Hendrik Verwoerd

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Hendrik Verwoerd
H. F. Verwoerd vers 1945.
H. F. Verwoerd vers 1945.
Fonctions
7e Premier ministre d'Afrique du Sud

(8 ans et 4 jours)
Président Charles Swart
Monarque Élisabeth II (1958-1961)
Gouverneur Ernest George Jansen (1958-1959)
Charles Robberts Swart (1959-1961)
Prédécesseur Johannes Strijdom
Successeur John Vorster
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Amsterdam (Pays-Bas)
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décès Le Cap, province du Cap (Afrique du Sud)
Nature du décès Assassiné
Nationalité sud-africaine
Parti politique Parti national
Conjoint Betsie Schoombie
(1901-2000)
Enfants 7 enfants
Diplômé de université de Stellenbosch
Profession Professeur en psychologie et sociologie
éditorialiste (Die Transvaler)
Religion Calviniste membre de
l'Église réformée hollandaise
Résidence Pretoria
Coat of Arms of South Africa (1932-2000).svg

Hendrik Frensch Verwoerd (né le à Amsterdam aux Pays-Bas et mort le au Cap dans la Province du Cap) est un homme politique, un universitaire et un éditorialiste sud-africain, membre du Parti national, ministre des Affaires indigènes (1950-1958) dans les gouvernements Malan et Strijdom puis Premier ministre d'Afrique du Sud de 1958 à 1966.

Afrikaner d'adoption, Hendrik Verwoerd est souvent qualifié de « grand architecte de l'apartheid ». Premier ministre de l'Union d'Afrique du Sud, il procède au référendum sur la République qui conduit à la fondation de la République d'Afrique du Sud en 1961.

Un Afrikaner d'adoption[modifier | modifier le code]

Hendrik Verwoerd (prononcé Fer-Vourt) est le fils cadet de Anje Hendriks Strik (1873-1940) et de Wilhelmus Johannes Verwoerd (1874-1961), prédicateur de l'église réformée hollandaise. Ses parents, sympathisants de la cause des Boers, émigrèrent en Afrique du Sud en 1903 alors qu'il n'a que deux ans.

Après dix années passées à Wynberg, près du Cap, où Hendrik Verwoerd est scolarisé à l'école luthérienne, la famille Verwoerd déménage en 1913 à Bulawayo en Rhodésie du Sud où Wilhelmus Verwoerd est nommé prédicateur de l'église réformée de la ville. Hendrik Verwoerd est alors scolarisé au lycée de Milton, où il obtient une bourse qu'il doit refuser quand ses parents décident, en 1917, de revenir en Afrique du Sud et de s'établir à Brandfort, dans l'État libre d'Orange.

Le jeune Hendrik Verwoerd est alors imprégné du ressentiment des Afrikaners contre les Britanniques à la suite de la seconde guerre des Boers. Scolarisé au lycée de Brandfort, il est classé premier à l'examen du Matric (équivalent du Bac) au niveau de la province et est classé quatrième au niveau de l'Union de l'Afrique du Sud.

Études[modifier | modifier le code]

En 1919, il poursuit des études supérieures en théologie, en psychologie et en philosophie à l'université de Stellenbosch. Membre du conseil des étudiants dont il sera élu président, Hendrik Verwoerd est réputé pour être un esprit brillant doté d'une forte personnalité[1]. En 1924, âgé de 23 ans, il est diplômé d'un doctorat avec mention en philosophie et psychologie. Allocataire de deux bourses universitaires, il renonce à celle de l'université d'Oxford par nationalisme afrikaans et lui préfère la seconde, plus modeste, en Allemagne. Fils d'immigrants, il est le premier étudiant d'Afrique du Sud à avoir intégralement rédigé en afrikaans ses dissertations depuis le 1er cycle universitaire jusqu'à sa thèse de doctorat, alors même qu'il est parfaitement bilingue en anglais[2].

