Joachim Gauck

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Joachim Gauck
Joachim Gauck en 2012.
Joachim Gauck en 2012.
Fonctions
11e président fédéral d'Allemagne
En fonction depuis le
(3 ans 10 mois et 19 jours)
Élection
Chancelier Angela Merkel
Prédécesseur Christian Wulff
Horst Seehofer (intérim)
Commissaire fédéral pour la documentation du service de sécurité de l'État de l'ex-République démocratique allemande

(10 ans et 7 jours)
Président fédéral Richard von Weizsäcker
Roman Herzog
Johannes Rau
Chancelier Helmut Kohl
Gerhard Schröder
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Marianne Birthler
Biographie
Date de naissance (76 ans)
Lieu de naissance Rostock (Allemagne)
Nationalité allemande
Parti politique Indépendant
Conjoint Daniela Schadt
Diplômé de Université de Rostock
Profession Pasteur
Religion Protestantisme
Résidence Château de Bellevue
(Berlin)

Signature

Joachim Gauck
Présidents de la République fédérale d'Allemagne

Joachim Gauck (prononcé [ joː.ˈʔa.xiːm ɡaʊ̯k]), né le à Rostock, dans le Mecklembourg, est un homme d'État allemand, président de la République fédérale d'Allemagne depuis 2012.

Pasteur luthérien, il est l'un des meneurs du mouvement d'opposition qui précipita la fin de la République démocratique allemande à la fin des années 1980. Membre du Nouveau forum, dont il est l'un des porte-paroles, il est élu député à la Chambre du peuple au mois de , à l'issue des premières élections libres. Le 4 octobre, au lendemain de la Réunification allemande, il est officiellement nommé commissaire fédéral pour les archives de la Stasi ; il gagne progressivement le respect de l'opinion publique allemande pour avoir dénoncé l'ensemble des crimes commis par cette ancienne police secrète.

Son engagement en faveur des droits de l'homme et de la promotion de la démocratie lui vaut une importante reconnaissance internationale, si bien qu'il est l'un des signataires, avec l'ancien président tchèque Václav Havel, de la déclaration de Prague.

Désigné candidat à l'élection présidentielle anticipée de juin 2010 par le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) et l'Alliance 90 / Les Verts, il est cependant battu par Christian Wulff, le candidat des Unions chrétiennes (CDU/CSU) et du Parti libéral-démocrate (FDP), à l'issue du troisième tour d'un scrutin très disputé.

En 2012, après la démission de celui-ci pour des faits présumés de prévarication, Joachim Gauck présente encore sa candidature à la présidence de la République fédérale, cette fois-ci soutenue par la CDU/CSU, le SPD, le FDP et les Verts. À l'issue du premier tour de scrutin, il est élu, le 18 mars, avec un peu plus de 88 % des suffrages exprimés et prête serment cinq jours plus tard devant l'Assemblée fédérale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un pasteur anticommuniste[modifier | modifier le code]

Joachim Gauck est né à Rostock, durant la Seconde Guerre mondiale. Il est le fils d'un capitaine de marine, qui est arrêté, puis déporté en Sibérie pendant quatre ans, de 1951 à 1955, sur l'ordre des autorités communistes ; c'est de cet événement que naît la haine de Joachim Gauck pour le communisme[1].

Intéressé par le journalisme et la philosophie, il ne peut étudier ces domaines à l'université, du fait de son anticommunisme, et décide alors d'intégrer, en 1958, la faculté de théologie de l'université de Rostock, qu'il quitte en 1965. Durant ses études, il épouse Gerhild Radtke, qui va lui donner quatre enfants.

Devenu pasteur après son ordination, il exerce son ministère dans la région de Rostock. Malgré son « incorrigible anticommunisme » que déplore régulièrement la Stasi, la police secrète du régime communiste de la République démocratique allemande, Joachim Gauck parvient à mener ses activités religieuses, sans renoncer à son combat contre le régime politique qu'il méprise ouvertement.

Après la chute du régime communiste[modifier | modifier le code]

Le député Joachim Gauck, en 1990.

