Quim Torra

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Quim Torra
Illustration.
Quim Torra en .
Fonctions
Président de la Généralité de Catalogne
En fonction depuis le
(8 jours)
Élection
Gouvernement Torra
Législature XIIe
Coalition JuntsxCat-ERC
Prédécesseur Carles Puigdemont
(indirectement)[N 1]
Député au Parlement de Catalogne
En fonction depuis le
(4 mois et 7 jours)
Élection
Circonscription Barcelone
Législature XIIe
Groupe politique JuntsxCat
Président d'Òmnium Cultural

(4 mois et 28 jours)
Prédécesseur Muriel Casals
Successeur Jordi Cuixart
Biographie
Nom de naissance Joaquim Torra i Pla
Date de naissance (55 ans)
Lieu de naissance Blanes (Espagne)
Nationalité espagnole
Parti politique indépendant
Diplômé de UAB
Profession avocat
éditeur
écrivain

Quim Torra
Présidents de la Généralité de Catalogne

Quim Torra, de son nom complet Joaquim Torra i Pla, né le à Blanes, est un avocat, éditeur, écrivain et homme politique espagnol, actuel président de la Généralité de Catalogne.

Avocat formé à l'université autonome de Barcelone (UAB), il est recruté en par les assurances suisses Winterthur et y travaille 20 ans.

Il revient ensuite en Catalogne et fonde la maison d'édition A Contra Vent en . Il organise en les commémorations du tricentenaire du siège de Barcelone et exerce en la présidence par intérim d'Òmnium Cultural.

En , il est élu député au Parlement de Catalogne pour la coalition Ensemble pour la Catalogne, puis investi président de la Généralité le après un discours à forte tonalité indépendantiste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et famille[modifier | modifier le code]

Quim Torra naît en à Blanes, une petite ville de la comarque de La Selva, dans le sud de la province de Gérone. Son père — Joaquim Torra — est ingénieur industriel. La majeure partie de sa famille vit à Santa Coloma de Farners[1].

Il est marié à Carola Miró, enseignante née en à Barcelone. Ils résident à Sant Gervasi, à l'ouest de la capitale de la Catalogne, et ont trois enfants. Ils se sont rencontrés au cours de leurs études universitaires — bien qu'ils aient été élevés sans le savoir par les mêmes jésuites — par l'intermédiaire d'une amie commune[2].

Vie professionnelle[modifier | modifier le code]

Quim Torra obtient une licence en droit à l'université autonome de Barcelone (UAB) en . Il devient alors avocat au barreau de Barcelone[3].

En , il est recruté comme avocat de la société suisse Winterthur assurances. Il s'installe en Suisse en pour exercer les fonctions de directeur. Il quitte l'entreprise deux ans plus tard, en [1],[3].

Quim Torra reçoit le prix Carles Rahola de l'essai en .

Revenu en Catalogne, il se consacre alors à l'écriture d'articles et essais politiques[4]. En , il fonde grâce à ses indemnités de licenciement la maison d'édition A Contra Vent. La société se spécialise dans la récupération et la publication des écrits de journalistes catalans pendant la Seconde République et l'exil sous le franquisme. Cette expérience professionnelle lui permet d'être remarqué dans les milieux catalanistes[5]. Il se rapproche ainsi de l'Union démocratique de Catalogne (UDC ou Unió), nouant des liens avec le secteur souverainiste du parti[6],[7].

Il reçoit en le prix Carles-Rahola de l'essai — un des prix littéraires de Gérone remis par la fondation Prudenci-Bertrana — pour son ouvrage Viatge involuntari a la Catalunya impossible[1]. Il rejoint cette même année le parti indépendantiste de gauche Reagrupament — né d'une scission de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) — de manière très brève[8].

Il est choisi en comme directeur de la société publique locale d'aménagement barcelonaise Foment de Ciutat Vella[3].

Figure de l'indépendantisme[modifier | modifier le code]

Avec l'avocat Jordi Cortada, Quim Torra présente en une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme contre la décision d'inconstitutionnalité partielle du statut d'autonomie de la Catalogne de 2006 adoptée par le Tribunal constitutionnel espagnol. Cette requête est rejetée l'année suivante[4].

