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Henri-Jules de Bourbon-Condé

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Henri-Jules de Bourbon-Condé
Description de cette image, également commentée ci-après
Louis II de Bourbon-Condé et son fils Henri-Jules, duc d'Enghien par Claude Lefèbvre, entre 1662 et 1666.

Titre

Prince de Condé


(22 ans, 3 mois et 21 jours)

Prédécesseur Louis II de Bourbon-Condé
Successeur Louis III de Bourbon-Condé
Fonctions militaires
Grade militaire Brigadier de cavalerie
Maréchal de camp
Lieutenant général
Gouvernement militaire Gouvernement de Bourgogne
Biographie
Titulature Duc de Bourbon
Duc d'Enghien
Premier prince du sang
Prince de Condé
Duc de Bellegarde
Duc de Châteauroux
Duc de Guise
Duc de Montmorency
Comte de Charolais
Comte de Clermont-en-Argonne
Comte de Sancerre
Baron de Châteaubriant
Seigneur de Chantilly
Dynastie Maison de Condé
Distinctions Pair de France
Chevalier des ordres du Roi
Autres fonctions Grand maître de France
Surnom Condé le Fol
Le singe vert
Naissance
Paris (France)
Décès (à 65 ans)
Paris (France)
Sépulture Église de Saint-Thomas de Cantorbéry
Père Louis II de Bourbon-Condé
Mère Claire-Clémence de Maillé
Conjoint Anne de Bavière
Enfants Marie-Thérèse de Bourbon-Condé
Louis III de Bourbon-Condé
Anne-Marie de Bourbon-Condé
Louise-Bénédicte de Bourbon-Condé
Marie-Anne de Bourbon-Condé
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Henri-Jules de Bourbon-Condé

Description de cette image, également commentée ci-après

Henri-Jules de Bourbon-Condé, né le et décédé le , à Paris, est un prince français de la maison de Condé, branche cadette de la dynastie régnante des Bourbon. Fils de Louis II de Bourbon-Condé, surnommé le Grand Condé en raison de ses prouesses militaires, il succède à son père comme cinquième prince de Condé en 1686, à l'âge de 43 ans. Il hérite alors d'une multitude de titres et de charges, dont ceux de Grand maître de France et de Premier prince du sang. Homme riche et puissant, le prince Henri-Jules jouit d'une mauvaise réputation d'homme fourbe et violent.

Le prince Henri-Jules de Bourbon-Condé est né à Paris le . Il est l'unique enfant du prince Louis II de Bourbon-Condé, surnommé le Grand Condé, alors Prince de Condé, et de Claire-Clémence de Maillé. Son père est un brillant général et le cousin du jeune Roi Louis XIV. Sa mère, quant à elle, est la nièce du puissant Cardinal de Richelieu. Henri-Jules est baptisé en l'Église Saint-Sulpice de Paris le [1] : son parrain est le Cardinal Mazarin, également parrain du Roi. Duc d'Albret jusqu'à ses trois ans, il est finalement titré duc d'Enghien en [2], titre traditionnellement associé à l'héritier de la Maison de Condé. Le petit duc est alors appelé « Monsieur le Duc » à la Cour, selon les usages. En 1652, âgé d'à peine neuf ans, il est contraint de suivre ses parents en exil dans les Pays-bas espagnols, en raison de l'implication des Condé dans la Fronde.

La famille regagne la France vers 1660 suite à la signature du Traité des Pyrénées (). Après ce retour, les parents du duc vivent pratiquement séparés : le Grand Condé au Château de Chantilly et son épouse entre le Château de Saint-Maur et l'Hôtel de Condé à Paris. Alors que durant l'exil des Condé, l'éducation d'Henri-Jules avait été confiée à Pierre Bourdelot qui lui inculque des notions de latin, le jeune prince est inscrit ensuite dans une école jésuite de Namur[3].

Un mariage avec la princesse Élisabeth-Marguerite d'Orléans, fille de Gaston d'Orléans, est tout d'abord envisagée mais il n'a pas lieu. Ce n'est que le qu'Henri-Jules prend épouse : le prince se marie dans la Chapelle du Palais du Louvre avec la princesse Anne de Bavière[4], issue de la prestigieuse Maison de Wittelsbach. Fille cadette d'un prince allemand établi à Paris, Édouard du Palatinat, comte palatin du Rhin, et d'Anne de Gonzague de Clèves, fille du duc Charles Ier de Mantoue.

La jeune princesse jouit d'une bonne réputation : on la dit bonne chrétienne, pieuse, généreuse et charitable, quoique laide et de peu d'esprit. On loue la sollicitude dont elle fait preuve à l'égard de son époux, qui le lui rend bien mal. Henri-Jules est instable, jaloux, cruel et enclin à de vifs accès de colère, dont sa femme est la première victime.