De 1925 à 1927, il voyage en Europe et aux États-Unis[1]. En Allemagne, il poursuit son cursus dans les universités de Hambourg, Leipzig et Berlin. À Hambourg, il épouse Betsie Schombee, une jeune étudiante sud-africaine qu'il avait rencontrée quelques années plus tôt (1922) à Stellenbosch. Il effectue une tournée des pays européens avant de terminer ses recherches aux États-Unis. Il suit les travaux de l'anthropologue allemand Eugen Fischer, lequel promeut le développement séparé des races, mais il est davantage marqué par les recherches et études sociales américaines[1]. Durant cette époque et la décennie suivante, comme une partie de l'élite universitaire sud-africaine, Verwoerd est fasciné par les États-Unis, considérant que l'Afrique du Sud peut suivre le même chemin, devenir un État dynamique et trouver une solution à ses problèmes sociaux et ethniques grâce aux études sociales et à la recherche scientifique universitaire[1].

L'universitaire en sociologie[modifier | modifier le code]

En 1927, âgé de 26 ans, il revient à l'université de Stellenbosch pour enseigner la psychologie puis, à partir de 1931, la sociologie. Son premier sujet d'intérêt est la grande pauvreté qui touche alors 250 000 blancs d'Afrique du Sud, soit un quart de la population afrikaner[1]. Durant la grande dépression du début des années trente, il s'implique ainsi dans plusieurs activités sociales d'aide aux pauvres blancs.

En 1934, à Kimberley, lors de l'un de ses premiers discours publics, il pointe le rôle primordial que doit avoir l’État dans la lutte contre la pauvreté et appelle à la création d'un département ministériel coordonnant les affaires sociales, la santé, le travail social et la formation des travailleurs sociaux[1]. Parallèlement, il aborde également des thématiques raciales et ethniques par le prisme du nationalisme afrikaner. Récusant toute inégalité ou supériorité raciale fondée sur la biologie ou sur une éventuelle capacité inhérente à quelque couleur de peau, il argue d'une immuable différence d'identité sociale entre les Européens et les Africains, basée sur leurs antécédents biologiques et sur des cultures différentes, résultant des expériences historiques propres à chaque groupe de population[1].

En 1935, il témoigne devant la commission Wilcocks, consacrée aux populations coloured, disant qu'il n'y a pas lieu de tracer de franche démarcation entre les communautés blanches et coloured, que la pauvreté les touche pareillement et qu'un seul département des affaires sociales suffit pour gérer les problèmes de pauvreté touchant ces deux communautés[1]. Dans le même temps, il justifie, par pragmatisme et à titre temporaire, la ségrégation dans le domaine du travail, notamment les emplois réservés[1].

L'éditorialiste et le militant du nationalisme afrikaner[modifier | modifier le code]

En 1937, Hendrik Verwoerd adhère au Parti national purifié de Daniel François Malan et devient membre du Broederbond. Il rejoint le parti de Malan cat il lui parait être le plus apte à combattre la pauvreté des « petits blancs »[1]. C'est d'ailleurs dans ce but qu'il accepte de devenir l'éditorialiste du Die Transvaler, le journal du parti à Johannesburg, où 40 % des cols bleus mâles Afrikaners vivent et travaillent, plus particulièrement comme ouvriers non qualifiés, mineurs, maçons ou comme travailleurs dans les chemins de fer[1].

Bien que né en Europe, Verwoerd s'est complètement assimilé aux Afrikaners au milieu desquels il vit depuis son enfance. Ainsi n'hésite-t-il pas à exalter fréquemment l'histoire afrikaner en évoquant « nos ancêtres » et « notre glorieux passé »[2]. Sa conception de l'Afrikaner est toutefois encore souple car il le conçoit comme un segment de la population blanche d'Afrique du Sud au sein de laquelle il partage une destinée commune et non comme une communauté organique à l'identité fixe et à la destinée unique[2].