Dans la perspective des élections législatives anticipées du , le président d'ERC Oriol Junqueras lui propose d'être tête de liste dans la circonscription électorale de Gérone. Bien qu'il ait accepté, sa candidature est rejetée par la direction provinciale du parti[9].

Il appartient au conseil permanent de l'Assemblée nationale catalane (ANC) depuis . Il devient en directeur d'El Born Centre Cultural de Barcelone — un espace dédié à l'histoire de la ville durant la Guerre de Succession d'Espagne — sur décision du maire Xavier Trias. Il organise ainsi les commémorations du tricentenaire du siège de Barcelone de [10].

Peu après l'arrivée au pouvoir d'Ada Colau, il est relevé de ses fonctions par le nouveau commissaire à la Mémoire historique de la mairie, Xavier Domènech, qui considère que ses travaux relèvent d'un projet idéologique et non historique[11]. Il est alors nommé directeur de la revue Revista de Catalunya en .

Quim Torra avec Muriel Casals et Jordi Cuixart lors de l'assemblée générale d'Òmnium Cultural en .

En suivant, il est porté à la présidence d'Òmnium Cultural en remplacement de Muriel Casals, candidate aux élections parlementaires. Pour ce scrutin, il porte l'idée d'une candidature citoyenne, excluant les partis. Cette proposition reçoit l'aval de l'ensemble du mouvement indépendantiste mais l'opposition d'Artur Mas conduit à la solution hybride de la liste Ensemble pour le oui[9]. Il exerce la présidence d'Òmnium à titre provisoire, puisque Jordi Cuixart lui succède dès le mois de suivant.

Le nouveau président de la Généralité Carles Puigdemont le désigne en comme directeur du Centre d'études des thèmes contemporains (CETC), un laboratoire d'idées rattaché au gouvernement catalan. Il participe en à la tentative de Liz Castro de prendre la présidence de l'ANC au détriment de Jordi Sànchez — perçu comme trop proche d'Artur Mas — mais celui-ci est finalement réélu. Il est relevé de la direction du CETC dans le cadre de l'application de l'article 155 de la Constitution[10].

Député au Parlement de Catalogne[modifier | modifier le code]

Lors des élections au Parlement de Catalogne du , Quim Torra est élu député de la circonscription de Barcelone, en 11e position sur la liste de la coalition indépendantiste Ensemble pour la Catalogne (JuntsxCat) de Carles Puigdemont. Il préside la commission du Statut des députés.

Candidature à la présidence de la Généralité[modifier | modifier le code]

Le candidat de Carles Puigdemont[modifier | modifier le code]

Le , après avoir dû renoncer à sa propre candidature, Puigdemont indique que Quim Torra est le candidat de la coalition à la présidence de la Généralité[12],[13]. Perçu comme extrêmement loyal aux thèses de Puigdemont, son nom était déjà évoqué depuis plusieurs semaines, notamment comme un représentant du courant de JuntsxCat le plus éloigné du Parti démocrate européen catalan (PDeCAT)[10]. À l'inverse des trois précédents candidats à l'investiture (Puigdemont, Sànchez et Jordi Turull), il n'est pas mis en cause par la justice dans la procédure pénale concernant la déclaration d'indépendance de la Catalogne[14]. Cette absence de contraintes judiciaires, propre à rassurer le gouvernement espagnol, s'accompagne d'un profil d'indépendantiste radical, à même de séduire la gauche radicale de la Candidature d'unité populaire (CUP)[15].

La possible présidence de Torra est cependant perçue comme transitoire. Ainsi, en accord avec une condition posée par Puigdemont, il ne pourra pas utiliser le bureau du président au Palau de la Generalitat. Toutes les décisions importantes seront validées par l'ancien président, retenu en Allemagne, par l'intermédiaire d'Elsa Artadi, pressentie comme future conseillère à la Présidence[15].

Controverse[modifier | modifier le code]

À peine quelques heures après sa désignation, la presse révèle des messages qualifiés de racistes postés par Torra sur le réseau social Twitter. Publiés sur un compte désactivé depuis, il y affirmait que « Évidemment, nous vivons sous occupation espagnole depuis  » ou « Les Espagnols savent seulement piller ». Il attaque également ses adversaires politiques, déclarant que « Entendre Albert Rivera parler de moralité, c'est comme entendre les Espagnols parler de démocratie » ou « [Les socialistes], pauvres, parlent l'espagnol comme les Espagnols »[16],[17],[18].