En 1989, tandis que les mouvements de protestation prennent de l'ampleur en République démocratique allemande, Gauck devient le porte-parole du Nouveau forum, un nouveau mouvement d'opposition au régime communiste. Ses discours acerbes contre le régime et sa doctrine font de lui l'une des figures de proue de l'opposition démocratique, si bien que, candidat aux premières élections libres, il est élu membre de la Chambre du peuple, sur une liste du mouvement d'opposition Alliance 90. Il s'investit pour la disparition du ministère de la Sécurité intérieure, pilier de la Stasi, et contribue à la rédaction d'une loi relative à la conservation des archives de la police secrète.

Dans les derniers jours du régime est-allemand, une procédure parlementaire liée à la Réunification permet à Joachim Gauck de devenir député au Bundestag, la chambre basse du Parlement fédéral. Élu le , il doit cependant mettre un terme à son mandat parlementaire deux jours seulement après son élection, puisqu'il est désigné, le 4 octobre, « commissariat fédéral pour la documentation du service de sécurité de l'État de l'ex-République démocratique allemande » par le président fédéral Richard von Weizsäcker. Il doit diriger une institution forte de 2 000 fonctionnaires chargés de la gestion d'un important volume d'archives mises à la disposition du grand public. En 1995, Gauck est reconduit dans ses fonctions pour une nouvelle période de cinq ans.

C'est tout au long de cette période que Joachim Gauck acquiert le respect de l'opinion publique allemande, qui voit en lui un « avocat des droits de l'homme » et un militant convaincu pour la liberté. Son travail est prolifique : outre des conférences et l'organisation d'expositions concernant le travail de son institution, le commissaire fédéral offre sa contribution pour un ensemble de travaux liés à la recherche sur le régime communiste : en 1998, par exemple, il offre sa contribution à l'édition allemande du Livre noir du communisme, dans laquelle il livre un témoignage personnel et défend la qualité de ses propres travaux.

Au début de l'année 1999, à quelques mois de l'élection présidentielle, les Unions chrétiennes (CDU/CSU) et le Parti libéral-démocrate (FDP) lui proposent de soutenir sa candidature à la présidence de la République fédérale, mais Joachim Gauck finit par refuser cet honneur. L'année suivante, il termine son mandat de commissaire fédéral, qu'il laisse à Marianne Birthler. Séparé de son épouse depuis plusieurs années, il rencontre la journaliste Daniela Schadt, qui devient sa compagne.

Après 2000, Joachim Gauck est approché par le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) mais il refuse les propositions qui lui sont faites, préférant se consacrer à son militantisme, en faveur des droits de l'homme et de l'idéal européen. En 2003, il accepte la présidence de l'association « Contre l'oubli - Pour la démocratie » (Gegen Vergessen – Für Demokratie) et, cinq ans plus tard, fait partie des signataires de la déclaration de Prague, au côté, notamment, de l'ancien président tchèque Václav Havel. Cette déclaration, signée le par un grand nombre d'intellectuels, condamne résolument les crimes commis par les régimes communistes du monde entier, et plus particulièrement en Europe.

Première candidature à la présidence fédérale[modifier | modifier le code]

Un rassemblement citoyen favorable à la candidature de Joachim Gauck, à Berlin.

Le , quatre jours après la démission du président fédéral Horst Köhler, le SPD et les Verts, les deux principaux partis de l'opposition de centre-gauche déclarent soutenir la candidature de Joachim Gauck à l'élection présidentielle anticipée du 30 juin suivant, face à celle du ministre-président de Basse-Saxe, Christian Wulff, soutenu quant à lui par la CDU/CSU, dirigée par la chancelière Angela Merkel, et le FDP.

Si, dans les faits, Christian Wulff a toutes les chances d'être élu chef de l'État, le candidat de l'opposition dispose d'un vaste soutien populaire, bien plus important que celui acquis par le candidat de la coalition noire-jaune, notamment dans le milieu culturel[2]. La presse allemande estime d'ailleurs qui si le président fédéral devait être élu au suffrage universel direct, Joachim Gauck l'emporterait aisément sur Christian Wulff, jugé plus politique et moins charismatique que son concurrent. Le parcours personnel de Joachim Gauck suscite d'ailleurs la sympathie de l'opinion, ce qui fait dire au président du SPD, Sigmar Gabriel, que le candidat soutenu par son parti « se présente avec toute sa vie d'homme, pas avec une carrière politique bien remplie »[3].