Dans ses éditoriaux du Transvaler, Verwoerd s'affirme comme un ardent républicain, anti-impérialiste et un nationaliste. Pour Verwoerd, ce qui doit primer c'est l'unité des Afrikaners, quelle que soit leur condition sociale, riches ou pauvres. Dans l'optique de supprimer toute lutte des classes, l'Afrikaner doit ainsi fusionner dans le volk (« le peuple »), où le pauvre trouvera une épaule fraternelle, chez le riche, pour l'aider[1]. Ce que Verwoerd veut pour les Afrikaners, il le veut également pour les populations noires mais séparément des blancs. Ainsi s'oppose-t-il à toute mesure du gouvernement qui propose des traitements différenciés envers les noirs dits « civilisés » par rapport à ceux non éduqués, estimant qu'il ne peut y avoir de ségrégation sociale au sein d'un même groupe de population[1]. Selon le même principe, il estime que chaque groupe de population doit financer ses propres infrastructures et non celles des autres groupes. Concrètement, selon Verwoerd, les blancs ne doivent pas financer le développement de l'industrie dans les réserves indigènes[2]. Il s'oppose non seulement à l'urbanisation en cours des populations noires[2] mais également à l'importante immigration en cours des juifs d'Europe en Afrique du Sud, qu'il perçoit comme un cheval de Troie destiné à amoindrir la prépondérance afrikaner au sein de la population blanche et comme une menace économique contre les salaires des Afrikaners. Il soutient également l'appel d'un membre du conseil représentatif indigène pour que, dans les commerces, les clients noirs n'aient affaire qu'à des employés noirs, et les blancs qu'à des employés blancs[2].

En 1938, il publie une affiche condamnant les mariages mixtes entre Blancs et Noirs[1].

En 1939, Verwoerd prend position contre l'entrée en guerre de l'Afrique du Sud aux côtés des Alliés.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Star, journal anglophone et libéral de Johannesburg, accuse le Transvaler et Verwoerd en particulier de sympathie pro-nazi. De son propre chef et sans consulter son conseil d'administration, Verwoerd attaque alors le journal devant les tribunaux pour diffamation. Il est débouté par le juge P.A. Millin et condamné à payer une forte amende, payée finalement et après de longs atermoiements, par Nasionale Pers[3]. En fait, cet épisode révèle les rapports houleux et conflictuels qu'entretient Verwoerd avec les dirigeants du Parti national, surtout ceux du Cap, mais aussi avec les maisons d'éditions afrikaners comme Nasionale Pers[3]. Incontrôlable, il empêche le nationalisme afrikaner de s'exprimer non seulement d'une seule voix mais aussi dans une même direction[3].

En 1947, son aversion contre la Couronne britannique est telle que, dans son éditorial du Transvaler, il ignore la visite en cours de la famille royale en Afrique du Sud, parlant juste « d'embouteillages causés par la visite de personnalités étrangères » (« congestion caused by some visitors from overseas »).

Lors des élections générales sud-africaines de 1948, Verwoerd est candidat au parlement dans la circonscription d'Alberton. Il est battu alors que son parti gagne les élections. Il est alors nommé au Sénat. Refusant qu'il cumule avec sa fonction d'éditorialiste au Transvaler, le conseil d'administration de Voortrekkerpers l'oblige à se consacrer à ses fonctions législatives. Autre déconvenue, D.F. Malan lui refuse l'entrée au gouvernement[4].

Le grand architecte de l'apartheid (1950-1958)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lois de l'Apartheid.

Après deux ans de gouvernement du Parti national, le Premier ministre Daniel Malan le nomme ministre des Affaires indigènes (1950) pour mettre en place la complexe législation de l'apartheid que Verwoerd définit comme un système de bon voisinage et qui doit permettre d'assurer la pérennité de la domination culturelle et politique des Blancs sur la base d'une démographie majoritairement blanche et afrikaner.

