Jacques Offenbach

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Jacques Offenbach
Description de cette image, également commentée ci-après
Offenbach par Nadar (1878).
Surnom Le Petit Mozart des Champs-Élysées
Nom de naissance Jacob Offenbach
Naissance
Cologne Rhénanie-du-Nord-Westphalie
Décès (à 61 ans)
Paris (France)
Lieux de résidence Paris, Étretat
Activité principale Compositeur, violoncelliste
Style Musique romantique
Activités annexes Directeur de la musique à la Comédie-Française, directeur de théâtre
Lieux d'activité Paris, Vienne
Années d'activité 1838 - 1880
Collaborations Ludovic Halévy, Henri Meilhac
Éditeurs Brandus, Heugel, Choudens
Formation Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris
Élèves Léo Delibes
Distinctions honorifiques
Chevalier de la Légion d'honneur[1]

Œuvres principales

Scènes principales

Jacques (Jacob) Offenbach est un compositeur et violoncelliste français d'origine allemande[2], né le à Cologne et mort le à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Jacob Offenbach naît en 1819 à Cologne dans le Grand-Duché du Bas-Rhin, qui à cette époque faisait partie de la Prusse. Sa maison natale se trouve sur le Großer Griechenmarkt, proche de la place qui porte maintenant son nom, l'Offenbachplatz. Il est le deuxième fils et le septième des dix enfants d'Isaac Juda Offenbach né Eberst (1779-1850) [3] et de son épouse Marianne, née Rindskopf (vers 1783-1840). Isaac, issu d'une famille de musiciens, abandonne son métier de relieur et gagne sa vie itinérante comme chantre dans les synagogues et violoniste dans les cafés. Il est connu sous le nom de der Offenbacher, d'après sa ville natale, Offenbach-sur-le-Main, près de Francfort-sur-le-Main. En 1808, en vertu du décret de Bayonne, il adopte Offenbach comme patronyme. En 1816 il s'établit à Cologne, où il devient professeur, donnant des leçons de chant, de violon, de flûte et de guitare, ainsi que de composition musicale.

Les jeunes années[modifier | modifier le code]

Lorsque Jacob a six ans son père lui apprend à jouer du violon. En l'espace de deux ans le garçon compose des chansons et des danses. À neuf ans il commence l'étude du violoncelle. Isaac est à ce moment le chantre permanent de la synagogue locale. Il peut se permettre de payer à son fils des leçons auprès du célèbre violoncelliste Bernhard Breuer. Trois ans plus tard Jacob interprète ses propres compositions, dont les difficultés techniques impressionnent son maître. Avec son frère Julius (violon) et sa sœur Isabella (piano), Jacob joue en trio dans des dancings locaux, des auberges et des cafés. Ils y interprètent de la musique de danse populaire et des arrangements d'opéras. En 1833 Isaac décide que les deux plus talentueux de ses enfants, Julius (alors âgé de 18 ans) et Jacob (14 ans), quitteront la scène musicale provinciale de Cologne pour étudier à Paris. Avec le soutien généreux des mélomanes locaux et de l'orchestre municipal, avec qui ils ont donné un concert d'adieu le 9 octobre, les deux jeunes musiciens, accompagnés de leur père, font un voyage de quatre jours à Paris en novembre 1833.

Isaac parvient à persuader le directeur du Conservatoire de Paris, Luigi Cherubini, de faire passer une audition à Jacob. L'âge et la nationalité du garçon étaient deux obstacles à l'admission. Cherubini avait refusé plusieurs années auparavant l'admission de Franz Liszt, âgé de 12 ans, pour des motifs similaires, mais il accepte finalement d'entendre le jeune Offenbach. Il écoute son jeu et l'arrête en disant : «Assez, jeune homme, vous êtes maintenant un élève de ce Conservatoire». Julius est également admis. Les deux frères adoptent des formes françaises de leurs prénoms, Julius devenant Jules et Jacob devenant Jacques.

Isaac espère obtenir un emploi permanent à Paris. Cela ne se réalise pas, et il retourne à Cologne. Avant de partir, il trouve un certain nombre d'élèves pour Jules. Les revenus modestes de ces leçons, complétés par les honoraires gagnés par les deux frères en tant que membres des chœurs de la synagogue, leur permettent de poursuivre leurs études. Au conservatoire Jules est un étudiant assidu. Il est diplômé et devient professeur de violon et chef d'orchestre connu. Il dirigera l'orchestre de son jeune frère pendant plusieurs années. En revanche, Jacques s'ennuie et part après un an, le 2 décembre 1834.

Le violoncelliste virtuose[modifier | modifier le code]

En quittant le conservatoire, Offenbach se libère de l'académisme sévère du programme de Cherubini, mais, comme l'écrit son biographe James Harding, «il était libre, lui aussi, de mourir de faim». Il obtient quelques emplois temporaires dans des orchestres de théâtre avant d'occuper en 1835 un poste permanent de violoncelliste à l'Opéra-Comique. Il n'y est pas plus sérieux qu'il l'avait été au conservatoire, et se voit privé régulièrement de sa paye pour avoir fait des farces pendant les représentations. À une occasion, lui et le violoncelliste principal ont joué des notes alternées de la partition imprimée. Une autre fois, ils sabotent certains pupitres de leurs collègues pour les faire s'effondrer à mi-représentation. Néanmoins, les revenus de son travail d'orchestre lui permettent de prendre des leçons avec le célèbre violoncelliste Louis Norblin. Il fait une impression favorable sur le compositeur et chef d'orchestre Fromental Halévy, qui lui donne des leçons de composition et d'orchestration. Certaines des premières compositions d'Offenbach sont programmées par le chef à la mode Louis Antoine Jullien. Offenbach et un autre jeune compositeur, Friedrich von Flotow, collaborent sur une série d'œuvres pour violoncelle et piano. Mais l'ambition d'Offenbach est de composer pour la scène, or il n'est pas programmé par les théâtres parisiens. Avec l'aide de Flotow, il se bâtit une réputation pour composer et jouer dans les salons à la mode.

Offenbach en jeune violoncelliste virtuose, par Alexandre Laemlein en 1850

Parmi les salons qu'il fréquente il y a celui de la comtesse de Vaux. Il y rencontre Hérminie d'Alcain (1827-1887), fille d'un général carliste. Ils tombent amoureux, mais il n'est pas encore dans une position financière assez brillante pour proposer le mariage. Pour étendre sa renommée et se faire connaître ailleurs qu'à Paris, il entreprend des tournées en France et en Allemagne. Il y interprète des œuvres d'Anton Rubinstein et, dans un concert dans sa Cologne natale, de Liszt. En 1844, probablement soutenu par des parents anglais d'Hérminie, il entreprend une tournée en Angleterre. Il est immédiatement engagé pour se produire avec certains des musiciens les plus célèbres de l'époque, y compris Mendelssohn, Joseph Joachim, Michael Costa et Julius Benedict. La presse britannique relate un concert presitigieux. L'Illustrated London News écrit : «Herr Jacques Offenbach, l'étonnant violoncelliste, s'est produit jeudi soir à Windsor devant l'empereur de Russie, le roi de Saxe, la reine Victoria et le prince Albert avec un grand succès». L'utilisation de «Herr» plutôt que «Monsieur» reflète le fait qu'Offenbach reste un citoyen prussien. L'ambiguïté de sa nationalité lui causera plus tard des difficultés dans la vie.

