Armande Béjart

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Armande Béjart
Armande Béjart.jpg

Armande Béjart

Fonction
sociétaire de la Comédie-Française
Informations générales
Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Conjoints
Enfants

Armande-Grésinde-Claire-Élisabeth Béjart est une comédienne française, née entre 1640 et 1642, et morte à Paris le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

Armande est née dans la famille Béjart, célèbre famille de comédiens du XVIIe siècle.

D'après l'acte de mariage de Molière et d'Armande Béjart[1], Armande est la fille de Joseph Béjart (1585-1641) et de son épouse Marie Hervé (1593-1670). Elle serait née entre 1640 et juin 1642[2]. Son acte de mariage (1662) la déclare âgée de vingt ans ou environ.

Actrice et épouse de Molière[modifier | modifier le code]

Élevée dans le giron de la troupe des Béjart et de Molière, elle épouse celui-ci le , « âgée de vingt ans ou environ »[3]. Elle figure dans la liste des comédiens dès le début de la nouvelle saison théâtrale suivante (printemps 1662) sous le nom de scène de Mlle Molière[4], mais elle attend un an pour tenir un rôle important, en juin 1663, dans La Critique de l'École des femmes[5], puis en octobre suivant dans L'Impromptu de Versailles[6]. En 1664, elle reçoit le premier rôle, celui de la princesse, dans La Princesse d'Elide de Molière[6]. Elle succède dès lors à Madeleine Béjart dans les premiers rôles féminins, aux côtés de Catherine de Brie, dans quasiment toutes les pièces de Molière, ainsi que dans les pièces d'autres auteurs, créées sur la scène du Palais-Royal, d'Alexandre le Grand (1665) de Racine, à Attila (1667) et Tite et Bérénice (1670) de Corneille[7],[8].

Les contemporains n'ont jamais fait état de dissensions entre Molière et sa femme, qui ont eu trois enfants :

1.Louis (filleul de Louis XIV), né et mort à l'âge de quelques mois en 1664;

2.Esprit-Madeleine née en juillet ou en août 1665;

3.et Pierre, mort quelques jours après sa naissance en 1672.

Même un ennemi aussi acharné que Le Boulanger de Chalussay présente la femme de Molière comme aimante et attentionnée.

Ce n'est qu'à partir de 1676, trois ans après la mort de Molière, que des calomnies vont se répandre. D'abord par un "Factum" de Guichard, accusé d'avoir voulu empoisonner Lully et cherchant à disqualifier tous les témoins cités par celui-ci, parmi lesquels Armande: il la déclare "infâme" comme tous les comédiens (c'est-à-dire incapable de témoigner en justice) et l'accuse rien moins que d'avoir été la fille de son mari ou la femme de son père et d'avoir couché avec tous les autres hommes que son père et mari. Guichard fut condamné à faire amende honorable et les exemplaires restant de son Factum furent détruits mais le mal était fait. Dix ans plus tard, apparut un petit roman anonyme dont Armande était l'héroïne et qui faisait d'elle une femme légère, passant son temps à tromper son mari (notamment avec le comédien Michel Baron) et étant ainsi responsable des tourments puis de la maladie du "pauvre Molière"[9]. Depuis le XIXe siècle, les historiens[10] ont montré qu'Armande n'avait pas pu avoir les amants qu'on lui prêtait et récemment un spécialiste de la littérature de cette période a pu rattacher ce livre à un courant qu'il appelle la "nouvelle diffamatoire"[11], mais ces mises au point sont arrivées trop tardivement. Grimarest, dans sa Vie de Monsieur de Molière, a relayé à mots couverts et sans s'avancer une partie de ces inventions (consulté par Grimarest, Baron lui a laissé entendre qu'elle était à la fois jalouse et amoureuse de lui) et tous les historiens et biographes qui ont suivi se sont persuadé que Molière avait été malheureux en amour pour avoir épousé une femme trop jeune et trop légère. Et sans voir que Molière avait commencé à faire rire avec les thèmes de la jalousie est du cocuage bien avant son mariage, ils ont interprété plusieurs de ses pièces (notamment Le Misanthrope et George Dandin) comme la marque de son amertume et même de son désespoir...

Après la mort de Molière[modifier | modifier le code]

Le musée d'art et d'histoire de Meudon, ancienne maison de campagne d'Armande Béjart, de 1676 à 1700.

Après la mort de Molière en 1673 et le départ de plusieurs acteurs qui passent dans la troupe rivale de l'Hôtel de Bourgogne durant la relâche de Pâques, le comédien La Grange (ancien bras droit de Molière) et elle obtiennent de réunir les restes de leur troupe aux acteurs du Marais, définitivement fermé par ordre royal. Privée de sa salle du Palais-Royal attribuée par le roi à Lully pour ses spectacles d'opéra, la Troupe du Roi ainsi reconstituée loue la salle de l'hôtel Guénégaud le [12]. Ainsi, le 9 juillet 1673, la troupe du roi en son hôtel de la rue Guénégaud ouvre la nouvelle saison avec Tartuffe, puis joue le répertoire de Molière. Armande figure la première dans la liste des comédiennes.