En fait, il y a autant de conception de l'apartheid que de membres du Parti national. Certains n'envisagent que de renforcer les lois ségrégationnistes en gardant le même système économique de production, alors que d'autres estiment que ces lois sont insuffisantes et inutiles si on laisse perdurer l'intégration économique entre les Blancs et les autres populations de couleur, première étape d'une intégration politique qui conduira inéluctablement à la chute de la domination blanche en Afrique du Sud[5]. Pour Verwoerd, le libéralisme basé sur la promotion de l'individu, qui a commencé à dominer l'Europe et les États-Unis, ne va pas accepter plus longtemps le maintien de la ségrégation traditionnelle jusque-là pratiquée dans plusieurs pays de la sphère occidentale. Il convient alors de trouver une alternative acceptable pour l'Occident, basée sur le droit à l’autodétermination des peuples. Dans le même temps, il importe pour Verwoerd que le gouvernement de l'Afrique du Sud continue de défendre le principe de la domination blanche et les valeurs occidentales à tous les niveaux, qu'ils soient économiques ou sociaux. Or, comme il écrit lui-même en 1950, les Blancs doivent comprendre que les populations de couleur ont leurs propres consciences nationales et des ambitions et, ainsi, qu'elles ne pourront éternellement continuer à accepter d'être leurs subordonnées en étant, de plus intégrées à leur vie quotidienne. Il convient dès lors, dans l'esprit de Verwoerd, que chaque peuple d'Afrique du Sud puisse exercer ses droits, séparément des autres, dans des cercles définis et évoluer à son rythme[6], en « bons voisins ».

L'apartheid que conçoit Verwoerd doit alors être un système politique fondé sur des principes stricts et clairs qui ne peuvent souffrir aucune exception, même mineure, au risque sinon de corrompre sa cohérence. Ainsi n'est-il pas possible d'accepter des diplomates noirs ou des maoris dans l'équipe de rugby de Nouvelle-Zélande[3]. Cette conception exclusive et fondamentaliste de l'apartheid s'oppose à d'autres conceptions plus souples du système, notamment celles du ministre Theophilus Donges pour qui l'apartheid n'est qu'un moyen provisoire visant à protéger les Afrikaners sur deux à trois générations avant le jour où ils n'auront plus le monopole du pouvoir[3]. Le système d'apartheid que préconise Verwoerd heurte aussi un autre membre éminent du gouvernement, Ben Schoeman, pour qui les différends groupes de population sont déjà trop imbriqués. Ainsi estime-t-il irréaliste une partition territoriale ou l'interdiction de la région du Cap occidental aux travailleurs noirs[3]. Quant à D.F. Malan, le group Areas Act est, à ses yeux, suffisant. Au sein du Parti national, du Broederbond et des organisations affiliées, la conception verticale de l'apartheid verwoerdien fait débat. Des dissidences philosophiques sur ce thème apparaissent avec le professeur Wicus du Plessis ou avec le Bureau des affaires raciales (South African Bureau of Racial Affairs - SABRA)[7]. Rejetant la politique de suprématie blanche que met institutionnellement en place Verwoerd, en tant que ministre des Affaires indigènes, et qu'il assimile à un nouvel impérialisme étroit de type britannique, Wicus du Plessis propose notamment de mettre en place en Afrique du Sud un État fédéral multinational permettant d'accorder l'autodétermination aux peuples noirs d'Afrique du Sud. Il se montre notamment favorable à un élargissement de la nation sud-africaine au-delà des Afrikaners et des Blancs anglophones et en vient à appeler à la constitution d'un véritable gouvernement national dans lequel toutes les populations du pays seraient représentées. Pour Wicus du Plessis, l'apartheid doit viser à établir un ordre social fondé sur des principes moraux et non à priver les populations noires de perspectives de développement économique. Ses idées sont cependant inacceptables pour les partisans de l'apartheid vertical tels que Verwoerd.

Avec son secrétaire aux Affaires indigènes, Max Eiselen, il met en place, à partir de 1951, sa conception de l'apartheid, caractérisée par le système des bantoustans, destinés à permettre aux différentes ethnies noires de se gouverner elles-mêmes sur des territoires déterminés au sein de l'Afrique du Sud (le principe du « grand apartheid ») et de réaliser leurs propres aspirations économiques et politiques. La volonté de donner leur autonomie aux Noirs dans des États séparés rencontre un écho très favorable au sein de la communauté blanche mais l'hostilité chez les Noirs, qui se sentent spoliés. Verwoerd s'applique d'ailleurs à annuler les droits de vote résiduels dont les Noirs bénéficiaient encore, avec les métis, dans la province du Cap. Il rencontre la même hostilité en dehors du pays et se montre incapable de la comprendre, persistant à justifier chaque mesure prise dans le cadre de l'apartheid et à prétendre que les Afrikaners ne veulent que l'ordre et la sécurité, chacun chez soi.

