loin, « [Le roi] savait bien ce qu'il faisait en laissant jouer le Festin de Pierre, qu'il ne voulait pas que les tartufles eussent plus d'autorité que lui dans son royaume, et qu'il ne croyait pas qu'ils pussent être juges équitables, puisqu'ils étaient intéressés. »

Quoi qu'il en soit, une chose est certaine : c'est la popularité de la comédie de Molière qui est à l'origine du sens actuel du mot tartuffe (hypocrite) et de ses dérivés tartuferie, tartufier, etc.[61].

Postérité de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Dans ses Caractères La Bruyère fait référence à Tartuffe dans le portrait d'Onuphre (De la Mode, XIII), mais en en corrigeant le portrait[62].

Au XVIIIe siècle, Beaumarchais donne à son drame La mère coupable le sous-titre L'autre Tartuffe.

Mises en scène et adaptations[modifier | modifier le code]

La pièce continue à être jouée. Elle a connu des mises en scène notables et de nombreuses adaptations :

La pièce a fait aussi l'objet de réécritures, tels Le Tartuffe repenti de Bernard Diez (1959) et Le Tartuffe de Molière par Rolf Hochhuth.

Adaptations au cinéma et à l'opéra[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Philippe d'Orléans, dit « Monsieur, frère unique du Roi », était le protecteur officiel de la troupe de Molière.
  2. Maîtresse non encore déclarée du roi, sa fuite dans un couvent où Louis XIV était allé lui-même la chercher avait fait du bruit à la cour. Dans un de ses sermons du carême de 1662, Bossuet avait tonné contre le relâchement de mœurs qu'on observait dans l'entourage du roi. On lit également, à la page 280 du quatrième tome des Mémoires de Madame de Motteville : « Le tempérament que la Reine mère apporta à modérer cette inclination du Roi pour mademoiselle de La Vallière fut de l'en avertir cordialement, en lui représentant ce qu'il devait à Dieu et à son État, et qu'il devait craindre que beaucoup de gens ne se servissent de cet attachement pour former des intrigues qui pourraient un jour lui nuire. Elle le pria aussi de lui aider à cacher sa passion à la Reine [Marie-Thérèse], de peur que sa douleur ne causât de trop mauvais effets contre la vie de l'enfant qu'elle portait. » Voir aussi Prest 2014, p. 190.
  3. « Un homme, ou plustost un démon vestu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fust jamais dans les siècles passés, avoit eu assez d'impiété et d'abomination pour fair sortir de son esprit diabolique une pièce toute preste d'estre rendue publique en la faisant exécuter sur le théâtre, à la dérision de toute l'Eglise, et au mépris du caractère le plus sacré et de la fonction la plus divine, et au mépris de ce qu'il y a de plus saint dans l'Eglise, ordonnée du Sauveur pour la sanctification des âmes, à dessein d'en rendre l'usage ridicule, contemptible, odieux. Il méritoit, par cet attentat sacrilége et impie, un dernier supplice exemplaire et public, et le fust mesme avant-coureur de celuy de l'Enfer, pour expier un crime si grief de lèze-Majesté divine, qui va à ruiner la religion catholique, en blasmant et jouant sa plus religieuse et sainte pratique, qui est la conduite et direction des âmes et des familles par de sages guides et conducteurs pieux. Mais Sa Majesté, après luy avoir fait un sévère reproche, animée d'une forte colère, par un trait de sa clémence ordinaire, en laquelle il imite la douceur essentielle à Dieu, luy a, par abolition, remis son insolence et pardonné sa hardiesse démoniaque, pour luy donner le temps d'en faire pénitence publique et solennelle toute sa vie. Et, afin d'arrester, avec succès, la veuë et le débit de sa production impie et irréligieuse, et de sa poésie licentieuse et libertine, elle luy a ordonné sur peine de la vie, d'en supprimer et déchirer, étouffer et brûler tout ce qui en estoit fait, et de ne plus rien faire à l'advenir de si indigne et infamant, ny rien produire au jour de si injurieux à Dieu, et outrageant à l'Eglise, la religion, les sacremens, et les officiers les plus nécessaires au salut. » (Le Roy glorieux au monde, p. 33-34.
  4. La première phrase du placet reprend une citation du poète latinisant contemporain Jean de Santeul : « castigat ridendo mores » : « [la fable ou la comédie] corrige les mœurs par le rire ».
  5. L'auteur des Observations sur le Festin de Pierre fait également allusion à cette approbation en en minimisant la portée : « joüer des Pieces ridicules, et que Monsieur le Legat ne soit venu en France, que pour leur donner son approbation ».
  6. « J'ai eu beau lui donner un petit chapeau, de grands cheveux, un grand collet, une épée et des dentelles sur tout l'habit, cela n'a de rien servi. » écrit Molière dans son second Placet en 1667 après avoir modifié sa pièce.
  7. Ce sont eux que l’on voit, d’un discours insensé,
    Publier dans Paris que tout est renversé,
    Au moindre bruit qui court qu’un auteur les menace
    De jouer des bigots la trompeuse grimace.
    Pour eux un tel ouvrage est un monstre odieux ;
    C’est offenser les lois, c’est s’attaquer aux cieux.
    Mais bien que d’un faux zèle ils masquent leur faiblesse
    Chacun voit qu’en effet la vérité les blesse :
    En vain d’un lâche orgueil leur esprit revêtu
    Se couvre du manteau d’une austère vertu ;
    Leur cœur qui se connaît, et qui fuit la lumière,
    S’il se moque de Dieu, craint Tartuffe et Molière.
    (Discours au Roi, v. 91-102.)

