Armande Béjart

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Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart
Armande Béjart.jpg

Armande Béjart, dite Mademoiselle Molière

Fonction
Sociétaire de la Comédie-Française
Biographie
Naissance
Incertaine
Décès
Activité
Comédienne
Conjoint
1. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière ; 2. Isaac-François Guérin, sieur d'Estriché
Enfant
1. Louis Poquelin; 2. Esprit Madeleine Poquelin; 3. Pierre-Jean-Baptiste-Armand Poquelin; 4. Nicolas-Armand-Martial Guérin

Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart est une comédienne française, née à une date incertaine et morte à Paris le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et identité[modifier | modifier le code]

Plus de trois siècles après sa mort, l'identité exacte de la femme de la femme de Molière n'est pas clairement établie et divise encore les biographes et les historiens.

[Voir ci-dessous l'état de la question.]

Épouse et comédienne[modifier | modifier le code]

Le , en l'église Saint-Germain-L'Auxerrois, la jeune «Armande Grésinde Claire Élisabeth Béjart […] âgée de vingt ans ou environ» épouse Jean-Baptiste Poquelin, son aîné d'une vingtaine d'années.

Ils auront trois enfants :

  1. Louis, tenu sur les fonts de Saint-Germain-l'Auxerrois, le 28 février 1664, par Charles duc de Créquy, tenant pour Louis XIV, et Colombe Le Charon, épouse du maréchal du Plessis-Choiseul, tenant pour Henriette d'Angleterre, épouse de Philippe d'Orléans, et inhumé le 11 novembre de la même année ;
  2. Esprit-Madeleine, tenue sur les fonts de Saint-Eustache, le 4 août 1665, par Esprit de Rémond, marquis de Modène, et Madeleine Béjart.
  3. Pierre-Jean-Baptiste-Armand, né le 15 septembre 1672, tenue sur les fonts de Saint-Eustache, le 1er octobre suivant, par Pierre Boileau de Puymorin, frère du satiriste, et Catherine-Marguerite Mignard, fille du peintre Pierre Mignard, et inhumé le 12 du même mois.

La Grange ne mentionne l'appartenance de «Mademoiselle Molière»[1] à la troupe que le 9 juin,[2]. Mais il faudra attendre un an pour la voir tenir un rôle important : en juin 1663, elle est Élise dans La Critique de l'École des femmes[3], puis en octobre de la même année, elle joue son propre rôle dans L'Impromptu de Versailles. En mai 1664, elle obtient pour la première fois un premier rôle, celui de la princesse dans La Princesse d'Élide de Molière. Elle succède dès lors à Madeleine Béjart dans les premiers rôles féminins, aux côtés de Marquise Du Parc et de Catherine de Brie, dans quasiment toutes les pièces de Molière, ainsi que dans les pièces d'autres auteurs, créées sur la scène du Palais-Royal, d'Alexandre le Grand (1665) de Racine, à Attila (1667) et Tite et Bérénice (1670) de Corneille[4],[5].

Après la mort de Molière[modifier | modifier le code]

La mort de Molière, le 17 février 1673, entraîne la défection de plusieurs de ses camarades de scène, qui passent dans la troupe rivale de l'Hôtel de Bourgogne durant la relâche de Pâques, La Grange (ancien bras droit de Molière) et Armande obtiennent de réunir les comédiens restés fidèles avec ceuxw de la troupe du Marais, définitivement dissoute par ordre royal. Privée de sa salle du Palais-Royal que Louis XIV a attribué à Lully pour ses spectacles d'opéra, la Troupe du Roi ainsi reconstituée loue la salle de l'hôtel Guénégaud le [6]. Ainsi, le 9 juillet 1673, la troupe du roi en son hôtel de la rue Guénégaud ouvre la nouvelle saison avec Le Tartuffe, puis joue le répertoire de Molière. Armande figure la première dans la liste des comédiennes.

Le 31 mai 1677, elle épouse en secondes noces le comédien Guérin d'Estriché, membre de la troupe et âgé de deux ou trois ans de plus qu'elle. Ils auront un fils unique, Nicolas Guérin, qui s'essaiera au théâtre en réécrivant et complétant, sous le titre Myrtil et Mélicerte, « pastorale héroïque » en trois actes, la Mélicerte laissée inachevée par Molière, et mourra en 1708 à l’âge de trente ans.

Le musée d'art et d'histoire de Meudon, ancienne maison de campagne d'Armande Béjart.

En 1676, trois ans après le décès de Molière, Armande acquiert à Meudon pour 5400 livres, une maison qui avait été auparavant celle du chirurgien Ambroise Paré dès 1550. Elle y séjourna principalement, avec son second mari. Cette demeure est devenue le musée d'art et d'histoire de la ville.

