Plaque de rue

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Une plaque de rue est un type de panneau de signalisation routière dont la fonction est d'indiquer le nom d'une voie.

De telles plaques sont généralement placées à chaque extrémité de la voie, de part et d'autre de la chaussée, avec des rappels à chaque intersection. Elles peuvent être fixées directement sur le mur d'un bâtiment, ou bien sur un poteau, parfois en association avec la plaque d'une voie adjacente, ou avec des panneaux de signalisation d'autres types.

Historique[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

En France au Moyen Âge, les dénominations de rues répondent à une logique fonctionnelle. Le nom de la voie est celui du lieu qu'elle dessert, ce lieu étant religieux ou civil : « place de l'Église », « place du marché », « rue des Bouchers », etc. Cette logique peut faire aussi référence aux métiers qui sont regroupés dans une rue qui en prend le nom ou des « maisons où pend l'enseigne ». Avec l'extension et le peuplement des villes au XIIIe siècle comme Paris, la nécessité se fait sentir en effet de distinguer les maisons les unes des autres avec des enseignes servant de repère, signalant en même temps une profession à l'attention du passant[1]. À partir de 1600, sur une idée du duc de Sully, les rues adoptent des noms n'ayant pas de rapport direct avec le lieu désigné, alors que leur dénomination devient progressivement un monopole public et royal : d'après le chercheur Dominique Badariotti, ce dernier « s'exerce dès lors tant bien que mal, fonctionnant mieux à Paris qu'en province et valorisant les puissants du royaume ou les notables régionaux »[2]

Quelques tentatives ponctuelles de pose de pannonceaux et d'inscription des noms de rues et de direction gravés sur les murs des angles de rue, ont lieu au XVe siècle[3]. Le procédé de fixer une plaque de fer sur les maisons placées au coin des rues se développe au XVIIIe siècle. Il est remplacé en France à partir de 1844, lorsqu'un arrêté du préfet de la Seine Rambuteau prescrit l'emploi de plaques en lave de Volvic émaillée, où les lettres blanches se détachent sur fond bleu[4].

Aspects techniques[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Plaques de rues suspendues (États-Unis).

Aux États-Unis, les plaques de rue sont souvent suspendues au-dessus des carrefours pour augmenter leur lisibilité par les automobilistes.

Inscriptions[modifier | modifier le code]

Plaques de rue modernes, accompagnées de plaques indiquant les anciens noms et au centre, les noms anciens gravés dans la pierre. Ici, à Caen, le nom de la place Royale a été bûché.
Texte trilingue (serbe, slovaque et hongrois) dans le village de Belo Blato, en Serbie.

Ces plaques, en plus du nom de la voie, peuvent également présenter des informations telles que :

  • une brève description de ce qui a donné son nom à la voie (personnage historique, événement, etc.), servant alors de support de mémoire collective ;
  • une ancienne dénomination ;
  • la portion de la voie, désignée par une plage de numéros ;
  • le nom de la localité, et/ou du quartier (par exemple, l'arrondissement à Paris ou le borough à Londres) ;
  • à Bruxelles, la « capitale mondiale de la bédé », certaines rues portent un second nom, officieux, ce qui implique de citer sur la plaque le « propriétaire » de l’appellation : exemple la rue du Marché-aux-Herbes est « aussi » la « rue Gaston-Lagaffe » (en l’« honneur » de Gaston Lagaffe).

Le texte est parfois bilingue, voire trilingue, pour diverses raisons, et aussi rédigé en plusieurs alphabets, latin, cyrillique, arabe, chinois, etc. : ainsi, en Chine et au Japon, la signalisation en langue officielle est souvent complétée par une indication en anglais et en alphabet latin.

En France, à Bayonne et Anglet, on trouve une signalisation trilingue, français, basque, gascon.

Un signe distinctif reflétant l'identité locale est parfois ajouté, tel que le blason, le logo ou le drapeau local.

De même que le choix du nom d'une rue véhicule des valeurs, celui des inscriptions ajoutées sur la plaque peut également revêtir une certaine importance[5].

Style[modifier | modifier le code]

Plaque de la rue du logiciel libre.

Leur style (choix du matériau, des couleurs, de la police d'écriture) est en principe uniforme au sein d'un quartier ou d'une localité, et elles sont normalement assorties aux plaques indiquant la numérotation de chaque bâtiment dans la voie. Cependant, ce style peut aussi être porteur d'information : par exemple à Minneapolis, les artères principales utilisent la couleur bleue, tandis que les rues nord-sud sont de couleur verte, et les rues est-ouest de couleur brune ; dans le même ordre d'idées, un style particulier peut également être appliqué pour les plaques des voies privées.