Caricature par Édouard Riou

Jacques Offenbach rentre à Paris avec une réputation et un compte en banque améliorés. Le dernier obstacle à son mariage avec Hérminie est d'ordre religieux. Il se convertit au catholicisme, avec la comtesse de Vaux comme marraine. On ne connaît pas la réaction de son père Isaac sur la conversion de son fils et l'abandon du judaïsme. Le mariage a lieu le 14 août 1844, la fiancée a 17 ans, et lui 25. Le mariage durera toute leur vie et sera heureux, malgré quelques aventures extraconjugales du mari. Après la mort d'Offenbach, un ami a dit qu'Hérminie «lui a donné du courage, a partagé ses épreuves et l'a réconforté toujours avec tendresse et dévotion».

Revenant à Paris, Offenbach fréquente à nouveau les salons à la mode mais compose aussi de plus en plus. Il publie beaucoup de partitions, et certaines d'entre elles se vendent bien. Il écrit, joue et produit des burlesques musicaux pour les présenter dans les salons. Il amuse ainsi les 200 invités de la comtesse de Vaux avec une parodie du Désert de Félicien David. En avril 1846 il donne un concert où sept pièces d'opéra de sa propre composition sont créées devant un public comportant des critiques musicaux. Après quelques encouragements et quelques déceptions il semble sur le point de se consacrer entièrement à la composition théâtrale, quand Paris subit la révolution de 1848, qui renverse Louis-Philippe dans une effusion de sang. Offenbach emmène précipitamment Hérminie et leur fille récemment née, pour rejoindre sa famille à Cologne.

De retour à Paris en février 1849, Offenbach trouve les grands salons fermés. Il reprend son travail de violoncelliste et de chef occasionnel à l'Opéra-Comique. Il est cependant remarqué par le directeur de la Comédie Française, Arsène Houssaye, qui le nomme directeur musical du théâtre, avec un mandat pour agrandir et améliorer l'orchestre. Début 1850, Offenbach compose des chansons et de la musique de scène pour onze drames classiques et modernes. Certaines de ses chansons sont devenues très populaires, et il acquiert une expérience précieuse dans l'écriture pour le théâtre. Houssaye écrira plus tard qu'Offenbach avait fait des merveilles pour son théâtre. Mais la direction de l'Opéra-Comique, cependant, ne lui commande rien.

Les Bouffes-Parisiens, les Champs-Élysées[modifier | modifier le code]

Affiche de Nadar

Entre 1853 et 1855, Offenbach écrit trois opérettes en un acte et réussit à les monter à Paris. Elles sont bien reçues, mais les autorités de l'Opéra-Comique restent impassibles. Il est encouragé à continuer par le compositeur, chanteur et impresario Florimond Ronger, plus connu sous le nom d'Hervé. Dans son théâtre, les Folies-Nouvelles, qui avait ouvert l'année précédente, Hervé est le pionnier de l'opéra-comique français. Il accepte de présenter une nouvelle opérette en un acte sur un livret de Jules Moinaux avec la musique d'Offenbach, Oyayaye ou La reine des îles. Créée le 26 juin 1855, l’œuvre est bien reçue par la critique et le public. Le biographe d'Offenbach, Peter Gammond, la décrit comme «une charmante bêtise». La pièce dépeint un contrebassiste, joué par Hervé, naufragé sur une île de cannibales et qui, après plusieurs périlleuses rencontres avec la cheffe des cannibales, s'échappe en utilisant sa contrebasse comme bateau. Offenbach décide de produire ses pièces dans son propre théâtre et abandonne l'idée de les voir à l'Opéra-Comique.

Offenbach choisit son théâtre : la Salle Lacaze, sur les Champs-Élysées. L'emplacement et le moment sont idéaux pour lui : Paris, entre mai et novembre, attend de nombreux visiteurs de France et de l'étranger pour l'Exposition universelle de 1855, et la Salle Lacaze se situe à côté du site de l'exposition. Il écrit plus tard :

« Aux Champs-Élysées, il y avait un petit théâtre à louer, construit pour le magicien Lacaze mais fermé pendant de nombreuses années. Je savais que l'Exposition de 1855 amènerait beaucoup de monde à cet endroit. En mai, j'avais trouvé vingt commanditaires et le 15 juin j'ai obtenu le bail. Vingt jours plus tard, j'ai réuni mes librettistes et j'ai ouvert le Théâtre des Bouffes-Parisiens. »

Le théâtre est en effet «petit» : il ne peut accueillir qu'un auditoire de 300 places au maximum. Cependant il convient bien pour les spectacles qu'on y joue : Offenbach se limite à trois voix dans les pièces en un acte. Avec un effectif aussi réduit de grandes œuvres sont impossibles, et Offenbach, comme Hervé, présente des soirées de plusieurs pièces en un acte. Entre la délivrance de la licence et la soirée d'ouverture le 5 juillet 1855, c'est un mois d'activités frénétiques. Pendant cette période Offenbach doit équiper le théâtre, recruter des acteurs, l'orchestre et le personnel, trouver des auteurs pour écrire les livrets pour le programme d'ouverture et composer la musique. Parmi ceux qu'il recrute il y a Ludovic Halévy, le neveu du premier mentor d'Offenbach, Fromental Halévy. Ludovic est un fonctionnaire respectable mais a aussi une passion pour le théâtre et un don pour le dialogue et les vers. Tout en poursuivant sa carrière dans la fonction publique, il collaborera (parfois sous des pseudonymes discrets) avec Offenbach dans 21 œuvres au cours des 24 années suivantes .

Halévy écrit le livret d'une des pièces du programme d'ouverture, mais l'œuvre la plus populaire de la soirée est écrite par Jules Moinaux : Les Deux Aveugles. C'est une comédie dans laquelle deux mendiants feignent la cécité. Pendant les répétitions on a pu craindre que le public soit choqué par le sujet, mais l’œuvre obtient un franc succès. On la joue même à Vienne et à Londres. Cet été là Le Violoneux révèle au public la cantatrice Hortense Schneider dans son premier rôle pour Offenbach. Âgée de 22 ans lorsqu'elle auditionne pour lui, elle est immédiatement engagée. À partir de 1855, elle est un des éléments clés des productions d'Offenbach auxquelles elle consacre la plus grande partie de sa carrière.

