Rolf Hochhuth

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Rolf Hochhuth
Rolf Hochhuth 2009.jpg
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Rolf Hochhuth, né le à Eschwege (Hesse, Allemagne), est un écrivain et dramaturge allemand. Son œuvre la plus connue est Le Vicaire (1963), dans laquelle il dénonce l’attitude du pape Pie XII face au nazisme et à la Shoah.

Il reste une personnalité controversée pour cette pièce ainsi que d'autres commentaires publics, comme sa défense en 2005 du négationniste David Irving.

Il est également l’auteur de romans, récits, nouvelles, et de plusieurs scénarios pour le cinéma et la télévision.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Comme tous les enfants à cette époque dans l'Allemagne nazie, Rolf Hochhuth fut embrigadé dans les Jeunesses hitlériennes, mais jamais, plus tard, il ne fit de commentaires sur cette période.

Le Vicaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Vicaire.

L'œuvre la plus connue de Rolf Hochhuth est sûrement Le Vicaire, une tragédie chrétienne[1]. Cette pièce de théâtre dénonce l'attitude du pape Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale, présentée comme passive voire complice. Elle est centrée sur les efforts infructueux d'un jeune prêtre romain et de Kurt Gerstein (avec la figure historique duquel Rolf Hochhuth prend de nombreuses libertés).

Cependant, plusieurs critiques ont vu dans la pièce une tentative de Hochhuth de transférer la culpabilité des crimes nazis de ses concitoyens à d'autres, comme le pape en premier lieu, mais aussi les puissances alliées qui ont préféré regarder ailleurs pendant que la Shoah se déroulait.

La première de la pièce a été donnée le 20 février 1963 à Berlin, dans une mise en scène d'Erwin Piscator. Elle sera ensuite traduite en plusieurs langues.

Le Vicaire a été adapté au cinéma par Costa-Gavras qui en fit le film Amen. en 2002.

Soldats, Nécrologie de Genève[modifier | modifier le code]

La création suivante d'Hochhuth, Soldaten, Nekrolog auf Genf (1967) est une dénonciation de la responsabilité de Winston Churchill dans la mort du Premier ministre polonais Władysław Sikorski lors du crash de son avion en 1943, contredisant la version officielle de l'accident, et affirmant que le général Sikorski a été assassiné sur l'ordre de Churchill.

Le sujet de cette pièce a masqué l'enjeu principal du texte qui est une réflexion éthique sur les bombardements massifs de cibles civiles par la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale et en particulier l'opération Gomorrhe, en 1943 qui consista en des bombardements incendiaires dévastateurs sur Hambourg. Ce débat culmine avec le long dialogue entre Winston Churchill et le pacifiste George Bell, évêque de Chichester.

Cette pièce s'inspire en partie du travail du britannique David Irving, qui a été considéré plus tard comme un négationniste. L'amitié liant depuis lors Irving et Hochhuth remonte à cette époque. Irving fut le seul à donner une caution historique à la thèse d'Hochhuth considérée par d'autres comme hautement improbable[2].

La première de la pièce en Grande-Bretagne, prévue en 1967 au National Theatre, a été annulée, à la suite de l'intervention de la direction du théâtre, et malgré le soutien de Laurence Olivier, de sa femme Joan Plowright et de Kenneth Tynan. Malgré ce déboire, la pièce a été jouée peu de temps après dans le West End avec la participation de John Colicos. La traduction anglaise était aussi de Robert David MacDonald. La pièce fut jouée en tournée dans les années 1990 et reçut un écho très positif de la critique lorsqu'elle fut à nouveau montée en 2004 à Londres.

Un amour en Allemagne et l'affaire Filbinger[modifier | modifier le code]

En 1978 paraît son roman Un amour en Allemagne, qui raconte l'histoire d'amour entre un prisonnier de guerre polonais et une femme allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

L'ouvrage relança la polémique sur le rôle de l'homme politique allemand Hans Filbinger, qui dut démissionner de son poste ministre-président de Bade-Wurtemberg après les révélations faites sur son rôle, en tant que juriste, puis juge dans la Kriegsmarine, dans une condamnation à mort prononcée à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour Un amour en Allemagne, Hochhuth reçut le prix frère et sœur Scholl en 1980. Ce roman est porté au cinéma en 1983 par Andrzej Wajda avec Hanna Schygulla et Daniel Olbrychski.