Une grande partie de l'échiquier politique, dont un certain nombre de conservateurs, assument leur préférence pour Gauck, comme Kurt Biedenkopf qui conteste la consigne de vote pour les conservateurs et appelle à la liberté de vote dans une tribune publiée par le Frankfurter Allgemeine Zeitung[4]. Seul le parti de gauche radicale Die Linke refuse de reconnaître la qualité de sa candidature, Gauck étant un opposant déclaré de longue date au communisme.

Le , le jour du scrutin, Joachim Gauck obtient 499 suffrages à l'issue du premier tour, mais est devancé par Christian Wulff, fort de 600 voix, un résultat à peine satisfaisant pour le candidat soutenu par la chancelière. Au deuxième tour, le candidat de l'opposition perd neuf voix mais obtient un résultat supérieur au nombre de grands électeurs qui devaient voter pour lui, contraignant ainsi le candidat de la coalition gouvernementale à patienter jusqu'au troisième tour de scrutin pour espérer être élu comme prévu, avec 625 voix contre 494 à Gauck.

Si l'issue de cette élection présidentielle devait être favorable à Christian Wulff, elle est néanmoins présentée, par la presse allemande, comme un « camouflet » pour Angela Merkel qui pouvait faire élire son poulain dès le premier tour mais qui dut en attendre un troisième pour le faire élire péniblement. Les critiques sont d'autant plus grandes qu'il est reproché à la chancelière de ne pas avoir soutenu un candidat préféré par l'opinion. Défait à l'issue de cette élection très disputée, Gauck a néanmoins gagné le surnom de « président des cœurs »[5].

Président fédéral[modifier | modifier le code]

Une élection consensuelle[modifier | modifier le code]

Soupçonné de prévarication, Christian Wulff est contraint de démissionner le . Une importante partie de l'échiquier politique et la presse allemande évoquent alors une éventuelle candidature de Joachim Gauck pour remplacer le chef de l'État démissionnaire[6], d'autant qu'un sondage, publié quelques jours seulement après le retrait de Wulff, indique que 54 % de ses concitoyens souhaiteraient le candidat défait en 2010 comme président de la République fédérale[7]. Finalement, le 19 février suivant, Gauck reçoit formellement le soutien des chrétiens-démocrates, des sociaux-démocrates, des libéraux et des écologistes[8]. C'est la première fois, depuis 1989, que l'ensemble des forces politiques représentées à l'Assemblée fédérale, à l'exception notable du Parti national-démocrate, d'extrême droite, et de Die Linke, s'associent pour faire élire un candidat commun au château de Bellevue. Même la chancelière Angela Merkel, d'abord réticente, reconnaît en Joachim Gauck un « professeur de démocratie » tout à fait capable de redorer le blason d'une fonction présidentielle jugée « entachée » par l'ancien chancelier Helmut Schmidt, très sévère à l'égard du président sortant.

Quelques heures après sa nomination, Joachim Gauck tient une conférence de presse, entouré des dirigeants des partis soutenant sa candidature, au cours de laquelle il se dit « troublé et confus » par la situation le poussant à briguer la présidence fédérale[9], mais aussi honoré que « quelqu'un comme [lui], né durant une guerre terrible et qui a vécu cinquante ans sous une dictature […] soit appelé à devenir chef de l'État ». Se posant en rassembleur, il enjoint ses concitoyens à « retrouver la foi dans leur propre force », alors que l'Allemagne est vivement confrontée à la crise économique européenne et mondiale.