Les médias publient ensuite plusieurs articles, dont il a été l'auteur entre et . Il qualifie en les Espagnols de « bêtes », de « charognards » ou encore de « hyènes ». En , il juge que « la race du socialiste catalan — qui a compté pendant la République avec un troupeau considérable — est entrée dans un processus de décadence inéluctable par le mélange avec la race du socialiste espagnol ». Il s'attaque en à la déléguée du gouvernement María Llanos de Luna en estimant que « ne pas vouloir parler la langue du pays, c'est le déracinement, la provincialisation, la volonté persistante de ne pas vouloir assumer l'identité d'où on vit. [...] Quand on décide de ne pas parler en catalan, on décide de tourner le dos à la Catalogne »[19].

Réactions[modifier | modifier le code]

ERC apporte « soutien et confiance » à Quim Torra. Il en va de même pour le PDeCAT, qui indique se trouver « à ses côtés pour rendre effectif ce que les Catalans ont décidé » lors des élections parlementaires. À l'inverse, les CUP ne communiquent aucune réaction[20]. L'Assemblée nationale catalane se montre pour sa part extrêmement critique : elle considère que ne pas investir Puigdemont constitue « une erreur » et annonce être aux côtés de Torra « tant qu'il mettra en application le mandat du référendum d'indépendance »[21]. La CUP indique finalement le qu'une réunion du conseil politique se tiendra 48 heures plus tard pour étudier la demande de certains militants de modifier la décision d'abstention du groupe parlementaire lors du vote d'investiture[22]. Parallèlement, le parti Démocrates de Catalogne (DC), associé à ERC, lance le même jour une consultation de ses adhérents après que le secrétaire général du parti Toni Castellà avait fait savoir que son soutien au nouveau candidat n'était pas automatique[23]. Castellà annonce le que 23,5 % des militants de DC ont pris part au vote et que 88,5 % des votants — soit 491 personnes — valident le vote du parti en faveur de Torra[24].

Sa désignation est critiquée par Ciutadans (Cs), qui dénonce « un autre candidat désigné discrétionnairement à la dernière minute pour sa fidélité à Puigdemont et au processus indépendantiste ». Le Parti des socialistes de Catalogne (PSC) explique que le profil de Torra ne permet pas que leur confiance lui soit accordée, précise qu'il sera « attentif à ses propositions et ses décisions » et juge que le bloc indépendantiste a choisi une personne très sectaire[25]. Le président du gouvernement Mariano Rajoy rappelle que « quel que soit le candidat proposé, il a l'obligation de respecter la loi et être en conditions d'exercer ses responsabilités de président de la Généralité »[26]. Il ajoute par la suite que « L'article 155 n'est déjà plus un article de la Constitution, c'est un précédent et un processus qui restera pour le futur, si c'est nécessaire »[27].

Premières déclarations[modifier | modifier le code]

Dans un entretien à la chaîne publique régionale TV3 le , Quim Torra regrette d'être jugé sur la base de ses anciens tweets et non sur sa carrière, ajoutant qu'il présente ses excuses « si quelqu'un les a reçus comme une insulte, car ce n'était pas [son] intention »[28].

Il annonce qu'une de ses premières mesures sera de lancer un « plan de choc » pour enquêter sur les conséquences de l'application de l'article 155 de la Constitution, nommer un commissaire pour étudier ces conséquences et mettre en œuvre au besoin un « plan de restauration ». Pour lui, le nouveau gouvernement doit servir « de porte-voix pour pouvoir dénoncer la répression, continuer d'avancer dans le processus indépendantiste et de construction de la République ». Il précise qu'il se conformera « à ce que le Parlement décide » et qu'il a l'intention d'accomplir « le mandat issu du référendum d'indépendance » en cherchant à rétablir « les lois suspendues par le Tribunal constitutionnel »[29].

Il qualifie la situation politique catalane de « crise humanitaire », qu'il justifie en invoquant « des gens en prison et en exil ». Il explique que son action s'appuiera sur trois sources distinctes. De prime abord, « l'espace extérieur », soit l'entourage de Puigdemont et du gouvernement autonome déchu en  ; ensuite, les institutions de la communauté autonome ; enfin, la mobilisation citoyenne. Il affirme vouloir installer un grand ruban jaune — symbole du soutien aux personnalités emprisonnées — sur la façade du Palau de la Generalitat et mettre l'accent sur « l'internationalisation » de la situation politique en Catalogne[30].