Le 31 mai 1677, elle épousa en secondes noces le comédien Guérin d'Estriché, membre de la même Troupe du Roi à l'Hôtel Guénégaud. Ils eurent un fils unique, Nicolas Guérin. Celui-ci s'essaya au théâtre en réécrivant et complétant une comédie que Molière avait laissée inachevée (Mélicerte) sous le titre Myrtil et Mélicerte, une « pastorale héroïque » en trois actes. Il mourut en 1708 à l’âge de trente ans.

En 1676, trois ans après le décès de son premier époux, Armande acquiert à Meudon pour 5400 livres, une maison qui avait été auparavant celle du chirurgien Ambroise Paré dès 1550. Elle y séjourna principalement, avec son second mari. Cette demeure est devenue le musée d'art et d'histoire de la ville.

Sociétaire de la Comédie-Française dès sa création, en août 1680, – ce fut le résultat de la fusion de la Troupe du Roi (théâtre Guénégaud) à laquelle elle appartenait et de la Troupe Royale de l'Hôtel de Bourgogne – elle prit sa retraite le avec une pension de 1 000 livres. Elle mourut en 1700.

Controverses au sujet de sa filiation[modifier | modifier le code]

La filiation d'Armande Béjart a fait l'objet de nombreux débats, mais en l'état des sources, il est juste de considérer qu'elle est bien la fille de Joseph Béjart (1585-1641) et de son épouse Marie Hervé (1593-1670), et ainsi, la soeur de Madeleine Béjart. C'est ce qu'indiquent toutes les sources officielles du temps (actes notariés).

Rumeurs et calomnies[modifier | modifier le code]

Pour les contemporains — et Boileau est particulièrement net à ce sujet (« Molière avait été amoureux premièrement de la Béjart dont il avait épousé la fille, ensuite de Mlle de Brie, aussi comédienne» [13]) — Madeleine Béjart (1618-1672), fille de Joseph Béjart et Marie-Hervé, et donc officiellement sa sœur aînée, avec environ 24 ans de différence, était en réalité sa mère. C'est aussi ce qu'affirme le premier biographe de Molière Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest (1659-1713). Comme Madeleine avait été la maîtresse de Molière, des contemporains ont plaisanté après son mariage avec Armande sur le fait que Molière avait épousé sa propre fille, et le comédien Montfleury a transformé la plaisanterie en insinuation sérieuse[2].

Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle, avec la découverte des actes officiels que les historiens ont estimé qu'il fallait croire uniquement ces actes officiels et que Madeleine était en fait la soeur aînée d'Armande.

De nombreux éléments confortent l'opinion des contemporains du XVIIe et du XVIIIe siècles selon laquelle Madeleine serait la mère d'Armande : le fait que les parents officiels avaient respectivement 56 ou 57 ans et 48 ou 49 ans à la naissance d'Armande (un âge très avancé quelles que soient les époques), que la fille d'Armande et de Molière fut appelée Esprit-Madeleine (du nom de ses parrain et marraine, qui étaient au XVIIe siècle presque toujours les grands-parents), que Madeleine Béjart fit d'Armande sa légataire universelle (alors que vivait une autre sœur elle aussi membre de la troupe de Molière) et que le comédien Montfleury accusa Molière « d'avoir épousé la fille et d'avoir autrefois couché avec la mère[14] », tous ces éléments[15] pourraient conforter l'information officiellement rappelée par Grimarest (généralement très peu fiable, mais qui déclare tenir ses renseignements d'Esprit-Madeleine elle-même).

Ce que disent les sources : Madeleine et Armande sont sœurs[modifier | modifier le code]

