Armande Béjart

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Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart
Armande Béjart.jpg
Armande Béjart, dite Mademoiselle Molière
Fonction
Sociétaire de la Comédie-Française
-
Biographie
Naissance
Incertaine
Incertain
Décès

Paris, rue de Touraine
Nom de naissance
Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth BéjartVoir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Comédienne
Conjoint
Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière
Guérin d'Estriché
Enfant
Louis Poquelin
Esprit Madeleine Poquelin
Marie Poquelin
Pierre-Jean-Baptiste-Armand Poquelin
Nicolas Guérin d'Estriché

Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart , dite Mademoiselle Molière, est une comédienne française du Grand siècle, née à une date et dans un lieu incertains, et morte à Paris le . Fille ou sœur de Madeleine Béjart (la question est encore en suspens), elle a été pendant onze ans l'épouse de Molière, qui a écrit pour elle de nombreux rôles, dont celui de Célimène dans Le Misanthrope. Son talent, tant dans le tragique que dans le comique, a été reconnu par ses contemporains. Personnalité contrastée, elle a fait l'objet, de son vivant même, d'une biographie romancée diffamatoire, La Fameuse Comédienne, maintes fois rééditée au cours des siècles suivants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance et identité[modifier | modifier le code]

Plus de trois siècles après sa mort, l'identité de la femme de Molière n'est pas clairement établie. La rareté des documents existants, l’absence en particulier d’un acte de baptême qui porterait ses quatre prénoms et les noms de ses parents, ne permet pas de trancher la question, déjà controversée de son vivant, de savoir si elle était la fille ou la sœur de Madeleine Béjart. Les historiens en sont donc réduits à combiner de diverses manières les quelques indices dont ils disposent et qui sont exposés ci-après dans l’ordre chronologique.

Françoise de Modène (1638)[modifier | modifier le code]

La date la plus ancienne avancée au sujet de « Mademoiselle Molière »[Note 1] est celle du . Ce jour-là, à Paris, Madeleine Béjart, âgée de vingt ans, fille mineure[1] de Joseph Béjart et de Marie Hervé, met au monde une enfant qui sera tenue huit jours plus tard sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Eustache[2] :

« Onziesme de juillet, fut baptisée Françoise, née du samedy troisiesme de ce présent moys, fille de messire Esprit Raymond, chevalier, seigneur de Modène et autres lieux, chambellan des affaires de Monseigneur, frère unique du Roy[Note 2], et de damoiselle Magdeleyne Béjard, la mère, demeurant rue Saint-Honoré ; le parrain, Jean-Baptiste de L’Hermitte, escuyer, sieur de Vauselle[Note 3], tenant pour messire Gaston-Jean-Baptiste de Raymond, aussi chevalier, seigneur de Modène[Note 4] ; la marraine, damoiselle Marie Hervé[Note 5], femme de Joseph Béjard, escuyer[Note 6]. »

Le prénom de l'enfant a été choisi en référence à l'homme qui, s'il n'était mort six ans plus tôt, aurait été son parrain le plus prévisible : son grand-père paternel, François de Rémond de Mormoiron, comte de Modène, dit « le Gros Modène »[3].

La petite fille baptisée ce jour-là semble bien être celle que Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, premier biographe de Molière, évoquera[4], quand en 1705, sans citer son prénom, il identifiera « la Molière » (c'est-à-dire Armande Béjart) comme la fille de Madeleine Béjart et du comte de Modène.

Constatant que Françoise de Modène n'apparaît, pourvue de ce prénom, dans aucun document ultérieur, certains auteurs, dont le plus récent biographe de Molière[5], tiennent pour acquis qu'elle est morte en bas âge, comme de nombreux nourrissons à l'époque, et formulent l'hypothèse que Madeleine Béjart aurait eu, dans les années suivantes, une autre enfant du même Esprit de Modène, avec lequel elle aurait poursuivi une relation amoureuse jusqu'en 1642, et que c'est cette seconde fille, non reconnue par son père et baptisée à une date inconnue sous le quadruple prénom d'Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth, qui aurait épousé Molière en 1662.

Une « petite non baptisée » (1643)[modifier | modifier le code]

À la fin de l'hiver 1643, dix-huit mois après le décès de Joseph Béjart, sa veuve Marie Hervé et les trois aînés de leurs enfants travaillent avec leur ami Jean-Baptiste Poquelin à la création de l'Illustre Théâtre, qui verra le jour le . Dans un acte signé le , en présence d'un « lieutenant particulier civil », de trois procureurs au Châtelet et de divers autres témoins, Marie Hervé déclare, « au nom et comme tutrice de Joseph, Madeleine, Geneviève, Louis et une petite non baptisée, mineurs dudit défunt et elle », vouloir renoncer à la succession de leur père comme étant plus onéreuse que profitable[6].

N'ayant pas encore été baptisée, mais peut-être simplement ondoyée, la fillette n'est pas nommée ; cependant la plupart des historiens s'accordent à reconnaître en elle la future Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth, qui épousera Molière en 1662 (voir le chapitre Un mariage discret). Pour quelle raison, alors qu'elle est âgée de neuf ou dix mois au moins[Note 7], cette dernière-née de Marie Hervé n'a-t-elle pas encore été baptisée ? Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller font valoir[7] que « la cérémonie avait été remise en raison de toutes les préoccupations qui hantaient la famille depuis la mort de Joseph »[Note 8], qu'elle avait encore été « ajournée à cause des aventures de l'Illustre Théâtre », et que cela donnait à penser que le baptême avait pu avoir lieu en province (voir ci-dessous la section Un baptême tardif ?)[7].

Parmi les nombreux documents qui, jusqu'aux années 1680, attestent qu'Armande Béjart est la fille de Joseph Béjart et Marie Hervé, et donc la sœur de Madeleine, son aînée d'une vingtaine d'années, l'acte de , s'il concerne bien la future « Mademoiselle Molière », est le plus ancien et celui dont tous les autres procèdent. Aussi sa sincérité[Note 9] (si ce n'est son authenticité) a-t-elle été contestée dès sa publication en 1863. Arguant du fait qu'à la date du  : 1) Joseph et Madeleine Béjart étaient majeurs et non mineurs[Note 10], 2) Marie Hervé était âgée de 49 ans et demi[Note 11], de nombreux historiens soupçonnent une supposition d'enfant, par laquelle Marie Hervé aurait fait passer pour sienne une fille de Madeleine — Françoise de Modène ou une autre.

Une enfance provinciale ?[modifier | modifier le code]

La Fameuse Comédienne, publié en 1688, est le premier document à donner une naissance aristocratique à la femme de Molière. « Sa mère, écrit l'auteur anonyme[8], assurait que dans son dérèglement, si on en exceptait Molière, elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de qualité, et que pour cette raison sa fille était d'un sang fort noble », avant de préciser que ladite fille « a passé sa plus tendre jeunesse en Languedoc, chez une dame d'un rang distingué dans la province ».

En 1900, Napoléon-Maurice Bernardin suggèrera[9] de reconnaître dans cette « dame » Marie Courtin de la Dehors, demi-sœur de Marie Hervé[Note 12] et femme de Jean-Baptiste L’Hermite, qui en 1638 a été le parrain par procuration de la petite Françoise. Maîtresse d’Esprit de Modène, elle a en effet passé une partie des années 1644-1652 dans le château de Modène, non loin de Carpentras, ou dans le proche domaine de « La Souquette », dont le comte lui avait fait don. Ainsi, tandis que Madeleine Béjart parcourait la France de la Fronde avec Molière et leurs camarades de la troupe du duc d'Épernon, sa fille aurait été élevée avec la fille de sa cousine.

Marie Courtin et Jean-Baptiste L’Hermite figurent avec leur fille Madeleine aux côtés de Molière, de Madeleine Béjart et d'une demoiselle « Manon » dans les représentations de l'Andromède de Corneille données à Lyon au cours de l’hiver 1652-1653 (voir ci-dessous), et on les rencontre dans l’intimité de la troupe jusqu’en 1662.

Un baptême tardif ?[modifier | modifier le code]

Signatures d'Armande Béjart et de son second mari en 1691 (Musée d'art et d'histoire de Meudon).

Dans son contrat de mariage et dans nombre de documents ultérieurs, l'épouse de Molière est désignée par ses quatre prénoms[Note 13] : Armande, Grésinde, Claire, Élisabeth, qu'il lui arrive de déployer telle une bannière ou des titres de noblesse dans sa signature (voir illustration)[Note 14]. Les deux premiers de ces prénoms conduisent Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller à formuler une hypothèse concernant le baptême tardif d'Armande :

« Il est un moment, écrivent-elles[7], où deux personnes se trouvent réunies, qui auraient pu donner à la plus jeune des Béjart ses deux premiers prénoms : c'est en 1653 à Montpellier, lors des États du Languedoc qui furent convoqués par Scipion Grimoard de Beauvoir, comte du Roure[Note 15], époux de Grésinde de Baudan, et présidés par Armand de Bourbon, prince de Conti, alors protecteur des comédiens[Note 16]. »

La grande rareté des prénoms Armande et Grésinde au milieu du XVIIe siècle[Note 17] pourrait conforter cette l'hypothèse. En effet, il semble qu'Armande Béjart est l'une des premières femmes à s'être ainsi prénommée[Note 18], et que l'Armande des Femmes savantes est restée pendant longtemps la seule de ce nom dans le répertoire théâtral classique. Quant à Grésinde, variante d’un vieux prénom médiéval, que l’on trouve dans la documentation sous les formes Grassinde, Grasinde, Grascinde, Garcinde, Garsinde, Garcende, Gersende, il n'était porté que dans quelques rares familles de la noblesse languedocienne.

Retenir cette hypothèse conduit à admettre que « la petite » qui, en , n'était pas encore baptisée, l'a été beaucoup plus tard, au cours de son adolescence, comme ce sera le cas, par exemple, du premier fils de Lully[Note 19].

Mademoiselle Menou[modifier | modifier le code]

Liste des personnages d’Andromède de Corneille (édition de 1651), avec en marge les noms des comédiens de la troupe de Molière qui tenaient les rôles dans les représentations données à Lyon en 1652-1653.

La plupart des biographes d'Armande Béjart l'ont identifiée avec la « demoiselle Menou » dont il est question dans une lettre que Chapelle aurait adressée à son « très cher ami » Molière au sortir d'un hiver particulièrement rigoureux (celui de 1658-1659, semble-t-il), et qui sera publiée trente-trois ans plus tard[10],[Note 20] :

« Toutes les beautés de la campagne ne vont faire que croître et embellir, surtout celle du vert, qui nous donnera des feuilles au premier jour […]. Ce ne sera pas néanmoins encore sitôt, et pour ce voyage il faudra se contenter de celui qui tapisse la terre et qui, pour vous le dire un peu plus noblement,

Jeune et faible, rampe par bas
Dans le fond des prés, et n'a pas
Encor la vigueur et la force
De pénétrer la tendre écorce
Du saule qui lui tend les bras.
La branche, amoureuse et fleurie,
Pleurant pour ses naissants appâts,
Toute en sève et larmes, l'en prie
Et, jalouse de la prairie,
Dans cinq ou six jours se promet
De l'attirer à son sommet.

