Armande Béjart

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Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart
Armande Béjart.jpg

Armande Béjart, dite Mademoiselle Molière

Fonction
Sociétaire de la Comédie-Française
Biographie
Naissance
Date et lieu incertains
Décès
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30 novembre 1700, à Paris
Activité
Comédienne
Conjoint
1. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière ; 2. Isaac-François Guérin, sieur d'Estriché
Enfant
1. Louis Poquelin; 2. Esprit Madeleine Poquelin; 3. Marie Poquelin; 4. Pierre-Jean-Baptiste-Armand Poquelin; 5. Nicolas-Armand-Martial Guérin

Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart est une comédienne française du Grand siècle, née à une date et dans un lieu incertains, et morte à Paris le . Fille ou sœur de Madeleine Béjart (la question est encore en suspens), elle a été pendant onze ans l'épouse de Molière, avec qui elle a entretenu une relation tumultueuse et dont elle a créé certains des plus beaux rôles. Son talent, tant dans le tragique que dans le comique, a été unanimement reconnu de ses contemporains. Personnalité controversée, elle a fait l'objet, de son vivant même, d'une biographie romancée, La Fameuse Comédienne, très venimeuse à son endroit, mais écrite avec élégance et maintes fois rééditée au cours des siècles suivants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et identité[modifier | modifier le code]

Plus de trois siècles après sa mort, l'identité exacte de la femme de Molière n'est pas clairement établie. Les rareté des documents existants, l’absence en particulier d’un acte de baptême qui porterait son quadruple prénom et les noms de ses parents, ne permet pas de trancher la question de savoir si elle était la fille ou la sœur de Madeleine Béjart, question qui de son vivant déjà était objet de controverse. Les historiens en sont donc réduits à combiner de diverses manières les quelques indices dont ils disposent et qui sont exposés ci-après dans l’ordre chronologique.

Françoise de Modène (1638)[modifier | modifier le code]

La date la plus ancienne avancée au sujet de « Mademoiselle Molière » est celle du 3 juillet 1638. Ce jour-là, à Paris, Madeleine Béjart, âgée de vingt ans, fille mineure[1] de Joseph Béjart (1585-1641) et de Marie Hervé (1593-1670), met au monde une enfant qui sera tenue huit jours plus tard sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache. Son acte de baptême a été publié en 1872 par l'archiviste Auguste Jal[2] :

« Onzième de juillet, fut baptisée Françoise, née du samedi troisième de ce présent mois, fille de messire Esprit Raymond, chevalier, seigneur de Modène et autres lieux, chambellan des affaires de Monseigneur, frère unique du roi, et de damoiselle Madeleine Béjard, la mère, demeurant rue Saint-Honoré ; le parrain, Jean-Baptiste de L’Hermite, écuyer, seigneur de Vauselle[3], tenant pour messire Gaston-Jean-Baptiste de Raymond, aussi chevalier, seigneur de Modène[4] ; la marraine, damoiselle Marie Hervé[5], femme de Joseph Béjard, écuyer[6]. »

Le prénom Françoise est donné à l'enfant en référence à son grand-père paternel, François de Rémond de Mormoiron, comte de Modène, dit «  le Gros Modène » (1570 ?-1632)[7]. De « Françoise de Modène », on ne sait rien d'autre. Il est possible qu'elle soit morte en bas âge, comme de nombreux enfants à l'époque, mais on n'en a aucune certitude, son acte de décès n'ayant pas été retrouvé.

Quoi qu'il en soit, c'est bien cette enfant que Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, premier biographe de Molière, évoquera[8], quand en 1705, sans citer son prénom, qu'il ne connaissait peut-être pas, il identifiera la future Mlle Molière avec la « petite fille que la Béjart avait eue de Monsieur de Modène, gentilhomme d'Avignon ».

Une « petite non baptisée » (1643)[modifier | modifier le code]

À la fin de l'hiver 1643, dix-huit mois après le décès de Joseph Béjart, sa veuve et leurs enfants travaillent avec Molière à la création de l'Illustre Théâtre, qui verra le jour le 30 juin. Dans un acte signé le 10 mars, Marie Hervé déclare, « au nom et comme tutrice de Joseph, Madeleine, Geneviève, Louis et une petite non baptisée, mineurs dudit défunt et elle », souhaiter renoncer à la succession de leur père comme étant plus onéreuse que profitable[9].

N'ayant pas encore été baptisée, mais simplement ondoyée (du moins faut-il le croire), la « petite » n'a pas de nom. Mais la plupart des historiens s'accordent à reconnaître en elle la future Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth, et il semble bien que ce document, dont la validité a été contestée dès sa publication (voir ci-dessous la section Controverse), soit celui d'où procèdent tous ceux qui, entre 1662 et 1700, « constatent »[10] que l'épouse de Molière est la fille cadette des époux Béjart et donc la sœur de Madeleine, son aînée d'une vingtaine d'années.

Pour quelle raison cette « petite », âgée de neuf ou dix mois au moins[11], n'a-t-elle pas encore été baptisée ? On a fait valoir que « la cérémonie avait été remise en raison de toutes les préoccupations qui hantaient la famille depuis la mort de Joseph »[12], qu'elle avait encore été « ajournée à cause des aventures de l'Illustre Théâtre », et que cela donnait à penser que le baptême avait pu avoir lieu en province[13].

Une enfance provinciale ?[modifier | modifier le code]

L'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne [14] écrira plus tard que « [« la Molière »] a passé sa plus tendre jeunesse en Languedoc, chez une dame d'un rang distingué dans la province ». Un historien du XIXe siècle a tenté, sans invraisemblance, de donner un nom à cette femme :

« N'est-il pas permis, écrit-il, de reconnaître en cette dame la femme du quasi-parrain de la fillette, le chevalier de L'Hermite[15], qui était alors établie aux portes même du Languedoc ? Ainsi, tandis que Madeleine Béjart accomplit à travers la province ses voyages professionnels, la petite Françoise est élevée avec sa cousine Madeleine L'Hermite, de deux ans et demi seulement plus âgée qu'elle, dans le petit domaine de la Souquette, que les L'Hermite ont acheté au chevalier de Modène lui-même[16]. »

Une chose est certaine : en 1653, Jean-Baptiste L'Hermite, Marie Courtin et leur fille Madeleine figureront avec « Mlle Menou » (voir ci-dessous) dans la distribution de l'Andromède de Corneille, aux côtés de Molière et de Madeleine Béjart.

Un baptême tardif ?[modifier | modifier le code]

Dans son contrat de mariage et dans nombre de documents ultérieurs, l'épouse de Molière est désignée par les quatre prénoms mentionnés ci-dessus[17], dont les deux premiers sont tout à fait remarquables. En 1963, Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller ont avancé à ce sujet une précieuse hypothèse : « Il est un moment, écrivent-elles[18], où deux personnes se trouvent réunies, qui auraient pu donner à la plus jeune des Béjart ses deux premiers prénoms : c'est en 1653 à Montpellier, lors des États du Languedoc qui furent convoqués par Scipion Grimoard de Beauvoir, comte du Roure[19], époux de Grésinde de Baudan, et présidés par Armand de Bourbon, prince de Conti, alors protecteur des comédiens[20]. »

L'extrême rareté des prénoms Armande et Grésinde au milieu du XVIIe siècle[21] donne un certain poids à l'hypothèse[22]. En effet, il semble qu'Armande Béjart soit, sinon la première, du moins l'une des toutes premières femmes à s'être ainsi prénommée[23], et que l'Armande des Femmes savantes soit restée pendant longtemps la seule de ce nom dans le répertoire théâtral classique. Quant à Grésinde, variante d’un vieux prénom médiéval, que l’on trouve dans la documentation sous les formes Grassinde, Grasinde, Grascinde, Garcinde, Garsinde, Garcende, Gersende, il n'était porté que dans quelques rares familles de l'aristocratie languedocienne.

Si l'on retient cette hypothèse, il faut admettre que l'enfant qui en mars 1643 n'était pas encore baptisée l'a été beaucoup plus tard, au cours de son adolescence, comme ce sera le cas, par exemple, du premier fils de Lully[24].

Mademoiselle Menou[modifier | modifier le code]

Nombre d'auteurs s'accordent à reconnaître la future « Mlle Molière » dans la « Mlle Menou »[25] qui joue le rôle de la néréide Éphyre (quatre vers) dans les représentations de l'Andromède de Corneille données en province au cours de l'année 1653 par la troupe que dirigent Charles Dufresne et Molière[26],[27]. Plus nombreux encore sont ceux qui l'identifient avec la jeune « Mademoiselle Menou » dont il est question dans une lettre de Chapelle à Molière publiée tardivement (1692[28]) et qu'on date en général du printemps 1659[29] :

« Toutes les beautés de la campagne ne vont faire que croître et embellir, surtout celle du vert, qui nous donnera des feuilles au premier jour […]. Ce ne sera pas néanmoins encore sitôt, et pour ce voyage il faudra se contenter de celui qui tapisse la terre et qui, pour vous le dire un peu plus noblement,

Jeune et faible, rampe par bas
Dans le fond des prés, et n'a pas
Encor la vigueur et la force
De pénétrer la tendre écorce
Du saule qui lui tend les bras.
La branche, amoureuse et fleurie,
Pleurant pour ses naissants appâts,
Toute en sève et larmes, l'en prie
Et, jalouse de la prairie,
Dans cinq ou six jours se promet
De l'attirer à son sommet.

Vous montrerez ces beaux vers à mademoiselle Menou seulement ; aussi bien sont-ils la figure d'elle et de vous. Pour les autres, vous verrez bien qu'il est à propos surtout que vos femmes ne les voient pas, et pour ce qu'ils contiennent, et parce qu'ils sont, aussi bien que les premiers, tous des plus méchants. Je les ai faits pour répondre à cet endroit de votre lettre où vous particularisez le déplaisir que vous donnent les partialités de vos trois grandes actrices[30]pour la distribution de vos rôles. »

Il ressort de cette lettre que, trois ans avant leur mariage, et alors que Molière est confronté à des dissensions à l'intérieur de la troupe, Armande (si elle est bien « Mlle Menou ») et lui entretiennent une relation amoureuse tenue encore secrète.