Le , Joachim Gauck est largement élu président de la République fédérale à l'issue du premier tour, par 991 voix sur 1 124 votants, soit un peu plus de 88 % des suffrages exprimés, contre 126 voix pour Beate Klarsfeld, l'ancienne « chasseuse de nazis » soutenue par le parti Die Linke, et 3 voix pour Olaf Rose, présenté par le Parti national-démocrate. Onzième président fédéral d'Allemagne, Joachim Gauck est le mieux élu de tous : seul le conservateur Richard von Weizsäcker, lorsqu'il avait sollicité un second mandat en 1989, avait obtenu un résultat semblable, suffisamment large pour être présenté comme un candidat consensuel.

Après son élection, le nouveau chef de l'État, apparemment ému, dit aux grands électeurs qu'ils ont élu « un président qui ne peut pas penser sans l'idée de liberté ». Le lendemain, il déclare à la presse, devant le château de Bellevue, qu'il souhaite « gagner le respect de tous »[10].

Déclarations et prises de position[modifier | modifier le code]

Le , devant les membres du Bundestag et du Bundesrat, Joachim Gauck est formellement investi président fédéral après avoir prêté serment. Dans un long discours d'investiture, le nouveau chef de l'État, européen convaincu, dit voir en l'Europe « une terre promise […] devenue depuis longtemps une réalité quotidienne », appelant ses concitoyens à œuvrer davantage en faveur de l'idéal européen, surtout en cette période de crise[11]. En outre, rappelant ce qui est le combat de sa vie, Gauck s'en prend vivement aux nationalistes en ces termes : « Aux extrémistes de droite qui haïssent la démocratie, nous le disons clairement : votre haine même nous interdit d'abandonner notre pays »[12],[13].

Le 25 avril suivant, le président Gauck annule une visite d'État en Ukraine, du fait de sa préoccupation quant à l'état de santé fort inquiétant de l'ancien Premier ministre ukrainien, Ioulia Tymochenko, emprisonnée pour des raisons jugées politiques par l'Union européenne[14]. La position du chef de l'État est alors saluée par la presse et l'ensemble de la classe politique allemande[15].

Le 28 mai, le chef de l'État allemand se rend, durant deux jours, au Moyen-Orient, plus précisément en Israël puis en Palestine, afin de rencontrer les présidents israélien, Shimon Peres, et palestinien Mahmoud Abbas. Cette visite d'État est très suivie par les médias allemands, qui soulignent à l'occasion la prestance présidentielle et l'image d'homme d'État du président Joachim Gauck[16].

En , la loi portant sur le Mécanisme européen de stabilité (MES), adoptée par les députés du Bundestag, devait être promulguée par le président Gauck ; or, celui-ci annonça qu'il n'allait pas imposer sa signature au document officiel tant que celui-ci ne serait pas approuvé par le Tribunal constitutionnel fédéral, qui est saisi par des députés du parti de gauche radicale Die Linke, décidés à retarder l'entrée en vigueur de cette loi[17]. Le 8 juillet, alors invité de la Sommerinterview de ZDF, Joachim Gauck pressa le gouvernement fédéral de « mieux décrire » les suites du sommet européen portant sur le MES et la croissance, affirmant que « l'énergie, parfois, semble manquer pour dire à la population ce qui se passe réellement », même si, reconnut-il, il ne serait sans doute « pas capable de faire le travail » du gouvernement d'Angela Merkel ; cette intervention publique, diffusée sur la ZDF, est considérée comme une marque d'indépendance volontairement affichée par le chef de l'État vis-à-vis de la chancelière Merkel[18].

Joachim Gauck s'entretenant avec le président des États-Unis, Barack Obama, au château de Bellevue, le .

Le 26 août, Joachim Gauck se rend à Rostock, sa ville natale, dans le dessein de commémorer le vingtième anniversaire des émeutes racistes qui bouleversèrent cette ville du Mecklembourg, en 1992. Dans une allocution, le chef de l'État affirma que « la xénophobie, la haine et la violence infectaient encore aujourd'hui le présent ». Un appel contre la haine et le racisme une nouvelle fois clamé par le président Gauck, qui avait déjà mis en garde ses compatriotes lors de son discours d'investiture, le 18 mars précédant[19]. « Nous n'avons pas peur de vous. Où que vous vous manifestiez, vous nous trouverez sur votre chemin ! » déclare le président fédéral allemand, à l'adresse des militants nationalistes et racistes, « où qu'ils puissent manifester leur haine »[20].