Vous montrerez ces beaux vers à mademoiselle Menou seulement ; aussi bien sont-ils la figure d'elle et de vous. Pour les autres, vous verrez bien qu'il est à propos surtout que vos femmes ne les voient pas, et pour ce qu'ils contiennent, et parce qu'ils sont, aussi bien que les premiers, tous des plus méchants. Je les ai faits pour répondre à cet endroit de votre lettre où vous particularisez le déplaisir que vous donnent les partialités de vos trois grandes actrices[Note 21] pour la distribution de vos rôles. »

Ainsi, trois ans avant leur mariage, et alors que Molière est confronté à des dissensions à l'intérieur de la troupe, Armande (s'il s'agit bien d'elle) et lui auraient entretenu une relation amoureuse tenue encore secrète.

Avec la troupe de Molière[modifier | modifier le code]

Portrait présumé d'Armande Béjart vers 1660, par Pierre Mignard (Musée Carnavalet, Paris).

Depuis l'arrivée de la troupe de Molière à Paris à l'automne 1658, la jeune femme partage la vie des comédiens. Son nom apparaît pour la première fois dans la documentation, le , sous la forme « Grésinde Béjart ». Elle signe ce jour-là avec tous les membres de la troupe au contrat de mariage entre deux amis des comédiens[11]. En et , elle signe à deux occasions semblables en tant que « Grésinde Armande » et « Armande Grésinde »[12].

Pour tous ceux parmi lesquels elle vit (les comédiens, leurs familles, leurs proches, leurs amis[Note 22]), Armande est, au moins de manière « officielle » ou « légale », la sœur cadette de « Mlle Béjart » (Madeleine), de « Mlle Hervé » (Geneviève) et de « Béjart » (Louis). Un document l'atteste : le contrat de société signé devant notaires le , dans lequel sont redéfinis les rapports juridiques entre les comédiens de la troupe et où Madeleine Béjart se réserve, « à l'exclusion de tous autres, deux places pour son frère et une de ses sœurs »[13]. Les derniers mots désignant Geneviève, qui appartient à la troupe depuis la création de l'Illustre Théâtre, l'autre « sœur » ne peut, en toute logique et objectivité, être qu'Armande.

Au cours du relâche de Pâques 1661, Molière demande à ses camarades « deux parts au lieu d'une qu'il [a] », ce que « la troupe lui [accorde], pour lui ou pour sa femme s'il se [marie] »[14]. Le mariage a lieu neuf mois plus tard, et quand Armande entre dans la troupe, au cours du relâche de Pâques 1662, la part qui lui est accordée est l'une des deux dont son mari a bénéficié au cours de la saison écoulée[15].

Épouse et mère[modifier | modifier le code]

Un mariage discret (1662)[modifier | modifier le code]

Le , un contrat de mariage est passé entre Molière, âgé de quarante ans, et la benjamine de la « tribu Béjart » :

« Furent présents Jean-Baptiste Pocquelin de Molière, demeurant à Paris, rue Saint-Thomas-du-Louvre, paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, […] d’une part, et demoiselle Marie Hervé, veuve de feu Joseph Béjart, vivant écuyer, sieur de Belleville […], stipulant en cette partie pour demoiselle Armande Grésinde Claire Élizabeth Béjart, sa fille et dudit défunt sieur de Belleville, âgée de vingt ans ou environ […], d’autre part ; lesquelles parties, en la présence, par l’avis et conseil de leurs parents et amis, savoir, de la part dudit sieur de Molière, de sieur Jean Pocquelin, son père, tapissier et valet de chambre du Roi, le sieur André Boudet, marchand bourgeois de Paris, beau-frère à cause de dame Marie-Madeleine Pocquelin, sa femme ; et, de la part de ladite demoiselle Armande Grésinde Claire Élizabeth Béjart, de demoiselle Madeleine Béjart, fille usante et jouissante de ses biens et droits, sœur de ladite demoiselle, et de Louis Béjart, son frère, demeurant avec ladite demoiselle leur mère dans ladite place du Palais-Royal, ont fait et accordé entre elles, de bonne foi, les traité et conventions de mariage qui ensuivent ; c’est à savoir, etc[16]. »

L'historien Georges Couton note que « cette signature de contrat [est] une cérémonie rigoureusement intime : aucun protecteur illustre ni ami prestigieux n'y [est] convié, pas même les comédiens de la troupe, mais simplement, du côté du mari, le père et un oncle; du côté d'Armande, sa mère Marie Hervé, sa sœur Madeleine et son frère Louis »[17]. Le contraste est grand avec ce que l'on a pu observer, six mois plus tôt, lors de la signature du contrat de mariage entre Marin Prévost et Anne Brillart, deux « petites mains » de la troupe : tous les comédiens et leurs proches sont alors venus témoigner[18] ; de même, lorsque Lully épouse, six mois plus tard, la fille du musicien Michel Lambert, le contrat de mariage, signé en grande cérémonie au château de Saint-Germain-en-Laye, porte les signatures de Louis XIV, d'Anne d'Autriche, de la reine Marie-Thérèse, du duc de Mortemart-Rochechouart, de Jean-Baptiste Colbert, de Pierre de Nyert, de Louis Hesselin, et plusieurs autres[19].

L'hésitation sur l'âge d'Armande (« vingt ans ou environ ») indique qu'il n'a pas été fourni d'extrait de baptême. Lors de son premier mariage, en , Madeleine L'Hermite, cousine de Madeleine Béjart, se dit née en 1640, alors qu'elle a été baptisée en . De même, en 1672, lors de son second mariage, Geneviève Béjart se dit âgée de 40 ans, alors qu'elle en a 48. Et la même année 1672, quand elle épouse La Grange, Marie Ragueneau se dit âgée de 29 ans, alors qu'elle en a 33[Note 23].

Les « vingt ans ou environ » donnés ici à Armande n'excluent donc pas qu'elle soit Françoise de Modène, qui aurait vingt-trois ans et demi en . Un autre détail de ce contrat pourrait le confirmer : le titre de « sieur de Belleville » qui y est donné à feu Joseph Béjart, soi-disant père de la mariée, n'a jamais paru jusqu'alors, et le défunt n'a été qualifié d'écuyer qu'en une seule occasion : lors du baptême de sa petite-fille Françoise, en 1638[Note 24].

La cérémonie religieuse a lieu un mois plus tard, le lundi gras , en l'église Saint-Germain-l’Auxerrois :

« Du lundi vingtième []. Jean-Baptiste Poquelin, fils de sieur Jean Poquelin et de feue Marie Cressé, d'une part, et Armande Grésinde Béjard, fille de feu Joseph Béjard et de Marie Hervé, d'autre part, tous deux de cette paroisse, vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés et mariés tout ensemble, par permission de M. Comtes, doyen de Notre-Dame et grand vicaire de Monseigneur le Cardinal de Retz, archevêque de Paris, en présence de Jean Poquelin, père du marié, et de André Boudet, beau-frère du marié, et de ladite dame Hervé, mère de la mariée, et Louis Béjard et Madeleine Béjard, frère et sœur de ladite mariée, et d'autres[Note 25], avec dispense de deux bans[20]. »

Portrait de Molière vers 1658, attribué à Roland Lefebvre (Comédie-Française).

Accusation de Montfleury[modifier | modifier le code]

Montfleury par Antoine Durand (1611-1680).

Dans L'Impromptu de Versailles, créé le 19 octobre 1663, Molière parodiait le jeu emphatique de plusieurs acteurs de l'Hôtel de Bourgogne, dont Montfleury, mais en réponse aux attaques souvent violentes dont lui-même avait été l'objet, il demandait aussi (scène V) qu’en critiquant son physique, son jeu, sa voix et ses comédies, on lui « laisse le reste », c’est-à-dire qu’on respecte sa vie privée.

Le 23 novembre suivant, le jeune Racine, qui travaille alors à la versification de sa première tragédie, La Thébaïde[Note 26], adresse à son ami l'abbé François Le Vasseur une lettre qu'il achève sur ces mots : « Montfleury a fait une requête contre Molière, et l’a donnée au roi. Il l’accuse d’avoir épousé la fille et d’avoir autrefois couché avec la mère. Mais Montfleury n’est point écouté à la cour[21]. »

Georges Couton, selon qui la requête de Montfleury vise à dénoncer un mariage incestueux[17], observe que parmi les « ennemis » réels ou supposés de Molière (à commencer par Guillaume de Lamoignon, premier président du parlement de Paris et membre influent de la Compagnie du Saint-Sacrement), aucun n'a entamé la moindre démarche pour vérifier le bien-fondé de ces allégations. « Ils pouvaient agir, ajoute-t-il, ou agir par voie judiciaire, au cas où il roi n'aurait pas voulu écouter, et personne n'aurait pu arrêter la procédure. Ils ne l'ont pas fait ; ce n'est pas indulgence, ni manque de crédit. Il n'y a qu'une explication: aucune accusation d'inceste ne pouvait être retenue contre Molière ; le dossier était vide, sa situation familiale normale. »

Plutôt qu'une accusation d'inceste, Roger Duchêne[22] voit dans la requête du tragédien une tentative de faire invalider le mariage, l'Église interdisant le mariage avec l'enfant d'une ancienne femme ou maîtresse[Note 27]. Si Montfleury n'a pas été écouté, ce ne serait pas parce que son accusation était sans fondement, mais parce qu'appartenant « à une troupe rivale et ayant de ce fait maintes raisons de vouloir nuire à Molière », il « manquait de crédit »[22].

Enfants[modifier | modifier le code]

De son mariage avec Molière, Armande a eu quatre enfants :

1. Louis, né le et tenu sur les fonts baptismaux de Saint-Germain-l'Auxerrois, six semaines plus tard, le , par Charles duc de Créquy, tenant pour Louis XIV, et Colombe Le Charon, épouse du maréchal du Plessis-Choiseul, tenant pour Henriette d'Angleterre, épouse de Philippe d'Orléans[23]. Tous les historiens s'accordent à penser que ce parrainage est une réponse à la requête de Montfleury. Le petit Louis meurt le suivant, âgé de dix mois, et est inhumé le lendemain, jour de la deuxième représentation publique de La Princesse d'Élide, avec « Mlle Molière », mère de l'enfant, dans le rôle-titre.