Avec la troupe de Monsieur[modifier | modifier le code]

Depuis l'arrivée de la troupe à Paris à l'automne 1658, et dès avant sans doute, la jeune femme partage la vie des comédiens. Son nom apparaît pour la première fois et de manière certaine dans la documentation, le 26 août 1659, sous la forme « Grésinde Béjart ». Elle signe ce jour-là avec tous les membres de la troupe au contrat de mariage entre deux amis des comédiens[31]. En novembre 1660 et avril 1661, elle signera à deux occasions semblables en tant que « Grésinde Armande » et « Armande Grésinde ».

Pour tous ceux parmi lesquels elle vit (les comédiens, leurs familles, leurs proches, leurs amis[32]), Armande est, au moins de manière « officielle » ou « légale », la sœur cadette de « Mlle Béjart » (Madeleine), « Mlle Hervé » (Geneviève) et de « Béjart » (Louis). Un document l'atteste : le contrat de société signé devant notaires le 4 octobre 1659, dans lequel les rapports juridiques entre les comédiens de la troupe ayant été redéfinis, Madeleine Béjart se réserve « à l'exclusion de tous autres deux places pour son frère et une de ses sœurs »[33]. Les derniers mots désignant Geneviève, qui appartient à la troupe depuis la création de l'Illustre Théâtre, l'autre sœur ne peut être qu'Armande.

Au cours du relâche de Pâques 1661, Molière demande à ses camarades « deux parts au lieu d'une qu'il [a] », ce que « la troupe lui [accorde], pour lui ou pour sa femme s'il se [marie] »[34]. Le mariage n'aura lieu que neuf mois plus tard, et quand Armande entrera dans la troupe, au cours du relâche de Pâques 1662, la part qui lui sera accordée sera l'une des deux dont son mari aura bénéficié au cours de la saison écoulée.

Épouse et mère[modifier | modifier le code]

Un mariage discret[modifier | modifier le code]

Le 23 janvier 1662, un contrat de mariage est passé entre le chef de la troupe de Monsieur, âgé de quarante ans, et la jeune Armande-Grésinde, « âgée de vingt ans ou environ »[35] :

« Furent présents Jean-Baptiste Pocquelin de Molière, demeurant à Paris, rue Saint-Thomas-du-Louvre, paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, […] d’une part, et demoiselle Marie Hervé, veuve de feu Joseph Béjart, vivant écuyer, sieur de Belleville […], stipulant en cette partie pour demoiselle Armande Grésinde Claire Élizabeth Béjart, sa fille et dudit défunt sieur de Belleville, âgée de vingt ans ou environ […], d’autre part ; lesquelles parties, en la présence, par l’avis et conseil de leurs parents et amis, savoir, de la part dudit sieur de Molière, de sieur Jean Pocquelin, son père, tapissier et valet de chambre du Roi, le sieur André Boudet, marchand bourgeois de Paris, beau-frère à cause de dame Marie-Madeleine Pocquelin, sa femme ; et, de la part de ladite demoiselle Armande Grésinde Claire Élizabeth Béjart, de demoiselle Madeleine Béjart, fille usante et jouissante de ses biens et droits, sœur de ladite demoiselle, et de Louis Béjart, son frère, demeurant avec ladite demoiselle leur mère dans ladite place du Palais-Royal, ont fait et accordé entre elles, de bonne foi, les traité et conventions de mariage qui ensuivent ; c’est à savoir, etc[36]. »

Cette signature a lieu dans une intimité qui étonne : dix mois plus tôt, la troupe de Monsieur était présente au grand complet à la signature du contrat de mariage entre Marin Prévost et Anne Brillart[37] ; de même, lorsque Lully épousera, six mois plus tard, la fille du musicien Michel Lambert, le contrat de mariage, signé en grande cérémonie au château de Saint-Germain-en-Laye, portera les signatures de Louis XIV, d'Anne d'Autriche, de la reine Marie-Thérèse, du duc de Mortemart-Rochechouart, de Jean-Baptiste Colbert, de Pierre de Nyert, de Louis Hesselin, et plusieurs autres.

Autre sujet d'étonnement : le titre de « sieur de Belleville » donné à feu Joseph Béjart n'a jamais paru jusqu'alors, et ledit Béjart n'a été qualifié d'écuyer qu'à une seule occasion : lors du baptême de sa petite-fille Françoise, en 1638 (voir ci-dessous)[38].

La cérémonie religieuse a lieu un mois plus tard, le lundi gras 20 février, à l'église Saint-Germain-l’Auxerrois :

« Du lundi vingtième [février 1662]. Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin et de feue Marie Cressé, d'une part, et Armande Grésinde Béjard, fille de feu Joseph Béjard et de Marie Hervé, d'autre part, tous deux de cette paroisse, vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés et mariés tout ensemble, par permission de M. Comtes, doyen de Notre-Dame et grand vicaire de Monseigneur le Cardinal de Retz, archevêque de Paris, en présence de Jean Poquelin, père du marié, et de André Boudet, beau-frère du marié, et de ladite dame Hervé, mère de la mariée, et Louis Béjard et Madeleine Béjard, frère et sœur de ladite mariée, et d'autres[39], avec dispense de deux bans[40]. »

En 1705, dans sa Vie de M. de Molière, Grimarest fera, des circonstances de ce mariage, une étrange et très romanesque relation, dont les historiens n’ont pas manqué de relever le caractère d’invraisemblance, mais qu’il tenait sans doute, pour l’essentiel, d’Esprit-Madeleine Poquelin, la fille de Molière, qui était sa voisine et amie :

« On ne pouvait, écrit-il, souhaiter une situation plus heureuse que celle où il était à la cour et à Paris depuis quelques années. Cependant, il avait cru que son bonheur serait plus vif et plus sensible s'il le partageait avec une femme. Il voulut remplir la passion que les charmes naissants de la fille de la Béjart avaient nourrie dans son cœur à mesure qu'elle avait crû. […] Mais il savait que la mère avait d'autres vues, qu'il aurait de la peine à déranger. […] Elle aimait mieux être l'amie de Molière que sa belle-mère. Ainsi, il aurait tout gâté de lui déclarer le dessein qu'il avait d'épouser sa fille. Il prit le parti de le faire sans en rien dire à cette femme. Mais comme elle l'observait de fort près, il ne put consommer son mariage pendant plus de neuf mois ; c'eût été risquer un éclat qu'il voulait éviter sur toutes choses, d'autant plus que la Béjart, qui le soupçonnait de quelque dessein sur sa fille, le menaçait souvent, en femme furieuse et extravagante, de le perdre, lui, sa fille et elle-même, si jamais il pensait à l'épouser. Cependant, la jeune fille ne s'accommodait point de l'emportement de sa mère, qui la tourmentait continuellement et lui faisait essuyer tous les désagréments qu'elle pouvait inventer, de sorte que cette jeune personne, plus lasse peut-être d'attendre le plaisir d'être femme que de souffrir les duretés de sa mère, se détermina un matin de s'aller jeter dans l'appartement de Molière, fortement résolue de n'en point sortir qu'il ne l'eût reconnue pour sa femme ; ce qu'il fut contraint de faire. Mais cet éclaircissement causa un vacarme terrible ; la mère donna des marques de fureur et de désespoir, comme si Molière avait épousé sa rivale ou comme si sa fille fût tombée entre les mains d'un malheureux. Néanmoins, il fallut bien l'apaiser, il n'y avait point de remède, et la raison fit entendre à la Béjart que le plus grand bonheur qui pût arriver à sa fille était d'avoir épousé Molière, qui perdit par ce mariage tout l'agrément que son mérite et sa fortune pouvaient lui procurer, s'il avait été assez philosophe pour se passer d'une femme. »

Une relation tumultueuse[modifier | modifier le code]

[…]

Maternités[modifier | modifier le code]

Molière et Armande auront quatre enfants :

1. Louis, tenu sur les fonts baptismaux de Saint-Germain-l'Auxerrois, le 28 février 1664, par Charles duc de Créquy, tenant pour Louis XIV, et Colombe Le Charon, épouse du maréchal du Plessis-Choiseul, tenant pour Henriette d'Angleterre, épouse de Philippe d'Orléans, et inhumé le 11 novembre de la même année[41]. Les historiens s’accordent à penser qu’en acceptant d’être le parrain de cet enfant, Louis XIV apporte sa caution à Molière, trois mois après que l'acteur Montfleury lui a présenté une requête dans laquelle il accusait Molière « d’avoir épousé la fille et d’avoir autrefois couché avec la mère »[42] .

2. Esprit-Madeleine, tenue sur les fonts de l'église Saint-Eustache, le 4 août 1665, par Esprit de Rémond, marquis de Modène, et Madeleine Béjart :

« Du mardi 4 aoust 1665 fut baptisée Esprit-Magdeleyne, fille de Jean-Baptiste Pauquelin Maulier, bourgeois, et Armande-Gresinde, sa femme, demeurant rue Saint-Honoré. Le parrain : messire Esprit de Remon, marquis de Modene ; la marraine : Magdeleyne Bezart, fille de Joseph Besart, vivant procureur. »

Plusieurs éléments, dans cet acte de baptême, tel qu'il a été transcrit par Beffara en 1821[43], ne laissent pas d'intriguer : le nom du père, tout d'abord, « Pauquelin Maulier », dont c'est la première et dernière occurrence sous cette forme orthographique ; la qualité de « bourgeois » qui lui est donnée (dix-huit mois plus tôt, pour le baptême du petit Louis, il était nommé « Monsieur Jean-Baptiste Moliere » et qualifié de « valet de chambre du roy ») ; l’absence du patronyme de la mère et la qualification — inhabituelle — de Madeleine comme fille de Joseph son père, et non comme sœur ou mère d’Armande, absence et qualification qui permettent de faire l’impasse sur les liens réels qui unissent les deux femmes ; le choix inattendu du lieu, qui fait écrire à Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller : « Du fait que la cérémonie a lieu à l’église Saint-Eustache, il faut admettre que la baptisée était née sur le côté septentrional de la rue Saint-Honoré, et cependant, lorsque Molière loue en octobre 1665 la maison Millet, il est indiqué, ainsi qu’Armande, comme demeurant encore rue Saint-Thomas-du-Louvre. »

3. Marie, morte peu après sa naissance à la fin de l'année 1668[44].

4. Pierre-Jean-Baptiste-Armand[45], né le 15 septembre 1672, tenu sur les fonts de Saint-Eustache, le 1er octobre suivant, par Pierre Boileau de Puymorin, frère du satiriste, et Catherine-Marguerite Mignard, fille du peintre Pierre Mignard, et inhumé le 12 du même mois.