Le 19 novembre, au cours d'une conférence accueillie à la Villa Rosebery, à Naples, par le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, à laquelle est également convié le président de la République de Pologne, Bronisław Komorowski, le président Gauck déclara, conjointement avec ses homologues italien et polonais, que l'Europe peut sortir de la crise économique et financière. « Nous sortirons de la crise », ont ainsi déclaré les trois chefs d'État[21].

Le 25 décembre, le président Gauck prononce son premier discours télévisé de Noël, dans lequel il rend hommage aux soldats allemands engagés en Afghanistan et appelle les Allemands à se rassembler autour de trois valeurs : la solidarité, la charité et l'amour. Un discours au cours duquel est également évoquée la stabilité économique de l'Allemagne, bien que le chef de l'État ait mis en garde la classe politique au sujet « des fossés [qui] se creusent entre les riches et les pauvres » et se soit déclaré préoccupé par l'importance du réchauffement climatique.

Le , respectant la tradition instaurée par ses prédécesseurs, Joachim Gauck a prononcé son premier discours de Berlin, depuis le château de Bellevue, dans lequel il affirme que, « l'Europe, dans un monde globalisé, face aux pays émergents, ne saurait s'imposer que si elle est unie, sur le plan politique […] et sur le plan économique »[22].

Le 26 juillet, un peu plus d'un mois après avoir reçu la visite du président des États-Unis, Barack Obama, au château de Bellevue, le président Gauck assume pleinement, dans un entretien au journal régional Passauer Neue Presse, son soutien au « lanceur d'alerte » américain Edward Snowden, un informaticien ayant révélé au monde la pratique d'écoutes illégales commises par la National Security Agency (NSA). Contournant la position affichée par le gouvernement fédéral, qui a refusé d'accueillir Snowden sur le territoire allemand, le président de la République affirme, durant cet entretien, que les personnes comme Snowden avaient le devoir d'obéir à leur conscience, qui plus est si les institutions pour lesquelles elles travaillent venaient à « prendre des décisions illégitimes » ; cette attitude « mériterait [alors] le respect » selon le chef de l'État allemand[23].

Le 8 décembre, les services de la présidence fédérale ont officialisé par communiqué l'absence du chef de l'État pour l'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi, en Russie, prévue pour le . S'il n'est officiellement pas question de boycott, la Fédération de Russie étant critiquée pour sa législation vis-à-vis des personnes homosexuelles, l'absence programmée du président Gauck est considérée comme une dénonciation officieuse, ce dernier étant un fervent militant des droits de l'Homme[24].

Le président Joachim Gauck durant la 50e Wehrkunde, à Munich, le .

Le , c'est au président de la République fédérale d'Allemagne qu'il revient d'inaugurer la 50e conférence de Munich sur la sécurité, dite « Wehrkunde » ; dans un discours, qu'il prononce devant les invités de la conférence, le président Gauck, évoquant la politique diplomatique assumée par son pays, déclare que, « l'Allemagne n'étant pas une île », celle-ci devait réfléchir aux « conséquences d'une éventuelle inaction diplomatique », enjoignant ses compatriotes à « ne pas se cacher derrière la culpabilité passée » de l'Allemagne et prônant « une implication plus résolue et plus fondamentale ». Ce discours présidentiel, salué par la presse d'outre-Rhin comme étant l'acte fondateur d'une « affirmation de la politique diplomatique allemande », est alors appuyé par le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, celui-ci poursuivant que l'Allemagne n'était que « trop grande pour se limiter aux commentaires »[25],[26].

Au mois de novembre suivant, à Offenbach, Tugce Albayrak, une étudiante d'origine turque âgée de vingt-trois ans, trouve la mort lors d'une rixe durant laquelle elle s'est interposée pour porter secours à de jeunes femmes menacées ; saisi par un comité de citoyens réclamant qu'elle soit décorée, à titre posthume, de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne, le président Joachim Gauck, dans un courrier adressé aux parents de Tugce, loue le courage de cette jeune femme qui « mérite [la] reconnaissance et [le] respect » de tous, affirmant qu'il allait sérieusement étudier la question d'une décoration[27],[28].