2. Esprit-Madeleine, baptisée le [Note 28] en l'église Saint-Eustache : « Du mardi 4 aoust 1665 fut baptisée Esprit-Magdeleyne, fille de Jean-Baptiste Pauquelin Maulier, bourgeois, et Armande-Gresinde, sa femme, demeurant rue Saint-Honoré. Le parrain : messire Esprit de Remon, marquis de Modene ; la marraine : Magdeleyne Bezart, fille de Joseph Besart, vivant procureur »[Note 29]. La plupart des auteurs ont vu dans le choix de M. de Modène et Madeleine Béjart comme parrain et marraine de l'enfant l'indice qu'ils seraient ses grands-parents. Roger Duchêne, pour sa part, y voit plutôt une façon de déjouer l'accusation d'inceste portée par Montfleury contre Molière[24].

3. Marie, morte peu après sa naissance à la fin de l'année 1668[Note 30].

4. Pierre-Jean-Baptiste-Armand[Note 31], né le . Tenu sur les fonts de Saint-Eustache, deux semaines plus tard, par Pierre Boileau de Puymorin, frère du satiriste, et Catherine-Marguerite Mignard, fille du peintre Pierre Mignard, il meurt le [Note 32] et est inhumé le lendemain.

En scène au côté de Molière (1662-1673)[modifier | modifier le code]

Page de titre de La Princesse d'Élide.

Au cours du relâche de Pâques 1662, Armande entre officiellement dans la Troupe de Monsieur, et à la date du suivant, elle apparaît pour la première fois dans le registre de La Grange sous le nom de « Mademoiselle Molière ». Mais il faut attendre un an pour la voir tenir un rôle important : en , elle est Élise dans La Critique de l'École des femmes, puis en octobre, elle joue son propre personnage dans L'Impromptu de Versailles.

Le , elle tient le rôle-titre dans La Princesse d'Élide[25], que la troupe crée à Versailles devant Louis XIV et ses six-cents invités dans le cadre des Plaisirs de l'île enchantée. En revanche, on ignore si dans la première version du Tartuffe, créée quatre jours plus tard, elle joue le rôle d'Elmire, femme d'Orgon, qu'elle tiendra à partir de 1669 dans la version définitive.

Elle succède dès lors à Madeleine Béjart dans les grands rôles féminins, aux côtés de Marquise Du Parc (jusqu'en 1667) et de Catherine de Brie, et ce, non seulement dans les comédies de Molière, mais dans les pièces d'autres auteurs, y compris tragiques, qui seront créées sur la scène du Palais-Royal (voir ci-dessous).

De « Mademoiselle Molière » à « Mademoiselle Guérin »[modifier | modifier le code]

Mort et inhumation de Molière[modifier | modifier le code]

François de Harlay de Champvallon, de l'Académie française, archevêque de Paris de 1670 à 1695.

Le soir du vendredi , au sortir de la quatrième représentation du Malade imaginaire, Molière meurt à son domicile de la rue de Richelieu sans avoir pu abjurer sa profession de comédien ni recevoir les derniers sacrements. Devant le refus consécutif du curé de Saint-Eustache de lui donner une sépulture chrétienne, Armande adresse à l'archevêque de Paris, François de Harlay de Champvallon, une requête le suppliant d'accorder, « de grâce spéciale », que le défunt « soit inhumé et enterré dans ladite église de Saint-Eustache, sa paroisse, dans les voies ordinaires et accoutumées »[Note 33]. Trois jours plus tard, « ayant égard aux preuves résultant de l'enquête faite par [son] ordonnance », le prélat accède à la supplique de la veuve et permet au curé de Saint-Eustache « de donner la sépulture ecclésiastique au corps du défunt Molière […] à condition néanmoins que ce sera sans aucune pompe et avec deux prêtres seulement et hors des heures du jour, et qu'il ne se fera aucun service solennel pour lui, dans ladite paroisse Saint-Eustache, ni ailleurs ».

L'inhumation a lieu le au cimetière Saint-Joseph. Transcrivant trente-deux ans plus tard le souvenir que Michel Baron gardait de ces étranges obsèques, Grimarest écrira : « Le jour qu'on le porta en terre, il s'amassa une foule incroyable de peuple devant sa porte[Note 34]. La Molière en fut épouvantée ; elle ne pouvait pénétrer l'intention de cette populace. On lui conseilla de répandre une centaine de pistoles par les fenêtres. Elle n'hésita point ; elle les jeta à ce peuple amassé, en le priant avec des termes si touchants de donner des prières à son mari, qu'il n'y eut personne de ces gens-là qui ne priât Dieu de tout son cœur[26]. »

Les contemporains semblent avoir jugé sévèrement l'attitude d'Armande à l'occasion de la mort de Molière (voir ci-dessous).

Du Palais Royal à l'hôtel Guénégaud[modifier | modifier le code]

Une semaine après la mort de Molière, la troupe reprend les représentations avec Le Misanthrope. Armande, qui a alors entre trente-et-un et trente-cinq ans, y tient son rôle de Célimène aux côtés du jeune Michel Baron, qui, âgé de dix-neuf ans, ans reprend celui d'Alceste. Certains le lui reprocheront. Ainsi le comte de Limoges écrit à Bussy-Rabutin : « La perte de Molière est irréparable ; je pense que personne n'en sera moins affligé que sa femme : elle a joué la comédie hier. »[27] À quoi Bussy répond avec non moins de sévérité : « La femme de Molière ne se contraint pas trop de monter sur le théâtre trois jours après la mort de son mari. Elle peut jouer la comédie à l'égard du public, mais sur le sujet du pauvre défunt, elle ne la joue guère. À ce que je vois, son deuil ne lui coûtera pas beaucoup »[28]

Page du registre de La Grange concernant les changements intervenus dans la troupe au cours du relâche de Pâques 1673.

Du 3 au , la troupe donne Le Malade imaginaire avec La Thorillière dans le rôle d’Argan, que tenait Molière. Puis le théâtre ferme pour le relâche annuel. Aux alentours de Pâques (), Baron, La Thorillière, Jeanne Beauval et son mari quittent la troupe pour celle de l’hôtel de Bourgogne. Leur défection conduira La Grange à noter dans son registre :

« Ainsi la troupe de Molière fut rompue. Ceux des acteurs et actrices qui restaient se trouvèrent non seulement sans troupe mais sans théâtre, le roi ayant trouvé à propos de donner la jouissance de la salle du Palais-Royal à Mr. de Lully, surintendant de la musique de Sa Majesté. »

C’est ce dont témoigne également une certaine Louise Pellisson[Note 35] dans une lettre qu’elle adresse le au comte et à la comtesse de Modène[Note 36], qui depuis 1666 vivent retirés dans leur château du Comtat Venaissin :

« … Vous savez que, d’abord que [= dès que] les choses ne sont plus nouvelles à Paris, l’on n’en fait pas grand cas. Je vous assure que l’on ne parle non plus du pauvre Molière que s’il n’avait jamais été, et que son théâtre, qui a fait tant de bruit il y a si peu de temps, est entièrement aboli. Je crois vous avoir mandé que tous les comédiens sont dispersés. Ainsi la veuve a été trompée, parce qu’elle s’attendait bien à jouer, mais on ne croit pas que la troupe jamais se réunisse. Elle a voulu un peu faire trop la fière et la maîtresse[29]. »

Cependant, le jour même où Louise Pellisson assure que le théâtre de Molière est « aboli », La Grange et ses camarades passent un contrat d’association avec Rosimond et Angélique du Croisy, comédiens du Marais, et le suivant, ils achètent, pour la somme de 14 000 livres dont Armande Béjart fait discrètement l'avance sous le nom d'André Boudet, beau-frère de Molière[30], le théâtre que les sieurs de Sourdéac et de Champeron viennent de faire aménager dans l’ancien jeu de paume de La Bouteille, rue Mazarine, dans le quartier de Saint-Germain.

La Troupe du Marais ayant été définitivement dissoute par une ordonnance royale du , ses principaux comédiens sont réunis aux anciens compagnons de Molière, et le suivant, la « Troupe du roi en son hôtel de la rue Guénégaud » ouvre la nouvelle saison avec Le Tartuffe. Armande est la première nommée dans la liste des comédiennes[15]. C'est pour elle le début d'une seconde carrière qui durera deux fois autant que la première.

Investissements immobiliers[modifier | modifier le code]

La maison d'Armande Béjart à Meudon (dessin anonyme du XIXe siècle).

En , Armande achète pour 1 100 livres une petite maison avec jardin située au Mont Valérien, sur la paroisse de Rueil[31]. Elle et son second mari la revendront quatre ans plus tard, le 21 août 1679, au comédien Achille Varlet, dit Verneuil, frère de Charles Varlet de La Grange[Note 37].

Le 30 mars 1676, elle acquiert, pour 5 400 livres, une grande maison à porte cochère dans la rue des Pierrées à Meudon[32] qui, au milieu du XVIe siècle, était celle d'Ambroise Paré. Les héritiers d'Armande — Esprit-Madeleine Poquelin, Isaac et Nicolas Guérin d'Estriché — la vendront en 1705 au grammairien Pierre Py-Poulain de Launay[33]. Elle abrite aujourd'hui le Musée d'art et d'histoire de la ville.

L'affaire du président Lescot[modifier | modifier le code]

Au cours de cette même année 1675, la réputation d’Armande est gravement mise en cause dans deux épisodes presque concomitants.

Le premier est connu par quelques actes judiciaires[Note 38] et par le long récit, invérifiable dans son détail, qu’en fera l’auteur de La Fameuse Comédienne[34]. Depuis la mi-mars, « Mlle Molière » triomphe dans le rôle-titre de Circé, tragédie à machines de Jean Donneau de Visé et Thomas Corneille[Note 39], quand un certain François Lescot, président au parlement de Grenoble, l’ayant vue jouer, est pris du désir de faire sa connaissance. Jeanne Ledoux, une maquerelle chez qui il a ses habitudes, le met en rapport avec Marie Simmonet, dite « la Tourelle », une prostituée qui ressemble à s'y méprendre à Armande Béjart. Le magistrat s’y méprend et une relation quasi tarifée s’établit entre eux. Un jour qu'il est revenu voir le spectacle, il rejoint dans sa loge celle qu’il croit être sa maîtresse. Comme « Mlle Molière » s’obstine à ne pas le reconnaître, il finit par l’injurier et lui arracher le collier qu'elle porte et qu'il est persuadé de lui avoir offert. On appelle la maréchaussée, Lescot est arrêté, condamné à faire réparation à sa victime et frappé d’une lourde amende. Arrêtées peu après, l’entremetteuse et sa complice sont fustigées de verges, le , devant l’Hôtel Guénégaud.