Investiture[modifier | modifier le code]

Le président du Parlement, Roger Torrent, fixe la séance d'investiture au samedi à midi[31]. Les députés du Parti populaire catalan (PPC) saisissent alors le Tribunal constitutionnel afin que celui-ci interdise en urgence la délégation de vote accordée à Puigdemont et Toni Comín. Le , la juridiction avait en effet admis un recours contre cette délégation mais avait refusé de la suspendre. Une annulation postérieure à l'investiture potentielle de Torra rendrait celle-ci nulle de plein droit car obtenue par des votes illicites[32].

Il débute son discours en indiquant qu'il ne devrait pas être face aux députés, considérant que Carles Puigdemont « est notre président » et que son but est de former un gouvernement « loyal au mandat issu du référendum d'indépendance du  ». Il juge que la nouvelle étape qui s'ouvrira avec son investiture sera « exceptionnelle » et « transitoire ». Pour lui, « rien ne sera normal jusqu'à ce que nous ayons récupéré nos institutions et notre démocratie ». Après avoir indiqué que le gouvernement espagnol n'aura plus aucune raison — après son investiture — de maintenir l'application de l'article 155 de la Constitution, il ajoute que les indépendantistes n'auront « aucune excuse pour ne pas travailler sans relâche à l'établissement de la République ». Il précise cependant que son projet aura toujours comme priorités « le dialogue, l'accord et l'entente » Il s'adresse ensuite directement au roi Felipe VI. Rappelant au monarque qu'en tant que prince des Asturies, il avait affirmé que « la Catalogne sera ce que les Catalans veulent », il l'interpelle : « il y a des prisonniers politiques, des exilés et des mis en examen. Nous avons voté le et le et le résultat n'est pas respecté. Non, Sire, il ne l'est pas. ». Il offre ensuite une « main tendue pour parler sans conditions » à Rajoy, puis critique le silence de Jean-Claude Juncker, estimant que « la Catalogne mérite une médiation » européenne et qu'il est honteux qu'il y ait des « prisonniers politiques » au sein de l'Union européenne. Il promet ensuite de lancer un « processus constituant » qui cherchera la « participation maximale des institutions et des citoyens », invitant les Catalans à « imaginer le pays dans lequel ils veulent vivre », ce qu'il qualifie d'« opportunité unique ». Il souhaite alors que le projet issu du processus conduise à « une proposition de Constitution de la république de Catalogne ». Il annonce enfin qu'il a l'intention de retirer la plainte de la Généralité — déposée en vertu de l'application de l'article 155 — contre Artur Mas concernant le vote sur l'avenir politique de la Catalogne de 2014 et qu'il « rétablira, consolidera et augmentera » le réseau des délégations du gouvernement catalan à l'étranger pour « promouvoir une politique extérieure active qui donne une voix propre à la Catalogne » et poursuivre l'« internationalisation du cas catalan »[33].

À l'issue du vote, il reçoit 66 voix pour et 65 contre, tandis que les quatre députés de la CUP s'abstiennent. La majorité requise étant de 68 voix, un nouveau scrutin à la majorité simple est annoncé pour le [34]. La réunion stratégique de la CUP — organisée à Cervera le lendemain du vote — se conclut par une décision de confirmer la position d'abstention lors du second vote. Cela garantit donc l'investiture de Torra à la majorité simple[35].

Avant le second tour de vote, il présente de nouveau ses excuses pour ses propos controversés. Il dit ainsi regretter « les tweets sortis de leur contexte » et que ceux-ci « aient pu offenser quelqu'un, en aucune manière ce n'était [son] intention de blesser qui que ce soit ». Il conclut en promettant que « cela ne reproduira pas »[36].

Président de la Généralité[modifier | modifier le code]

Quim Torra pose avec Roger Torrent, les anciens présidents de la Généralité et du Parlement après son investiture.