Les plaques de rue peuvent être fabriquées dans toutes sortes de matériaux : métal, pierre, céramique, etc.

Les plaques de rue européennes sont traditionnellement des plaques émaillées avec lettres blanches sur fond bleu depuis le milieu du XIXe siècle, le bleu (produit en ajoutant un oxyde métallique à un pigment coloré, le dioxyde de chrome, tel le bleu de Sèvres à base d'oxyde de cobalt[6]) étant à cette époque l'unique couleur disponible pour la production de masse, en plus du noir et blanc.

Cohabitation avec les inscriptions gravées dans les façades[modifier | modifier le code]

Bien souvent, les plaques succèdent à une ou plusieurs inscriptions antérieures, gravées dans la pierre des façades. Par rapport aux inscriptions gravées dans les murs, elles présentent de multiples avantages :

  • meilleure lisibilité ;
  • modification et renouvellement faciles (il suffit de remplacer une plaque par une autre, à l'occasion soit du renouvellement d'une plaque dégradée, soit du changement de nom de la voie) ;
  • moindres dégradations de la façade ;
  • possibilité de faire figurer le nom de la voie même en l'absence d'une façade : la plaque peut être fixée sur un poteau.

Dans les villes ayant conservé un bâti ancien, ces anciennes inscriptions sont encore souvent visibles et cohabitent avec les plaques, permettant ainsi de retracer une partie de l'évolution du nom des rues.

Odonymie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Odonyme.

Autres utilisations[modifier | modifier le code]

Plaque de rue de l'allée des Buttes (Bois de Vincennes), vandalisée ici en « allée des Puttes ».
Ce modèle de plaque de rue est utilisé par la Ville de Paris dans les espaces verts.

Les plaques de rue sont sujettes au vandalisme et à l'affichage sauvage.

De plus, les plaques des voies les plus célèbres attirent l'intérêt pour leur aspect symbolique, suscitant des reproductions vendues notamment dans certaines boutiques de souvenirs, voire le vol des originaux.

Il existe aussi des sites web proposant de réaliser des plaques de rue avec un texte personnalisé, choisi par le client, pour servir d'élément de décoration.

Selon Howard Rheingold, dans l'avenir, les plaques pourraient servir de vecteur de réalité augmentée ; ainsi, pointer un téléphone mobile vers l'une d'elles permettrait par exemple de géolocaliser l'utilisateur[7].

Plaques de rues comme éléments graphiques ou symboliques[modifier | modifier le code]

En télévision, le logo de l'émission pour enfant américaine 1, rue Sésame est une plaque de rue. Il en a été de même pour la chaîne française 13e rue, de sa création en 1997 jusqu'en 2010. Sur le web, le logo de la boutique en ligne Rue du Commerce consiste également en une plaque de rue.

Le générique du film Rue de l'Estrapade en 1953 se déroule sur une plaque de rue[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Leguay, La rue au Moyen Âge, Ouest France, , p. 104.
  2. Dominique Badariotti, « Les noms de rue en géographie. Plaidoyer pour une recherche sur les odonymes », Annales de géographie, vol. 111, no 625,‎ , p. 285-302 (lire en ligne).
  3. Paul Delsalle, Le cadre de vie en France aux XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles, Ophrys, , p. 90.
  4. Pierre Assouline, « Enquête : comment donner son nom à une rue de Paris », L’Histoire, no 42,‎ , p. 90.
  5. Exemple : « Tamazgha boycotte la cérémonie d'inauguration de la rue Lounès-Matoub à Paris », sur Tamazgha.fr, (rue Lounès-Matoub).
  6. L.L., « Plaques indicatrices des rues », L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, vol. 54, no 1120,‎ , p. 184–185 (lire en ligne).
  7. Howard Rheingold (trad. de l'américain par Pierre-Emmanuel Brugeron, préf. Daniel Kaplan), Foules intelligentes : La nouvelle révolution sociale, M2 éd., , 302 p. (ISBN 2-9520514-2-9, présentation en ligne), p. 16 (ouvrage original : (en) Smart Mobs : The Next Social Revolution, Perseus Books, (ISBN 0-7382-0608-3, présentation en ligne)).
  8. Valérie Vignaux, Jacques Becker, ou L'exercice de la liberté : Biographie critique, Liège, éd. du Céfal, coll. « Travaux et Thèses Cinéma », , 272 p. (ISBN 2-87130-088-7), p. 139.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]