Le procès Lully-Guichard[modifier | modifier le code]

Dans le même temps où ces événements se déroulent, un procès retentissant oppose depuis le Jean-Baptiste Lully à un officier de la maison de Monsieur, Henry Guichard, qu'il accuse d'avoir voulu l'empoisonner avec du tabac à priser[35] (on est en pleine Affaire des poisons). « Mlle Molière », parente des supposés complices de Guichard, et Jean Donneau de Visé ont été cités parmi les nombreux témoins à charge. Leurs témoignages sont récusés par la défense, Armande Béjart au motif que « son métier de comédienne publique » la rend « infâme de droit et de fait », Donneau de Visé parce qu'il est « accoutumé de porter faux témoignage en justice depuis longtemps » et que « la Molière et lui mènent ensemble une vie si scandaleuse que tout le monde en est offensé ». Mais du long factum que Guichard fera paraître pour sa défense[36], les biographes retiennent surtout les violentes accusations qu'il porte au sujet de la filiation et des mœurs d'Armande, accusations dont se fera l'écho, douze ans plus tard, l'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne :

« Tout le monde sait que la naissance de la Molière est obscure et indigne ; que sa mère est très incertaine ; que son père n’est que trop certain ; qu’elle est fille de son mari, femme de son père ; que son mariage a été incestueux ; que ce grand sacrement n’a été pour elle qu’un horrible sacrilège ; que sa vie et sa conduite ont toujours été plus honteuses que sa naissance et plus criminelles que son mariage ; qu’avant que d’être mariée elle a toujours vécu dans une prostitution universelle ; que pendant qu’elle a été mariée, elle a toujours vécu dans un adultère public, et que depuis qu’elle est veuve, elle a toujours vécu dans un abandonnement général de son corps et de son âme. »

À une date difficile à préciser, Jean Nicolas de Tralage, neveu du lieutenant général de police Gabriel Nicolas de La Reynie, note dans ses carnets[37] :

« Il y a d'honnêtes gens dans toutes les conditions, mais ordinairement en petit nombre. Quoique les comédiens soient décriés parmi certains cafards, il est certain néanmoins que de mon temps, c'est-à-dire depuis vingt-cinq ou trente ans, il y en a eu, et même il y en a encore, qui vivaient bien, régulièrement et même chrétiennement, à savoir [l'auteur cite Molière, les époux La Grange, Villiers (Claude Deschamps), les époux Poisson, et plusieurs autres]. Les principaux débauchés ont été ou sont encore : Le sieur Baron, grand joueur et satyre ordinaire des jolies femmes ; la femme de Molière, entretenue à diverses fois par des gens de qualité et séparée de son mari. »

Second mariage (1677)[modifier | modifier le code]

Les deux épisodes mentionnés ci-dessus, et dans lesquels Sylvie Chevalley[Note 40] voyait « une véritable campagne de diffamation »[38], sont sans doute pour beaucoup dans la décision que prend alors la veuve de Molière, qui a entre trente-cinq et trente-neuf ans, de se remarier. Le , elle épouse en secondes noces le comédien Isaac-François Guérin d'Estriché, âgé de quelques années de plus qu'elle[Note 41]. Fils de comédiens[Note 42], frère de quatre comédiens et comédiennes de campagne[39], il a, pendant vingt ans, appartenu à des troupes itinérantes, avant d'entrer dans la troupe du Marais en 1672, puis l'année suivante dans celle de l'Hôtel Guénégaud. « Excellent comédien, écrit Lemazurier[40], et homme plein d'honneur et de probité, [il fut] l'un des plus célèbres acteurs que le théâtre ait possédés pour les rôles à manteau et pour les grands confidents tragiques. » Cette union durera vingt-trois ans, deux fois plus que ce qu'Armande a vécu avec Molière.

« Ces époux, notent les frères Parfaict[41], vécurent dans une grande union », ce que semble confirmer ce distique reproduit à la suite de La Fameuse Comédienne (voir ci-dessous) : « Elle avait un mari d'esprit, qu'elle aimait peu ; / Elle en prend un de chair, qu'elle aime davantage. »[42]

En 1678, Armande Béjart donne naissance à un fils, Nicolas-Armand-Martial[Note 43], qui, en 1698, fera représenter devant la cour à Fontainebleau une « pastorale héroïque » en trois actes intitulée Myrtil et Mélicerte[43], refonte en vers libres de la comédie de Mélicerte dont Molière et ses camarades avaient présenté un fragment à Saint-Germain-en-Laye en .

Création de la Comédie-Française (1680)[modifier | modifier le code]

Le , par lettre de cachet signé de Louis XIV et de Colbert, les troupes de l'Hôtel Guénégaud et de l'Hôtel de Bourgogne sont réunies pour donner naissance à la Comédie-Française. « Mademoiselle Guérin » en est l'une des premières sociétaires.[15].

En , trois libraires parisiens mettent en vente le premier tome d'une nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée, des Œuvres de Monsieur de Molière, qui en compte huit au total, dont deux volumes de pièces inédites. La préface, due pour une large part à La Grange, ne contient rien sur Armande ni sur aucun comédien de la troupe de Molière ; elle indique, en revanche, que « dans ses comédies, […] il a joué tout le monde, puisqu'il s'y est joué le premier en plusieurs endroits sur des affaires de sa famille et qui regardaient ce qui se passait dans son domestique ».

La Fameuse Comédienne[modifier | modifier le code]

Page de titre de la première édition de La Fameuse comédienne.

En 1688, un imprimeur hollandais fait paraître, sans nom d'auteur et sous une adresse fictive, une nouvelle diffamatoire intitulée La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme & veuve de Moliere[44], qui donne à suivre, sous la forme d'une biographie romancée, les « aventures amoureuses » d'Armande Béjart depuis son mariage avec Molière en 1662 jusqu'à son second mariage avec Guérin d'Estriché en 1677. Plusieurs fois réédité dans les années suivantes, ce texte est le premier « document » qui donne à lire explicitement qu’Armande est la fille de Madeleine :

« Elle [la Molière] est fille de la défunte Béjart, comédienne de campagne, qui faisait la bonne fortune de quantité de jeunes gens de Languedoc, dans le temps de l'heureuse naissance de sa fille. C'est pourquoi il serait très difficile, dans une galanterie si confuse, de dire qui en était le père ; tout ce qu'on en sait est que sa mère assurait que, dans son dérèglement, si on en exceptait Molière, elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de qualité, et que, pour cette raison, sa fille était d'un sang fort noble, et c’est aussi la seule chose que la pauvre femme lui a toujours recommandé, de ne s’abandonner qu’à des personnes d’élite. On l’a crue fille de Molière, quoique depuis il ait été son mari ; cependant on n’en sait pas bien la vérité… »

L'auteur prête à « la Molière » une foule d'amants — des « personnes d'élite » dont les frasques ont naguère alimenté la chronique scandaleuse (l'abbé de Richelieu, les comtes de Guiche et de Lauzun), des gens de moindre rang (l'abbé de Lavau « et plusieurs autres de ce même caractère », « un lieutenant aux gardes et beaucoup d'autres jeunes gens ») et des personnalités du spectacle (Michel Baron, un sieur Du Boulay) — avec lesquels elle aurait entretenu des rapports qui, pour certains, relevaient de la prostitution.

Ce livre, fort sujet à caution, mais si « savoureux et magnifiquement écrit »[45] qu'on a pu l'attribuer à La Fontaine et à Racine[46], a amplement contribué à noircir l'image d'Armande Béjart auprès de nombreux moliéristes.

Retraite et mort[modifier | modifier le code]

Armande Béjart se retire du théâtre le avec une pension de 1 000 livres[47],[Note 44].

Six ans plus tard, le , elle meurt dans la maison de la rue de Touraine (au 4 de l'actuelle rue Dupuytren), que son mari et elle louent depuis 1692 aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu. L'enterrement a lieu le surlendemain au cimetière de l'église Saint-Sulpice, en présence de Nicolas Guérin, son fils, de son neveu le joaillier François Mignot et de son ami le comédien Jacques Raisin, mais en l'absence de sa fille, de son mari et de ses camarades de la Comédie-Française[48].

L'acte d'inhumation la dit « âgée de cinquante-cinq ans », ce qui la ferait naître en 1645, une date qui ne se concilie avec aucun document connu[Note 45].

L'inventaire après décès ayant été clos le , la succession est partagée le entre Isaac Guérin d'Estriché, Nicolas Guérin et Esprit-Madeleine Poquelin, lesquels vendent la maison de Meudon deux ans plus tard[49].

Postérité[modifier | modifier le code]

Au printemps 1705, Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, ancien ingénieur militaire et intendant du maréchal-duc de Noailles, fait paraître, sous le titre de La Vie de M. de Molière, la première véritable biographie de celui qui est d'ores et déjà considéré comme le plus grand auteur comique français. Né en 1659, il n'a sans doute pas vu jouer Molière et rien ne suggère qu'il a personnellement connu sa veuve. Mais il est ami d'Esprit-Madeleine Poquelin, qui habite non loin de chez lui, et surtout du célèbre comédien Michel Baron, retiré de la Comédie-Française depuis 1692, qui a bien connu le Molière des trois dernières années et dont les souvenirs fournissent la matière d'une grande partie du livre de Grimarest.

Une grande comédienne[modifier | modifier le code]

Jugement des contemporains[modifier | modifier le code]

Portrait présumé d'Armande Béjart, École française du XVIIe siècle. Musée des arts décoratifs.

L’auteur anonyme d'une « Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière et sur les comédiens de sa troupe », publiée en dans le Mercure de France, dépeint Armande Béjart en ces termes »[50] : « Elle avait la taille médiocre, mais un air engageant, quoiqu’avec de très petits yeux, une bouche fort grande et fort plate, mais faisant tout avec grâce, jusqu’aux plus petites choses, quoiqu’elle se mît extraordinairement et d’une manière presque toujours opposée à la mode du temps. » La concordance de ce portrait avec celui que Covielle et Cléonte font de Lucile dans Le Bourgeois gentilhomme[51] a fait penser que Molière avait peint sa femme dans ce personnage, dont le rôle a en effet été créé par Armande Béjart.

Jusqu'à la mort de Molière, les gazetiers ne cessent de rendre hommage dans leurs lettres en vers à « la mignarde Molière », à « l'actrice au joli visage », etc[Note 46]. Et si en 1688 l'auteur de La Fameuse Comédienne la décrit comme « la personne du monde la plus prévenue de sa beauté », un témoin plus tardif, le compositeur et dramaturge Nicolas Racot de Grandval, notera que « sans être belle, elle était piquante et capable d’inspirer une grande passion »[52].