En 1855 les Champs-Élysées ne sont pas encore la grande avenue aménagée par le baron Haussmann dans les années 1860. C'est une allée non pavée. Le public qui afflue au théâtre d'Offenbach à l'été et à l'automne de 1855 ne désire pas s'y aventurer en hiver. Offenbach trouve un lieu plus approprié près du passage Choiseul : le Théâtre des Jeunes Élèves, connu également sous le nom de Salle Choiseul ou Théâtre Comte. En partenariat avec son propriétaire, il y installe les Bouffes-Parisiens pour la saison hivernale. La compagnie retourne à la Salle Lacaze pour les saisons d'été 1856, 1857 et 1859, se produisant à la Salle Choiseul en hiver. En mars 1861 il abandonne les représentations à la salle Lacaze.

La salle Choiseul[modifier | modifier le code]

La première pièce d'Offenbach pour son nouveau théâtre est Ba-ta-clan (décembre 1855), une «chinoiserie» fort bien accueillie, sur un livret de Halévy. Suivent 15 autres opérettes en un acte au cours des trois années suivantes. Les distributions sont toujours très réduites, bien qu'à la Salle Choiseul on passe de trois à quatre chanteurs.

Sous la direction d'Offenbach, les Bouffes-Parisiens mettent en scène des œuvres de nombreux compositeurs. Parmi eux, Léon Gastinel et Léo Delibes. Quand Offenbach demande à Rossini la permission de monter sa comédie Il signor Bruschino, Rossini lui répond qu'il est heureux de pouvoir faire n'importe quoi pour le «Mozart des Champs-Élysées». Offenbach, qui porte une vénération particulière à Mozart, a l'ambition de présenter Der Schauspieldirektor, un petit opéra comique en un acte. Il acquiert la partition à Vienne. Avec un texte traduit et adapté par Léon Battu et Ludovic Halévy, il le présente lors des célébrations du centenaire de Mozart en mai 1856 sous le nom de L'impresario. À la demande de l'empereur Napoléon III la troupe exécute cette œuvre aux Tuileries peu de temps après la première aux Bouffes-Parisiens.

Dans un long article paru dans Le Figaro en juillet 1856, Offenbach retrace l'histoire de l'opéra comique. Pour lui le premier ouvrage digne d'être appelé opéra comique est Blaise le savetier de Philidor, datant de 1759. Il disserte sur les différences entre les visions italienne et française à propos de l'opéra comique, comparant l'imagination et la gaieté des compositeurs italiens et l'intelligence, le bon sens, le bon goût et l'esprit des compositeurs français. Il conclut que l'opéra comique est devenu trop monumental. Cet article est un préliminaire à l'annonce d'un concours ouvert aux jeunes compositeurs. Un jury de compositeurs et de dramaturges français, comprenant Daniel-François-Esprit Auber, Fromental Halévy, Ambroise Thomas, Charles Gounod et Eugène Scribe, examine 75 partitions. Les cinq candidats présélectionnés sont invités à mettre en musique un livret, Le Docteur Miracle, écrit par Ludovic Halévy et Léon Battu. Les gagnants de ce concours sont Charles Lecocq et Georges Bizet, avec qui Offenbach se lie d'une amitié durable.

Bien que les Bouffes-Parisiens jouent régulièrement salle comble, le théâtre est constamment au bord de la faillite, principalement à cause de ce que son biographe Alexander Faris appelle «l'extravagance incorrigible d'Offenbach en tant que manager». Un autre de ses biographes, André Martinet, écrit qu'il dépense l'argent sans compter, en costumes ou en renouvelant les velours de la salle. En outre, Offenbach est personnellement généreux et hospitalier. Pour rehausser les finances de la compagnie, on organise une saison à Londres en 1857. Une moitié de la troupe reste à Paris pour jouer à la Salle Choiseul et l'autre moitié au St James's Theatre dans le West End de Londres.

Orphée aux enfers[modifier | modifier le code]

Affiche pour Orphée aux Enfers

En 1858, le gouvernement lève les restrictions sur le nombre d'artistes dans les spectacles, et Offenbach est enfin en mesure de présenter des travaux plus ambitieux. Sa première opérette, Orphée aux Enfers, est présentée en octobre 1858. Offenbach, comme d'habitude, dépense largement pour la production, avec des décors de Gustave Doré , des costumes somptueux, un casting de vingt protagonistes, un grand chœur et un orchestre.

La troupe est particulièrement à court d'argent à la suite d'une mauvaise saison à Berlin. Il est urgent d'obtenir un grand succès pour rémunérer les comédiens. Au début, la production est destinée à être un succès modeste. Une critique outragée de Jules Janin, le critique du Journal des Débats, fustige l'opérette pour profanation et irrévérence (ostensiblement à la mythologie romaine, mais en réalité à Napoléon et à son gouvernement, considérés comme les cibles de sa satire). Offenbach et son librettiste Hector Crémieux s'emparent de cette publicité gratuite et participent à un débat public animé dans les colonnes du quotidien parisien Le Figaro. L'indignation de Janin rend le public impatient de voir la pièce. Les recettes sont prodigieuses. Parmi ceux qui voulaient voir la satire de l'empereur il y avait l'empereur lui-même, qui réserve une représentation en avril 1860. Malgré de nombreux succès pendant le reste de la carrière d'Offenbach, Orphée aux enfers reste le plus populaire. Les raisons de son succès sont les valses qui rappellent Vienne mais avec une nouvelle saveur française, les chansons similaires aux patter songs, largement pratiqués par Gilbert et Sullivan Patter song, et par-dessus tout le cancan final.

En 1859 les Bouffes-Parisiens présentent de nouvelles œuvres de Flotow, Jules Erlanger, Alphonse Varney, Léo Delibes et Offenbach lui-même. Parmi les nouvelles pièces d'Offenbach, Geneviève de Brabant est la plus populaire.

Les années 1860[modifier | modifier le code]

Les années 1860 sont la décennie la plus réussie d'Offenbach. Au début de 1860, il reçoit la nationalité française par ordre personnel de Napoléon III, et l'année suivante il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur. Il écrit son seul ballet, Le papillon, produit à l'Opéra en 1860. Parmi d'autres opérettes écrites la même année, il produit à l'Opéra-Comique une pièce en trois actes intitulée Barkouf. Ce n'est pas un succès. Sur une intrigue tournant autour d'un chien, Offenbach tente dans sa musique des imitations canines qui ne convainquent ni le public ni les critiques. La pièce ne connaît que sept représentations.

