Élection présidentielle allemande de 2010

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Élection présidentielle allemande de 2010
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Landtag Niedersachsen DSCF7770 croppedextra.JPG Christian Wulff – CDU
Voix 625
50,24 %
2011 Joachim Gauck.jpg Joachim Gauck – Indépendant
Voix 494
39,71 %
Président
Sortant Élu
Horst Köhler Christian Wulff

L’élection présidentielle allemande de 2010 (en allemand : Wahl des deutschen Bundespräsidenten 2010) se tient le , lors de la réunion de la 14e Assemblée fédérale, conformément à la décision annoncée le par le président du Bundestag, Norbert Lammert[1], afin de désigner le dixième président fédéral d'Allemagne. Le , le président de la République fédérale, Horst Köhler, réélu pour un second mandat un an plus tôt, démissionne de ses fonctions après avoir tenu des propos controversés sur l'intérêt de l'engagement de la Bundeswehr en Afghanistan. Le 30 juin, le scrutin est remporté au troisième et dernier tour de scrutin par Christian Wulff, candidat de la coalition noire-jaune.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le , le président fédéral Horst Köhler, élu le et réélu le , annonce sa démission « avec effet immédiat » suite aux critiques sur ses propos justifiant le déploiement de la Bundeswehr à l'étranger pour protéger les intérêts économiques de l'Allemagne et vus comme une justification de l'impopulaire guerre en Afghanistan. Köhler déclare que « [ces critiques] témoignaient d'un manque de respect de la fonction présidentielle »[2].

Il s'agit de la seconde démission du président fédéral depuis 1949, le premier ayant été Heinrich Lübke, qui n'avait cependant pas quitté ses fonctions immédiatement. En vertu des dispositions de la Loi fondamentale, l'intérim de la présidence revient au président du Conseil fédéral, à savoir le président du Sénat de Brême Jens Böhrnsen.

Composition de l'Assemblée fédérale[modifier | modifier le code]

L'Assemblée fédérale est composée à part égale des députés du Bundestag et de délégués des Länder comme le prévoit la Loi fondamentale allemande.

Le Bundestag comptant 622 députés, 622 délégués des Länder sont également appelés à siéger à la 14e Assemblée fédérale, ce qui porte le total à 1244 membres et la majorité absolue à 623 voix.

La composition par parti politique et par Land est la suivante[3]:

Quatorzième Assemblée fédérale allemande, Berlin, le 30 juin 2010
Die Linke SPD Die Grünen FDP CDU/CSU Autres Total
Bade-Wurtemberg - 22 9 8 40 - 79
Basse-Saxe 4 19 5 5 29 - 62
Bavière - 20 10 8 47 10 (FW) 95
Berlin 4 9 4 2 6 - 25
Brandebourg 6 8 1 1 4 0 20
Brême - 2 1 1 1 - 5
Hambourg - 5 1 - 7 - 13
Hesse 2 11 6 8 18 - 45
Mecklembourg-P.-Occ. 2 5 - 1 4 1 (NPD) 13
Rhénanie-du-N.-Westph. 8 49 17 9 50 - 133
Rhénanie-Palatinat - 16 - 3 12 - 31
Sarre 2 2 - 1 3 - 8
Saxe 8 4 3 3 14 2 (NPD) 34
Saxe-Anhalt 5 5 - 1 8 - 19
Schleswig-Holstein 1 6 3 3 8 1 (SSW) 22
Thuringe 6 4 1 1 6 - 18
Total des Länder 48 187 51 55 257 14 622
Élus du Bundestag 76 146 68 93 239 0 622
Assemblée fédérale 124 333 119 148 496 14 1244

Candidats[modifier | modifier le code]

Peut se porter candidat toute personne âgée d'au moins quarante ans, disposant du droit de vote et du soutien d'au moins un membre de l'Assemblée fédérale. Le candidat doit cependant consentir à sa candidature de manière écrite.

La coalition noire-jaune au pouvoir, comprenant l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU), l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) et le Parti libéral-démocrate (FDP) décide de présenter Christian Wulff[4], ministre-président de Basse-Saxe depuis 2003, tandis que le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) et l'Alliance 90 / Les Verts font le choix de soutenir Joachim Gauck[5], premier commissaire fédéral aux archives de la Stasi. Le parti gauchiste Die Linke, de son côté, décide de présenter la députée fédérale Luc Jochimsen[6]. Enfin, le NPD annonce la candidature de l'artiste d'extrême droite Frank Rennicke.

Choix des candidats et campagne[modifier | modifier le code]

Juste après la démission d'Horst Köhler, la ministre fédérale du Travail, Ursula von der Leyen, est donnée favorite pour représenter la coalition noire-jaune[7], tandis que l'opposition semble rechercher un candidat ayant un profil hautement politique[8]. Le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) et l'Alliance 90 / Les Verts choisissent finalement de soutenir un indépendant, l'ancien dissident est-allemand Joachim Gauck, déjà pressenti pour la présidentielle de 1999 mais par la CDU/CSU[9]. De son côté, la majorité fédérale de centre droit finit par porter son choix sur Christian Wulff[10], vice-président fédéral de la CDU, ministre-président de Basse-Saxe et dernier grand rival d'Angela Merkel au sein du parti. Ce choix est critiqué au sein du Parti libéral-démocrate (FDP), dont certains membres disent préférer le candidat de l'opposition[11].