Alan Turing[modifier | modifier le code]

Sa pièce dramatique de 1987 Alan Turing mettait en scène l'un des pères de l'informatique moderne, qui avait significativement contribué au cassage des codes secrets générés par la machine Enigma utilisée par les Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale. L'homosexualité de Turing était également mise en avant.

La controverse McKinsey[modifier | modifier le code]

Rolf Hochhuth, 2005.

En 2004, Rolf Hochhuth fit de nouveau scandale avec sa nouvelle œuvre La Venue de McKinsey, qui traite de chômage, de justice sociale et d'un « droit au travail ».

On a surtout remarqué le passage dans lequel il compare le président de la Deutsche Bank aux hommes d'affaires qui avaient été assassinés par des terroristes d'extrême-gauche, ainsi qu'à Hermann Gessler, infâme bailli tué par Guillaume Tell ; ces lignes furent interprétées comme un plaidoyer pour le terrorisme ou du moins une excuse pour la violence contre des acteurs majeurs de l'économie, une interprétation vigoureusement démentie par Hochhuth.

Négationnisme et David Irving[modifier | modifier le code]

Rolf Hochhuth à droite en compagnie de David Irving, condamné dans trois pays pour négationnisme.

En mars 2005, Rolf Hochhuth est de nouveau impliqué dans un scandale, quand il défend David Irving lors d'un entretien dans l'hebdomadaire allemand d'extrême-droite Junge Freiheit.

David Irving a été condamné pour négationnisme en Allemagne (1993), en Angleterre (2000) et en Autriche (2006) et l'Allemagne lui a interdit l'entrée sur son territoire pour la même raison.

Malgré cela, Hochhuth a donc déclaré dans Junge Freiheit qu'Irving était un historien très sérieux et jugé que les accusations contre lui étaient « idiotes[3] ». Confronté aux déclarations d'Irving, selon lesquelles « il y avait moins de personnes mortes pendant l'Holocauste que sur le siège arrière de la voiture d'Edward Kennedy » et « il n'y avait aucune chambre à gaz à Auschwitz », Hochhuth a considéré que tout cela était de l'humour noir, probablement en réponse à une provocation[4]. Le président du Conseil central juif d'Allemagne, Paul Spiegel, a considéré pour sa part qu'avec de telles déclarations, Hochhuth se plaçait lui-même dans les rangs des négationnistes. Après des semaines de scandale, Hochhuth a finalement fait ses excuses [5].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1963 - Le Vicaire (pièce de théâtre)
  • 1964 - Die Berliner Antigone (nouvelle)
  • 1967 - Soldaten, Nekrolog auf Genf (au sujet des bombardements de l'Allemagne)
  • 1970 - Guerillas
  • 1971 - Die Hebamme (comédie)
  • 1971 - Krieg und Klassenkrieg (étude)
  • 1974 - Inselkomödie
  • 1974 - Zwischenspiel in Baden-Baden
  • 1976 - Tod eines Jägers (ISBN 3499250683)
  • 1978 - Eine Liebe in Deutschland (ISBN 3-499-15090-5), Un amour en Allemagne (roman)
  • 1979 - Juristen (sur l'influence socio-économique et politique des anciens nazis en Allemagne)
  • 1980 - Ärztinnen (sur les tests de médicaments et la pratique de l'industrie pharmaceutique)
  • 1982 - Räuber-Rede: drei deutsche Vorwürfe : Schiller, Lessing, Geschwister Scholl
  • 1982 - Spitzen des Eisbergs : Betrachtungen, Dialoge, Essays, Skizzen
  • 1984 - Judith (sur le réarmement chimique de l'armée américaine et la personne de Ronald Reagan)
  • 1985 - Atlantik-Novelle: (Récits)
  • 1987 - Täter und Denker : Profile und Probleme von Cäsar bis Jünger
  • 1987 - War hier Europa? : Reden, Gedichte, Essays
  • 1987 - Alan Turing: (Récit)
  • 1988 - Jede Zeit baut Pyramiden: Erzählungen und Gedichte
  • 1989 - Unbefleckte Empfängnis
  • 1990 - Sommer 14
  • 1991 - Menzel : Maler des Lichts
  • 1991 - Panik im Mai: recueil de contes et récits
  • 1991 - Von Syrakus aus gesehen, gedacht, erzählt
  • 1992 - Tell gegen Hitler : historische Studien
  • 1993 - Wessis in Weimar
  • 1994 - Julia oder der Weg zur Macht: récit
  • 1996 - Und Brecht sah das Tragische nicht : Plädoyers, Polemiken, Profile
  • 1996 - Effis Nacht: monologue
  • 1996 - Wellen : Artgenossen, Zeitgenossen, Hausgenossen
  • 2000 - Hitlers Dr. Faust: tragédie
  • 2000 - Das Recht auf Arbeit: drame
  • 2001 - Anekdoten und Balladen
  • 2001 - Einsprüche! : zur Geschichte, Politik und Literatur
  • 2001 - Die Geburt der Tragödie aus dem Krieg : Frankfurter Poetik-Vorlesungen (lectures poétiques de Francfort)
  • 2002 - Gasherd und Klistiere oder Die Urgroßmutter der Diätköchin (Nouvelles)
  • 2003 - Nachtmusik
  • 2004 - McKinsey kommt (sur l'« esprit du temps » qualifié de néolibéral) (ISBN 3-423-13134-9)
  • 2004 - Nietzsches Spazierstock
  • 2005 - Familienbande
  • 2005 - Livia und Julia (ISBN 3-784-42982-3)
  • 2006 - Das Rolf Hochhuth Lesebuch. (ISBN 978-3-423-13432-3)
  • 2006 - Heil Hitler (tragicomédie)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Quelques travaux sur Rolf Hochhuth[modifier | modifier le code]