Malgré tout, Offenbach, dans les années 1860, obtient de nombreux succès qui font oublier quelques échecs. En 1861 il se rend à Vienne pour une saison estivale. Il reçoit un accueil enthousiste du public et des critiques. Il trouve Vienne fort à son goût. Il reprend, pour une seule soirée, son ancien rôle de virtuose du violoncelle lors d'un concert devant l'empereur François-Joseph Ier. Mais ce succès est suivi d'un échec à Berlin. Il retourne à Paris. On y joue Le pont des soupirs et Monsieur Choufleuri restera chez lui le...

En 1862 naît son fils unique, Auguste (mort en 1883). Il est le dernier de cinq enfants. La même année Offenbach démissionne de son poste de directeur des Bouffes-Parisiens, remettant le poste à Alphonse Varney. Il continue à écrire la plupart de ses œuvres pour ce théâtre, et des pièces occasionnelles pour la saison estivale à Bad Ems. En dépit de problèmes avec le livret, Offenbach écrit un opéra sérieux en 1864, Les Fées du Rhin (Die Rheinnixen), un fatras de thèmes romantiques et mythologiques. L'opéra a été présenté avec des coupures substantielles à l'Opéra de Vienne et à Cologne en 1865. Il n'a été repris qu'en 2002, dans son intégralité. Depuis lors on en a donné plusieurs productions. Il contient un numéro, le Elfenchor, décrit par le critique Eduard Hanslick comme «charmant, attirant et sensuel», et adapté plus tard par Ernest Guiraud dans la Barcarolle des Contes d'Hoffmann. Après décembre 1864 Offenbach écrit moins souvent pour les Bouffes-Parisiens, et beaucoup de ses nouvelles œuvres sont créées dans des théâtres plus importants.

Entre 1864 et 1868 Offenbach écrit quatre de ses opérettes les plus connues : La Belle Hélène (1864), La Vie parisienne (1866), La Grande-Duchesse de Gerolstein (1867) et La Périchole (1868). Henri Meilhac rejoint Halévy pour la rédaction des livrets. Offenbach, qui les appelait «Meil» et «Hal» dit de cette «trinité» : «Je suis sans doute le père, mais chacun des deux est mon fils et plein d'esprit».

C'est Hortense Schneider qui joue le rôle titre de La Belle Hélène. Depuis ses premiers succès, elle devient une des stars de la scène musicale française. Elle a des exigences financières importantes et est notoirement capricieuse, mais Offenbach est persuadé qu'aucune autre chanteuse ne peut l'égaler dans le rôle d'Hélène. Les répétitions pour la création au Théâtre des Variétés sont tumultueuses, et émaillées de disputes avec les autres protagonistes. La censure fustige la satire de la cour impériale, et le directeur du théâtre tente de freiner l'extravagance d'Offenbach en réduisant les dépenses. Une fois de plus le succès de la pièce est, par inadvertance, assuré par le critique Janin. Son avis scandalisé est fortement contré par les critiques libéraux, et la publicité qui suivit amena de nouveau le public à venir en masse à ce spectacle.

Barbe-bleue est le premier succès de l'année 1866. La Vie parisienne, plus tard dans la même année, marque un nouveau départ pour Offenbach et ses librettistes. Pour la première fois dans une pièce de cette importance, ils choisissent un décor moderne, au lieu de déguiser leur satire sous un aspect classique. L'opérette n'a pas besoin d'un coup de pouce accidentel de la part de Janin, car elle est un succès instantané et prolongé auprès du public parisien. Dans sa biographie, Peter Gammond décrit le livret comme «presque digne de William S. Gilbert», et la partition d'Offenbach comme «certainement la meilleure jusqu'à présent». La pièce met en vedette Zulma Bouffar, qui entame alors une liaison avec le compositeur qui durera au moins jusqu'en 1875.

En 1867, Offenbach obtient son plus grand succès avec La Grande-Duchesse de Gerolstein, satire du militarisme. La première a lieu deux jours après l'ouverture de l'Exposition universelle de 1867. Le public parisien et les visiteurs étrangers se précipitent pour assister à la nouvelle opérette. La royauté étrangère qui a vu la pièce comprend le roi de Prusse accompagné de son ministre Otto von Bismarck. Halévy, avec son expérience de haut fonctionnaire, voit clairement les menaces imminentes de la Prusse. Il écrit dans son journal : «Bismarck aide à doubler nos recettes, cette fois c'est la guerre à laquelle on rit, et la guerre est à nos portes». La Grande-Duchesse de Gerolstein est rapidement suivie d'une série de pièces à succès : Robinson Crusoé, Geneviève de Brabant (version révisée, 1867), Le Château à Toto, Le pont des soupirs (version révisée) et L'Île de Tulipatan (1868).

En 1868 La Périchole marque une transition dans l’œuvre d'Offenbach. La satire est moins virulente, la partition est charmante. La critique n'apprécie pas ce changement, mais le succès public, dû en grande partie à Hortense Schneider, est immédiat. À la fin de la décennie, Les Brigands sont plus un opéra romantique. Bien accueilli lors de sa sortie, il est cependant moins populaire par la suite.

La guerre de 1870 et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Offenbach revient précipitamment d'Ems et de Wiesbaden avant le déclenchement de la guerre franco-prussienne de 1870. Il se rend ensuite chez lui à Étretat puis s'installe avec sa famille, à l'abri du conflit, à San Sebastián, dans le nord de l'Espagne. Célèbre grâce à Napoléon III, Offenbach est immanquablement associé à l'ancien régime. On le surnomme «l'oiseau moqueur du Second Empire». Lorsque l'empire s'effondre à la suite de la victoire écrasante de la Prusse à Sedan (1870), la musique d'Offenbach est en disgrâce. La France est traversée par des sentiments violemment anti-allemands, et malgré sa citoyenneté française et la Légion d'honneur, sa naissance et son éducation à Cologne le rendent suspect. Ses opérettes sont considérées comme l'incarnation de tout ce qui était superficiel et sans valeur dans le régime de Napoléon III. La Grande-Duchesse de Gerolstein est interdite en France à cause de sa satire antimilitariste.

Alors que son public parisien l'abandonne, Offenbach devient très populaire en Angleterre. John Hollingshead, du Gaiety Theatre, présente ses opérettes à un public nombreux et enthousiaste. Entre 1870 et 1872 le Gaiety monte quinze de ses oeuvres. Au Théâtre royal Richard D'Oyly Carte présente La Périchole en 1875. À Vienne aussi des œuvres d'Offenbach sont régulièrement produites. Tandis que la guerre et ses suites ravagent Paris, le compositeur supervise les productions viennoises et voyage en Angleterre en tant qu'invité du prince de Galles (le futur Édouard VII).