D'emblée, quelles que soient la sincérité de Verwoerd et la praticabilité de son idéologie, le « grand apartheid » qu'il a proposé et qu'il met en œuvre repose sur des données et des projections démographiques complètement erronées[8].

Chargé de l'éducation « bantoue », Verwoerd impose un enseignement qu'il juge adapté au mode de vie et à l'économie traditionnelle des Noirs. Imprégné de préceptes bibliques, les Noirs ne sont, pour lui, que des « porteurs d'eaux et des coupeurs de bois ». De fait, ceux-ci connaitront une éducation au rabais alors qu'un numerus clausus limite leur nombre dans les universités. En tant que ministre des Affaires indigènes, il procède à l’expulsion, en 1955, de 80 000 Noirs des quartiers de Sophiatown, Martindale et Newclare vers le nouveau township de Soweto, pure création des lois d'apartheid.

À la suite de la mort soudaine du Premier ministre JG Strijdom, Verwoerd pose sa candidature pour lui succéder. Face à lui, se trouvent Charles Swart et Theophilus Dönges. Ce dernier bénéficie du soutien de l'ensemble des parlementaires de la province du Cap mais aussi de la sympathie de plusieurs parlementaires du Transvaal et de l’État libre d'Orange qui souhaitent une candidature unique pour contrer Verwoerd. Celui-ci, s'il n'est soutenu que par trois ministres du cabinet, dispose cependant d'un vaste soutien parmi les autres parlementaires du Parti national. Cependant, les négociations pour permettre l'émergence d'une candidature unique de Dönges échouent[9]. Après avoir obtenu 80 voix au premier tour contre 52 voix à Dönges et 41 voix à Swart, Verwoerd est élu concomitamment chef du Parti national et Premier ministre, le , par 98 voix contre 75 voix à Dönges.

Le Premier ministre (1958-1966)[modifier | modifier le code]

Le premier gouvernement Verwoerd en 1958 (hérité de Strijdom).
Assis de gauche à droite : Theophilus Dönges, Paul Sauer, Hendrik Verwoerd, Ernest George Jansen (gouverneur-général), Charles Swart, Eric Louw. Debout de gauche à droite : Jan Serfontein, M.D.C. De Wet Nel, A.J.R. van Rhijn, Jan de Klerk, Ben Schoeman, P.M.K Le Roux, François Christiaan Erasmus et Jozua François Naudé.

En 1959, pour la première fois, et alors qu'il y était jusque-là hostile, Verwoerd annonce que les homelands (bantoustans) ont vocation à se constituer en États souverains et à accéder à l'indépendance nationale. Ce revirement politique s'effectue sans consultation du caucus parlementaire du parti national.

En , dans le cadre de la politique d'apartheid mise progressivement en place dans le Sud-Ouest africain, territoire occupé par l'Afrique du Sud depuis 1915, les autorités sud-africaines déclarent insalubre le quartier de Old Location et décident de déplacer les populations indigènes qui y résident vers un nouveau quartier situé à cinq kilomètres plus au nord, le futur township de Katutura, signifiant « là où on ne veut pas rester ». Le , la campagne de protestation organisée par la SWANU dérape et se solde par la mort de treize manifestants, abattus par les forces de police et cinquante-quatre blessés. La répression policière s'abat sur la province contraignant les dirigeants de la SWANU, dont Sam Nujoma, à s'exiler au Bechuanaland, en Rhodésie du Sud, puis en Tanzanie quelques années plus tard.