Toujours est-il que le couple aura dix enfants, princes et princesses de sang :

  1. Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle de Bourbon. Elle épouse le prince François-Louis de Bourbon-Conti, quatrième prince de Conti et devient ainsi princesse de Conti ;
  2. Henri de Bourbon-Condé, duc de Bourbon ( - )
  3. Louis III de Bourbon-Condé, qui deviendra le sixième prince de Condé. Il épouse l'une des bâtardes légitimées du roi Louis XIV issues de la liaison adultérine du Roi avec Madame de Montespan: Louise-Françoise de Bourbon ;
  4. Anne de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle d'Enghien ( - ) ;
  5. Henri de Bourbon-Condé, comte de Clermont-en-Argonne ( - ) ;
  6. Louis-Henri de Bourbon-Condé, comte de la Marche ( - ) ;
  7. Anne-Marie de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle d'Enghien puis plus tard Mademoiselle de Condé ;
  8. Louise-Bénédicte de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle d'Enghien puis par la suite Mademoiselle de Charolais. Elle épouse Louis-Auguste de Bourbon, prince de Dombes et un fils légitimé du roi Louis XIV ;
  9. Marie-Anne de Bourbon-Condé, dite Mademoiselle de Montmorency et par la suite Mademoiselle d'Enghien. Elle épouse Louis-Joseph de Bourbon-Vendôme, duc de Vendôme, et est ainsi duchesse de Vendôme ;
  10. N. de Bourbon, dite Mademoiselle de Clermont ( - ).

À partir de , il prend pour maîtresse Françoise Charlotte de Montalais qui lui donne une fille, Julie de Bourbon, titrée Mademoiselle de Châteaubriant. Cette dernière sera légitimée en , à l'âge avancé pour l'époque de vingt-cinq ans[5], et épouse le marquis de Lassay, qui sera lui-même l'amant de la belle-fille d'Henri-Jules.

Personnalité et apparence

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Portrait de Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé par Robert Nanteuil, XVIIe siècle.

Henri-Jules jouit d'une très mauvaise réputation. Il est décrit par ses contemporains comme petit, laid, sans prestance, débauché et brutal. Il était extrêmement colérique, au point tel « qu'il était absolument dangereux de le contredire ». Quant à son apparence, Madame de Sévigné se dit "triste de voir tant de grandeurs et tant de disgrâces du côté de la taille"[6]. "Un petit homme, très mince et très maigre", écrit Saint-Simon.

Le prince est un homme instruit et intelligent mais doté d'un caractère à bien des égards malveillant et affecté de graves problèmes mentaux qui ne cessent de s'aggraver dans ses dernières décennies. Ainsi est-il convaincu d'être déjà mort et entreprend de prendre tout ses repas dans une chambre souterraine, qu'il croit être celle du Maréchal-Vicomte de Turenne. Il lui arrive d'y recevoir des hôtes à dîner, qui doivent feindre d'être morts eux aussi et de discuter dans l'au-delà, servis par des domestiques vêtus de draps blancs[7]. Le prince est réputé anorexique, si bien qu'il faut parfois le forcer à se nourrir[8]. Dans ses Mémoires, le Saint-Simon dresse de lui un portrait lapidaire :

« Fils dénaturé, cruel père, mari terrible, maître détestable, pernicieux voisin, sans amitié, sans amis, incapable d'en avoir, jaloux, soupçonneux, inquiet sans aucune relâche, plein de manèges et d'artifices à découvrir et à scruter tout, à quoi il était occupé sans cesse. »

Si on lui reconnaît peu de qualités de coeur, le prince ne manque pas de piété : fervent janséniste, il préconise de se préparer à la mort par la réflexion et l'adoption d'un mode de vie austère[7].

Toujours est-il que sa folie ne cessera de grandir au fil des années, héritée sans doute de sa mère et de sa grand-mère maternelle. Des sources (Saint-Simon notamment) affirment que, dans les quinze ou vingt dernières années de sa vie, le Prince se prend parfois pour un chien, d'autres fois pour un loup[9], "tantôt quelque autre bête dont alors il imitait les façons"[6], ce qui laisse penser qu'il souffre de lycanthropie. Il lui arrive aussi de se prendre pour un lièvre, ou parfois pour une plante, en demandant à ses gens de l'arroser[10]. Dans ses crises de démence, le prince s'attaque à ses proches et à ses domestiques, sa femme et ses enfants vivant ainsi dans un climat de terreur pendant des années. Cet état d'instabilité mentale, que le prince aurait hérité de sa mère, elle-même réputée folle[11], lui vaut les surnoms de « Condé le Fol » et de « singe vert » par ses contemporains[12].