À la fin de 1871 la vie à Paris est redevenue normale et Offenbach met fin à son exil volontaire. Ses nouvelles œuvres Le Roi Carotte (1872) et La Jolie Parfumeuse (1873) sont modestement accueillies, mais les reprises somptueuses de ses premiers succès lui rapportent quelque argent. Il décide de reprendre la direction du théâtre et prend le contrôle du Théâtre de la Gaîté en juillet 1873. Une nouvelle version d'Orphée aux enfers fait un triomphe, mais celle de Geneviève de Brabant se révèle moins populaire. Avec les coûts de productions extravagants, la collaboration avec le dramaturge Victorien Sardou aboutit à un désastre financier. Une production coûteuse de La haine de Sardou en 1874, avec la musique de scène d'Offenbach, ne réussit pas à attirer le public à la Gaîté, et Offenbach est contraint de vendre ses part dans ce théâtre et d'hypothéquer les royalties futures.

En 1876 une tournée réussie aux États-Unis dans le cadre de l'exposition du Centenaire permet à Offenbach de récupérer une partie de ses pertes et de payer ses dettes. Commençant par un concert au Gilmore's Garden devant une foule de 8000 personnes, il donne ensuite une série de plus de 40 concerts à New York et Philadelphie. Pour contourner une loi de Philadelphie interdisant les divertissements le dimanche, il déguise ses numéros d'opérette en pièces liturgiques et annonce un «Grand concert sacré de M. Offenbach». « Dis-moi, Vénus » de La belle Hélène devient une litanie, et d'autres numéros tout aussi profanes sont présentés comme «prière» ou «hymne». Les autorités locales ne s'y trompent pas, et le concert est annulé. Au Booth's Theatre de New York, Offenbach dirige La vie parisienne et La jolie parfumeuse. Il revient en France en juillet 1876.

Les opérettes tardives d'Offenbach ont connu une certaine popularité en France, en particulier Madame Favart (1878), qui raconte un complot imaginaire d'une actrice française célèbre, Justine Favart, et La Fille du tambour-major (1879), la plus réussie de ses opérettes des années 1870.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Tombe de Jacques Offenbach au Cimetière de Montmartre.

Accaparé par la composition de La fille du tambour-major, Offenbach a moins de temps pour travailler sur le projet qui lui tient particulièrement à cœur, la création d'un opéra sérieux. Depuis le début de l'année 1877 il travaille sur une pièce de théâtre, Les contes fantastiques d'Hoffmann, de Jules Barbier et Michel Carré. Il souffre de la goutte depuis les années 1860. On est souvent obligé de le porter dans le théâtre sur une chaise. En mauvaise santé, il est conscient de son état et espère passionnément vivre assez longtemps pour compléter l'opéra Les contes d'Hoffmann. On l'entend même dire à Kleinzach, son chien : «Je donnerais tout pour assister à la première». Malheureusement, Offenbach ne peut terminer la pièce. Il laisse une partition vocale pratiquement complète et a commencé l'orchestration. Ernest Guiraud, un ami de la famille, assisté par Auguste, le fils d'Offenbach âgé de 18 ans, complète la partition, mais apporte des changements significatifs ainsi que des coupures substantielles exigées par le directeur de l'Opéra-Comique, Carvalho. La première a lieu à l'Opéra-Comique le 10 février 1881. Guiraud ajoute des récitatifs pour la première de Vienne, en décembre 1881. D'autres versions seront réalisées plus tard.

Offenbach meurt à Paris en 1880 à l'âge de 61 ans. La cause du décès est une insuffisance cardiaque provoquée par la goutte aiguë. On lui fait des funérailles d'État. Même le Times écrit : «La foule des hommes distingués qui l'ont accompagné lors de son dernier voyage, au milieu de la sympathie générale du public, montre que le regretté compositeur était compté parmi les maîtres de son art».

Il est enterré au cimetière de Montmartre (9e division). Sa tombe, réalisée par Charles Garnier, est ornée d'un buste à son effigie dû au sculpteur Jules Franceschi[4],[5].

Le « style Offenbach »[modifier | modifier le code]

La musique d'Offenbach est originale et variée. Il peut écrire des numéros «chantants» simples, comme la chanson de Paris dans La Belle Hélène, «Au mont Ida, trois déesses» ; des chansons comiques comme «Piff Paff Pouf» du Général Boum, et l'ensemble ridicule du bal des domestiques dans La Vie Parisienne, «Votre habit à craqué dans le dos» ou le fameux cancan d'Orphée aux Enfers. Puis, au contraire, il peut composer des chansons d'une simplicité, d'une grâce et d'une beauté indéniables comme la chanson de La Périchole, la «Chanson de Fortunio», ou la tendre chanson d'amour de la Grande-Duchesse à Fritz : «Dites-lui... ». Parmi les autres numéros bien connus d'Offenbach figurent la chanson de la poupée «Les oiseaux dans la charmille», «Voici le sabre de mon père» et «Ah ! Que j'aime les militaires» (La Grande Duchesse de Gerolstein) ou encore «Tu n'es pas beau» dans La Périchole, la dernière chanson majeure d'Offenbach pour Hortense Schneider.

Les opérettes[modifier | modifier le code]

Selon ses propres dires, Offenbach aurait composé plus de 100 œuvres lyriques. Il a réservé le terme opérette ou opérette bouffe pour certaines de ses œuvres en un acte, plus souvent en utilisant le terme opéra bouffe pour ses œuvres plus longues. Ce n'est qu'avec le développement ultérieur du genre «Operette» à Vienne après 1870 que le terme français opérette commence à être utilisé pour des œuvres de plus d'un acte. Offenbach a également utilisé le terme d'opéra comique pour au moins 24 de ses œuvres en un, deux ou trois actes.

Les premières opérettes d'Offenbach sont des pièces en un acte pour des distributions réduites. Plus de 30 d'entre elles sont écrites avant son premier «opéra bouffe» à grand spectacle, Orphée aux enfers, en 1858. Il en compose plus de 20 pendant le reste de sa carrière. On peut classer les pièces en un acte en cinq catégories : pays idylliques, opérettes urbaines, opérettes militaires, farces, et parodies. Offenbach connaît ses plus grand succès dans les années 1860. Ses opérettes les plus populaires de la décennie sont restées parmi les plus connues du répertoire.

Textes[modifier | modifier le code]

Les premières idées de l'intrigue viennent habituellement d'Offenbach lui-même, ses librettistes travaillant en collaboration avec lui. Il profite de la souplesse rythmique de la langue française parfois jusqu'à l'extrême, forçant les mots dans des situations non naturelles. Une caractéristique fréquente de la mise en mots d'Offenbach est la répétition absurde de syllabes isolées pour obtenir un effet comique. Un exemple flagrant est la marche des rois de La belle Hélène : «Je suis l'époux de la reine, pou de la reine» ou «Le roi barbu qui s'avance, bu qui s'avance».