De « Mademoiselle Molière » à « Mademoiselle Guérin »[modifier | modifier le code]

Au cours du relâche de Pâques 1662, Armande entre officiellement dans la troupe, et à la date 9 juin suivant, elle apparaît pour la première fois dans le registre de La Grange sous le nom de « Mademoiselle Molière ». Mais il faut attendre un an pour la voir tenir un rôle important : en juin 1663, elle est Élise dans La Critique de l'École des femmes, puis en octobre, elle joue son propre personnage dans L'Impromptu de Versailles. Le 8 mai 1664, elle tient le rôle-titre dans La Princesse d'Élide, que la Troupe de Monsieur crée à Versailles devant Louis XIV et ses six-cents invités dans le cadre des Plaisirs de l'île enchantée[46].

Elle succède dès lors à Madeleine Béjart dans les grands rôles féminins, aux côtés de Marquise Du Parc et de Catherine de Brie, et ce, non seulement dans les comédies de Molière, mais dans les pièces d'autres auteurs, y compris tragiques, qui seront créées sur la scène du Palais-Royal.

Mort et inhumation de Molière[modifier | modifier le code]

Le vendredi 17 février 1673, Molière meurt à son domicile de la rue de Richelieu, après avoir donné, non sans mal, la quatrième représentation du Malade imaginaire. Le curé de Saint-Eustache, le janséniste Pierre Marlin, refuse de lui donner une sépulture chrétienne, au motif qu'il est mort sans avoir reçu les derniers sacrements[47]. Selon un témoignage tardif[48], Armande aurait tenté, le lendemain, de faire intercéder Louis XIV :

« Lorsque Molière fut mort, sa femme alla à Versailles se jeter aux pieds du roi pour se plaindre de l'injure que l'on faisait à la mémoire de son mari en lui refusant la sépulture, mais elle fit fort mal sa cour en disant au roi que si son mari était criminel, ses crimes avaient été autorisés par sa Majesté même. Pour surcroît de malheur, la Molière avait mené avec elle le curé d'Auteuil[49] pour rendre témoignage des bonnes mœurs du défunt, qui louait une maison dans ce village. Ce curé, au lieu de parler en faveur de Molière, entreprit mal à propos de se justifier lui-même d'une accusation de jansénisme dont il croyait qu'on l'avait chargé auprès de sa Majesté. Ce contretemps acheva de tout gâter ; le roi les renvoya brusque l'un et l'autre, en disant à la Molière que l'affaire dont elle lui parlait dépendait du ministère de M. l'Archevêque. (Note manuscrite de M. Brossette. Non imprimée). »

C'est alors seulement qu'Armande adresse une requête « à Monseigneur l'illustrissime et révérentissime archevêque de Paris », François de Harlay de Champvallon, le suppliant d'accorder, « de grâce spéciale », que le défunt « soit inhumé et enterré dans ladite église de Saint-Eustache, sa paroisse, dans les voies ordinaires et accoutumées ». Trois jours plus tard, « ayant égard aux preuves résultant de l'enquête faite par [son] ordonnance », le prélat accède à la supplique de la veuve et permet au curé de Saint-Eustache « de donner la sépulture ecclésiastique au corps du défunt Molière […] à condition néanmoins que ce sera sans aucune pompe et avec deux prêtres seulement et hors des heures du jour, et qu'il ne se fera aucun service solennel pour lui, dans ladite paroisse Saint-Eustache, ni ailleurs »[50],[51].

L'inhumation a lieu le 21 février au cimetière Saint-Joseph, qui occupe alors l'emplacement sur lequel sera construit, deux siècles plus tard, à hauteur du 142 de la rue Montmartre, l'immeuble de L'Aurore, où Zola fera imprimer son célèbre J'accuse. En 1705, Grimarest écrira[52] :

« Tout le monde sait les difficultés que l'on eut à faire enterrer Molière comme un chrétien catholique, et comment on obtint, en considération de son mérite et de la droiture de ses sentiments[53], dont on fit des informations, qu'il fût inhumé à Saint-Joseph. Le jour qu'on le porta en terre, il s'amassa une foule incroyable de peuple devant sa porte. La Molière en fut épouvantée ; elle ne pouvait pénétrer l'intention de cette populace. On lui conseilla de répandre une centaine de pistoles par les fenêtres. Elle n'hésita point ; elle les jeta à ce peuple amassé, en le priant, avec des termes si touchants, de donner des prières à son mari, qu'il n'y eut personne de ces gens-là qui ne priât Dieu de tout son cœur. »

Article détaillé : Mort de Molière.

Une semaine plus tard, la troupe reprend les représentations avec Le Misanthrope, dans lequel Armande tient son rôle de Célimène aux côtés de Baron dans celui d'Alceste. D'aucuns le lui reprocheront. Ainsi le comte de Limoges écrit-il à Bussy-Rabutin : « La perte de Molière est irréparable ; je pense que personne n'en sera moins affligé que sa femme : elle a joué la comédie hier[54]. » À quoi Bussy répond avec non moins de sévérité : « La femme de Molière ne se contraint pas trop de monter sur le théâtre trois jours après la mort de son mari. Elle peut jouer la comédie à l'égard du public, mais sur le sujet du pauvre défunt, elle ne la joue guère. À ce que je vois, son deuil ne lui coûtera pas beaucoup. »

La sévérité de ces jugements pourrait être nuancée par une anecdote rapportée par Evrard Titon du Tillet dans son Parnasse françois[55] et dont on ne sait quel crédit il faut lui accorder :

« La femme de Molière fit porter une grande tombe de pierre qu'on plaça au milieu du cimetière de Saint-Joseph, où on la voit encore. Cette pierre est fendue par le milieu, ce qui fut occasionné par une action très belle et très remarquable de cette demoiselle. Deux ou trois ans après la mort de son mari, il y eut un hiver très froid. Elle fit voiturer cent voies[56] de bois dans ledit cimetière et les fit brûler sur la tombe de son mari pour chauffer tous les pauvres du quartier. La grande chaleur du feu ouvrit cette pierre en deux. Voilà ce que j'ai appris, il y a environ vingt ans, d'un ancien chapelain de Saint-Joseph qui me dit avoir assisté à l'enterrement de Molière… »

Du Palais Royal à l'hôtel Guénégaud[modifier | modifier le code]

La disparition de Molière entraîne des bouleversements dans la vie des théâtres parisiens. Pendant le relâche de Pâques, quatre comédiens de la Troupe du Roi au Palais-Royal (Baron, La Thorillière, Beauval et sa femme) passent dans la troupe rivale de l'Hôtel de Bourgogne. Dans le même temps, Louis XIV attribue la salle du Palais-Royal à Lully pour ses spectacles d'opéra. Avec discrétion, Armande avance à la troupe, sous le nom de Boudet, beau-frère de Molière, les 14 000 livres indispensables pour l'installation à l'Hôtel Guénégaud, rue Mazarine, dont les comédiens ont fait l'acquisition le 23 mai[57]. Avec l'aide de La Grange, elle obtient de réunir les comédiens restés fidèles avec ceux de la Troupe du Marais, définitivement dissoute par une ordonnance royale du 23 juin.

Le 9 juillet suivant, la « Troupe du roi en son hôtel de la rue Guénégaud » ouvre la nouvelle saison avec Le Tartuffe. Armande est la première nommée dans la liste des comédiennes.

L'affaire du président Lescot[modifier | modifier le code]

Au cours de l’année 1675, la réputation d’Armande est gravement mise en cause dans deux épisodes presque concomitants.

Le premier nous est connu par quelques actes judiciaires[58] et par le long récit, invérifiable dans son détail, qu’en fera l’auteur de La Fameuse Comédienne[59]. Depuis la mi-mars, « Mlle Molière » triomphe dans le rôle-titre de Circé, tragédie à machines de Jean Donneau de Visé et Thomas Corneille, quand un certain François Lescot, président au parlement de Grenoble, l’ayant vue jouer, est pris du désir de faire sa connaissance. Jeanne Ledoux, une maquerelle chez qui il a ses habitudes, le met en rapport avec Marie Simmonet, dite « la Tourelle », une prostituée qui ressemble à s’y méprendre à la comédienne. Le magistrat s’y méprend et une relation quasi tarifée s’établit entre eux. Un jour qu'il est revenu voir le spectacle, il rejoint dans sa loge celle qu’il croit sa maîtresse. Comme « Mlle Molière » s’obstine à ne pas le reconnaître, il finit par l’injurier et lui arracher le collier qu'elle porte et qu'il est persuadé de lui avoir offert. On appelle la maréchaussée, Lescot est arrêté, condamné à faire réparation à sa victime et frappé d’une lourde amende. Arrêtées peu après, l’entremetteuse et sa complice sont fustigées de verges, le 24 octobre, devant l’Hôtel Guénégaud.

Cet épisode dramatico-comique a fait l'objet, sous le titre de Mesdemoiselles Armande, d'une adaptation théâtrale, restée inédite, d'Albert Husson, elle-même adaptée pour la télévision par René Lucot en 1962, avec Jacqueline Jehanneuf dans les rôles-titres, Lila Kedrova dans celui de la Ledoux et Julien Berteau dans celui du président Lescot.