En réponse aux critiques étrangères sur l'apartheid, il tente de redéfinir la notion en parlant de développement séparé et commence cyniquement à altérer les justifications traditionnelles de la politique d'apartheid, basées non plus sur la race et le « baasskap » (domination paternaliste), mais sur la citoyenneté.[réf. nécessaire] Pour lui, les Noirs peuvent participer au processus électoral et élire leurs représentants. Seulement, ils ne peuvent le faire que s'ils sont citoyens et non plus affiliés à telle nation ou tribu particulière. Or, en Afrique du Sud (et encore plus depuis la mise en place de la politique d'apartheid), les Noirs sont recensés comme appartenant à telle ethnie, nation ou tribu. De surcroît, certains sont dorénavant citoyens de Bantoustans. En accordant l'autonomie au Transkei, en 1963, Verwoerd peaufine sa politique lui permettant de déclarer que « les nations tribales d'Afrique du Sud, vivant au sein du pays, auront toutes des droits politiques égaux au sein de leurs terres natales », lançant une sorte de décolonisation interne à l'Afrique du Sud et permettant aux Blancs, et aux Afrikaners en particulier, de maintenir leur domination politique sur le reste du territoire.

Die Transvaler, exemplaire du 7 octobre 1960.

Le , le Premier ministre britannique Harold Macmillan, en visite officielle au Cap, provoque la consternation des nationalistes lors d'un discours devant les parlementaires. À propos de la décolonisation en cours sur le continent africain, Macmillan parle de « vent du changement » (Wind of Change) auquel le gouvernement sud-africain ne pouvait rester sourd et aveugle. En appelant implicitement à réformer et abroger les institutions ségrégationnistes, Macmillan déclenche un processus qui allait permettre à Verwoerd de concrétiser les aspirations républicaines des Afrikaners.

Verwoerd profite de ce discours pour plaider la fin de toute allégeance au Royaume-Uni et, par le biais d'un référendum, en appeler à l'instauration de la république. Les électeurs blancs du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie), représentés au Parlement depuis 1949, sont également appelés à se prononcer.

Peu après le massacre de Sharpeville, le , l'arsenal policier et législatif du régime se durcit. C'est alors que l'ANC et le Congrès panafricain sont interdits par son gouvernement.

Le , Verwoerd est blessé par arme à feu par David Pratt, un déséquilibré blanc anglophone, à l'occasion de l'ouverture du Rand Easter Show au Milner Park de Johannesburg. Cet attentat renforce l'élan de sympathie des Blancs envers Verwoerd.

Le , la question est « Do you support a republic for the Union? » (« Soutenez-vous une république pour l'Union ? »). C'est une majorité de 52 % des voix qui répond par l'affirmative.

À la conférence des pays du Commonwealth à Londres, Verwoerd propose d'abord de maintenir l'Afrique du Sud au sein de l'organisation en tant que république. Mais il rencontre l'hostilité de l'Inde, des nouveaux pays décolonisés et de John Diefenbaker, Premier ministre du Canada. Le , Verwoerd annonce que son pays annule son adhésion au Commonwealth.

Le , jour de l'anniversaire de la signature du traité de Vereeniging marquant la fin de la guerre des Boers, la république d'Afrique du Sud est proclamée et l'adhésion au Commonwealth résiliée (elle sera restaurée en 1994).

En 1961, alors qu'à l'ONU Israël condamne la politique d'apartheid, Verwoerd rétorque : « Israël, tout comme l'Afrique du Sud, pratique l'apartheid[10]. »

Après que l'Afrique du Sud est devenue une république, Verwoerd refuse la venue en Afrique du Sud d'ambassadeurs noirs d'États membres du Commonwealth.

En 1963, il ouvre son gouvernement aux non-afrikaners en recrutant deux anglophones dans son gouvernement, les premiers depuis 1948.

En 1964, Nelson Mandela et Walter Sisulu sont condamnés à la prison à vie, lors du procès de Rivonia.

En 1965, Verwoerd refuse la présence de joueurs et de spectateurs maoris à l’occasion de la tournée des All Blacks néo-zélandais en Afrique du Sud, prévue en 1967, ce qui oblige la fédération néo-zélandaise de rugby à XV à la faire annuler.

Lors des élections du 30 mars 1966, le Parti national obtient 58 % des suffrages. Verwoerd paraît avoir réussi à bâtir une communauté blanche unie derrière son programme alors que les Noirs ne peuvent évidemment voir en lui que le père de l'apartheid.

La fin du mandat de Verwoerd en tant que Premier ministre est marquée par le début de la guerre sud-africaine de la frontière qui dure vingt-deux ans, du au .