Les témoignages ne sont pas moins abondants concernant ses qualités de comédienne. L'auteur anonyme des Entretiens galans publiés en 1681 fait un long éloge[53] de la manière dont Armande et La Grange interprètent le « petit opéra impromptu » de la scène 5 du deuxième acte du Malade imaginaire :

« Cette belle scène n’a-t-elle pas toujours eu, sur le théâtre de Guénégaud, un agrément qu’elle n’aurait jamais sur celui de l’Opéra. La Molière et La Grange, qui la chantent, n’ont pas cependant la voix du monde la plus belle. Je doute même qu’ils entendent finement la musique, et quoiqu’ils chantent par les règles, ce n’est point par leur chant qu’ils s’attirent une si générale approbation ; mais ils savent toucher le cœur, ils peignent les passions. La peinture qu’ils en font est si vraisemblable et leur jeu se cache si bien dans la nature que l’on ne pense pas à distinguer la vérité de la seule apparence. En un mot, ils entendent admirablement bien le théâtre, et leurs rôles ne réussissent jamais bien lorsqu’ils ne les jouent pas eux-mêmes. […] Mais ils ne doivent pas leurs plus grands succès à la manière délicate dont ils récitent. Leur extérieur a déjà quelque chose qui impose. Leur maintien a quelque chose de touchant. Leur jeu imite si bien la nature qu'ils font quelquefois des scènes muettes qui sont d'un grand goût pour tout le monde. […] Leur jeu continue lors même que leur rôle est fini. Ils ne sont jamais inutiles sur le théâtre : ils jouent presque aussi bien quand ils écoutent que quand ils parlent. Leurs regards ne sont pas dissipés ; leurs yeux ne parcourent pas les loges. Ils savent que leur salle est remplie, mais ils parlent et ils agissent comme s'ils ne voyaient que ceux qui ont part à leur action. Ils sont propres et magnifiques sans rien faire paraître d'affecté. Ils ont soin de leur parure avant que de se faire voir, et ils n'y pensent plus dès qu'ils sont sur la scène. Et si la Molière retouche parfois à ses cheveux, si elle raccommode ses nœuds et ses pierreries, ses petites façons cachent une satire judicieuse et naturelle. Elle entre par là dans le ridicule des femmes qu'elle veut jouer ; mais enfin, avec tous ses avantages, elle ne plairait pas tant si sa voix était moins touchante ; elle en est si persuadée elle-même que l'on voit bien qu'elle prend autant de divers tons qu'elle a de rôles différents. »

Les frères Parfaict confirment qu' « elle avait la voix extrêmement jolie [et] chantait avec un grand goût le français et l’italien » (Histoire du Théâtre François, Paris, 1734-1749, tome XI, page 323). Et de fait, rendant compte de la création du Parisien de Champmeslé dans Le Mercure galant de , Donneau de Visé écrivait : « [Cette comédie] a cela de nouveau qu'il y a un personnage de femme tout italien. Mademoiselle Guérin, à qui cette langue est familière, soutient ce rôle admirablement et y fait paraître avec beaucoup d'avantage cette finesse d'esprit dont elle accompagne tout ce qu'elle joue. »[54].

Quelques-uns de ses rôles[modifier | modifier le code]

Controverse sur l'identité et la filiation[modifier | modifier le code]

Des contemporains partagés[modifier | modifier le code]

En dépit du grand écart d'âge qui était entre elles, « la Molière » (Armande) et « la Béjart » (Madeleine) étaient sœurs ; c'est ce qu'ont cru, ou feint ou accepté de croire, la plupart de leurs contemporains, parmi lesquels on peut citer : les notaires et leurs clercs qui en ont rédigé et mis en forme le contrat de mariage entre Molière et Armande, désignée comme fille de Marie Hervé ; les membres des deux familles et les signataires de ce contrat, à qui l'on en a fait lecture ; le doyen de Notre-Dame, qui en février a autorisé le mariage ; le prêtre et les officiants qui l'ont célébré, « en présence de Marie Hervé, mère de la mariée » ; tous ceux qui ont assisté à cette cérémonie ; le duc de Créquy et la duchesse du Plessis-Choiseul, qui deux ans plus tard ont représenté Louis XIV et Henriette d'Angleterre au baptême du premier-né des époux Molière ; le roi lui-même, ses proches et ses ministres ; enfin les amis et les camarades de scène de « Mademoiselle Molière » (voir ci-dessus). Il apparaît ainsi que cette filiation a constitué, du vivant d'Armande, la « version officielle »[Note 47] de sa naissance.

Pour d'autres contemporains, cependant, « la Molière » est la fille, et non la sœur, de « la Béjart », une affirmation qui va le plus souvent de pair avec une insinuation diffamatoire, selon laquelle elle serait la fille de son mari. La première mention de cette filiation est la lettre dans laquelle Racine évoque la requête que l'acteur Montfleury aurait présentée à Louis XIV en (voir ci-dessus). Vers le même temps, Gui Patin parle de Molière comme d'« un comédien d'importance qui a une jolie femme qui est fille de la Béjart, autre comédienne, et peut-être la sienne propre, car ces gens-là n'y regardent pas de si près »[56]. En 1670, Le Boulanger de Chalussay reprend l'accusation d'inceste dans sa comédie d'Élomire hypocondre[57]. Henry Guichard lui donne en 1675 des dimensions quasi monstrueuses (voir ci-dessus la sous-section "L'Affaire Lully-Guichard"). Enfin, l'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne la signale comme une hypothèse très plausible, et Pierre Bayle n'hésite pas à lui emboîter le pas[Note 48].

Mais les détracteurs ou les ennemis de Molière et d'Armande ne sont pas les seuls à faire de celle-ci la fille de Madeleine. Nicolas Boileau, qui pendant dix ans a côtoyé « l'auteur du Misanthrope », témoigne en 1702 que Molière « avait été amoureux de la Béjart, dont il avait épousé la fille. »[58] Et c'est ce que Grimarest confirmera trois ans plus tard[59] : « Molière, en formant sa troupe, lia une forte amitié avec la Béjart qui, avant qu'elle le connût, avait eu une petite fille de Monsieur de Modène, gentilhomme d'Avignon… » Il est avéré en effet (voir ci-dessus) qu'en 1638 Madeleine a eu une enfant du comte de Modène.

Des historiens divisés[modifier | modifier le code]

L.-F. Beffara, Dissertation, 1821, page de titre.

Depuis qu'en 1821 Louis-François Beffara a publié l'acte de mariage de Molière[60], la véritable identité de sa femme divise les historiens. Leurs hypothèses se ramènent à deux grandes « options » : Armande est soit la sœur, soit la fille de Madeleine, la seconde option se subdivisant elle-même en quatre options secondaires, parfois opposées entre elles.

Armande, sœur de Madeleine[modifier | modifier le code]

La thèse la plus répandue est qu'Armande est la fille légitime de Joseph Béjart et Marie Hervé, dernière née du couple et cadette de vingt-quatre ans de sa sœur Madeleine. Son acte de baptême n'a pas été retrouvé, mais les « vingt ans ou environ » que lui donne son contrat de mariage en 1662 permettent de situer sa naissance vers 1641 ou 1642. Corroborée par les très nombreux documents d'archives (actes notariés, entrées de registres paroissiaux, etc.) mis au jour en 1821 par L.-F. Beffara, en 1863 par Eudore Soulié[61], en 1867 par Auguste Jal[62], et en 1963 par Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller[63], cette thèse reprend la version « officielle » qui avait cours du vivant d'Armande. Elle a recueilli et continue de recueillir l'adhésion d'un grand nombre de moliéristes, parmi lesquels Jules Taschereau, Eudore Soulié, Auguste Jal, Gustave Larroumet, Louis Moland, Anatole Loquin, Gustave Michaut, Madeleine Jurgens & Elizabeth Maxfield-Miller, Georges Couton, Cesare Garboli[64].

Pour les tenants de cette thèse, il n'y a aucune raison valable de douter de la sincérité des documents mentionnés ci-dessus, en particulier la demande de renonciation à la succession de Joseph Béjart déposée en par Marie Hervé au nom de ses cinq enfants mineurs, et le contrat de mariage de Molière et Armande signé en . Ils tiennent en outre pour hautement probable que la petite Françoise baptisée en est morte en bas âge, et considèrent, avec Gustave Michaut, que « l'hypothèse qui identifie Armande et Françoise n'a été inventée — c'est trop visible — que pour épargner à Molière tout soupçon infamant, en conservant la tradition »[65].

Armande, fille de Madeleine[modifier | modifier le code]

D'autres hypothèses font d'Armande la fille de Madeleine Béjart. Plusieurs versions sont présentées :

2 a) Armande est la fille de Madeleine Béjart et de Molière. Cette « thèse », contemporaine de la première, a été formulée à diverses reprises entre le mariage et le décès d'Armande (voir ci-dessus). Rejetée avec indignation par Grimarest, puis par la plupart des moliéristes du XIXe siècle, le plus souvent pour des raisons « morales » (Molière, « parfait honnête homme » ne pouvait avoir épousé sa propre fille), elle a été reprise par un seul historien, Jules Michelet[Note 49].
2 b) Armande est la fille de Madeleine Béjart et d'Esprit de Rémond de Modène, baptisée le , à l'église Saint-Eustache, sous le prénom de Françoise. C'est la version esquissée dans sa Vie de M. de Molière par Grimarest. Reçue après lui par tous les éditeurs et commentateurs du XVIIIe siècle, y compris les plus violents détracteurs de Grimarest, comme Jean-Baptiste Rousseau et Voltaire, elle a été rejetée, avec mépris, voire avec haine, par un grand nombre d'historiens des siècles suivants[Note 50] ; elle a cependant été défendue, dès la publication de la Dissertation de Beffara, par le marquis Agricol-Joseph Fortia d'Urban[66], puis en 1858 par Henri-Augustin Soleirol[67], et en 1900 par Napoléon-Maurice Bernardin, biographe de Tristan L'Hermite et de son frère Jean-Baptiste L'Hermite de Vauselle, qui a tenu Françoise de Modène sur les fonts baptismaux[68].

Les deux « sous-options » suivantes s'appuient principalement sur une mise en cause de la sincérité de l'acte de renonciation de et sur l'hypothèse qu'il y a eu supposition d'enfant, Marie Hervé faisant, pour des motifs qui varient selon les historiens, passer pour sienne une fille de Madeleine.

2 c) Armande est une autre fille de Madeleine Béjart et d'Esprit de Rémond de Modène, qui serait née vers 1642 et dont on ignore où et quand elle aurait été baptisée. Cette thèse a été défendue au XIXe siècle par Anaïs Bazin, dans ses Notes historiques sur la vie de Molière[69], par Jules Bonnassies dans les notes de son édition de La Fameuse Comédienne[70], par Charles-Louis Livet, dans les notes de sa propre édition du même texte[71], et par Victor Fournel dans De Malherbe à Bossuet[72]. Henri Chardon l’expose, sans y adhérer, dans ses Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et la vie de Molière[73]. L'une des plus récentes biographes de Molière, Virginia Scott (1934-2014) est tentée de reprendre à son compte la démonstration de Chardon[74], laquelle est explicitement reprise par Georges Forestier[75].
2 d) Armande est la fille de Madeleine Béjart et d'un noble languedocien dont on ignore l'identité. Énoncée en 1688 dans les premières pages de La Fameuse Comédienne, cette thèse a été défendue par Jules Loiseleur dans ses Points obscurs de la vie de Molière[76].