Le procès Lully-Guichard[modifier | modifier le code]

Dans le même temps où ces événements se déroulent, un procès retentissant oppose depuis le 12 mai Jean-Baptiste Lully à un officier de la maison de Monsieur, Henry Guichard, qu'il accuse d'avoir voulu l'empoisonner avec du tabac à priser[60] (on est en pleine Affaire des poisons). « Mlle Molière », parente des supposés complices de Guichard, et Jean Donneau de Visé ayant été cités parmi les nombreux témoins à charge, leurs témoignages sont récusés par la défense, la première au motif que « son métier de comédienne publique » la rend « infâme de droit et de fait », le second parce qu'il est « accoutumé de porter faux témoignage en justice depuis longtemps » et que « la Molière et lui mènent ensemble une vie si scandaleuse que tout le monde en est offensé ». Mais du long factum que Guichard fera paraître pour sa défense[61], les historiens retiennent surtout les violentes accusations qu'il porte au sujet de la filiation et des mœurs d'Armande, accusations dont l'écho s'entendra, douze ans plus tard, dans La Fameuse Comédienne :

« Tout le monde sait que la naissance de la Molière est obscure et indigne ; que sa mère est très incertaine ; que son père n’est que trop certain ; qu’elle est fille de son mari, femme de son père ; que son mariage a été incestueux ; que ce grand sacrement n’a été pour elle qu’un horrible sacrilège ; que sa vie et sa conduite ont toujours été plus honteuses que sa naissance et plus criminelles que son mariage ; qu’avant que d’être mariée elle a toujours vécu dans une prostitution universelle ; que pendant qu’elle a été mariée, elle a toujours vécu dans un adultère public, et que depuis qu’elle est veuve, elle a toujours vécu dans un abandonnement général de son corps et de son âme ; qu’encore aujourd’hui elle est scandalisée dans toute la ville de Paris par ses désordres et ses libertinages, qu’elle continue, non seulement dans sa maison, qui est ouverte aux premiers venus, mais même derrière le théâtre, où elle ne refuse personne ; qu’en un mot, cette orpheline de son mari, cette veuve de son père et cette femme de tous les autres hommes n’a jamais voulu résister qu’à un seul homme, qui était son père et son mari ; et qu’enfin, qui dit la Molière dit la plus infâmes de toutes les infâmes. »

À une date difficile à préciser, Jean Nicolas de Tralage, neveu du lieutenant général de police Gabriel Nicolas de La Reynie, note dans ses carnets[62] :

« Il y a d'honnêtes gens dans toutes les conditions, mais ordinairement en petit nombre. Quoique les comédiens soient décriés parmi certains cafards, il est certain néanmoins que de mon temps, c'est-à-dire depuis vingt-cinq ou trente ans, il y en a eu, et même il y en a encore, qui vivaient bien, régulièrement et même chrétiennement, à savoir [l'auteur cite Molière, La Grange et sa femme, de Villiers (Claude Deschamps), Poisson et sa femme, et plusieurs autres]. Les principaux débauchés ont été ou sont encore : Le sieur Baron, grand joueur et satyre ordinaire des jolies femmes; la femme de Molière, entretenue à diverses fois par des gens de qualités et séparée de son mari[63]. »

En septembre 1675, Armande achète pour 1.100 livres une petite maison avec jardin située au Mont Valérien, sur la paroisse de Rueil. Elle et son second mari la revendront quatre ans plus tard au comédien Achille Varlet, dit Verneuil, frère de Charles Varlet de La Grange.

En mars 1676, elle acquiert à Meudon pour 5.400 livres, une grande maison qui, au milieu du XVIe siècle, était celle d'Ambroise Paré. Ses héritiers la vendront en 1705. Elle abrite aujourd'hui le Musée d'art et d'histoire de la ville. L'aspect extérieur est identique à ce qu'a connu Armande.

Second mariage[modifier | modifier le code]

Le 31 mai 1677, Armande, qui a entre trente-cinq et trente-neuf ans, épouse en secondes noces le comédien Isaac-François Guérin d'Estriché, âgé de quelques années de plus qu'elle[64]. Fils de comédiens[65], frère de deux comédiennes et deux comédiens de campagne[66], il a, pendant vingt ans, appartenu à des troupes itinérantes, avant d'entrer dans la troupe de Marais en 1672, puis l'année suivante dans celle de l'Hôtel Guénégaud. « Ses emplois, écrit Auguste Jal, étaient les premiers confidents dans la tragédie, et, dans la comédie, ce qu'on appelle en terme des coulisses les rôles à manteau. »

« Ces époux, notent les frères Parfaict[67], vécurent dans une grande union », ce que semblent confirmer ces vers reproduits à la suite de La Fameuse Comédienne (voir ci-dessous): « Elle avait un mari d'esprit, qu'elle aimait peu; / Elle en prend un de chair, qu'elle aime davantage. »

L'année suivante, Armande Béjard donne naissance à un fils, Nicolas-Armand-Martial[68], qui, en 1698, fera représenter devant la cour à Fontainebleau une « pastorale héroïque » en trois actes intitulée Myrtil et Mélicerte, refonte en vers libres de la comédie de Mélicerte dont Molière et ses camarades avaient présenté un fragment à Saint-Germain-en-Laye en décembre 1666.

Article détaillé : Nicolas Guérin d'Estriché.

Le 8 août 1680, par ordre royal, les troupes de l'Hôtel Guénégaud et de l'Hôtel de Bourgogne sont jointes pour donner naissance à la Comédie-Française. « Mademoiselle Guérin » en est l'une des premières sociétaires.

En juillet 1682, trois libraires parisiens mettent en vente le premier tome d'une nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée, des Œuvres de Monsieur de Molière, qui en comptera huit, dont deux volumes de pièces inédites. La préface, due pour l'essentiel à La Grange, observe un silence absolu sur Armande.

Page de titre de la première édition de La Fameuse comédienne.

La Fameuse Comédienne[modifier | modifier le code]

En 1688, un imprimeur hollandais publie, sans nom d'auteur et sous une adresse fictive, une nouvelle diffamatoire intitulée La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme & veuve de Moliere[69], qui donne à suivre, sous la forme d'une biographie romancée, les aventures « galantes » d'Armande Béjart depuis son mariage avec Molière en 1662 jusqu'à son second mariage avec Guérin d'Estriché en 1677, et qui connaîtra plusieurs rééditions dans les années suivantes. C'est le premier texte qui donne à lire explicitement qu’Armande est la fille de Madeleine :

« Elle [la Molière] est fille de la défunte Béjart, comédienne de campagne, qui faisait la bonne fortune de quantité de jeunes gens de Languedoc, dans le temps de l'heureuse naissance de sa fille. C'est pourquoi il serait très difficile, dans une galanterie si confuse, de dire qui en était le père ; tout ce qu'on en sait est que sa mère assurait que, dans son dérèglement, si on en exceptait Molière, elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de qualité, et que, pour cette raison, sa fille était d'un sang fort noble, et c’est aussi la seule chose que la pauvre femme lui a toujours recommandé, de ne s’abandonner qu’à des personnes d’élite. On l’a crue fille de Molière, quoique depuis il ait été son mari ; cependant on n’en sait pas bien la vérité… »

Article détaillé : La Fameuse Comédienne.

Retraite et mort[modifier | modifier le code]

Armande Béjart se retire du théâtre le avec une pension de 1 000 livres[70],[71].

Le 30 novembre 1700, elle meurt dans la maison de la rue de Touraine (au 4 de l'actuelle rue Dupuytren), que Guérin d'Estriché et elle louent depuis 1692 aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu. L'enterrement a lieu le surlendemain au cimetière de l'église Saint-Sulpice, en présence de Nicolas Guérin, fils de la défunte, de son neveu le joaillier François Mignot et de son ami le comédien Jacques Raisin, mais en l'absence de sa fille. L'acte d'inhumation la dit « âgée de cinquante-cinq ans », ce qui la ferait naître en 1645, une date qui ne se concilie avec aucun autre document connu. L'inventaire après décès ayant été clos le 21 janvier 1701, la succession sera partagée le 29 novembre 1703 entre Isaac Guérin d'Estriché, Nicolas Guérin et Esprit-Madeleine Poquelin, lesquels vendront la maison de Meudon deux ans plus tard.

Une grande comédienne[modifier | modifier le code]

Armande Béjart, École française du XVIIe siècle. Musée des arts décoratifs.

Tous les contemporains avaient admiré la grande beauté de Madeleine Béjart et sa magnifique chevelure rousse ; qu'en était-il d'Armande ? L’auteur anonyme d'une « Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière et sur les comédiens de sa troupe », publiée en mai 1740 dans le Mercure de France, la dépeindra en ces termes »[72] : « Elle avait la taille médiocre, mais un air engageant, quoiqu’avec de très petits yeux, une bouche fort grande et fort plate, mais faisant tout avec grâce, jusqu’aux plus petites choses, quoiqu’elle se mît extraordinairement et d’une manière presque toujours opposée à la mode du temps. » La concordance de ce portrait avec celui que Covielle et Cléonte font de Lucile dans Le Bourgeois gentilhomme[73] a fait penser que Molière avait peint sa femme dans ce personnage, dont le rôle a en effet été créé par Armande Béjart (à moins que l'auteur anonyme cité ci-dessus n'ait composé son portrait à partir des informations contenues dans le dialogue).

Jusqu'à la mort de Molière, les gazetiers ne cessent de rendre hommage dans leurs lettres en vers à « la mignarde Molière », à « l'actrice au joli visage », etc[74]. Dans les années 1680 encore, « Les grâces et les ris règnent sur son visage ; / Elle a l'air tout charmant et l'esprit tout de feu… » Et si en 1688 l'auteur de La Fameuse Comédienne la décrit perfidement comme « la personne du monde la plus prévenue de sa beauté », un témoin plus tardif, le compositeur et dramaturge Nicolas Racot de Grandval, notera que « sans être belle, elle était piquante et capable d’inspirer une grande passion ».