Sociétaire de la Comédie-Française dès sa création, en août 1680, elle prend sa retraite le avec une pension de 1 000 livres[7]. Elle meurt le 30 novembre 1700 à son domicile de la rue de Touraine à Paris (au 4 de l'actuelle rue Dupuytren). L'acte d'inhumation indique qu'elle était âgée de 55 ans, ce qui situerait sa naissance en 1645.

Controverses au sujet de sa filiation[modifier | modifier le code]

Rumeurs et calomnies[modifier | modifier le code]

À partir de 1676, trois ans après la mort de Molière, que des calomnies vont se répandre. D'abord par un factum d'Henry Guichard, accusé d'avoir voulu empoisonner Lully et cherchant à disqualifier tous les témoins cités par celui-ci, parmi lesquels Armande: il la déclare "infâme" comme tous les comédiens (c'est-à-dire incapable de témoigner en justice) et l'accuse rien moins que d'avoir été la fille de son mari ou la femme de son père et d'avoir couché avec tous les autres hommes que son père et mari. Guichard fut condamné à faire amende honorable et les exemplaires restant de son factum furent détruits, mais le mal était fait. Dix ans plus tard, apparut un libelle anonyme intitulé La Fameuse comédienne ou Histoire de la Guérin auparavant femme et veuve de Molière, qui faisait d'Armande une femme légère, passant son temps à tromper son mari (notamment avec le comédien Michel Baron) et étant ainsi responsable des tourments puis de la maladie du "pauvre Molière"[8]. Dans sa Vie de M. de Molière, publiée en 1705, Grimarest relaiera à mots couverts et sans s'avancer une partie de ces inventions.

Pour les contemporains unanimes, Madeleine Béjart était la mère d'Armande. Boileau est particulièrement net à ce sujet (« Molière avait été amoureux premièrement de la Béjart dont il avait épousé la fille, ensuite de Mlle de Brie, aussi comédienne» [9]). C'est ce qu'affirme à la même époque le premier biographe de Molière, Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, suivi en cela par tous les historiens et éditeurs jusqu'en 1820.

Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle, avec la découverte des actes officiels que les historiens ont estimé qu'il fallait croire uniquement ces actes officiels et que Madeleine était en fait la sœur aînée d'Armande.

De nombreux éléments confortent l'opinion des contemporains du XVIIe et du XVIIIe siècles selon laquelle Madeleine serait la mère d'Armande : le fait que Marie Hervé avait quarante-huit ou quarante-neuf ans à la naissance d'Armande, que la fille d'Armande et de Molière fut appelée Esprit-Madeleine (du nom de ses parrain et marraine, qui étaient au XVIIe siècle presque toujours les grands-parents), que Madeleine Béjart fit d'Armande sa légataire universelle (alors que vivait une autre sœur elle aussi membre de la troupe de Molière) et que le comédien Montfleury accusa Molière « d'avoir épousé la fille et d'avoir autrefois couché avec la mère[10] », tous ces éléments[11] pourraient conforter l'information officiellement rappelée par Grimarest (souvent sujet à caution, mais qui déclare tenir ses renseignements d'Esprit-Madeleine elle-même).

Ce que disent les sources[modifier | modifier le code]