Un problème insoluble ?[modifier | modifier le code]

Au motif que « ce problème ne comporte pas de solution stricte sur le plan historique », plusieurs auteurs refusent de se prononcer et se contentent, au mieux, d'exposer quelques-uns des arguments avancés ; c'est le cas, entre autres, de Paul Mesnard, d'Alfred Simon, d'Alain Niderst et de Roger Duchêne. L'un de ces « agnostiques », Jacques Scherer, formule sa position ainsi[77] :

« Le problème est peut-être insoluble, mais a-t-il, aux yeux des intéressés, une telle importance ? Molière, qui connaissait sans doute (mais cela même n’est pas certain) l’identité véritable du père et de la mère d’Armande, donnait-il à cette identité l’importance exorbitante que lui ont attachée plus tard les historiens ? Rien n’est moins sûr. De toute façon, si Armande appartenait vraiment à la famille de Madeleine, était-il beaucoup plus choquant qu’elle soit sa fille ou sa sœur ? En tout état de cause, les comédiens de ce temps, vivant dans une large mesure en marge de la société, étaient condamnés à vivre entre eux et à se marier entre eux. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au XVIIe siècle, seules les femmes mariées « de qualité », c'est-à-dire de condition noble, étaient appelées Madame.
  2. Né en 1608, Esprit de Rémond de Mormoiron, chevalier (puis baron, puis comte) de Modène a alors trente ans. Il a été élevé à la cour avec Gaston d'Orléans, dont il était page, et il est marié depuis huit ans à Marguerite de La Baume de La Suze, veuve d'Henri de Beaumanoir, marquis de Lavardin, de quinze ans son aînée. Le titre qu'il se donne, de « chambellan des affaires de Monseigneur, frère unique du roi », est sujet à caution, comme le suggère Henri Chardon, dans ses Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et le Vie de Molière, Paris, Auguste Picard, 1886, tome premier, "M. de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart", p. 102, note 1. Évoquant les aventures ultérieures du sieur de Modène à Naples, l'abbé Henry Arnauld écrit dans ses Mémoires (Paris, 1824, p. 259) : « Le baron de Modène était homme de mérite assurément, s'il n'eût point corrompu par ses débauches les belles qualités de son esprit. »
  3. Frère cadet du poète et dramaturge Tristan L'Hermite et proche ami d'Esprit de Rémond, Jean-Baptiste L'Hermite a épousé en 1636 la demi-sœur de Marie Hervé, Marie Courtin, avec qui il avait déjà une fille prénommée Madeleine, laquelle sera plus tard la seconde épouse d'Esprit de Rémond. Il est donc l'oncle par alliance de Madeleine Béjart. Sur ce personnage et ses rapports avec Esprit de Rémond et la famille Béjart, voir l'article très documenté de Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller, « En marge de Molière : Jean-Baptiste L'Hermite et Marie Courtin », dans Revue d'histoire du théâtre, , p. 392-440. Voir également Napoléon-Maurice Bernardin, « Un mari d'actrice, le chevalier de L'Hermite-Soliers », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, 1900, p. 187-236, et Henri Chardon, Nouveaux documents sur les comédiens de campagne, Paris, 1886, tome I « Monsieur de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart ».
  4. Le parrain de Françoise, enfant adultérine (le mot « illégitime » est écrit en marge du registre) est son demi-frère, Gaston-Jean-Baptiste, fils légitime d'Esprit de Rémond et de Marguerite de La Baume de Suze. Âgé de sept ans, le jeune garçon vit alors avec sa mère au château de Malicorne dans le Maine.
  5. Marie Hervé est dite demoiselle, en tant femme d'un (prétendu) gentilhomme.
  6. C'est la première fois, dans la documentation, que Joseph Béjart (1585-1641), « huissier aux eaux et forêts à la table de marbre de France », est ainsi qualifié ; la seconde fois sera en 1662, dans le contrat de mariage d'Armande Béjart et de Molière, où il sera désigné comme « feu Joseph Béjart, vivant écuyer, sieur de Belleville » (voir ci-dessous, chapitre Un mariage discret).
  7. Joseph Béjart étant mort au cours de l'été 1641, la « petite non baptisée », si elle est sa fille, a été conçue au plus tard dans le courant du mois d’août, et sa naissance ne peut être postérieure à . Si elle est la fille de Madeleine Béjart et du chevalier de Modène, née en , elle a quatre ans et sept mois.
  8. La documentation ne permet pas de discerner quelles « préoccupations » ont « hanté » la famille Béjart pendant les dix-huit mois qui se sont écoulés entre la mort du père au cours de l'été 1641 et la renonciation du .
  9. Au sens juridique du terme : caractère authentique d'un acte administratif, d'un document, d'un témoignage.
  10. Joseph, dont on n'a pas retrouvé l'acte de baptême, serait l'aîné, puisqu'il est nommé en premier, et serait né en 1616 ; Madeleine a été baptisée le .
  11. Elle a été baptisée le à Château-Thierry. Roger Duchêne souligne que si la ménopause était plus précoce à l'époque, une telle naissance tardive n'était toutefois pas impossible.
  12. Née du remariage tardif de Madeleine Nollé, mère de Marie Hervé, avec Simon Courtin, Marie Courtin de la Dehors appartient à quelques années près à la même génération que sa nièce Madeleine Béjart.
  13. Des dix enfants de Joseph Béjart et Marie Hervé répertoriés par les historiens, elle serait la seule (si elle est bien leur fille) à porter plusieurs prénoms, à l'exception de Bénigne-Madeleine, dernière née du couple avant Armande, tenue sur les fonts baptismaux en par Madeleine Béjart et un nommé Bénigne Jaquot, et morte en bas âge (Cent ans de recherches sur Molière, p. 640).
  14. Le plus souvent elle signe « armande grésinde béjard », et parfois, quand la place manque, « a.g. béjard »
  15. François Scipion Grimoard de Beauvoir du Roure, né en 1609, a été élevé à la cour avec Gaston d’Orléans et Esprit de Modène, ses aînés d’un an.
  16. Les autrices font, semble-t-il, une erreur de date : les États du Languedoc de 1653, présidés par le comte du Roure, se sont tenus du au à Pézenas. À cette période, le prince de Conti est encore frondeur et se trouve à Bordeaux. Il n'arrivera à Pézenas qu'à la fin de l'été. Les États suivants se tinrent bien à Montpellier, du au , mais ils furent présidés par le comte de Bioules et le prince de Conti n'y assista pas. C'est plus probablement au cours des États de 1656, inaugurés le à Pézenas par le prince de Conti et le comte du Roure, qu'Armand de Bourbon, Grésinde de Baudan et la troupe de Molière-Dufresne se sont trouvés réunis pour l'éventuel baptême suggéré ici.
  17. Le prénom Claire, lui aussi peu fréquent à l'époque, semble n'avoir été donné que dans les familles de l'aristocratie. La plus célèbre sainte à l'avoir porté était Claire d'Assise, disciple de François d'Assise et fondatrice de l'ordre des Clarisses. Quant à Élisabeth, nom de la mère de Jean le Baptiste, c'était le prénom d'une sœur de Madeleine Béjart, née en 1620 et morte en bas âge
  18. Le prénom Armand s'était répandu dans les milieux de l'aristocratie pendant le long « règne » du cardinal de Richelieu, parrain du prince de Conti, qui l'avait mis en vogue.
  19. Ondoyé en , Louis Lully est tenu sur les fonts baptismaux par Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche à l'âge de treize ans, en . Les exemples ne manquent pas, au XVIIe siècle, de baptêmes différés et parfois très tardifs : La Grange, né au cours de l’année 1635, a été baptisé à l’âge de neuf mois environ. Son frère Achille Varlet, dit Verneuil, a été baptisé le , six ans après sa naissance. Jérôme-Dominique et Paul de Cyrano, fils de Pierre de Cyrano de Cassan, chez lequel Savinien a passé ses derniers jours en , ont été baptisés le , le premier étant âgé de « neuf ans, un mois et dix jours », le second de « cinq ans, sept mois et dix jours ».
  20. Certains auteurs ont cru pouvoir identifier la future épouse de Molière avec la jeune fille qui tient le rôle de la néréide Éphyre (quatre vers) dans les représentations de l'Andromède de Corneille données à Lyon, au cours de l'hiver 1652-1653, par la troupe que dirigent Charles Dufresne et Molière. La distribution des rôles figure en effet, écrite à la main, sur un exemplaire de la pièce de l'édition de 1651 découvert au XIXe siècle et conservé dans une bibliothèque privée, et ces auteurs ont lu « M. [=Mlle] Menou » devant le nom d'Éphyre (ainsi Roger Duchêne (Molière, Paris, Fayard, 1998, p. 130), alors qu'il s'agit plus probablement, comme on peut le vérifier sur la reproduction ci-contre, de « M. Manon », prénom qui renverrait peut-être à Manon Dufresne, fille ou nièce de Charles Dufresne.
  21. Madeleine Béjart, Marquise du Parc et Catherine de Brie. Au relâche de Pâques 1659, les époux Du Parc quitteront la troupe pour rejoindre celle du Marais ; ils feront leur retour un an plus tard.