Les témoignages ne sont pas moins abondants concernant ses qualités de comédienne. L'auteur anonyme des Entretiens galans publiés en 1681 fait un long éloge[75] de la manière dont Armande et La Grange interprètent le « petit opéra impromptu » de la scène 5 du deuxième acte du Malade imaginaire :

« Cette belle scène n’a-t-elle pas toujours eu, sur le théâtre de Guénégaud, un agrément qu’elle n’aurait jamais sur celui de l’Opéra. La Molière et La Grange, qui la chantent, n’ont pas cependant la voix du monde la plus belle. Je doute même qu’ils entendent finement la musique, et quoiqu’ils chantent par les règles, ce n’est point par leur chant qu’ils s’attirent une si générale approbation ; mais ils savent toucher le cœur, ils peignent les passions. La peinture qu’ils en font est si vraisemblable et leur jeu se cache si bien dans la nature que l’on ne pense pas à distinguer la vérité de la seule apparence. En un mot, ils entendent admirablement bien le théâtre, et leurs rôles ne réussissent jamais bien lorsqu’ils ne les jouent pas eux-mêmes. […] Mais ils ne doivent pas leurs plus grands succès à la manière délicate dont ils récitent. Leur extérieur a déjà quelque chose qui impose. Leur maintien a quelque chose de touchant. Leur jeu imite si bien la nature qu'ils font quelquefois des scènes muettes qui sont d'un grand goût pour tout le monde. […] Leur jeu continue lors même que leur rôle est fini. Ils ne sont jamais inutiles sur le théâtre : ils jouent presque aussi bien quand ils écoutent que quand ils parlent. Leurs regards ne sont pas dissipés ; leurs yeux ne parcourent pas les loges. Ils savent que leur salle est remplie, mais ils parlent et ils agissent comme s'ils ne voyaient que ceux qui ont part à leur action. Ils sont propres et magnifiques sans rien faire paraître affectés. Ils ont soin de leur parure avant que de se faire voir, et ils n'y pensent plus dès qu'ils sont sur la scène. Et si la Molière retouche parfois à ses cheveux, si elle raccommode ses nœuds et ses pierreries, ses petites façons cachent une satire judicieux et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer ; mais enfin, avec tous ses avantages, elle ne plairait pas tant si sa voix était moins touchante ; elle en est si persuadée elle-même que l'on voit bien qu'elle prend autant de divers tons qu'elle a de rôles différents. »

Les frères Parfaict confirmeront qu' « elle avait la voix extrêmement jolie [et] chantait avec un grand goût le français et l’italien ». Et de fait, rendant compte de la création du Parisien de Champmeslé dans Le Mercure galant de février 1682, Donneau de Visé écrivait[76] : « [Cette comédie] a cela de nouveau qu'il y a un personnage de femme tout italien. Mademoiselle Guérin, à qui cette langue est familière, soutient ce rôle admirablement et y fait paraître avec beaucoup d'avantage cette finesse d'esprit dont elle accompagne tout ce qu'elle joue. »

Quelques-uns de ses rôles[modifier | modifier le code]

Controverse sur l'identité et la filiation[modifier | modifier le code]

Des contemporains partagés[modifier | modifier le code]

Les très nombreux documents d'archives (actes notariés, entrées de registres paroissiaux, etc.) mis au jour en 1821 par Louis-François Beffara dans sa Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière[77], en 1863 par Eudore Soulié dans ses Recherches sur Molière et sur sa famille[78], et en 1867 par Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, tous ces documents, augmentés de quelques autres, ont été réunis en 1963 par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller dans Cent ans de recherches sur Molière, et ils établissent tous[79] que la femme de Molière était la fille de Marie Hervé et de Joseph Béjart.

Ainsi, en dépit des apparences et du grand écart d'âge qui était entre elles, « Mademoiselle Molière » et « Mademoiselle Béjart » étaient sœurs, c'est du moins ce qu'ont cru (ou feint ou accepté de croire) une multitude de contemporains, parmi lesquels le doyen de Notre-Dame, qui a autorisé le mariage de Molière et d'Armande, le prêtre qui l'a célébré, les notaires et leurs clercs qui ont rédigé le contrat, les membres des deux familles qui l'ont cosigné et ont assisté à la cérémonie nuptiale, le duc de Créquy et la duchesse du Plessis-Choiseul, qui deux ans plus tard ont représenté le roi et Madame au baptême du premier né des époux Molière, le roi lui-même et ses proches, auxquels il est peu probable qu'on ait caché l'identité de celle qui en mai 1664 est apparue comme la nouvelle étoile de la troupe de Monsieur, et bien d'autres encore, dont les camarades de scène de la jeune femme (voir ci-dessus la sous-section « Avec la Troupe de Monsieur »). D'où l'on peut conclure que, contrairement à ce qu'écrivent la plupart des historiens modernes[80], cette filiation constitua, du vivant d'Armande, la « version officielle »[81] de sa naissance.

Pour d'autres contemporains, cependant, « la Molière » est bel et bien la fille de « la Béjart ». Dans une requête présentée à Louis XIV en novembre 1663, le comédien Montfleury accuse Molière, qui dans L'Impromptu de Versailles, vient de caricaturer son jeu tragique, « d'avoir épousé la fille et d'avoir autrefois couché avec la mère »[82], faisant ainsi plus que suggérer un mariage incestueux[83]. Vers le même temps, le médecin Gui Patin parle de Molière comme d'« un comédien d'importance qui a une jolie femme qui est fille de la Béjart, autre comédienne, et peut-être la sienne propre, car ces gens-là n'y regardent pas de si près[84]. » En 1670, Le Boulanger de Chalussay reprend l'accusation d'inceste dans sa comédie d'Élomire hypocondre[85]. Une épitaphe anonyme publiée en 1677 la renouvelle à son tour : « Il se servit de la coquille / Et de la mère et de la fille…[86] » Henry Guichard lui donne en 1675 des dimensions quasi monstrueuses (voir ci-dessus). Enfin, l'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne la signale comme une hypothèse très plausible, et Pierre Bayle n'hésite pas à lui emboîter le pas[87].

Mais les détracteurs ou les ennemis de Molière et d'Armande ne sont pas les seuls à faire de celle-ci la fille de Madeleine. Nicolas Boileau, qui pendant dix ans a côtoyé « l'auteur du Misanthrope », témoignera en 1702 que Molière « avait été amoureux premièrement de la Béjart, dont il avait épousé la fille, ensuite de Mlle de Brie, aussi comédienne[88]. » Et c'est ce que trois ans plus tard Grimarest, qui selon toute vraisemblance tenait cette information de la fille de Molière, sa voisine et amie[89], confirmera à sa manière dans une page de sa Vie de M. de Molière[90] :

« Molière, en formant sa troupe, lia une forte amitié avec la Béjart qui, avant qu'elle le connût, avait eu une petite fille de Monsieur de Modène, gentilhomme d'Avignon, avec qui j'ai su, par des témoignages très assurés, que la mère avait contracté un mariage caché. Cette petite fille, accoutumée avec Molière, qu'elle voyait continuellement, l'appela son mari dès qu'elle sut parler, et, à mesure qu'elle croissait, ce nom déplaisait moins à Molière ; mais cela ne paraissait à personne tirer à aucune conséquence… »

Il est avéré, en effet, que Madeleine a eu, en 1638, une petite fille du chevalier de Modène. Mais l'enfant a été nommée Françoise, et non Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth. Toujours est-il que le récit de Grimarest sera repris tel quel pendant plus d'un siècle, sans qu'aucun élément nouveau vienne l'enrichir ou le corriger, et pour tous les éditeurs et biographes de Molière, Armande Béjart sera la fille de Madeleine et d'Esprit de Modène.

En exhumant les documents mentionnés ci-dessus et en rejetant, souvent avec mépris, la « thèse » de Grimarest, Beffara, Jal, Soulié et les historiens qui suivent leurs conclusions croiront rétablir une vérité plus ou moins bien dissimulée du vivant d'Armande, alors qu'il ne feront que revenir à la version « officielle » qui avait prévalu jusqu'à sa mort.

L.-F. Beffara, Dissertation, 1821, page de titre.

Des historiens divisés[modifier | modifier le code]

Depuis 1821, plusieurs thèses ou hypothèses concernant l'identité de « Mademoiselle Molière » ont été formulées, qui pendant longtemps ont divisé les historiens. Si l'on excepte la thèse de l'inceste, qu'aucun auteur n'a tenté d'étayer depuis le dix-septième siècle (ce qui ne prouve pas son invalidité)[91], ces hypothèses sont au nombre de quatre :

1) Armande est la fille légitime de Joseph Béjart et Marie Hervé, née vers 1642. C'est la version qui a eu cours « officiellement » de son vivant et qui, corroborée par les « découvertes » des chercheurs du XIXe siècle, a recueilli l'adhésion de la majorité des moliéristes, parmi lesquels Jules Taschereau, Eudore Soulié, Auguste Jal, Gustave Larroumet, Louis Moland, Anatole Loquin, Gustave Michaut, Madeleine Jurgens & Elizabeth Maxfield-Miller, Georges Couton, Cesare Garboli[92].
2) Elle est la fille de Madeleine Béjart et d'Esprit de Rémond de Modène, né le 3 juillet 1638 et baptisée huit jours plus tard sous le prénom de Françoise. C'est la version esquissée par Grimarest dans sa Vie de M. de Molière et reçue après lui par tous les éditeurs et commentateurs du XVIIIe siècle, y compris les plus violents détracteurs de Grimarest, comme Jean-Baptiste Rousseau et Voltaire. Rejetée par la plupart des historiens des siècles suivants, elle a cependant été défendue, dès la parution de la Dissertation de Beffara, par le marquis Agricol-Joseph Fortia d'Urban, dans une Dissertation sur la femme de Molière, puis en 1858 par Henri-Augustin Soleirol, dans Molière et sa troupe, et en 1900 par Napoléon-Maurice Bernardin, biographe de Tristan L'Hermite et de son frère Jean-Baptiste L'Hermite de Vauselle, tenant pour le parrain de Françoise de Modène, dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle (pp. 237-246, « Le mariage de Molière »).
3) Elle est une autre fille de Madeleine Béjart et d'Esprit de Rémond de Modène. Cette thèse a été défendue au XIXe siècle par Anaïs Bazin, dans ses Notes historiques sur la vie de Molière, Paris, 1851, p. 48 et suivantes, par Jules Bonnassies dans les notes de son édition de La Fameuse Comédienne, Paris, 1870, p. 67, par Charles-Louis Livet, dans les notes de sa propre édition, Paris, 1877, pp. 126-128, et par Victor Fournel dans De Malherbe à Bossuet, Paris, 1885, pp. 92-99. Henri Chardon l’expose, sans y adhérer, dans ses Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et la vie de Molière, Paris, 1886, tome I, « Monsieur de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart », pp. 200-203.
4) Elle est la fille de Madeleine Béjart et d'un noble languedocien. Énoncée en 1688 dans les premières pages de La Fameuse Comédienne, cette thèse a été défendue par Jules Loiseleur dans ses Points obscurs de la vie de Molière, Paris, 1877, p. 237 et suivantes.

[…]

Un certain nombre d'éléments semblent conforter l'hypothèse de Grimarest : l'âge de Marie Hervé à la date supposée de la naissance d'Armande (mai 1642 au plus tard)[93] ; la qualité des parrain et marraine d'Esprit-Madeleine, tenue sur les fonts baptismaux en 1665 par Esprit de Modène et Madeleine Béjart, qui peuvent ainsi apparaître comme ses grands-parents ; le testament de Madeleine Béjart, qui fait d'Armande sa légataire universelle, alors que sa sœur Geneviève et son frère Louis sont encore vivants.