Le Quim Torra est donc élu 131e président de la Généralité de Catalogne par 66 voix pour, 65 contre et 4 abstentions, 199 jours après la suspension de l'autonomie et 145 jours après les élections parlementaires. Sa prise de fonctions doit alors intervenir sous cinq jours et après que le roi et le président du gouvernement auront signé le décret de nomination, qui doit être publié au Journal officiel de la Généralité (DOGC). À l'issue du vote, il remercie Puigdemont, s'engageant à ce qu'il soit investi dans le plus proche avenir. Après s'être adressé à ERC en promettant de travailler au « même objectif : construire la République », il proclame : « Vive la Catalogne libre ! » (en catalan : « Visca Catalunya lliure! »)[37].

Critiques pour ses propos polémiques[modifier | modifier le code]

La maire de Barcelone Ada Colau exprime son « profond refus démocratique » de l'investiture de Torra en raison de ses écrits polémiques, qui « déprécient les gens selon qu'ils se sentent Espagnols ou Catalans ». Pour elle, ces messages « sont un danger pour la cohésion sociale et une insulte envers des millions de Catalans »[38].

L'association SOS Racismo exprime son refus « du discours auquel Quim Torra eut recours de manière répétée. Un discours dangereux, irresponsable et inacceptable, basé sur les préjugés. Un discours encore plus grave quand il est utilisé depuis une position de pouvoir », tout en demandant à ce que la lutte antiraciste ne soit pas instrumentalisée politiquement[39]. Le président du Parti de l'Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe (ALDE) — dont fait partie le PDeCAT qui soutient Torra — Hans van Baalen juge la « la rhétorique séparatiste et raciste » du nouveau président « en contradiction avec la Constitution espagnole et la volonté de la majorité du peuple catalan », concluant que « c'est le temps du dialogue et de la conciliation, non de la provocation et la confrontation »[40].

Une volonté de rétablissement pré-article 155[modifier | modifier le code]

Il annonce que l'une de ses premières décisions sera d'envisager la réinstallation du major des Mossos d'Esquadra Josep Lluís Trapero dans ses fonctions de commandant de la police de la communauté autonome. Toujours titulaire de son rang de major, il est assigné depuis le à de simples fonctions administratives du fait de sa destitution par Juan Ignacio Zoido et mis en examen pour sédition pour ses actes durant l'opération Anubis et le référendum d'indépendance du [41].

D'une manière plus large, il souhaite rétablir dans leurs fonctions toutes les personnes qui en ont été relevées par le gouvernement central, y compris les conseillers de la Généralité en détention provisoire ou désormais installés à l'étranger, à qui il a par ailleurs l'intention de rendre visite. Toutefois, la quasi-totalité des anciens conseillers membres ou proposés par ERC — Oriol Junqueras, Raül Romeva, Carles Mundó, Meritxell Serret et Dolors Bassa — rejettent cette proposition, préférant ainsi que leurs successeurs « aient les mains libres pour la nouvelle étape ». Toni Comín est le seul à ne pas se prononcer[42].

Appel au dialogue[modifier | modifier le code]

Dès le lendemain de son investiture, il s'envole pour Berlin afin de s'entretenir avec Puigdemont. Lors d'une déclaration postérieure à leur rencontre, Quim Torra appelle Mariano Rajoy à ouvrir le dialogue entre les autorités espagnoles et les institutions catalanes. Estimant que le conflit ne peut « être résolu dans les tribunaux », il souhaite « débuter des conversations dans le respect mutuel pour [y] trouver une solution politique ». L'ancien président ajoute que les indépendantistes ont « ouvert une période de désescalade, maintenant la balle est dans le camp du gouvernement espagnol »[43].

Le chef de l'exécutif espagnol répond qu'il recevra « le président de la Généralité si celui-ci le demande », considérant qu'« il est positif qu'il y ait une réunion » et que le dialogue avec Puigdemont « n'était pas facile ». Il précise que ces échanges doivent se tenir « dans le cadre de la loi »[44]. Le député de la Candidature d'unité populaire Vidal Aragonés critique pour sa part la main tendue de Torra, en rappelant que « le principal objectif pour la CUP n'est pas le dialogue avec l'État espagnol. Pour le futur gouvernement, le principal objectif doit être l’exercice du droit à l'autodétermination »[45].