La politique du pardon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vergangenheitsbewältigung.

Depuis son élection, le président Gauck, durant ses visites officielles, a toujours présenté ses excuses, au nom de l'Allemagne, pour les crimes et les souffrances imposés par le régime nazi. Cette « politique du pardon » fut largement saluée par la presse allemande comme par les institutions européennes, bien que parmi les prédécesseurs de Joachim Gauck à la présidence fédérale se trouvaient également des hommes politiques ayant exprimé des regrets, sans demander le pardon des nations concernées.

Le , dans le cadre d'une visite d'État en France, le président Gauck se rend à Oradour-sur-Glane, un village du Limousin meurtri par le massacre de sa population, commis le par la division SS Das Reich ; pour la première fois, le président de la République fédérale d'Allemagne acceptait de se rendre en ce lieu marqué par la barbarie nazie, accomplissant un acte jugé « historique »[29], nouveau symbole de la réconciliation franco-allemande[30]. Dans un discours, prononcé lors de sa visite, Gauck insiste sur « la lourde tâche » qu'est le fait de pouvoir s'adresser aux familles des victimes de ce massacre et serrer dans ses bras le président de la République française, François Hollande, accompagnant le chef de l'État allemand durant cette visite[31].

Enfin, le , Joachim Gauck s'est rendu dans le village grec de Liguiades, dans l'Épire, afin de se recueillir à la mémoire des victimes d'un massacre commis, le par l'Armée allemande, celle-ci ayant été le sujet de multiples attaques assumées par la Résistance hellénique. Dans un discours, qu'il prononça devant le président de la République hellénique, Károlos Papoúlias, le président fédéral allemand, après s'être incliné « devant les victimes d'un crime monstrueux », avait solennellement « demandé pardon, au nom de l'Allemagne, aux familles des victimes ». Une position saluée par les autorités grecques, alors, soumises, durant la Seconde Guerre mondiale, au régime d'Adolf Hitler[32].

Pensée politique[modifier | modifier le code]

Longtemps, Joachim Gauck s'est présenté comme un « conservateur de gauche »[33], lié à des valeurs libérales ; il a plusieurs fois revendiqué cette étiquette, notamment lors de la campagne présidentielle de 2010, avant sa défaite face au conservateur Christian Wulff. En outre, la presse allemande voit en lui un « patriote éclairé ». L'hebdomadaire Die Zeit explique la large popularité de Gauck au sein de l'échiquier politique allemand par son passé mais aussi pour les convictions qu'il défend depuis des années : « les Verts le voient comme un avocat des droits de l'homme, le Parti social-démocrate l'estime pour son sens civique, les Unions chrétiennes saluent ses convictions religieuses et le Parti libéral-démocrate apprécie son goût pour l'économie de marché », analyse le titre de presse[34].