Structure musicale[modifier | modifier le code]

En général, Offenbach suit des formes simples et établies. Ses mélodies sont généralement courtes et de rythme régulier, suivant le schéma classique tonique-dominante-sous-dominante. Il passe souvent rapidement entre les clés majeures et mineures pour caractériser ainsi efficacement les personnages et les situations. Il a parfois utilisé des techniques non conventionnelles, telles le leitmotiv, dans le Docteur Ox (1877) ou parodié Wagner dans Le carnaval des revues (1860).

Postérité[modifier | modifier le code]

La popularité d'Offenbach s'est manifestée, dès son époque, par l'adaptation de nombre de ses thèmes musicaux par d'autres compositeurs. Une importante quantité de musiques de danse (quadrilles, polkas, valses) a ainsi été fournie par les « arrangeurs » de l'époque, parmi lesquels Arban, Louis-Antoine Jullien, Olivier Métra, Philippe Musard, Léon Roques ou Isaac Strauss.

D'autres arrangements ont été réalisés dans des circonstances particulières, comme les ouvertures « de concert », bien plus développées que les originales, souvent spécialement composées pour les créations autrichiennes des œuvres d'Offenbach, ou Les Contes d'Hoffmann, laissés inachevés à la mort du compositeur et « complétés » par plusieurs musiciens tels Ernest Guiraud, Raoul Gunsbourg, Karl-Fritz Voigtmann ou Fritz Œser, avant que les partitions d'origine soient retrouvées par les musicologues Michael Kay et Jean-Christophe Keck dans les années 1990.

Cette habitude ne s'est pas démentie au fil des siècles, notamment pour le ballet, le plus célèbre étant la Gaîté parisienne composé par Manuel Rosenthal pour les Ballets russes en 1938.

Parmi les principales adaptations, on peut citer :

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

Principales œuvres scéniques
Mélodies
Musique symphonique
  • Grande scène espagnole, op. 22 (1840, manuscrit inédit)
  • Concerto pour violoncelle et orchestre « Concerto militaire » (1847-1848)
  • Polka des mirlitons pour cornet, trois mirlitons et orchestre (1857)
  • Offenbachiana, pot-pourri (1876)
  • Offenbach-Waltz ou American Eagle Waltz pour cornet à pistons et orchestre (1876)
Musique pour violoncelle
Musique pour piano
  • Le Décaméron dramatique, « album du Théâtre-Français », danses pour piano dédiées aux comédiennes de la Comédie-Française (1854) [9]
  • Les Arabesques (1841-1852)
  • Les Roses du Bengale, six valses sentimentales (1844)

Publications[modifier | modifier le code]

  • Jacques Offenbach, Offenbach en Amérique. Notes d'un musicien en voyage, 1877
  • Arnold Mortier, Les Soirées parisiennes de 1874, 1875 - Préface de J. Offenbach

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Peut-on effectuer aujourd'hui une analyse de l'œuvre du compositeur ? Jean-Christophe Keck préconisait la parution critique des ouvrages, puisque « Ce n’est qu’à ce moment que les musicologues auront en main un matériel leur permettant de s’exprimer sérieusement sur Offenbach. »[11]

Étendue de l'œuvre[modifier | modifier le code]

D'après le musicologue Jean-Christophe Keck, directeur de l'Offenbach Édition Keck (OEK)[12], le catalogue de Jacques Offenbach compte plus de 650 opus[13], dont environ 100 ouvrages lyriques[14] mais aussi « de nombreuses pièces de musique de chambre, de musique de danse, ou encore de grands tableaux symphoniques ou concertants »[13]. Parmi celles-ci on peut citer, par exemple, sa mélodie Espoir en Dieu (1851, réécrite plus tard pour soprano solo et chœur), son ballet Le Papillon (1860) ou encore sa musique de scène pour La Haine (1874), drame de Victorien Sardou.

État des sources[modifier | modifier le code]

À la mort de Jacques Offenbach, c'est à son fils Auguste que revenait naturellement la charge de veiller sur l'œuvre de son père, mais lui-même meurt le 7 décembre 1883, trois ans après son père. À la mort d'Herminie, l'épouse de Jacques Offenbach, les manuscrits restent dans la famille, cachés, jusqu'à ce qu'en 1938 Jacques Brindejont-Offenbach en fasse un rapide inventaire dans sa biographie Offenbach, mon grand-père. L'accès à ces archives a donc été longtemps impossible, et Jean-Claude Yon dans sa biographie note que « La situation actuelle est du reste à peine plus favorable. »[15].

Nombre de partitions originales d'Offenbach n'ont pas survécu, ce qui explique la diversité des orchestrations utilisées au cours du XXe siècle, la seule référence étant la partition chant-piano, quand celle-ci était publiée, et qui servait traditionnellement de conducteur pour le chef d'orchestre. Depuis les années 1990, les éditions Boosey & Hawkes ont entrepris la publication de l'intégralité des œuvres du compositeur (partitions d'orchestre, chant-piano et livret) au travers de l'Offenbach Édition Keck (OEK). Ces matériels critiques donnent également des indications sur la genèse et les différentes versions de chaque œuvre. En 2010, seules 26 œuvres lyriques ont été éditées[16].

Le , alors qu'on la croyait détruite, la partition d'orchestre de l'opéra fantastique Les Contes d'Hoffmann a été retrouvée dans les archives de l'Opéra de Paris. Cette partition, créée le , avait disparu dans l'incendie de la salle Favart, le  ; la partition de la version allemande fut également réduite en cendres lors de l'incendie du Ringtheater de Vienne, en décembre 1881, conférant à l'œuvre une réputation « maudite ».

Le 3 mars 2009, le bâtiment des archives municipales de Cologne, où étaient conservés plusieurs manuscrits originaux d'Offenbach ainsi que la partition autographe du Tristan und Isolde de Richard Wagner, s'effondre, causant la perte de nombreux documents[17].

Citations et avis[modifier | modifier le code]

  • Le 18 mars 1857, après une soirée passée aux Bouffes-Parisiens, Léon Tolstoï note : « Une chose véritablement française. Drôle. »[18]
  • En 1869, Richard Wagner — qui, après avoir loué son confrère, s'est fâché avec lui à la suite des caricatures dont il avait fait les frais — écrit dans ses Souvenirs sur Auber : « Offenbach possède la chaleur qui manque à Auber ; mais c'est la chaleur du fumier ; tous les cochons d'Europe ont pu s'y vautrer. »[19]
  • En 1876, Albert Wolff écrit dans la préface de Notes d'un musicien en voyage, publié par Offenbach à son retour des États-Unis : « […] Il y a de tout dans son inépuisable répertoire : l’entrain qui soulève une salle, les gros éclats de rire qui plaisent aux uns, l’esprit parisien qui charme les autres et la note tendre qui plaît à tous, parce qu’elle vient du cœur et va droit à l’âme. »[20]

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Bien des œuvres d'Offenbach ne sont plus jouées en France. Les « grands classiques » mis à part, seuls des extraits sont en général disponibles. Certaines ne sont même disponibles que dans des adaptations en langue étrangère, tels Robinson Crusoé, une des rares œuvres du compositeur créées à l'Opéra-Comique, uniquement en version anglaise (direction Alun Francis chez Opéra Rara).