Entrée en fonction[modifier | modifier le code]

Le Journal officiel de la Généralité publie le le décret de nomination de Quim Torra, signé la veille par le roi et le président du gouvernement espagnol. La cérémonie de prise de fonction, organisée au Palau de la Generalitat, est supervisée par l'exécutif central puisque l'article 155 reste en vigueur jusqu'à son assermentation. À l'instar de Puigdemont en , le futur chef de l'exécutif catalan entend prêter serment de fidélité « au peuple catalan » plutôt qu'à la Constitution et au statut d'autonomie[46]. Alors qu'elle était attendue pour le jour même, la cérémonie est finalement convoquée le . À l'inverse de celle de Puigdemont, qui avait rassemblé 400 invités, la prise de fonction de Torra est annoncée comme un temps bref, sobre et sans convives[47].

Le gouvernement espagnol fait finalement savoir qu'il ne sera pas représenté lors de sa prise de fonction, dénonçant que « la Généralité a voulu imposer le niveau de la délégation, ce qui n'a pas été accepté ». Il considère en outre que le format retenu « dégrade la dignité de l'institution elle-même ». Seuls seront donc présents la famille du président de la Généralité et le président du Parlement[48]. Les autorités catalanes n'autorisent d'ailleurs qu'une présence limitée de la presse, réduite aux médias publics TV3, Catalunya Ràdio, et aux agences ACN, EFE et Europa Press. Tandis que la Généralité évoque « une restriction des espaces disponibles » et se justifie en indiquant que les trois agences de presse fourniront aux médias absents les images et le son leur permettant de couvrir l'information, les chaînes Telecinco, Antena 3 et l'ordre des journalistes de Catalogne dénoncent cette décision[49].

Devant Roger Torrent et le secrétaire du gouvernement catalan Victor Cullell, qui a lu le décret de nomination, il prête en fin de matinée le même serment que Puigdemont : « Je jure de remplir loyalement mes obligations de président de la Généralité, avec fidélité envers le peuple de Catalogne représenté par le Parlement ». La cérémonie dure seulement cinq minutes et se tient dans l'antichambre du bureau présidentiel, au lieu de l'habituel salon Sant Jordi. Contrairement à la tradition, il ne revêt pas la médaille présidentielle, qui est normalement remise au nouveau titulaire de la fonction par son prédécesseur et qui a simplement été exposée sur le bureau présent dans la pièce. Il arbore en revanche le ruban jaune, symbole de solidarité avec les dirigeants indépendantistes incarcérés[50].

Formation du gouvernement[modifier | modifier le code]

Article connexe : Gouvernement Torra.

Il signe le le décret de nomination des 13 conseillers de son gouvernement. Le nouveau chef de file d'ERC Pere Aragonès devient ainsi vice-président de la Généralité, conseiller à l'Économie et aux Finances, tandis que la bras droit de Puigdemont Elsa Artadi est désignée conseillère aux Entreprises et à la Connaissance, porte-parole du gouvernement. Il intègre également deux personnalités des présidences socialistes de la Catalogne, Josep Bargalló — ancien conseiller en chef du gouvernement de Pasqual Maragall — comme conseiller à l'Enseignement et Ernest Maragall, désormais membre d'ERC, ex-conseiller à l'Enseignement et désigné conseiller à l'Action extérieure. Torra rétablit dans leurs fonctions quatre personnalités destituées en et poursuivis par la justice : le conseiller à l'Intérieur Jordi Turull et le conseiller au Territoire Josep Rull, placés en détention provisoire, le conseiller à la Santé Toni Comín et le conseiller à la Culture Lluís Puig, installés en Belgique[51].

Du fait de la présence dans cette liste de quatre mis en cause par la justice espagnole, Rajoy annonce — après s'être mis d'accord avec Pedro Sánchez et Albert Rivera — que son gouvernement n'autorisera pas la publication du décret au Journal officiel de la Généralité. Il bloque ainsi la possibilité des conseillers d'entrer en fonction, reportant de facto la levée de l'article 155 dans la mesure où celle-ci est conditionnée à la prise de poste des membres du gouvernement de la Généralité. Il dénonce une « provocation » du président de la Généralité, qu'il accuse de maintenir une situation de « confrontation »[52]. Quim Torra défend pour sa part que « le principe de rétablissement est un principe essentiel », estimant que « tous ces candidats ont leurs droits politiques intacts, ils peuvent être conseillers de la Généralité »[53].