Roger Duchêne, auteur de Molière (1998), se veut l'héritier des historiens "légalistes" et pour lui l'hypothèse d'une filiation entre Madeleine et Armande est possible, mais pas avérée. Si l'on s'en tient aux seuls documents officiels parvenus à notre connaissance, Armande est bien la fille de Joseph Béjart (1585-1641) et de son épouse Marie Hervé (1593-1670). C'est ce qu'indiquent l'acte de mariage de Molière et Armande, ainsi que leur contrat de mariage, signé par Marie Hervé (en qualité de mère d'Armande) et par Madeleine (en qualité de sœur d'Armande). Par ailleurs, le récit de Grimarest présente plusieurs erreurs majeures. Il avance qu'Armande est fille de Madeleine et du comte Esprit Rémond de Modène, avec qui elle aurait contracté un mariage secret. Or, Rémond de Modène était déjà marié à cette époque. De plus, la fille qu'il a eue avec Madeleine Béjart, alors sa maîtresse, s'appelait Françoise, née en 1638. Mais manifestement Grimarest, qui tient ses informations d'Esprit-Madeleine elle-même, reproduit ce qu'on a toujours dit à celle-ci depuis qu'elle était enfant: que son grand-père et parrain avait épousé jadis secrètement sa grand-mère et marraine et que l'enfant (unique) né de cette union était donc sa mère Armande. Autre invraisemblance selon Duchêne, Grimarest parle d'un mariage secret entre Molière et Armande, ce que contredit l'acte de mariage. De plus, un tel mariage clandestin avec Armande, sans le consentement de la famille, aurait mis Molière sous la menace d'une accusation de rapt. Le récit de Grimarest peut donc difficilement être retenu comme plausible. À propos de l'âge de Marie Hervé au moment de la naissance d'Armande (à peu près 48 ans), Roger Duchêne souligne que si la ménopause était plus précoce à l'époque, une telle naissance tardive n'était toutefois pas impossible. Il situe celle d'Armande entre 1640 et 1642, Marie Hervé ayant eu une autre fille en 1639 (Bénigne, enfant mort-née) et son époux Joseph étant mort en 1641. Quant aux insinuations de Montfleury qui, en rappelant que Armande était la fille de Madeleine qui avait été autrefois la maîtresse de Molière, c'était d'abord une tentative de faire invalider le mariage (l'Église interdit le mariage avec l'enfant d'une ancienne femme ou maîtresse) bien plus qu'une accusation d'inceste: s'il n'y eut pas de suite, c'est parce que tout le monde était abrité par les actes officiels qui, une fois pour toutes, avaient établi la filiation d'Armande et parce qu'on connaissait le désir de Montfleury, membre d'une troupe concurrente et récemment humilié par Molière dans L'Impromptu de Versailles, de faire du tort à son rival[2]. Roger Duchêne concède que le choix d'Esprit Rémond de Modène et Madeleine Béjart comme parrain et marraine d'Esprit-Madeleine, fille d'Armande et Molière, peut aussi suggérer une filiation secrète entre Madeleine et Armande, mais il ajoute que cette volonté de mettre en avant le comte de Modène auprès de Madeleine dans cette cérémonie est peut-être une façon de déjouer les accusations d'inceste dont Molière faisait l'objet[16]. Enfin, le fait que Madeleine, dans son testament, fait d'Armande sa légataire universelle donne à penser qu'elle était bien sa mère. Au vu de tous ces éléments, Roger Duchêne laisse toutefois la question en suspens[17].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Contrat de mariage, Archives nationales de France, Minutier central, XLII, 152. Cité par Jurgens et Maxfield-Miller, p. 366. Voir aussi Œuvres choisies de Mercier, p. 419 et ss.
  2. a, b et c Roger Duchêne, Molière, Ed. Fayard, 1998, p. 51, p.297-302, p.738
  3. Contrat de mariage, Archives nationales de France, Minutier central, XLII, 152. Cité par Jurgens et Maxfield-Miller, p. 366.
  4. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 305 et 376
  5. Annie Vocanson, Ouvertures, p. 11, in L'école des femmes, Ed Gallimard, Coll. La bibliothèque Gallimard, 2001
  6. a et b Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 376
  7. Notice sur Armande Béjart sur César.org
  8. Notice sur Armande Béjart, sur toutmoliere.net
  9. Mme Boudin, Jean de La Fontaine, Les intrigues de Molière et celles de sa femme : ou, La fameuse comédienne : histoire de la Guérin, Ed. Isodore Lisieux,‎ 1877, p. 77
  10. En particulier l'auteur de l'édition de La Fameuse Comédienne citée dans la note précédente
  11. Vialleton,Jean-Yves, « « La nouvelle diffamatoire à l’âge classique : le cas particulier de La Vie de Monsieur l’abbé de Choisy, de l’Académie française », », Cahiers d’études italiennes. Filigrana, n° 10, 2009, P. De Capitani dir., « Nouvelle et roman : les dynamiques d’une interaction du Moyen Âge au Romantisme « Italie, France, Allemagne », p. 159-180., no n° 10, 2009,‎ , p. 159-180 (lire en ligne)
  12. Le Minutier central des notaires de Paris, département des Archives nationales, conserve l'acte d'association du 3 mai 1673, entre Armande Béjart, veuve de Molière, et de Claude de La Rose, dit Rosimond, du théâtre du Marais, pour former cette seconde troupe des comédiens du Roi, pendant 6 ans au Marais. Cote Archives nationales : MC/ET/CXVI/23
  13. Correspondance entre Boileau-Despréaux et Brossette, Paris, 1858, p. 517
  14. « Montfleury a fait une requête contre Molière, et l’a donnée au roi. Il l’accuse d’avoir épousé la fille et d’avoir autrefois couché avec la mère. Mais Montfleury n’est point écouté à la cour. » (Lettre de Jean Racine à l'abbé Le Vasseur, du 23 novembre 1663)
  15. Éléments rappelés dans la chronologie (à la date 1642) de la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade (Paris, Gallimard, 2010, vol. I)
  16. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 423-424
  17. Roger Duchêne, Molière, éd. Fayard, 1998, p. 620-622

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Madeleine Jurgens et Elisabeth Maxfield-Miller, Cent ans de recherches sur Molière, sur sa famille et sur les comédiens de sa troupe, Paris, Archives nationales, 1840.
  • La femme de Molière, Wikisource

Lien externe[modifier | modifier le code]