Néanmoins, depuis la mise en chantier de l'édition critique chez Boosey & Hawkes, on assiste à la publication de nouveaux enregistrements ou d'enregistrements historiques, la plupart réalisés par l'ORTF dans les années 1950-1960, jusque alors indisponibles.

Œuvres originales[modifier | modifier le code]

Parmi les enregistrements historiques reparus en CD dans les années 1980, la plupart sont des productions de l'ORTF. Parmi elles :

  • Barbe-Bleue avec Henri Legay, Christiane Gayraud, Aimé Doniat, René Terrasson, Jean Doussard (dir.) – Bourg ;
  • Barbe-Bleue avec Anna Ringart, Janine Capderou, Michel Sénéchal, Jean Giraudeau, Luis Masson, Michel Fusté-Lambezat (dir.) et Pépito avec Mady Mesplé, Yves Bisson, Albert Voli. Catherine Comet (dir.) – UORC ;
  • Les Bavards et Ba-ta-clan avec Lina Dachary, Huguette Boulangeau, Aimé Doniat, Raymond Amade, René Terrasson, Marcel Couraud (dir.) – Erato, 1967 ;
  • La Belle Hélène avec Danièle Millet, Charles Burles, Jean-Christophe Benoît, Michel Dens, Jean-Pierre Marty (dir.) – EMI, 1970 ;
  • La Chanson de Fortunio, Lischen et Fritzchen et La Leçon de chant électromagnétique avec Lina Dachary, Freda Betti, Michel Hamel, Joseph Peyron, Jean-Claude Hartemann (dir.) – Bourg ;
  • La Chanson de Fortunio et Madame l'Archiduc avec Lina Dachary, Jeannette Levasseur, Dominique Tirmont, Pierre Miguel, Jean-Claude Hartemann (dir.) – Musidisc ;
  • Le Château à Toto et L'Île de Tulipatan avec Lina Dachary, Monique Stiot, Raymond Amade, Dominique Tirmont, Joseph Peyron (dir.) – EJS ;
  • La Créole avec Huguette Boulangeot, Lina Dachary, Aimé Doniat, Michel Hamel, Marcel Cariven (dir.) – Bourg (version révisée par George Delance et Albert Willemetz en 1934[21])
  • Croquefer ou le Dernier des paladins et Tromb-al-ca-zar, Alfred Walter (dir.) – TPL ;
  • L'Île de Tulipatan ; Pomme d'Api, Emmanuel Koch (dir.) – TPL ;
  • Croquefer ou le Dernier des paladins, Les Deux Aveugles et Le Violoneux, Louis-Vincent Bruère (dir.) – Bourg ;
  • Geneviève de Brabant, Marcel Cariven (dir.) – Bourg ;
  • La Fille du tambour-major, avec Christiane Harbell, Étienne Arnaud, Louis Musy, Richard Blareau (dir.) – Accord, 1962 ;
  • Madame Favart, avec Suzanne Lafaye, Lina Dachary, Camille Maurane, Joseph Peyron, Marcel Cariven (dir.) – Musidisc ;
  • La Périchole avec Suzanne Lafaye, Raymond Amade, Raymond Noguera, Igor Markevitch (dir.) – EMI, 1959 ;
  • Le Pont des soupirs[22] avec Claudine Collart, Monique Stiot, Michel Hamel, Aimé Doniat, Joseph Peyron, Jean Doussard (dir.) – Bourg.

Une Anthologie d'enregistrements rares (début du XXe siècle) en 4 volumes est parue également aux éditions Forlane en 1997.

Le chef d'orchestre Michel Plasson a été le premier à réenregistrer avec des distributions prestigieuses les grandes œuvres d'Offenbach dans les années 1970-1980, la plupart chez EMI :

Parmi les autres enregistrements « modernes », on peut citer :

Le chef d'orchestre Marc Minkowski a entrepris depuis une dizaine d'années l'enregistrement de plusieurs œuvres-maîtresses, mises en scène par Laurent Pelly et basées sur le travail d'éditions critiques :

Parmi les œuvres instrumentales, on peut citer :

  • Concerto pour violoncelle et orchestre « Concerto militaire », Jérôme Pernoo (violoncelle) – Archiv Produktion, 2006 ;
  • Ballade symphonique, Jean-Christophe Keck (dir.), Orchestre national de Montpellier – Accor, 2006 ;
  • Ouvertures, préludes et mélodrames (La Vie parisienne, Barbe-Bleue, Les Bergers, Ba-ta-clan, La Périchole, Orphée, Sur un volcan, Souvenirs d'Aix-les-Bains) ;
  • Le Papillon, Richard Bonynge (dir.) – Decca, 1973 ;
  • Cello Concertos – CPO, 2004, (EAN 0761203706921) ;
  • Les miniatures Deux âmes au ciel, Introduction et Valse mélancolique et La Course en traîneau, originellement pour piano, sont orchestrées par Heinz Geese ;
  • Cell'Offenbach, Ligia Digital ;
  • Piano Works (3 vol.) – CPO, 2005-2008, (EAN 07-61203-70792-8, 07-61203-71612-8 et 07-61203-73712-3) (La plupart des œuvres de ce disque sont des réductions pour piano) ;
  • Offenbach romantique – Archiv produktion, 2008, (EAN 00-28947-76403-8).

Adaptations[modifier | modifier le code]

La Gaîté parisienne est certainement l'adaptation la plus enregistrée (d'où généralement une confusion du public avec l'œuvre originale d'Offenbach).