  8. Signe que La Grange rédige son registre des années plus tard, il écrit ici Tartuffe et non Panulphe, comme il aurait dû le faire.
  9. L'hypocrisie (« déguisement en matière de dévotion ou de vertu », selon Furetière) a alors une connotation religieuse que n'a pas l'imposture.
  10. La Grange donne la date du 8 août dans son Registre. Selon François Rey, ce serait plutôt le 12 août (Éphémérides, p. 45).
  11. « Sur ce qui nous a été remontré par notre promoteur que, le vendredi cinquième de ce mois, on représenta sur l'un des théâtres de cette ville, sous le nouveau nom de l'Imposteur, une comédie très-dangereuse, et qui est d'autant plus capable de nuire à la religion, que, sous prétexte de condamner l'hypocrisie ou la fausse dévotion, elle donne lieu d'en accuser indifféremment tous ceux qui font profession de la plus solide piété, et les expose par ce moyen aux railleries et aux calomnies continuelles des libertins : de sorte que pour arrêter le cours d'un si grand mal, qui pourroit séduire les âmes foibles et les détourner du chemin de la vertu, notredit promoteur nous auroit requis de faire défenses à toutes personnes de notre diocèse de représenter, sous quelque nom que ce soit, la susdite comédie, de la lire ou entendre réciter, soit en public soit en particulier, sous peine d'excommunication. » (Cité par Mesnard-Despois, Notice du Tartuffe, p. 322).
  12. Cette hypothèse, déjà avancée en 1851 par Anaïs Bazin (p. 87) puis par Despois-Mesnard (p. 332), a été reprise et développée par François Rey et Jean Lacouture, Molière et le Roi, p. 353 et suivantes.
  13. Note apparemment corroborée par un rajout dans son propre "Registre", dont les chercheurs du XXe siècle ont montré qu'il avait non pas été tenu au jour le jour, mais entrepris au plus tôt dans les années 1680: voir, entre autres, l'édition du Registre par Young & Young (Droz, 1947), ainsi que la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade (2010).
  14. Les animateurs du site Molière21, qui se présente comme le complément numérique de la nouvelle édition de Molière dans la bibliothèque de la Pléiade, proposent une reconstruction de cette première version en trois actes intitulée Le Tartuffe ou l'Hypocrite. La pièce, selon eux, mettait en scène une histoire connue depuis le Moyen Âge par de nombreuses versions narratives, celle « du religieux impatronisé qui tente de séduire la femme de son hôte et qui est démasqué et chassé grâce à la ruse de celle-ci ». Ils expliquent que la version définitive du Tartuffe laisse encore clairement voir la trame initiale, qui se déroulait en trois temps correspondant aux trois actes : « (I) un mari dévot accueille chez lui un homme qui semble l'incarnation de la plus parfaite dévotion ; (II) celui-ci, tombé amoureux de la jeune épouse du dévot, tente de la séduire, mais elle le rebute tout en répugnant à le dénoncer à son mari qui, informé par un témoin de la scène, refuse de le croire ; (III) la confiance aveugle de son mari pour le saint homme oblige alors sa femme à lui démontrer l'hypocrisie du dévot en le faisant assister caché à une seconde tentative de séduction, à la suite de quoi le coupable est chassé de la maison. ».
  15. Forestier-Bourqui, t. 2, p. 1365. Devenu évêque d'Autun en 1667, on sait par les Mémoires de Saint-Simon et la correspondance de Madame de Sévigné qu'il « demeura toute sa vie affublé du personnage de comédie auquel on avait attaché sa ressemblance. » (Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 303-307).