Roger Duchêne, auteur de la dernière grande biographie en date de Molière, se veut l'héritier des historiens "légalistes" et pour lui l'hypothèse d'une filiation entre Madeleine et Armande est possible, mais pas avérée. Si l'on s'en tient aux seuls documents officiels parvenus à notre connaissance, Armande est bien la fille de Joseph Béjart (1585-1641) et de son épouse Marie Hervé (1593-1670). C'est ce qu'indiquent l'acte de mariage de Molière et Armande, ainsi que leur contrat de mariage, signé par Marie Hervé (en qualité de mère d'Armande) et par Madeleine (en qualité de sœur d'Armande). Par ailleurs, le récit de Grimarest présente plusieurs erreurs majeures. Il avance qu'Armande est fille de Madeleine et du comte Esprit Rémond de Modène, avec qui elle aurait contracté un mariage secret. Or, Rémond de Modène était déjà marié à cette époque. De plus, la fille qu'il a eue avec Madeleine Béjart, alors sa maîtresse, s'appelait Françoise, née en 1638. Mais manifestement Grimarest, qui tient ses informations d'Esprit-Madeleine elle-même, reproduit sans doute ce qu'on a toujours dit à l'enfant: que son grand-père et parrain avait épousé jadis secrètement sa grand-mère et marraine et que l'enfant (unique) né de cette union était donc sa mère Armande. Autre invraisemblance selon Duchêne, Grimarest parle d'un mariage secret entre Molière et Armande, ce que contredit l'acte de mariage. De plus, un tel mariage clandestin avec Armande, sans le consentement de la famille, aurait mis Molière sous la menace d'une accusation de rapt. Le récit de Grimarest peut donc difficilement être retenu comme plausible. À propos de l'âge de Marie Hervé au moment de la naissance d'Armande (à peu près 48 ans), Roger Duchêne souligne que si la ménopause était plus précoce à l'époque, une telle naissance tardive n'était toutefois pas impossible. Il situe celle d'Armande entre 1640 et 1642, Marie Hervé ayant eu une autre fille en 1639 (Bénigne, enfant mort-née) et son époux Joseph étant mort en 1641. Quant aux insinuations de Montfleury qui, en rappelant que Armande était la fille de Madeleine qui avait été autrefois la maîtresse de Molière, c'était d'abord une tentative de faire invalider le mariage (l'Église interdit le mariage avec l'enfant d'une ancienne femme ou maîtresse) bien plus qu'une accusation d'inceste: s'il n'y eut pas de suite, c'est parce que tout le monde était abrité par les actes officiels qui, une fois pour toutes, avaient établi la filiation d'Armande et parce qu'on connaissait le désir de Montfleury, membre d'une troupe concurrente et récemment humilié par Molière dans L'Impromptu de Versailles, de faire du tort à son rival[12]. Roger Duchêne concède que le choix d'Esprit Rémond de Modène et Madeleine Béjart comme parrain et marraine d'Esprit-Madeleine, fille d'Armande et Molière, peut aussi suggérer une filiation secrète entre Madeleine et Armande, mais il ajoute que cette volonté de mettre en avant le comte de Modène auprès de Madeleine dans cette cérémonie est peut-être une façon de déjouer les accusations d'inceste dont Molière faisait l'objet[13]. Enfin, le fait que Madeleine, dans son testament, fait d'Armande sa légataire universelle donne à penser qu'elle était bien sa mère. Au vu de tous ces éléments, Roger Duchêne laisse toutefois la question en suspens[14].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce sera son nom de scène jusqu'à son remariage avec Guérin d'Estriché.
  2. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 305 et 376
  3. Annie Vocanson, Ouvertures, p. 11, in L'école des femmes, Ed Gallimard, Coll. La bibliothèque Gallimard, 2001
  4. Notice sur Armande Béjart sur César.org
  5. Notice sur Armande Béjart, sur toutmoliere.net
  6. Le Minutier central des notaires de Paris, département des Archives nationales, conserve l'acte d'association du 3 mai 1673, entre Armande Béjart, veuve de Molière, et de Claude de La Rose, dit Rosimond, du théâtre du Marais, pour former cette seconde troupe des comédiens du Roi, pendant 6 ans au Marais. Cote Archives nationales : MC/ET/CXVI/23
  7. Elle a alors un peu plus de cinquante ans. Son mari, Guérin d'Éstriché, âgé alors de cinquante-huit ans, ne se retirera qu'en 1717 et mourra le 20 janvier 1728, à quatre-vingt-douze ans.
  8. Mme Boudin, Jean de La Fontaine, Les intrigues de Molière et celles de sa femme : ou, La fameuse comédienne : histoire de la Guérin, Ed. Isodore Lisieux, , p. 77
  9. Correspondance entre Boileau-Despréaux et Brossette, Paris, , p. 517
  10. « Montfleury a fait une requête contre Molière, et l’a donnée au roi. Il l’accuse d’avoir épousé la fille et d’avoir autrefois couché avec la mère. Mais Montfleury n’est point écouté à la cour. » (Lettre de Jean Racine à l'abbé Le Vasseur, du 23 novembre 1663)
  11. Éléments rappelés dans la chronologie (à la date 1642) de la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade (Paris, Gallimard, 2010, vol. I)
  12. Roger Duchêne, Molière, Ed. Fayard, 1998, p. 51, p.297-302, p.738
  13. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 423-424
  14. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 620-622

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Mongrédien, La Vie privée de Molière, Paris, Hachette, coll. "Les Vies privées", 1950, p. 84-102.
  • Madeleine Jurgens et Elisabeth Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe, Paris, S.E.V.P.E.N., 1960.
  • Georges Couton, "L'État-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende", dans Revue des sciences humaines, n° 115, Villeneuve-d'Ascq, 1964, p. 311-351.
  • Gustave Larroumet, La femme de Molière, Wikisource

Liens externes[modifier | modifier le code]