  • Anat Feinberg Wiedergutmachung im Programm. Jüdisches Schicksal im deutschen Nachkriegsdrama Cologne, éd. Prometh, 1988 (ISBN 3922009859)
  • Walter Hinck (sous la dir.): Rolf Hochhuth – Eingriff in die Zeitgeschichte. Essays zum Werk. Reinbek bei Hamburg, éd. Rowohlt, 1981.
  • Gerald Rauscher Kein Zeichen, kein Wunder. Rolf Hochhuth über Schöpfer, Schöpfung und Geschöpf. Mit einem Schriftsteller-Gespräch. Francfort-sur-le-Main, éd. Peter Lang, 2000 (ISBN 978-3631366196)
  • Rolf Hochhuth. Dokumente zur politischen Wirkung. Rassemblés et introduits par Reinhard Hoffmeister, Munich, 1980 (ISBN 3-463-00764-9)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le titre original est Der Stellvertreter. Ein christliches Trauerspiel
  2. Nicholas de Jongh, Politics, Prudery and Perversity, Methuen, 2000 p. 169-61, 160.
  3. [1] Die Würde des Ortes respektieren. Der Schriftsteller Rolf Hochhuth über seinen Vorschlag für ein Bombenkriegsmuseum, David Irving und Winston Churchill. Interview mit Rolf Hochhuth in der JF vom 18. Februar 2005
  4. Karl Pfeifer, Rolf Hochhuth: Lob für einen notorischen Holocaustleugner, Hagalil 21-02-2005. Der Kommentator von Hagalil weist darauf hin, dass Irving diese Bemerkung nicht nach einer "wahnsinnigen Provokaktion", sondern vor zahlendem Publikum getätigt hatte. Während des Londoner Prozesses war dieser Vortrag in einem Video gezeigt worden. Richard Rampton, der Anwalt der Beklagten, sagte daraufhin: "Spott allein reicht nicht. Sie müssen auch geschmacklos sein. Sie müssen Dinge sagen wie: Auf dem Rücksitz von Senator Edward Kennedys Auto in Chappaquidick starben mehr Frauen als in den Gaskammern von Auschwitz."
  5. Wie ein Blinder von der Farbe - Hochhuth hatte keine Ahnung, N-TV, 25 février 2005
  6. (de) Rolf Hochhuth - Von 1986 bis 1993 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin (West), Sektion Literatur. Seit 1993 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Literatur sur le site de l'Akademie der Künste
  7. (de) Discours d'Armin Eichholz « Copie archivée » (version du 11 février 2007 sur l'Internet Archive) à l'occasion de la remise du premier prix Scholl à Hochhuth pour « Eine Liebe in Deutschland »

Liens externes[modifier | modifier le code]

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