Auteur de la dernière grande biographie en date de Molière, Roger Duchêne s'inscrit dans la tradition des historiens « légalistes ». Pour lui, l'hypothèse d'une filiation entre Madeleine et Armande est possible, mais pas avérée. Si l'on s'en tient aux seuls documents officiels, à commencer par le contrat de mariage, Armande est la fille de Joseph Béjart et de Marie Hervé. D'autre part, le récit de Grimarest présente plusieurs erreurs ou invraisemblances qui donnent à penser qu'il ne fait peut-être que répéter ce qu'on a toujours dit à son informatrice : que son grand-père et parrain avait épousé jadis secrètement sa grand-mère et marraine. Quant au second « mariage secret », entre Molière et Armande, il est contredit par l'acte de mariage. De plus, un tel mariage avec une mineure et sans le consentement de la famille aurait mis Molière sous la menace d'une accusation de rapt.

Pour ce qui est de l'âge de Marie Hervé au moment supposé de la naissance d'Armande (à peu près quarante-huit ans), Duchêne souligne que si la ménopause était plus précoce à l'époque, une telle naissance tardive n'était toutefois pas impossible. Quant à la requête de Montfleury, il y voit, plus qu'une accusation d'inceste, une tentative de faire invalider le mariage, l'Église interdisant le mariage avec l'enfant d'une ancienne femme ou maîtresse. Si le roi n'y donna pas de suite, c'est parce que les actes officiels avaient établi une fois pour toutes la filiation d'Armande et parce qu'il connaissait le désir de Montfleury de nuire à son rival[94]. L'historien concède que le choix, en 1665, d'Esprit Rémond de Modène et Madeleine Béjart comme parrain et marraine d'Esprit-Madeleine peut aussi suggérer une filiation entre Madeleine et Armande, mais il ajoute que cette volonté de mettre en avant le comte de Modène auprès de Madeleine dans cette cérémonie est peut-être une façon de déjouer les accusations d'inceste dont Molière faisait l'objet[95]. Enfin, le fait que Madeleine, dans son testament, fait d'Armande sa légataire universelle donne à penser qu'elle était bien sa mère. Au vu de tous ces éléments, Roger Duchêne laisse toutefois la question en suspens[96].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'âge de la majorité est fixé à vingt-cinq ans au XVIIe siècle à Paris.
  2. Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, p. 179, p. 179
  3. Frère cadet du poète et dramaturge Tristan L'Hermite et proche ami d'Esprit de Rémond, Jean-Baptiste L'Hermite a épousé en 1636 la demi-sœur de Marie Hervé, Marie Courtin, avec qui il avait déjà une fille prénommée Madeleine, laquelle sera plus tard la seconde épouse d'Esprit de Rémond. Il est donc l'oncle par alliance de Madeleine Béjart. Sur ce personnage et ses rapports avec Esprit de Rémond et la famille Béjart, voir l'article très documenté de Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller, «En marge de Molière : Jean-Baptiste L'Hermite et Marie Coutin », dans Revue d'histoire du théâtre, octobre-décembre 1972, p. 392-440. Voir également Napoléon-Maurice Bernardin, « Un mari d'actrice, le chevalier de L'Hermite-Soliers », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, 1900, p. 187-236, et Henri Chardon, Nouveaux documents sur les comédiens de campagne, Paris, 1886, tome I « Monsieur de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart ».
  4. Le parrain de Françoise, enfant adultérine (le mot « illégitime » est écrit en marge du registre) est son demi-frère, Gaston-Jean-Baptiste, fils légitime d'Esprit de Rémond et de Marguerite de La Baume de La Suze. Âgé de sept ans, le jeune garçon vit alors avec sa mère au château de Malicorne dans le Maine.
  5. Marie Hervé est dite demoiselle, en tant femme d'un (prétendu) gentilhomme.
  6. C'est la première fois, dans la documentation, que Joseph Béjart (1585-1641), « huissier aux eaux et forêts à la table de marbre de France », est ainsi qualifié ; le seconde fois sera en 1662, dans le contrat de mariage d'Armande Béjart et de Molière, où il sera désigné comme « feu Joseph Béjart, vivant écuyer, sieur de Belleville ».
  7. Voir Jean Gallian, Histoire de Caromb, tome II.
  8. La Vie de M. de Molière, p. 20
  9. Eudore Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille, Paris, Hachette, (lire en ligne), pp. 172-173
  10. Au sens juridique : attester par un acte officiel.
  11. Si elle est la petite Françoise née en juillet 1638, elle a quatre ans et sept mois.
  12. La documentation ne permet pas de discerner clairement quelles sont ces « préoccupations » qui ont « hanté » la famille Béjart pendant les dix-huit mois séparant la renonciation du 10 mars 1643 de la mort du père au cours de l'été 1641.
  13. Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, Paris, S.E.V.P.E.N., , p. 131, note 4.
  14. Cet auteur, pour lequel Armande est la fille de Madeleine Béjart, lui donne une naissance aristocratique : « Sa mère assurait que dans son dérèglement, si on en exceptait Molière, elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de qualité, et que pour cette raison sa fille était d'un sang fort noble. »
  15. La femme de J.-B. L'Hermite est Marie Courtin, demi-sœur de Marie Hervé et donc tante ou grande-tante de l'enfant.
  16. Napoléon-Maurice Bernardin, « Le mariage de Molière », dans Hommes et mœurs au XVIIe siècle, Paris, 1900, p. 241. En 1661, Madeleine Béjart rachètera le domaine de la Souquette aux époux L'Hermite.
  17. Des dix enfants de Joseph Béjart et Marie Hervé répertoriés par les historiens, elle serait la seule (si elle est bien leur fille) à porter plusieurs prénoms, à l'exception de Bénigne-Madeleine, dernière née du couple avant Armande, tenue sur les fonts baptismaux en novembre 1639 par Madeleine Béjart et un nommé Bénigne Jacquot, et morte en bas âge.
  18. Cent ans de recherches sur Molière, p. 131, note 4.
  19. François Scipion Grimoard de Beauvoir du Roure, né en 1609, est une vieille connaissance d’Esprit de Rémond de Modène, qui est son aîné d’un an. Lui aussi a été élevé à la cour auprès de Gaston d’Orléans par le maréchal d’Ornano, dont la femme est une Modène de Montlaur.
  20. Les autrices font, semble-t-il, une erreur de date : les États du Languedoc de 1653 se sont tenus du 17 mars au 31 mai. À cette période, le prince de Conti est encore frondeur et se trouve à Bordeaux. Il n'arrivera à Pézenas qu'à la fin de l'été. C'est plus probablement au cours des États de 1656, inaugurés le 4 novembre 1655 à Pézenas par le prince de Conti et le comte du Roure, qu'Armand de Bourbon, Grésinde de Baudan et la troupe de Molière-Dufresne se sont trouvés réunis pour l'éventuel baptême suggéré ici.
  21. Il n'est pas certain que le prénom Claire ait été alors plus fréquent (il faudra attendre 1803 pour que la loi l'autorise). Mais on notera que la plus célèbre sainte à l'avoir porté était Claire d'Assise, disciple de François d'Assise et fondatrice de l'ordre des Clarisses.
  22. Elle n'a cependant guère retenu l'attention des historiens, l'exception de C.E.J. Caldicott, qui en fait état dans son article sur « Les Séjours de Molière en Languedoc », Revue d'histoire littéraire de la France, 1987, n° 6, p. 1001, et de Cesare Garboli, qui la mentionne dans son édition critique de La Fameuse Comédienne (Anonimo del XVII secolo, La famosa attrice, Milan, Adelphi, 1997, p. 309).
  23. Le prénom Armand s'était répandu dans les milieux de l'aristocratie pendant le long « règne » du cardinal de Richelieu, parrain du prince de Conti, qui l'avait mis en vogue.
  24. Ondoyé en août 1664, Louis Lully est tenu sur les fonts baptismaux par Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche à l'âge de treize ans, en septembre 1677. Les exemples ne manquent pas, au XVIIe siècle, de baptêmes différés et parfois très tardifs : La Grange, né au cours de l’année 1635, a été baptisé à l’âge de neuf mois environ. Son frère Achille Varlet, dit Verneuil, a été baptisé le 12 février 1642, six ans après sa naissance. Jérôme-Dominique et Paul de Cyrano, fils de Pierre de Cyrano de Cassan, chez lequel Savinien a passé ses derniers jours en juillet 1655, ont été baptisés le 2 avril 1674, le premier étant âgé de « neuf ans, un mois et dix jours », le second de « cinq ans, sept mois et dix jours ».
  25. Selon Roger Duchêne (Molière, p. 189), Menou est « un diminutif affectueux, [qui] vient du comparatif latin minus, plus petit ».
  26. La distribution des rôles figure, écrite à la main, sur un exemplaire de la pièce découvert au XIXe siècle et qui se trouve aujourd'hui dans une bibliothèque privée. Devant le nom d'Éphyre, la plupart des historiens qui ont consulté le document lisent « Mlle Menou », mais Yves Giraud, dans son article sur « la relation conjugale de Molière et d'Armande Béjart » (1997), affirme y lire « indubitablement » « Mlle Manon », prénom qui renverrait alors plus probablement à la fille de Charles Dufresne.
  27. Cydippe et Cymodoce, les deux autres néréides, étaient interprétées respectivement par « Mlle Magdelon », c'est-à-dire Madeleine L'Hermite, nièce de Marie Hervé et cousine de Madeleine Béjart, qui avait alors dix-sept ans, et par Catherine de Brie, qui en avait environ vingt-trois. Si « Mlle Menou » est la petite « Françoise » née le 3 juillet 1638 (voir ci-dessous la section Controverse), elle va sur ses quinze ans. Si elle est la future Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart, supposée fille de Marie Hervé et Joseph Béjart, et âgée de « vingt ans ou environ » au moment de son mariage en 1662, elle en a, en 1653, dix ou onze. La première hypothèse assure une meilleure cohérence du trio des Néréides : 15-17-23 ans, au lieu 11-17-23.
  28. Recueil des plus belles pieces des poëtes françois tant anciens que modernes, Paris ou Amsterdam, 1692, tome cinquième, p. 154-159
  29. « Œuvres de Chapelle et Bachaumont »
  30. Madeleine Béjart, Marquise du Parc et Catherine de Brie. Au relâche de Pâques 1659, les époux Du Parc quitteront la troupe pour rejoindre celle du Marais ; ils feront leur retour un an plus tard.
  31. L'acte a été publié par Georges Monval dans Le Moliériste de septembre 1886, pp. 174-178.
  32. Au bas du contrat de mariage mentionné ci-dessus, on lit, entre autres signatures, celles de Marie Brunet, veuve du pâtissier Cyprien Ragueneau, de sa fille Marie Ragueneau, dite de l'Estang, qui en 1671 épousera La Grange, et de Marie Courtin de La Dehors, demi-sœur de Marie Hervé et femme de Jean-Baptiste L'Hermite de Vauselle, qui en 1638 a tenu la petite Françoise de Modène sur les fonts baptismaux de Saint-Eustache.
  33. Cent ans de recherches sur Molière, p. 337-338.
  34. Registre de La Grange (1658-1685), précédé d'une notice biographique, publié par les soins de la Comédie-Française, Paris, J. Clay, (lire en ligne), p. 32
  35. La présentation d'un acte de baptême n'étant pas obligatoire à l'époque lors de la signature d'un acte de ce genre, beaucoup de femmes (en particulier) de tous âges en profitent pour se rajeunir. Lors de son mariage en 1655, Madeleine L'Hermite, cousine de Madeleine Béjart, se dit née en 1640, alors qu'elle a été baptisée en février 1636. Geneviève Béjart se dit âgée de 40 ans lors de son second mariage, en 1672, alors qu'elle en a 48. Quand elle épouse Le Grange, la même année 1672, Marie Ragueneau se dit âgée de 29 ans, alors qu'elle en a 33.
  36. Voir la transcription complète du contrat dans Jurgens & Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 366-367.
  37. Jurgens & Maxfiled-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 357-359.
  38. Dans le premier contrat de mariage de Geneviève Béjart, signé le 30 juin 1664, la promise sera dite « fille de défunt le sieur Joseph Béjart, vivant bourgeois de Paris » ; dans le second, signé le 25 novembre suivant, elle sera dite « fille de défunt maître Joseph Béjart, vivant procureur au Châtelet de Paris ».
  39. Dans ces mots « et d'autres », Auguste Jal croit pouvoir reconnaître les camarades de scène de Molière.
  40. Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois cité dans Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, (lire en ligne), p. 871.
  41. Acte de baptême transcrit par Beffara dans sa Dissertation de 1821, p. 14-15.