  22. Au bas du contrat de mariage mentionné ci-dessus, on lit, entre autres signatures, celles de Marie Brunet, veuve du pâtissier Cyprien Ragueneau, de sa fille Marie Ragueneau, dite de l'Estang, qui en 1671 épousera Charles Varlet de La Grange, et de Marie Courtin, demi-sœur de Marie Hervé.
  23. De même, quand Armande mourra, en , son acte d'inhumation la dira âgée de 55 ans, alors qu'elle en aura au moins 59, si elle est née en 1641 ou 1642, et 62, si elle est Françoise de Modène, née en 1638.
  24. Dans le premier contrat de mariage de Geneviève Béjart, signé le , la promise sera dite « fille de défunt le sieur Joseph Béjart, vivant bourgeois de Paris » ; dans le second, signé le suivant, elle sera dite « fille de défunt maître Joseph Béjart, vivant procureur au Châtelet de Paris ».
  25. Dans ces mots « et d'autres », Auguste Jal croit pouvoir reconnaître les camarades de scène de Molière.
  26. La pièce sera créée le , par la troupe de Monsieur sur la scène du Palais-Royal.
  27. Cette lecture est reprise par Georges Forestier dans son Molière (Paris, NRF, coll. Biographies, p. 43).
  28. C'est en marge du que La Grange inscrit dans son registre cette mention surmontée d'une croix ancrée symbole des naissances : « Mlle Molière est accouchée le ..... d'un fille nommée Madeleine. »
  29. Certains éléments de cet acte, publié en 1821 par l'ex-commissaire Louis-François Beffara dans sa Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, p. 15, ont soulevé la curiosité : le nom du père, tout d'abord, « Pauquelin Maulier », dont c'est la première et dernière occurrence sous cette forme orthographique ; la qualité de « bourgeois » qui lui est donnée (dix-huit mois plus tôt, dans l'acte de baptême du petit Louis, il était « Monsieur Jean-Baptiste Moliere, valet de chambre du roi ») ; l’absence du patronyme de la mère et la désignation — inhabituelle — de Madeleine Béjart comme fille de Joseph son père, et non comme sœur ou mère d’Armande, absence et désignation qui évitent de désigner les liens réels unissant les deux femmes ; le choix inattendu du lieu, qui fait écrire à Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller : « Du fait que la cérémonie a lieu à l’église Saint-Eustache, il faut admettre que la baptisée était née sur le côté septentrional de la rue Saint-Honoré, et cependant, lorsque Molière loue en octobre 1665 la maison Millet, il est indiqué, ainsi qu’Armande, comme demeurant encore rue Saint-Thomas-du-Louvre. »
  30. Son acte de décès, qui figurait dans les registres de l'église Saint-Sauveur, a été découvert au début des années 1970 par Elizabeth Maxfield-Miller et publié dans la Revue d'histoire du théâtre, , p. 363-365.
  31. Madeleine Jurgens et Elizabeth Maxfield-Miller notent (Cent ans de recherches sur Molière, p. 530, note 2) que « ce prénom de Pierre, que l'enfant doit à son parrain et qui est également celui du père de sa marraine, est accompagné des prénoms du père et de la mère, ce qui est assez rare ».
  32. Dans le registre de La Grange, entre le dimanche 9 (La Comtesse d'Escarbagnas et L'Amour médecin) et le vendredi 14 (L'Avare), à la place où aurait dû figurer la mention du spectacle donné le mardi 11, on lit ces mots : « Mardi 11. Néant à cause de la mort du petit Molière. »
  33. Cette requête et la permission de l'archevêque ont été publiées pour la première fois dans Le Conservateur, ou Recueil de morceaux inédits d'histoire, de politique, de littérature et de philosophie, tirés des portefeuilles de N. François (de Neufchâteau), de l'Institut national, t. II, Paris, Imprimerie de Crapelet, an viii (1799) (lire en ligne), pp. 384-387.
  34. La Gazette d'Amsterdam donne le chiffre de « 7 ou 800 personnes, suivies d'autant ou plus de pauvres, à qui on fit l'aumône que cet illustre défunt leur avait ordonnée un moment avant que d'expirer ».
  35. Fille d'un barbier-chirurgien de la rue Saint-André-des-Arts, en 1668 elle a épousé Jean-Baptiste L'Hermite de Vauzelle, veuf depuis deux ans de Marie Courtin de la Dehors.
  36. En , Esprit de Rémond de Modène, parrain d'Esprit-Madeleine Poquelin et peut-être père d'Armande Béjart, a épousé en secondes noces Madeleine L'Hermite, fille de Marie Courtin et de Jean-Baptiste L'Hermite de Vauzelle.
  37. Note d'Alfred Cramail, historien de Rueil, lue par Paul Viollet au cours de la séance du conseil d'administration de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île de France tenue à la Bibliothèque nationale le 21 juillet 1891. Note reproduite dans le Bulletin de la Société, p. 98.
  38. Découverts par le commissaire Beffara, ces documents ont été publiées par Jules Taschereau dans le seconde édition de son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, p. 404 et suivantes.
  39. Sur l'importance de ce spectacle dans l'histoire de la troupe de l'Hôtel Guénégaud, voir Virgina Scott, « Saved by the magic wand of Circé », Theatre Survey, , p. 1-16.
  40. Sylvie Chevalley, 1908-1997, archiviste-bibliothécaire de la Comédie-Française et auteur de nombreux ouvrages sur le théâtre français.
  41. Les « 82 ans environ » que son acte de décès lui donne en 1728 le feraient naître en 1636.
  42. Charles Guérin, dit L'Espérance, et de sa femme Françoise d'Estriché de Bradam.
  43. Au sujet de cet enfant dont il n'a pas vu l'acte de baptême, Jal écrit qu'il est né « dans le courant de l'année qui suivit [le] mariage » de ses parents. L'auteur de La Fameuse Comédienne est plus catégorique ; le petit Nicolas était déjà conçu quand ses parents se sont mariés : « Il [Guérin] la pressa avec tant de succès que la consommation des noces se fit avant la cérémonie. Il fut même si heureux qu'il mit la Molière dans la nécessité de l'épouser, si elle voulait garder quelques mesures dans le public, et sa grossesse parut si fort qu'elle n'osait presque plus jouer. Elle prit donc toutes les précautions qu'il fallait pour épouser Guérin secrètement, afin de faire croire qu'il y avait déjà longtemps que leur mariage était fait et que le fruit qu'elle portait était conçu dans toutes les formes. » (La Fameuse Comédienne, Francfort, 1688, p. 84-85).
  44. Elle a alors une cinquantaine d'années. Guérin d'Éstriché, âgé, lui, de cinquante-huit ans, ne se retire qu'en 1717 et meurt le , à quatre-vingt-douze ans.
  45. Née en 1638, comme Françoise de Modène, elle aurait 62 ans ; née en 1642, comme le suggère son premier contrat de mariage, elle en aurait 58.
  46. Dans sa Lettre en vers à Madame du , le gazetier Charles Robinet écrit : « O justes dieux, qu'elle a d'appas ! / Et qui pourrait ne l'aimer pas ? / Sans rien toucher de sa coiffure / Et de sa belle chevelure, / Sans rien toucher de ses habits / Semés de perles, de rubis, / Et de toute la pierrerie / Dont l'Inde brillante est fleurie, / Rien n'est si beau ni si mignon, / Et je puis dire tout de bon / Qu'ensemble Amour et la Nature / D'elle ont fait une miniature / Des appas, des grâces et des ris [= rires] / Qu'on attribuait à Cypris [= Vénus] »
  47. L'expression se lit sous la plume de Gustave Michaut, dans ses Débuts de Molière à Paris, p. 151.
  48. Dans l'article « Poquelin » de son Dictionnaire historique et critique (1697), où il cite de longs extraits de La Fameuse Comédienne
  49. Michelet écrit, p. 55-56 du volume intitulé Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes : « Une de ses [de Molière] actrices, la Béjart, était sa maîtresse. Elle n’était pas jeune. Elle pouvait prévoir qu’un homme ainsi posé et dans la force du génie lui échapperait. Elle voulut l'avoir pour gendre. Elle avait une jolie petite fille, que Molière aimait tendrement et comme un père. De qui était-elle née ? Dans le pêle-mêle de la vie de théâtre, la Béjart très probablement ne le savait pas bien au juste. Ce qui est sûr, c’est que l’année 1645, où naquit la petite, était celle où Molière devint un des amants de la mère, etc. » Jugeant utile d'apporter quelque « éclaircissement » (sic) à son propos, Michelet écrit, page 451 : « Molière-Arnolphe ne pouvait-il pas être le père d’Agnès, comme le roi [pouvait être] amoureux de sa sœur (belle-sœur, c’est la même chose au point de vue canonique) ? Le mariage de Molière restera toujours une question obscure. Ce qui est sûr, c’est qu’il se lia avec la mère de sa femme et l’admit dans sa troupe en 1645, l’année où sa femme naquit. De quel père ? C’est ce que probablement ni Molière, ni la comédienne ne surent jamais au juste. Dans le pêle-mêle de la vie des coulisses, on pouvait s’y tromper. C’étaient les mœurs du temps, et même chez les grands seigneurs, que les rapports de sang n’arrêtaient guère. »
  50. Voir l'article Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest.