Bien que la chancelière Angela Merkel ne l'ait pas soutenu quand il a présenté sa première candidature en 2010, il dit avoir de bons rapports avec celle qui l'a présenté, en 2012, comme un « professeur de démocratie ». Outre la chancelière, Gauck entretient également des relations avec de nombreuses personnalités du spectre politique outre-Rhin, notamment dans les rangs du Parti social-démocrate, comme l'ancien chancelier Gerhard Schröder, qu'il a reçu au château présidentiel de Bellevue pour son soixante-dixième anniversaire en 2014.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1991 : Les dossiers de la Stasi. L'héritage sinistre de la RDA (titre original : Die Stasi-Akten. Das unheimliche Erbe der DDR), Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 1991. (ISBN 3-499-13016-5)
  • 1992 : De la dignité des opprimés (titre original : Von der Würde der Unterdrückten), contributeur
  • 1993 : La perte et la bonne humeur. Un chapitre sur le sujet de la modernité (tire original : Verlust und Übermut. Ein Kapitel über den Untertan als Bewohner der Moderne), contributeur
  • 1998 : Le Livre noir du communisme - la suppression, la criminalité et le terrorisme, (titre original : Das Schwarzbuch des Kommunismus – Unterdrückung, Verbrechen und Terror), contributeur du chapitre « L'approche difficile de la perception », sur l'oppression politique en Allemagne de l'Est, Piper Verlag, Munich, 2004. (ISBN 3-492-04053-5)
  • 2009 : Le Vol des occupants : un risque libre (titre original : Die Flucht der Insassen: Freiheit als Risiko), Sankt Augustin-Berlin, 2009. (ISBN 978-3-941904-20-0)
  • 2009 : Hiver en été, printemps en automne, Mémoires (titre original : Winter im Sommer, Frühling im Herbst, Memoirs), Munich, 2009. (ISBN 978-3-88680-935-6)
  • 2012 : La liberté. Un plaidoyer (titre original : Freiheit. Ein Plädoyer), Kösel, München, 2012. (ISBN 978-3-466-37032-0)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Joachim Gauck, un homme de convictions », Euronews,
  2. « Allemagne : les candidats à la présidence », ARTE,
  3. « Élection présidentielle en Allemagne - Le point à quelques jours du scrutin », Fondation Robert-Schuman,
  4. (de) « Gebt die Wahl frei! », Frankfurter Allgemeine Zeitung,
  5. « Allemagne : Merkel choisit le président des cœurs », L'Express,
  6. « Joachim Gauck sera le prochain président allemand », Le Monde,
  7. « Gauck, futur président allemand », Europe 1,
  8. (de) « Gauck soll Bundespräsident werden », Frankfurter Allgemeine Zeitung,
  9. « La revanche de Joachim Gauck, futur président allemand », Euronews,
  10. « L'objectif de Gauck : gagner le respect des Allemands », Euronews,
  11. « Le président allemand célèbre l'Europe lors de sa prestation de serment », Euronews,
  12. « Joachim Gauck, nouveau président allemand, pourfend l'extrémisme », Le Nouvel Observateur,
  13. « Le discours d'investiture du président fédéral Joachim Gauck, le 18 mars 2012 », Bundespräsidialamt,
  14. « Timochenko : Berlin annule un voyage », Le Figaro,
  15. « Euro 2012 : vers un boycott politique de l'Ukraine », Le Monde,
  16. « Délicate visite en Israël pour le président Gauck », Courrier international,
  17. « Mécanisme européen: report de la ratification en Allemagne », France 24,
  18. « Le président allemand fait la leçon à Angela Merkel », La Tribune,
  19. « Xénophobie, haine et violence toujours d'actualité en Allemagne, selon son président », Euronews,
  20. « Allemagne: le président Gauck commémore les émeutes racistes de Rostock », Agence France-Presse,
  21. « Nous sortirons de la crise », disent les présidents italien, allemand et polonais », Le Parisien - Aujourd'hui en France,
  22. « Joachim Gauck : « L'Europe ne s'imposera que si elle est unie », ARTE,
  23. « Le président allemand affiche son respect pour Edward Snowden », Les Échos,
  24. « Cérémonie d'ouverture : Le président allemand Joachim Gauck absent », France Info,
  25. « L'affirmation de l'Allemagne sur la scène internationale, un changement bienvenu », Le Monde,
  26. « L'Allemagne prête à s'impliquer plus sur la scène diplomatique », Challenges,
  27. « L’Allemagne bouleversée par le sacrifice d’une jeune Turque », Le Monde,
  28. « Tugce Albayrak, l'héroïne turque que toute l'Allemagne pleure », L'Obs,
  29. « Visite "historique" du président allemand à Oradour-sur-Glane », Le Monde,
  30. « François Hollande et Joachim Gauck main dans la main à Oradour-sur-Glane », Euronews,
  31. « Oradour-sur-Glane : une nouvelle accolade symbolique », Le Nouvel Observateur,
  32. « Crimes nazis : l'Allemagne demande pardon à la Grèce », Le Monde,
  33. « Joachim Gauck sera le prochain président », Deutsche Welle,
  34. « Joachim Gauck, “porte-parole” atypique et populaire de l’Allemagne », Le Monde,

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]