  42. Le contenu de cette requête ne nous est connu que par la mention que le jeune Jean Racine en fait dans une lettre adressée le 28 novembre 1663 à son ami l'abbé Le Vasseur (voir Œuvres de J. Racine, Paris, Hachette, 1865, tome VI, p. 506).
  43. Beffara, Dissertation, p. 15
  44. Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller ont publié son acte de décès dans la Revue d'histoire du théâtre, octobre-décembre 1972, p. 363-365.
  45. Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller notent (Cent ans de recherches sur Molière, p. 530, note 2) que « ce prénom de Pierre, que l'enfant doit à son parrain et qui est également celui du père de sa marraine, est accompagné des prénoms du père et de la mère, ce qui est assez rare ».
  46. Tient-elle déjà le rôle d'Elmire dans Le Tartuffe en trois actes créé quatre jours plus tard devant le roi et un public plus restreint ? Rien ne permet de l'assurer, même si l'on sait qu'elle le tiendra dans les versions en cinq actes de 1667 et 1669, puis tout au long de sa carrière.
  47. Le 2 mars, Félix Phelippes de la Brosse, doyen du chapitre de La Rochelle et lui aussi janséniste, écrira à Mme de Sablé : « Qui aime la vérité aime aussi la discipline de l'Église. Et c'est ce que Monsieur le curé de Saint-Eustache fait voir en sa conduite par le refus qu'il a fait de donner la terre sainte à un misérable farceur qui, n'ayant songé toute sa vie qu'à faire rire le monde, n'a pas pensé que Dieu se riait à la mort des pécheurs qui attendent à le réclamer jusques à cette dernière heure. » (Ernest Jovy, Un fils de Mme de Sablé, M. de Laval, évêque de la Rochelle, et Phelippes de La Brosse, Paris, 1916, p. 132)
  48. Cizeron-Rival, Récréations littéraires ou Anecdotes et remarques sur divers sujets, Paris-Lyon, 1765, p. 23-24
  49. Pierre Camus de Villiers
  50. La requête d'Armande et la permission de Harlay de Champvallon ont été publiées pour la première fois dans Le Conservateur, ou Recueil de morceaux inédits d'histoire, de politique, de littérature et de philosophie, tirés des portefeuilles de N. François (de Neufchâteau), de l'Institut national, t. II, Paris, Imprimerie de Crapelet, an viii (1799) (lire en ligne), pp. 384-387.
  51. Par une ironie de l'histoire, Harlay de Champvallon, débauché notoire, sera frappé, au mois d'août 1695, d'une mort foudroyante qui le privera lui aussi des derniers sacrements (Abbé Pierre Féret, La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, Paris, Picard, 1906, tome IV, p. 295-296).
  52. Grimarest, La Vie de M. de Molière, Paris, , pp. 295-296
  53. La permission accordée par Harlay de Champvallon précise simplement : « Vu ladite requête [d'Armande], ayant aucunement égard aux preuves résultantes de l'enquête faite par mon ordonnance, nous avons permis, etc. »
  54. Correspondance de Roger de Rabutin, comte de Bussy, avec sa famille et ses amis, t. II, Paris, Charpentier, (lire en ligne), p. 226
  55. Le Parnasse françois, Paris, 1732, p. 320
  56. Quantité correspondant à une charretée ordinaire.
  57. Registre de La Grange, 1876, p. 145, et Jurgens & Maxield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 659.
  58. Découverts par le commissaire Beffara, ces documents ont été publiées par Jules Taschereau dans le seconde édition de son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, p. 404 et suivantes.
  59. La Fameuse Comédienne, p. 66 et suivantes
  60. Cette affaire a été racontée par Charles Nuitter et Ernest Thoinan dans Les Origines de l'opéra français, d'après les minutes des notaires, les registres de la Conciergerie et les documents originaux conservés aux Archives nationales, à la Comédie-Française et dans diverses collections publiques et particulières, Paris, Plon, 1886, p. 321-331, et par Henry Prunières dans La Vie illustre et libertine de Jean-Baptiste Lully, Paris, Plon, 1929, p. 161-178.
  61. Requête d'inscription de faux en forme de factum, pour le sieur Guichard, intendant général des bâtiments de Son Altesse Royale, Monsieur, contre Jean-Baptiste Lully, faux accusateur, Sébastien Aubry, Jacques Du Creux, Pierre Huguenet, faux témoins et autres complices, Paris, 1676.
  62. Jean Nicolas de Tralage, Notes et documents sur l'histoire des théâtres de Paris au XVIIe siècle, extraits mis en ordre et publiés d'après le manuscrit original par le bibliophile Jacob [Paul Lacroix], Paris, Librairie des bibliophiles, (lire en ligne), p. 13-14
  63. Il n'est pas impossible que ces notes aient été rédigées après la publication de La Fameuse Comédienne en 1688 et se ressentent de son influence.
  64. Les « 82 ans environ » que son acte de décès lui donne en 1728 le feraient naître en 1636.
  65. Charles Guérin, dit L'Espérance, et de sa femme Françoise d'Estriché de Bradam.
  66. Voir Georges Mongrédien et Jean Robert, Les Comédiens français du XVIIe siècle, dictionnaire biographique, troisième édition, Paris, éditions du CNRS, p. 107-108 et 141-142.
  67. Histoire, XI, 319.
  68. Jal croit écrit prudemment, au sujet de cet enfant dont il n'a pas vu l'acte de baptême, qu'il est né « dans le courant de l'année qui suivit [le] mariage » de ses parents. L'auteur de La Fameuse Comédienne, quant à lui, est plus catégorique ; le petit Nicolas était déjà conçu quand ses parents se sont mariés : « Il [Guérin] la pressa avec tant de succès que la consommation des noces se fit avant la cérémonie. Il fut même si heureux qu'il mit la Molière dans la nécessité de l'épouser, si elle voulait garder quelques mesures dans le public, et sa grossesse parut si fort qu'elle n'osait presque plus jouer. Elle prit donc toutes les précautions qu'il fallait pour épouser Guérin secrètement, afin de faire croire qu'il y avait déjà longtemps que leur mariage était fait et que le fruit qu'elle portait était conçu dans toutes les formes. »
  69. La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme & veuve de Moliere, Francfort, Frans Rottenberg, 1688. Le titre est, bien entendu, à prendre dans son double sens : « Si Molière s'est fait distinguer entre les auteurs célèbres, sa femme n'est guère moins fameuse entre les femmes galantes [...] et l’on a donné moins de louanges à Molière, que l’on n’a dit de douceurs à sa femme ».
  70. Sylvie Chevalley, « Armande Béjart, comédienne », p. 1048. Henry Lyonnet donne la date du 19 avril (Dictionnaire des comédiens français, II, p. 450) ; Georges Mongrédien et Jean Robert, celle du 14 octobre (Les Comédiens français du XVIIe siècle, p. 158).
  71. Elle a alors une cinquantaine d'années. Guérin d'Éstriché, âgé, lui, de cinquante-huit ans, ne se retirera qu'en 1717 et mourra le 20 janvier 1728, à quatre-vingt-douze ans.
  72. Le Mercure galant, mai 1740, p. 843
  73. Le Bourgeois gentilhomme, 1671, acte III, scène 9.
  74. Dans sa Lettre en vers à Madame du 27 décembre 1665, le gazetier Charles Robinet écrit : « O justes dieux, qu'elle a d'appas ! / Et qui pourrait ne l'aimer pas ? / Sans rien toucher de sa coiffure / Et de sa belle chevelure, / Sans rien toucher de ses habits / Semés de perles, de rubis, / Et de toute la pierrerie / Dont l'Inde brillante est fleurie, / Rien n'est si beau ni si mignon, / Et je puis dire tout de bon / Qu'ensemble Amour et la Nature / D'elle ont fait une miniature / Des appas, des grâces et des ris [= rires] / Qu'on attribuait à Cypris [= Vénus] »
  75. Entretiens galans, Paris, 1681, tome II, p. 91-96
  76. Le Mercure galant, février 1682, p. 240
  77. L.-F. Beffara, Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, Paris, 1821, p. 7, texte en ligne.
  78. Eudore Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille, Paris, 1863, texte en ligne.
  79. À l'exception notable de l'acte de baptême de Françoise de Modène.
  80. Georges Mongrédien écrit par exemple dans sa Vie privée de Molière (Paris, Hachette, 1950, p. 85) : «Armande était-elle la sœur ou la fille de Madeleine Béjart, son [de Molière] ancienne maîtresse ? […] Pour les contemporains, le problème ne s'est jamais posé. Unanimement, ils ont cru Armande fille de Madeleine, en s'appuyant évidemment sur la différence d'âge de vingt-cinq ans environ, qui séparait les deux femmes. »
  81. L'expression se lit sous la plume de l'historien Gustave Michaut, dans ses Débuts de Molière à Paris, p. 151.
  82. On ne connaît l'existence de cette requête que par la mention qu'en fait Jean Racine dans une lettre du 23 novembre 1663 à son ami l'abbé Le Vasseur (Œuvres de J. Racine, nouvelle édition, Paris, Hachette, 1865, tome VI, p. 506, consultable sur Gallica). Racine ajoute : « … mais Montfleury n'est point écouté à la cour. »
  83. Et c'est bien ce que comprendra le pieux Louis Racine, fils du poète et poète lui-même, lorsqu'en 1747, il publiera les lettres de son père. Pour atténuer la crudité de l'expression, il réécrira : « … Il accuse Molière d’avoir épousé sa propre fille. »
  84. René Pintard, « Un ami de Molière : Jean de Hénault », Revue d'histoire littéraire de la France,‎ septembre-décembre 1972, p. 962 (lire en ligne)
  85. Élomire hypocondre, acte I, scène 3 : « Élomire [anagramme de Molière] : Je ne suis point cocu ni ne le saurait être, / Et j’en suis, Dieu merci, bien assuré. Bary : Peut-être. / Élomire : Sans peut-être. Qui forge une femme pour soi, / Comme j’ai fait la mienne, en peut jurer sa foi. / […] Arnolphe commença trop tard à la forger ; / C’est avant le berceau qu’il y devait songer, / Comme quelqu’un l’a fait. L’Orviétan : On le dit. Élomire : Et ce dire / Est plus vrai qu’il n’est jour. »
  86. [Anonyme], L'Enfer burlesque . Le Mariage de Belphégor. Épitaphes de Molière, Cologne, Jean Le Blanc, (lire en ligne), p. 96-97
  87. Dans l'article « Poquelin » de son Dictionnaire historique et critique (1697), où il cite de longs extraits de La Fameuse Comédienne sans y ajouter le moindre commentaire… critique.
  88. Correspondance entre Boileau-Despréaux et Brossette, Paris, (lire en ligne), p. 517
  89. Voir la longue note de Thomas-Simon Gueulette citée dans l'article Esprit Madeleine Poquelin.
  90. Grimarest, La Vie de M. de Molière, Paris, 1705, p. 20-21, texte en ligne.
  91. On ne peut considérer comme une démonstration sérieuse du point de vue historiographique les quelques lignes que Michelet consacre à la question, en 1860, dans le volume de son « Histoire de France au dix-septième siècle » intitulé Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes. L'illustre historien écrit, pp. 55-56 : « Une de ses [de Molière] actrices, la Béjart, était sa maîtresse. Elle n’était pas jeune. Elle pouvait prévoir qu’un homme ainsi posé et dans la force du génie lui échapperait. Elle voulut l’avoir pour gendre. Elle avait une jolie petite fille, que Molière aimait tendrement et comme un père. De qui était-elle née ? Dans le pêle-mêle de la vie de théâtre, la Béjart très probablement ne le savait pas bien au juste. Ce qui est sûr, c’est que l’année 1645, où naquit la petite, était celle où Molière devint un des amants de la mère, etc. » Jugeant utile d'apporter quelque « éclaircissement » (sic) à son propos, Michelet écrit, page 451 : « Molière-Arnolphe ne pouvait-il pas être le père d’Agnès, comme le roi [pouvait être] amoureux de sa sœur (belle-sœur, c’est la même chose au point de vue canonique) ? Le mariage de Molière restera toujours une question obscure. Ce qui est sûr, c’est qu’il se lia avec la mère de sa femme et l’admit dans sa troupe en 1645, l’année où sa femme naquit. De quel père ? C’est ce que probablement ni Molière, ni la comédienne ne surent jamais au juste.Dans le pêle-mêle de la vie des coulisses, on pouvait s’y tromper. C’était les mœurs du temps, et même chez les grands seigneurs, que les rapports de sang n’arrêtaient guère. »
  92. L'exposé le plus complet et le mieux argumenté en a été fait par Georges Couton dans une étude intitulée « L'état-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende » et publiée il y a un demi-siècle dans la Revue des sciences humaines, fascicule 115, juillet-septembre 1664, pp. 311-351.
  93. Née le 1er août 1593, Marie Hervé a un peu plus de quarante-huit ans en mai 1642.
  94. Roger Duchêne, Molière, Ed. Fayard, 1998, p. 51, p. 297-302, p. 738
  95. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 423-424
  96. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 620-622