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'âge de la majorité était fixé à vingt-cinq ans à Paris.
  2. Son acte de baptême a été publié une première fois en 1821 par l'ex-commissaire de police Louis-François Beffara dans sa Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, p. 13-14, puis en 1867 par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 179
  3. Voir Jean Gallian, Histoire de Caromb, tome II.
  4. La Vie de M. de Molière, Paris, 1705, p. 20
  5. Georges Forestier, Molière, Paris, NRF Gallimard, 2018, p. 44-47.
  6. Eudore Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille, Paris, Hachette, (lire en ligne), pp. 172-173.
  7. a b et c Cent ans de recherches sur Molière, p. 131, note 4.
  8. La Fameuse Comédienne, 1688, p. 7.
  9. Napoléon-Maurice Bernardin, « Le mariage de Molière », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, 1900, p. 241. L'auteur est un tenant de la thèse selon laquelle Armande est la fille de Madeleine Béjart et Esprit de Modène.
  10. Recueil des plus belles pièces des poëtes françois tant anciens que modernes, Paris, Barbin, 1692, tome cinquième, p. 40-45.
  11. L'acte a été publié par Georges Monval dans Le Moliériste de , p. 174-178.
  12. Cent ans de recherches sur Molière, p. 349 et 357.
  13. Cent ans de recherches sur Molière, p. 337-338.
  14. Registre de La Grange (1658-1685), précédé d'une notice biographique, publié par les soins de la Comédie-Française, Paris, J. Clay, (lire en ligne), p. 32.
  15. a b et c Registre de La Grange, en ligne
  16. Voir la transcription complète du contrat dans Jurgens & Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 366-367.
  17. a et b Georges Couton, « L'état-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende », Revue des sciences humaines,‎ , p. 311-351
  18. Jurgens & Maxfiled-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 357-359.
  19. Henry Prunières, La Vie illustre et libertine de Jean-Baptiste Lully, Paris, Plon, 1929, p. 96)
  20. Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois cité dans Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, (lire en ligne), p. 871.
  21. Œuvres de J. Racine, Paris, Hachette, 1865, tome 6, p. 506
  22. a et b Roger Duchêne, Molière, Paris, Fayard, 1998, p. 299.
  23. L'acte de baptême a été transcrit par Beffara dans sa Dissertation de 1821, p. 14-15.
  24. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 423-424
  25. a et b Brigitte Urbani, « Deux réécritures d’une pièce de théâtre du Siècle d’Or : Moreto, Molière et Carlo Gozzi », Cahiers d’études romanes. Revue du CAER, no 20,‎ , p. 269–287 (ISSN 0180-684X, DOI 10.4000/etudesromanes.1838, lire en ligne, consulté le )
  26. La Vie de M. de Molière, 1705, p. 295-296.
  27. Correspondance de Roger de Rabutin, comte de Bussy, avec sa famille et ses amis, t. II, Paris, Charpentier, (lire en ligne), p. 226
  28. Correspondance de Roger de Rabutin comte de Bussy avec sa famille et ses amis (1666-1695), éditée par Ludovic Lalanne, Paris, Charpentier, 1858, II, p. 228).
  29. Madeleine Jurgens & Elizabeth Maxfield-Miller, « 1673… », Revue d’histoire du théâtre, , p. 370.
  30. Registre de La Grange, 1876, p. 145, et Jurgens & Maxield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, p. 659).
  31. Minutier central des notaires de Paris, étude XLIV de Me Christophe Loyer. Vente, le 25 septembre 1675, par Jean Moreau, marchand, bourgeois de Paris, demeurant rue Saint-Denis, à Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, demeurant rue de Seine, d'une maison sise au Mont Valérien, moyennant 1 100 livres, payables d'ici un an. Document cité dans Cent ans de recherches sur Molière, p. 664, en ligne
  32. Cent ans de recherches sur Molière, p. 666, en ligne.
  33. Auguste Leuge, « La Maison de campagne d'Armande Béjart à Meudon », Revue archéologique, troisième série, tome IX, janvier-juin 1887, p. 18-22, en ligne.
  34. La Fameuse Comédienne, p. 66 et suivantes
  35. Cette affaire a été racontée par Charles Nuitter et Ernest Thoinan dans Les Origines de l'opéra français, Paris, Plon, 1886, p. 321-331, et par Henry Prunières dans La Vie illustre et libertine de Jean-Baptiste Lully, Paris, Plon, 1929, p. 161-178.
  36. Requête d'inscription de faux en forme de factum, pour le sieur Guichard, intendant général des bâtiments de Son Altesse Royale, Monsieur, contre Jean-Baptiste Lully, faux accusateur, Sébastien Aubry, Jacques Du Creux, Pierre Huguenet, faux témoins et autres complices, Paris, 1676.
  37. Jean Nicolas de Tralage, Notes et documents sur l'histoire des théâtres de Paris au XVIIe siècle, extraits mis en ordre et publiés d'après le manuscrit original par le bibliophile Jacob [Paul Lacroix], Paris, Librairie des bibliophiles, (lire en ligne), p. 13-14
  38. Sylvie Chevalley, « Armande Béjart, comédienne », Revue d'histoire littéraire de la France, septembre-décembre 1972, p. 1044
  39. Voir Georges Mongrédien et Jean Robert, Les Comédiens français du XVIIe siècle, dictionnaire biographique, troisième édition, Paris, éditions du CNRS, p. 107-108 et 141-142.
  40. Pierre-David Lemazurier, Galerie historique des acteurs du théâtre français depuis 1600 jusqu'à nos jours, Paris, 1810, tome I, p. 275-278 et 246.
  41. François et Claude Parfaitct, Histoire du théâtre françois, XI, 319.
  42. La Fameuse comédienne, Francfort, 1688, p. 90, non paginée
  43. Nicolas-Armand-Martial Guérin d'Estriché (1677-1708), Myrtil et Mélicerte , pastorale heroique, (lire en ligne)
  44. La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme & veuve de Moliere, Francfort, Frans Rottenberg, 1688. Le titre est à prendre dans son double sens : « Si Molière s'est fait distinguer entre les auteurs célèbres, sa femme n'est guère moins fameuse entre les femmes galantes [...] et l’on a donné moins de louanges à Molière, que l’on n’a dit de douceurs à sa femme ».
  45. Jean-Yves Vialleton, « La nouvelle diffamatoire dans la France de l'âge classique : le cas particulier de La Vie de Monsieur l'abbé de Choisy », Cahiers d'études italiennes, octobre 2010.
  46. Attributions citées par Jules Bonassies dans son édition de la Fameuse comédienne, Paris, 1870, p. XI.
  47. Sylvie Chevalley, « Armande Béjart, comédienne », p. 1048. Henry Lyonnet donne la date du (Dictionnaire des comédiens français, II, p. 450) ; Georges Mongrédien et Jean Robert, celle du (Les Comédiens français du XVIIe siècle, p. 158).
  48. Cet acte d'inhumation, inscrit aux registres des convois de la paroisse de Saint-Sulpice, pour l’année 1700, f° 41, est cité par Louis Moland dans Vie de J.-B. P. Molière ; Histoire de son théâtre et de sa troupe, Paris, 1892, p. 332, note 1 : « Ledit jour, 2 décembre 1700, a été fait le convoi, service et enterrement de damoiselle Armande-Grezinde-Glaire-Élisabeth Béjart, femme de M. François-Isaac Guérin, officier du roi, âgée de cinquante-cinq ans, décédée le dernier jour de novembre de la présente année dans sa maison, rue de Touraine. Et ont assisté audit convoi, service et enterrement : Nicolas Guérin. fils de ladite défunte ; François Mignot, neveu de ladite défunte, et M. Jacques Raisin, officier du roi et ami de ladite défunte, qui ont signé, Guérin, François Mignot et Jacques Raisin. »
  49. Cent ans de recherches, 671
  50. Le Mercure galant, , p. 843
  51. Le Bourgeois gentilhomme, 1671, acte III, scène 9.
  52. Cité par Claude et François Parfait, Histoire du Théâtre François, Paris, 1734-1749, tome XI, page 319, note (a), en ligne).
  53. Entretiens galans, Paris, 1681, tome II, p. 91-96
  54. Le Mercure galant, , p. 240
  55. Jean-Yves Vialleton, « Le théâtre classique et l’« âge du rôle » », Recherches & Travaux, no 86,‎ , p. 67–81 (ISSN 0151-1874, DOI 10.4000/recherchestravaux.738, lire en ligne, consulté le )
  56. René Pintard, « Un ami de Molière : Jean de Hénault », Revue d'histoire littéraire de la France,‎ , p. 962 (lire en ligne sur Gallica).
  57. Élomire hypocondre, acte I, scène 3 : « Élomire [anagramme de Molière] : Je ne suis point cocu ni ne le saurait être, / Et j’en suis, Dieu merci, bien assuré. Bary : Peut-être. / Élomire : Sans peut-être. Qui forge une femme pour soi, / Comme j’ai fait la mienne, en peut jurer sa foi. / […] Arnolphe commença trop tard à la forger ; / C’est avant le berceau qu’il y devait songer, / Comme quelqu’un l’a fait. L’Orviétan : On le dit. Élomire : Et ce dire / Est plus vrai qu’il n’est jour. »
  58. Correspondance entre Boileau-Despréaux et Brossette, Paris, (lire en ligne), p. 517
  59. Grimarest, La Vie de M. de Molière, Paris, 1705, p. 20-21, texte en ligne.
  60. Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, p. 7, texte en ligne.
  61. Eudore Soulié (1817-1876), Recherches sur Molière et sur sa famille, Paris, Hachette, (lire en ligne)
  62. Auguste Jal (1795-1873), Dictionnaire critique de biographie et d'histoire : errata et supplément pour tous les dictionnaires historiques d'après des documents authentiques inédits / par A. Jal,..., (lire en ligne)
  63. Cent ans de recherches sur Molière
  64. L'exposé le plus complet et le mieux argumenté en a été fait par Georges Couton dans « L'état-civil d'Armande Béjart, femme de Molière, ou historique d'une légende », étude publiée par la Revue des sciences humaines, fascicule 115, , p. 311-351.
  65. Gustave Michaut, Les Débuts de Molière à Paris, Paris, Hachette, , p. 168, note 1
  66. Agricol Joseph François marquis de Fortia d'Urban, Dissertation sur la femme de Molière, Lebègue, (lire en ligne)
  67. Henri-Augustin Soleirol, Molière et sa troupe, (lire en ligne)
  68. « Le mariage de Molière », dans Hommes et mœurs au dix-septième siècle, Paris, 1900, p. 237-246.
  69. Anaïs Bazin, Notes historiques sur la vie de Molière, Paris, Techener, (lire en ligne), p. 50-51
  70. La Fameuse Comédienne, ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de Molière ; réimpression conforme à l'édition de Francfort, 1688, p. 67
  71. Les Intrigues de Molière et celles de sa femme ou La Fameuse Comédienne ; Histoire de la Guérin. Réimpression conforme à l'édition sans lieu ni date, suivi des variantes, avec préface et notes par Ch.-L. Livet, (lire en ligne), p. 126-128
  72. Victor Fournel, De Malherbe à Bossuet, études littéraires et morales sur le XVIIe siècle / Victor Fournel, Paris, (lire en ligne), p. 92-99
  73. Henri Chardon, Nouveaux documents sur les comédiens de campagne et la vie de Molière. Tome 1 : « Monsieur de Modène, ses deux femmes et Madeleine Béjart », Paris, Picard, (lire en ligne), p. 200-203
  74. Virginia Scott, Molière, a Theatrical Life, Cambridge University Press, 2000, p. 44-47. Miss Scott expose ses motifs dans quelques lignes de l'introduction de son livre : « I believe Armande was the daughter of Madeleine and the comte de Modène, partly because certain other information intersects coherently with that conjecture and creates credible character choices, and partly — I confess — because it stirs my imagination and produces a more interesting narratives. Thus, I reveal that I, too, am of my time and place. [Je crois qu’Armande était la fille de Madeleine et du comte de Modène, pour une part parce que certaines autres données recoupent de manière cohérente cette conjecture et dessinent des personnages crédibles, d’autre part — je l’avoue —, parce que cela stimule mon imagination et produit un récit plus intéressant. En quoi je me révèle être, moi aussi, de mon monde et de mon temps.] »
  75. Georges Forestier, Molière, Paris, NRF Gallimard, , 541 p. (ISBN 978-2-07-013506-6, BNF 45592852), p. 42-45
  76. Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière, Paris, Isidore Liseux, (lire en ligne), p. 237
  77. Jacques Scherer, « Réflexions sur Armande Béjart », Revue d'histoire littéraire de la France,‎ , p. 397 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Registre de La Grange (1658-1685), précédé d'une notice biographique. Publié par les soins de la Comédie-Française, janvier 1876.
  • Anonyme, La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de Molière, Frans Rottenberg, Francfort, 1688, consultable sur le site de la Bayerische Staatsbibliothek digital ;
  • Réédition du même, avec préface et notes de Jules Bonnassies, Paris, Barraud, 1870, consultable sur Gallica; texte sur Wikisource.
  • Anonyme, Les Intrigues de Molière et celles de sa femme ou La Fameuse Comédienne, Histoire de la Guérin, Réimpression conforme à l'édition sans lieu ni date, suivie des variantes, avec préface et notes par Charles-Louis Livet, Paris, Isidor Liseux, 1877, consultable sur Gallica.
  • Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest, La Vie de M. de Moliere, Paris, Jacques Le Febvre, 1705, en ligne.
  • François et Claude Parfaict, Histoire du théâtre françois depuis son origine jusqu'à présent, Paris, 1747, tome XI, p. 305-325, consultable sur Google Livres.
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