On peut citer :

  • Manuel Rosenthal (dir.), Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, EMI Classics ;
  • Arthur Fielder (dir.), Boston Pops Orchestra, RCA, 1954 ;
  • Herbert von Karajan (dir.), Philharmonia Orchestra, EMI Classics ;
  • Lorin Maazel (dir.), Orchestre national de France, Sony, 1980 ;
  • Charles Munch (dir.), New Philharmonia Orchestra, Decca, 1964 ;
  • André Previn (dir.), Orchestre symphonique de Pittsburgh, Philips Classics, 1994 ;
  • Yutaka Sado (dir.), Orchestre philharmonique de Radio-France, Warner, 2006.
Autres adaptations
  • Offenbachiana (+ Gaîté parisienne), Manuel Rosenthal (dir.), Orchestre de l'Opéra de Monte-Carlo, Naxos, 1997
  • Offenbachiana, Manuel Rosenthal (dir.), Orchestre de l'Opéra de Paris, Accord, 2002
  • Operetten Zauber, Josef Drexler (dir.), Orchester der Wiener Staatsoper, Elite Special, 2005 – Enregistrement de l’Offenbachiana de 1869.
  • La Belle Hélène, ballet (+ Gaîté parisienne), Robert Blot (dir.), Orchestre de l'Opéra de Paris, EMI Classics, 1957
  • Offenbach Overtures, Bruno Weil (dir.), Wiener Symphoniker, Sony, 1993 – Ouvertures de concert et ouvertures originales.
  • Offenbach in America, Arthur Fielder (dir.), Boston Pops Orchestra, RCA, 1956 – Ouvertures de concert et musique de danse.
  • Folies dansantes chez Jacques Offenbach, Jean-Christophe Keck (dir.), Solistes de l'Orchestre Pasdeloup, Orphée 58, 2008 – Quadrilles et fantaisies par Strauss, Métra, Marx et Dufils.
  • Offenbach : Hommage Mécanique, Malibran CDRG 214, 2016 - Suites de danses (quadrilles, valses, polkas...) par Strauss, Dufils, Métra, Arban... sur des œuvres telles que Orphée aux Enfers, La Chatte métamorphosée en Femme, Le Papillon, Barbe-Bleue, La Vie parisienne, La Grande-Duchesse de Gérolstein, La Diva, Le Roi Carotte, La Marocaine...
  • Christopher Columbus, opéra bouffe en 4 actes, livret en anglais de Don White, Opéra Rara, 1977
  • Pastiche reprenant des extraits d'œuvres rares d'Offenbach (entre autres, Le Docteur Ox, La Princesse de Trébizonde, Fantasio, La Boîte au lait, Maître Peronilla, Vert-Vert, Les Bergers, Les Braconniers, La Boulangère a des écus, La Créole, Les Trois Baisers du Diable, Dragonette, etc.) auxquels les paroles sont substituées pour illustrer l'intrigue.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Biographies[modifier | modifier le code]

  • André Martinet, Offenbach, sa vie et son œuvre, Dentu, Paris, 1887 sur archive.org.
  • Siegfried Kracauer, Offenbach ou le Secret du second Empire, Paris, 1937.
  • Florian Bruyas, Histoire de l'opérette en France, 1855-1965, E. Vitte, 1974.
  • Robert Pourvoyeur, Offenbach, Paris, Seuil, coll. « Solfèges », 1994, 254 p. (ISBN 2-02-014433-6, OCLC 32895410)
  • Claude Dufresne, Offenbach ou la Joie de vivre, Perrin, 1998.
  • Jean-Claude Yon, Jacques Offenbach, coll. « Biographies », Éditions Gallimard, Paris, 2000.
  • Philippe Luez, Jacques Offenbach, musicien européen, Anglet, Séguier, 2001.
  • Jean-Claude Yon, « Jacques Offenbach » dans : Dictionnaire de la musique en France au XIXe siècle (Joël-Marie Fauquet, dir.), Fayard, 2003 (ISBN 2-213-59316-7).

Article connexe[modifier | modifier le code]

  • Synagogue Nazareth à Paris. Le compositeur Jacques Offenbach, à son arrivée à Paris, y a été chargé, avec son frère, « de la formation et de la direction du chœur » durant 6 mois à partir du [25].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le 13 août 1861, « Cote LH/2011/54 », base Léonore, ministère français de la Culture
  2. Il obtient sa naturalisation le 14 janvier 1860.
  3. (de)Isaac Judas Eberst, Katalog der Deutschen Nationalbibliothek
  4. Tombe de Jacques Offenbach, sur le site landrucimetieres.fr, consulté le 22 août 2014
  5. Tombe de Jacques Offenbach, sur le site tombes-sepultures.com, consulté le 22 août 2014
  6. Fantasio, article sur www.opera-online.com
  7. Jean-Claude Yon analyse les rapports entre Verne et Offenbach dans Jules Verne et Jacques Offenbach, destins croisés, Revue Jules Verne 11, 2001, p. 95-100.
  8. Pièce J100 du catalogue FRAD071_J1-1149 Archives d'origine privée, petits fonds et pièces isolées (J 1 - 1149), Archives départementales de Saône et Loire
  9. a, b, c, d, e, f, g et h Jean-Claude Yon, Jacques Offenbach.
  10. (en) « Les larmes de jacqueline, Op.76 No.2 (Offenbach, Jacques) - IMSLP/Petrucci Music Library : Free Public Domain Sheet Music », sur www.imslp.org (consulté le 22 septembre 2017)
  11. Offenbach Édition Keck, rubrique Pourquoi ?
  12. Édition monumentale critique publiée chez Boosey & Hawkes
  13. a et b Jean-Christophe Keck, « Guide d'écoute », Les Contes d'Hoffmann, L'Avant-scène opéra no 235, p. 81.
  14. Lors de la création de La Fille du tambour-major en 1879 (la dernière œuvre créée de son vivant), les journalistes évoquaient la « centième [pièce] d'Offenbach ». Cf. « La Soirée Théâtrale » Le Figaro, 25e année, no 344, mercredi 10 décembre 1879.
  15. Jean-Claude Yon, op. cit., page 645.
  16. Offenbach Édition Keck, rubrique Œuvres théâtrales
  17. « Deux disparus dans l'effondrement des archives de Cologne », Le Monde (03/03/09)
  18. Léon Tolstoï, Journaux et Carnets, tome I : 1847-1889, La Pléiade, Gallimard, 1979, p. 413, cité dans Jean-Claude Yon, op. cit.
  19. Louis Schneider cité in Jean-Claude Yon, op. cit.
  20. Jacques Offenbach, Offenbach en Amérique. Notes d'un musicien en voyage, Calmann-Lévy, 1877.
  21. Cette version passe de 17 numéros musicaux à 30.
  22. « Le Pont des soupirs : opéra-bouffe en quatre actes », sur Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris (consulté le 10 mars 2018)
  23. L'édition critique de Jean-Christophe Keck (la plus récente à ce jour) n'a quant à elle pas encore été enregistrée bien que représentée, entre autres, à l'Opéra de Lyon sous la direction de Marc Minkowski, mise en scène de Laurent Pelly. La publication d'une édition commune Kaye/Keck est prévue par les éditeurs Schott/Boosey & Hawkes.
  24. Fantasio, sur opera-rara.com (consulté le 7 novembre 2015).
  25. Jean-Claude Yon, op. cit., p. 25-28.

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