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de Molière, Frans Rottenberg, Francfort, 1688, consultable sur le site de la Bayerische Staatsbibliothek digital ; rééd. avec préface et notes de Jules Bonnassies, Paris, Barraud, 1870, consultable sur Gallica; texte sur Wikisource.
  • Anonyme, Les Intrigues de Molière et celles de sa femme ou La Fameuse Comédienne, Histoire de la Guérin, Réimpression conforme à l'édition sans lieu ni date, suivie des variantes, avec préface et notes par Charles-Louis Livet, Paris, Isidor Liseux, 1877, consultable sur Gallica. Contient les extraits du Factum d'Henry Guichard concernant la déposition d'Armande Béjart.
  • Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, La Vie de M. de Moliere, Paris, Jacques Le Febvre, 1705, consultable sur Google Livres.
  • François et Claude Parfaict, Histoire du théâtre françois depuis son origine jusqu'à présent, Paris, 1747, tome XI, pp. 305-325, consultable sur Google Livres.
  • Louis-François Beffara, Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses ancêtres, l'époque de sa naissance, etc., Paris, 1821, consultable sur Google Livres.
  • Agricol-Joseph Fortia d'Urban, Supplément aux diverses éditions des Œuvres de Molière ou Lettres sur la femme de Molière et poésies du comte de Modène son beau-père, Paris, 1825, consultable sur Gallica.
  • Anaïs Bazin, Notes historiques sur la vie de Molière, deuxième édition, Paris, 1851, p. 48-52, consultable sur Gallica.
  • Édouard Fournier, Le Roman de Molière, suivi de Jugements sur sa vie privée d'après des documents nouveaux, Paris, E. Dentu, 1863, consultable sur Gallica.
  • Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière. Les années d'étude-Les années de lutte et de vie nomade-Les années de gloire-Mariage et ménage de Molière, Paris, Isidore Liseux, 1877, p. 237-257, consultable sur Gallica.
  • Gustave Larroumet, « La femme de Molière », Revue des deux mondes, t. 69, Paris, 1885, consultable sur Gallica. Repris dans La Comédie de Molière. L'auteur et le milieu, Paris, Hachette, 1887, consultable sur Gallica.
  • Victor Fournel, « Molière et l'érudition contemporaine », dans De Malherbe à Bossuet, études littéraires et morales sur le XVIIe siècle, Paris, 1885, p. 65-110, consultable sur Gallica.
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  • Édouard Fournier, Études sur la vie et les œuvres de Molière, Paris, 1886, consultable sur Gallica.
  • Louis Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, Paris, 1887, pp. 145-169, consultable sur Gallica.
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  • Abel Lefranc, « Armande Béjart », dans Revue des cours et conférences, 1908 (année scolaire 1907-1908), p. 354-362.
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  • Gustave Michaut, Les Débuts de Molière à Paris, Paris, Hachette, 1923, Genève, Slatkine Reprints, 1968, p. 146-168.
  • Henry Lyonnet, Mademoiselle Molière (Armande Béjart), Paris, Alcan, 1925.
  • Louis Casté, « Monsieur de Modène, Madeleine Béjart et Molière », Provincia, Marseille, 1934, t. XIV, pp. 145-199.
  • Georges Mongrédien, La Vie privée de Molière, Paris, Hachette, coll. "Les Vies privées", 1950, p. 84-102.
  • Georges Mongrédien et Jean Robert, Les Comédiens français du XVIIe siècle. Dictionnaire biographique, Paris, Éditions du C.N.R.S., 1981, p. 157-158.
  • Madeleine Jurgens et Elisabeth Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe, Paris, S.E.V.P.E.N., 1960.
  • Madeleine Jurgens et Marie-Antoinette Fleury, Documents du Minutier central concernant l'histoire littéraire (1650-1700), Paris, Presses Universitaires de France, 1960.
  • Jacques Chabannes, Mademoiselle Molière, Paris, Fayard, 1961.
  • Georges Couton, « L'État-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende », dans Revue des sciences humaines, no 115, Villeneuve-d'Ascq, 1964, p. 311-351.
  • Jacques Scherer, « Réflexions sur Armande Béjart », Revue d'histoire littéraire de la France, août 1969, p. 393-403, consultable sur Gallica.
  • Sylvie Chevalley, « Armande Béjart, comédienne », Revue d'histoire littéraire de la France, septembre-décembre 1972, p. 1035-1049, consultable sur Gallica.
  • Alfred Simon, Molière. Qui êtes-vous ?, Lyon, La Manufacture, 1987, p. 142 et suivantes.
  • Yves Giraud, « La Fameuse Comédienne (1688) : problèmes et perspectives d'une édition critique », « Diversité, c'est ma devise. » Studien zur französischen Literatur des 17. Jahrhunderts. Festschrift für Jürgen Grimm zum 60. Geburtstag, Biblio 17 (no 86), Papers on French Seventeenth Century Literature, Paris-Seattle-Tübingen, 1994, p. 191-213.
  • Yves Giraud, « De la vie à l'œuvre : la relation conjugale de Molière et d'Armande Béjart », Centre Interuniversitaire d'Études Française (CIEF), consultable en ligne.
  • Roger Duchêne, Molière, Paris, Fayard, 1998, p. 296-303.
  • Gustave Larroumet, La Femme de Molière, Wikisource

Liens externes[modifier | modifier le code]