  16. C'est le cas, par exemple, du sieur de Cideville, correspondant de Voltaire et conseiller au parlement de Rouen, qui note dans son journal : «… Voici par exemple assez sûrement la naissance du mot de Tartuffe dans notre langue, en supposant cependant, ce qui est à vérifier, que ce mot n'existât pas avant la comédie de Molière qui porte ce nom. Voici ce que je tiens de M. de Fontenelle, qui était très curieux de ces recherches. Molière achevait sa comédie de l'hypocrite et était très embarrassé quel nom lui donner, quand il trouva dans une maison un M. Roquette, évêque d'Autun, faisant ses quatre repas en tenant des propos de la plus austère dévotion. Il dînait à faire trembler, et on lui demandait s'il n'avait point mangé le matin, et il répondait, les yeux dans le ciel, qu'il avait mangé quelques tartufles (sic) qu'il nommait tartufioli. M. de Molière qui avait déjà peut-être emprunté de lui quelques traits pour son hypocrite, saisit ce mot et appela sa pièce Tartuffe. »
  17. VIGNAROLO. Se non lo sai tu chi sei, manco lo so io: sei un cavallo, un bue, un asino.GUGLIELMO. Messer sí, se fussimo nel tempo di Pitagora, direi che quando mi sommersi morii e l'anima mia entrò in un altro corpo e son un altro. Vorrei saper chi sono. VIGNAROLO. Sei un tartufo!
  18. Ce double mot latin figure déjà comme une injure dans le Satyricon de Pétrone.
  19. Ce texte était signalé dès 1750 par le philologue Jacob Le Duchat dans le tome II d'une réédition augmentée du Dictionnaire étymologique de la langue françoise de Gilles Ménage, consultable sur Google Livres.
  20. Platine en francoys tresutile & necessaire pour le corps humain qui traicte de honeste volupte et de toutes viandes et choses que lome mange […] Compose en latin par Platine en court de Romme, et apres translate en françoys par messire Desdier Christol a Montpelier, Lyon, 1505, consultable sur Gallica.
  21. Cette occurrence a été signalée pour la première fois par Eugène Rolland dans le tome XI de sa Flore populaire, Paris, 1914, p. 183.
  22. Baluffe croit également pouvoir affirmer, dans la même étude, que « le nom de Tartuffe est d'origine populaire et méridional » et qu'il viendrait de deux mots de « la vieille langue romane »: taro ou tarau, qui signifie défaut, tache, tare, vice, et tufo ou touffo, qui signifie tant coiffe, capuchon, cape, chape, et tantôt hure, tête de porc. Il en conclut que Tartuffe doit se traduire par « vice sous cape » ou par « vice à museau de porc ». Baluffe appuie toute sa démonstration sur deux lettres de l'épistolier Jean-Louis Guez de Balzac, d'origine gasconne et mort en 1654, dont Pierre Richelet reproduit des extraits dans son recueil des Plus belles lettres françoises sur toutes sortes de sujets, tirées des meilleurs auteurs (Paris, 1698, tome II, p. 3-5). Or, le mot tartuffe est une interpolation de Richelet ; il ne figure pas dans les lettres originales de Balzac, l'une datée de 1622, l'autre de 1638.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les Plaisirs de l'Île enchantée, p. 271-272.
  2. Allier, p. 384 et suivantes. Voir aussi sur ces hypothétiques pressions, Michaut 1925, p. 38-39.
  3. Gazette de Renaudot, p. 480.
  4. Biet 2013, p. 70.
  5. Prest 2014, p. 2.
  6. Prest 2014, p. 146.
  7. Loret, p. 203.
  8. Mémoires du P. René Rapin de la compagnie de Jésus, p. 294.
  9. « Tartuffe (Affaire) | Banque de données AGON », sur base-agon.paris-sorbonne.fr (consulté le 9 mai 2017)
  10. La Gazette du 17 mai 1664.