Carrière militaire

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Louis II de Bourbon-Condé et son fils Henri-Jules, duc d'Enghien par Claude Lefèbvre, entre 1662 et 1666.

Alors duc d'Enghien, Henri-Jules est nommé brigadier de cavalerie le , à 25 ans, puis maréchal de camp le . Il fut également nommé lieutenant général le . Il commandait comme second, faisant office de chef d'état-major, l'armée lors du passage du Rhin en . On ne lui confia jamais de commandement réel, le roi Louis XIV et Louvois ne pouvant pas se fier à son esprit malade[13]. S'il ne manque pas de bravoure, il fait preuve d'imprudence au combat, se rendant dangereux pour l'ennemi comme pour son propre camp. Déçu par les qualités militaires de son fils, le Grand Condé reporte ses espoirs sur son jeune cousin le prince François-Louis de Bourbon-Conti, qui fera alors une brillante carrière militaire.

En , le Grand Condé meurt. Henri-Jules devient le nouveau prince de Condé, héritant d'une myriade d'autres titres, de charges et d'honneurs, parmi lesquels la charge de Grand maître de France et le Gouvernement de Bourgogne. En tant que Premier prince du sang, le prince bénéficie désormais du titre de « Monsieur le Prince ». Il s'attèle à poursuivre les travaux que son père avait entrepris au domaine familial de Chantilly, achevant la construction de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Chantilly et poursuivant les travaux d'embellissement du Grand château.

Henri-Jules de Bourbon-Condé meurt à Paris le , à l'âge de soixante-cinq ans. Sa mort est sans doute vécue comme un soulagement pour beaucoup, dont sa femme, qui doit supporter cet époux violent et cruel depuis plus de vingt ans. Comme tous les Princes de Condé, le prince est inhumé en l'église Saint-Thomas de Cantorbéry de Vallery, auprès de son père. Son fils Louis lui succède alors sous le nom de Louis III de Bourbon-Condé, qui se révèlera aussi cruel et instable que son père.

Décorations

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Ordre du Saint-Esprit Chevalier des ordres du Roi ()

Notes et références

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  1. « Généalogie de Henri Jules de BOURBON CONDE », sur Geneanet (consulté le )
  2. « Prosocour », sur www.prosocour.chateauversailles-recherche.fr (consulté le )
  3. (en) The Worlds of Knowledge and the Classical Tradition in the Early Modern Age: Comparative Approaches, BRILL, (ISBN 978-90-04-46233-5, lire en ligne)
  4. « Ratification du contrat de mariage du duc d’Enghien Jules-Henri de Bourbon, avec Anne de Bavière », sur FranceArchives (consulté le )
  5. (en) Julian Swann, Provincial Power and Absolute Monarchy: The Estates General of Burgundy, 1661–1790, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-139-44083-7, lire en ligne)
  6. a et b CMN, « Henri Jules de Bourbon, duc d’Enghien, d’après Pierre Mignard - CMN », sur www.chateau-bussy-rabutin.fr (consulté le )
  7. a et b (en) Emmanuel Le Roy Ladurie, Saint-Simon and the Court of Louis XIV, University of Chicago Press, (ISBN 978-0-226-47320-8, lire en ligne)
  8. « CONDÉ Henri-Jules de Bourbon, prince de - Tombes Sépultures dans les cimetières et autres lieux », sur www.tombes-sepultures.com (consulté le )
  9. CMN, « Henri Jules de Bourbon, duc d’Enghien, d’après Pierre Mignard - CMN », sur www.chateau-bussy-rabutin.fr (consulté le )
  10. Louise Boisen Schmidt, « This is Versailles: The Insanity of Henri Jules de Bourbon-Condé », sur This is Versailles, (consulté le )
  11. La mère de Claire-Clémence de Maillé, Nicole du Plessis-Richelieu, sœur du cardinal, était morte folle.
  12. « Henri-Jules de Bourbon-Condé dit Condé le Fol ou le singe vert - Bienvenue sur mon site historique. Bon surf L'histoire pour le plaisir /body », sur www.ljallamion.fr (consulté le )
  13. « Philippe Quinault - Sur le passage du Rhin », sur www.quinault.info (consulté le )

Bibliographie

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  • Henri Chérot, Trois éducations princières au XVIIe siècle : le Grand Condé, son fils, le duc d'Enghein, son petit-fils, le duc de Bourbon 1630-1684, d'après les documents originaux, Société de Saint-Augustin, Desclée, De Brouwer et Cie, 1896, 302 p., illustré de 30 gravures

Liens externes

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