Au départ silencieuse, la formation de gauche Die Linke annonce sa volonté de ne pas soutenir celui de la coalition rouge-verte[12], et choisit une de ses députées fédérales, Luc Jochimsen[13].

Le choix de Wulff par Angela Merkel reste toutefois contesté et provoque des dissensions au sein de la coalition noire-jaune. Ainsi, le premier ministre-président de Saxe après la réunification allemande, Kurt Biedenkopf, appelle les partis à laisser leurs délégués libres de leur choix le jour du scrutin[14], alors que le titulaire en poste, Stanislaw Tillich, lance un appel aux libéraux afin qu'ils concentrent leurs suffrages sur le candidat de centre droit[15]. Biedenkopf obtient quelques jours plus tard le soutien des anciens présidents fédéraux Richard von Weizsäcker et Roman Herzog, qui se déclarent défavorables à une consigne de vote pour les délégués[16].

Résultats[modifier | modifier le code]

  • La majorité requise est de 623 voix aux deux premiers tours de scrutin, puis la majorité relative pour le troisième tour.
Premier tour
Deuxième tour
Troisième tour
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 1 244 1 244 1 244
Abstentions 15 1,20 % 12 0,96 % 123 9,88 %
Votants 1 229 98,80 % 1 232 99,04 % 1 121 90,12 %
Blancs ou nuls 1 0,08 % 0,08 % 1 0,08 % 0,08 % 2 0,16 % 0,18 %
Suffrages exprimés 1 228 99,92 % 99,92 % 1 231 99,92 % 99,92 % 1 119 99,84 % 99,82 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
inscrits
% des
exprimés
Voix % des
inscrits
% des
exprimés
Voix % des
inscrits
% des
exprimés
Christian Wulff
CDU, soutenu par le FDP et la CSU
600 48,23 % 48,86 % 615 49,44 % 49,96 % 625 50,24 % 55,85 %
Joachim Gauck
Soutenu par le SPD et Les Verts
499 40,11 % 40,63 % 490 39,38 % 39,80 % 494 39,71 % 44,14 %
Luc Jochimsen
Die Linke
126 10,12 % 10,26 % 123 9,88 % 9,99 % Retrait
Frank Rennicke
Soutenu par le NPD
3 0,24 % 0,24 % 3 0,24 % 0,24 % Retrait
  • 1er tour : le candidat de la coalition noire-jaune, Christian Wulff, rate l'élection de 23 voix et en perd même 44 par rapport au nombre de délégués des trois partis le soutenant, alors que Joachim Gauck, candidat de la coalition rouge-verte, recueille 39 voix de plus que celles dont disposent les deux formations qui l'appuient. Les deux autres candidats ont fait le plein de voix dans leur camp. Un deuxième tour est aussitôt organisé par le président du Bundestag, Norbert Lammert. À noter que deux délégués n'ont pas pris part au vote.
  • 2e tour : Christian Wulff progresse assez nettement en engrangeant quinze voix supplémentaires, ce qui n'est toutefois pas suffisant pour atteindre la majorité absolue de 623 voix. Cette remontée du candidat du centre droit se fait au détriment de l'abstention et surtout de Joachim Gauck, même si celui-ci continue à obtenir des suffrages au-delà de ses soutiens. Un troisième tour est aussitôt organisé par le président du Bundestag, Norbert Lammert. À noter que cinq délégués n'ont pas pris part au vote.
  • 3e tour : avant même le déroulement du scrutin, Luc Jochimsen et Frank Rennicke retirent leurs candidatures. Christian Wulff parvient cette fois à dépasser la majorité absolue en obtenant 625 voix, ce qui lui permet de devenir le dixième président fédéral. Il défait donc Joachim Gauck, qui recueille 494 voix, ne bénéficiant donc pas du retrait de Jochimsen tout en rassemblant, pour la troisième fois, au-delà des deux partis le soutenant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) L'Assemblée fédérale convoquée le 30 juin, site du Bundestag, le
  2. « La démission du président allemand crée la stupeur », Le Monde, le
  3. (de) Composition de la 14e Assemblée fédérale sur Wahlrecht.de
  4. (de) Le candidat de la coalition s'appelle Wulff, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  5. (de) Le SPD et les Verts investissent Joachim Gauck, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  6. (de) La candidate anti-Gauck, Die tageszeitung le .
  7. (de) La favorite (non) désignée, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  8. (de) Beaucoup de conditions mais pas de nom, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  9. (de) Joachim Gauck : le penseur de Rostock, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  10. (de) Wulff sera président fédéral, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  11. (de) Des personnalités politiques du FDP se disent plus proches de Gauck, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  12. (de) Le Parti de gauche désignera un candidat, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  13. (de) Le Parti de gauche investit Luc Jochimsen, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  14. (de) Laissez le libre choix ! par Kurt Biedenkopf, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  15. (de) Tillich prévient Westerwelle, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le
  16. (de) Weizsäcker plaide pour le libre choix, Frankfurter Allgemeine Zeitung, le

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]