Selon Joan Queralt, professeur des universités en droit pénal de l'université de Barcelone cité par TV3, cette publication n'est qu'une simple formalité administrative, aussi le gouvernement espagnol ne peut la bloquer. Il peut en revanche contester par la suite la nomination des conseillers en justice[54]. Alors que Rull et Turull annoncent une plainte pour prévarication, le Parti nationaliste basque (EAJ/PNV) rappelle que la fin de la suspension de l'autonomie est un préalable à son vote en faveur du projet de loi de finances pour [55].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Girona encisa (2005), avec Ramon Creus
  • Ganivetades Suïsses (2007)
  • Periodisme? Permetin! La vida i els articles d'Eugeni Xammar (2008), biographie d'Eugeni Xammar
  • El Bibliobús de la Llibertat (2008), avec Miquel Joseph i Mayol et Jaume Ciurana.
  • Viatge involuntari a la Catalunya impossible (2010), Prix Carles Rahola de l'essai
  • Honorables. Cartes a la pàtria perduda (2011).
  • Un bohemi al cabaret del món. Vida de Manuel Fontdevila, un senyor de Granollers (A Contravent, Barcelone, 2013) ISBN 978-84-15720-11-9

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Soraya Sáenz de Santamaría est chargée d'exercer les compétences par délégation du président du gouvernement Mariano Rajoy durant la suspension de l'autonomie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (ca) « Qui és Quim Torra? », Regió7,‎ (lire en ligne).
  2. (es) « La maestra que se ve ‘primera dama’ sin esperarlo », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  3. a, b et c (ca) Parlement de Catalogne, « I. Sr. Quim Torra i Pla », sur parlament.cat (consulté le 11 mai 2018).
  4. a et b (ca) « Quim Torra », Gran Enciclopèdia Catalana, sur enciclopedia.cat, Barcelone, Edicions 62 (consulté le 24 mai 2018).
  5. « Quim Torra, éditeur indépendantiste, candidat à la présidence catalane », Ouest-France,‎ (lire en ligne).
  6. (es) « Este es Quim Torra: el futuro presidente de la Generalitat », Economía Digital,‎ (lire en ligne).
  7. (ca) « El territori sagrat de Quim Torra », Diari de Girona,‎ (lire en ligne).
  8. « Espagne : Quim Torra, séparatiste convaincu, élu président de Catalogne », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  9. a et b (ca) « Quim Torra, l'independent més independent de JxCat », Nació Digital,‎ (lire en ligne).
  10. a, b et c (es) « Quim Torra, un independentista del sector duro de larga trayectoria en el activismo soberanista », eldiario.es,‎ (lire en ligne).
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  12. (es) « Puigdemont elige a Quim Torra, un nacionalista radical, para presidir el Govern », El País,‎ (lire en ligne).
  13. (ca) « Puigdemont proposa Quim Torra com a candidat a la investidura », El Punt Avui,‎ (lire en ligne).
  14. « Catalogne : Quim Torra, le joker soigneusement choisi de Carles Puigdemont », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
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  19. (es) « El pensamiento antiespañol de Quim Torra, a través de sus artículos », El Periódico de Catalunya,‎ (lire en ligne).
  20. (es) « ERC y PDeCAT avalan a Torra », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  21. (es) « La ANC ve un “error” no investir a Puigdemont aunque apoyará a Torra si “implementa el 1-O” », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  22. (es) « La CUP celebrará un consejo político para decidir si tumba la candidatura de Quim Torra », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  23. (es) « Demòcrates realizará una consulta interna este viernes sobre Quim Torra a sus inscritos », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  24. (es) « Demòcrates avala la investidura de Torra con un 88,5% de los votos en su consulta interna », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  25. (es) « “Sectario” y “más de lo mismo”, las críticas de la oposición a la candidatura de Quim Torra », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  26. (es) « Rajoy recuerda a Quim Torra que “tiene la obligación de respetar la ley” », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  27. (es) « Rajoy avisa a Torra: “El 155 ya no es un artículo de la Constitución, es un precedente” », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  28. (es) « Torra pide disculpas por sus tuits y se propone “seguir el mandato del 1-O” », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
  29. (es) « Quim Torra anuncia que impulsará un "proceso constituyente" en Cataluña », Onda Cero,‎ (lire en ligne).
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  53. (es) « Torra defiende la restitución de los consellers: “Tienen sus derechos políticos intactos” », La Vanguardia,‎ (lire en ligne).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]