  11. La Sainte Conduite de l’Homme en ce monde, ou la Vie de salut et méthode salutaire qu’il faut nécessairement garder au commencement, au progrez & à la fin de la vie pour estre sauvé. Composée par Messire Pierre Roullé, Prestre, Conseiller, Aumosnier & Predicateur Ordinaire du Roy, Docteur en la Faculté de Theologie de Paris, de la Maison & Société de Sorbonne, et Curé de S. Barthelemy de cette ville de Paris. Dediée à la Reine Mere. Paris, Gilles Gourault, 1662. Le seul exemplaire connu se trouve à la réserve de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris sous la cote 8 D 6555(3) INV 8286 FA.
  12. Premier Placet (été 1664).
  13. George Monval, Le Moliériste, octobre 1881, XXI, p. 195-200.
  14. Forestier-Bourqui t.2, p. 1385-1386.
  15. Sur la transformation des trois actes du Tartuffe ou l'Hypocrite de 1664 en les cinq actes de Panulphe ou l'Imposteur de 1667, voir Rey-Lacouture 2007, p. 281-284, et Forestier-Bourqui t.2, p. 1383-1384.
  16. Molière, Second placet au roi.
  17. Brossette, p. 565.
  18. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 309-310.
  19. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 324.
  20. Chambon, p. 125-126.
  21. Prest 2014, p. 185.
  22. Éphémérides, p. 53
  23. Lettre sur la comédie de l'Imposteur, p. 121.
  24. Forestier-Bourqui 2010, p. 1358. Le texte est sur Gallica : Lettre sur la comédie de l'imposteur
  25. Notice, p. 356.
  26. Registre, p. 64.
  27. Cairncross 1963.
  28. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 335.
  29. Forestier-Bourqui, t. 2, p. 1365.
  30. a et b Simon 1957, p. 95.
  31. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 307).
  32. Notice du Tartuffe, p. 325.
  33. Alfred Rebelliau, « Deux Ennemis de la Compagnie du Saint-Sacrement - Molière et Port-Royal », Revue des Deux Mondes, tome 53, 1909, p. 901.
  34. Despois-Mesnard, p. 320.
  35. Despois-Mesnard, p. 300.
  36. premier Placet
  37. Préface.
  38. Prest 2014, p. 35.
  39. Acte I, 5, v. 388-402. Voir Prest 2014, p. 113-114.
  40. Lettre sur les Observations, p. 47.
  41. Despois-Mesnard, Notice du Tartuffe, p. 333.
  42. a et b Prest 2014, p. 194.
  43. Cité par Hébert 1995, p. 22.
  44. Roquebrune, p. 190.
  45. Roquebrune, p. 191-193.
  46. Prest 2014, p. 195.
  47. Léonard Doucette, Théâtre d'expression française, L'Encyclopédie canadienne, 2015.
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  49. Voir Despois-Mesnard, p. 352. Texte dans Wikisource : Les Hypocrites. .
  50. Longueruana, 1754, p. 155, consultable sur Google Livres.
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  52. Lorenzo Lippi, Il malmantile racquistato, p. 516 Lire en ligne
  53. Margareta Diot, "Tartuffe",1976
  54. Le commedie - lo astrologo de Giambattista della Porta dans le projet Gutemberg
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  57. Sur cet étrange personnage, voir La France protestante, tome V, Paris-Genève, 1855, p. 188, consultable sur Google Livres.
  58. Le Mastigophore ou Précurseur du Zodiaque, 1609, p. 62, consultable sur Google Livres.
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  63. Boutique de la Comédie française.
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  66. Los Angeles, CA: TMW Media Group, 2007, 34 mins. Voir [1]
  67. La Presse, Tartuffe... en pleine Révolution tranquille, 3-12-2016.
  68. Radio-Canada, Le Tartuffe de Molière en pleine Révolution tranquille au TNM, 3-10-2016.

Ouvrages cités[modifier | modifier le code]

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