Sépulture d'Hendrik Verwoerd au cimetière central de Church Street à Pretoria.

Trois jours avant sa mort, Verwoerd avait eu des entretiens avec Joseph Leabua Jonathan, Premier ministre du Lesotho, un État indépendant enclavé sur le territoire sud-africain, à l'Union Buildings à Pretoria.

Le , Hendrik Verwoerd est poignardé à mort en plein parlement par Demitrios Tsafendas. Ce dernier, métis d'origine grecque et mozambicaine, échappe à la peine de mort à cause de son état mental. Il est condamné à perpétuité et meurt en hôpital psychiatrique en 1999. La déclaration du Premier ministre rhodésien, Ian Smith, démontre la grande incompréhension des Blancs envers les Noirs dans cette partie du monde : « À ceux qui l'ont connu personnellement, et je fais partie de ceux qui ont eu ce privilège, sa profonde sincérité dans tout ce qu'il entreprenait, son élégance et sa gentillesse envers tout le monde, sa défense des valeurs chrétiennes, et ses sages conseils en temps de paix et dans l'adversité seront grandement regrettés ».

John Vorster, ministre de la Justice, succède alors à Hendrik Verwoerd et infléchit la doctrine de l'apartheid.

Jusqu'en 2005, la banquette parlementaire où était assis Verwoerd au moment de son assassinat conserva les tâches de son sang. Elle fut nettoyée, officiellement par inadvertance.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Perçu par ses pairs du Parti national comme une personnalité brillante, au ton professoral, intellectuellement doué et travailleur acharné, Hendrik Verwoerd est, dès les années 1930-1940, également considéré comme un homme doté d'une très forte assurance, distant et réservé, dogmatique, inflexible et éruptif[3]. Un attaché parlementaire le décrit ainsi :« Le docteur Verwoerd diffère de vous et de moi dans le sens que nous pouvons envisager avoir [quelques fois] raison tandis que lui sait qu'il a [toujours] raison »[11]. Aussi perçoit-il « les gens autour de lui, et dans le monde extérieur, comme ses élèves. Il connaissait toutes les réponses et il fallait juste qu'il leur explique les détails ». « Tout juste pouvait-il s'énerver et alors élever la voix quand son message ne parvenait pas à leur entendement »[12].

Pour l'historien Hermann Giliomee, Verwoerd était un leader charismatique aux convictions inébranlables, à la fois audacieux et pragmatique, pouvant sacrifier une situation enviable de professeur d'université à Stellenbosch afin de réaliser ses idéaux. Il est doté d'une intelligence indéniable et d'une forte capacité de conviction, pouvant faire douter ses contradicteurs les plus hostiles, notamment concernant l'apartheid[13]. Giliomee souligne que, dans son travail d'ingénierie sociale, Verwoerd n'a jamais parlé ou cherché à parler avec un activiste noir, ni même avec un militant modéré opposé à l'apartheid, se contentant de dialoguer avec les membres du conseil de représentation indigène ou avec les chefs tribaux[14]. L'historien souligne aussi que Verwoerd n'a jamais fait le moindre effort pour cacher le fait qu'il ferait toujours passer l'intérêt des Blancs, et en particulier l'intérêt des Afrikaners, avant celui des autres groupes de population d'Afrique du Sud et qu'il ne ferait rien pour celles-ci dans la mesure où ladite action pouvait avoir un impact négatif pour le bien-être de cette population blanche[15].

Des spéculations circulent sur le fait que, quelques jours avant son assassinat, Hendrik Verwoerd aurait acté, devant témoins, l'échec de la mise en œuvre concrète de sa politique d'apartheid et la nécessité d'envisager une autre voie et même un changement de cap[13].

L'héritage d'Hendrik Verwoerd[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, la période entre 1950 et 1966, pendant laquelle Verwoerd participa au gouvernement, est considérée comme l'âge d'or de l'apartheid. En 1967, le Financial Mail, un magazine financier de premier plan en Afrique du Sud, célèbre la période allant de 1961 à 1966 comme les Fabulous Years, une période durant laquelle le produit national brut de l'Afrique du Sud avait augmenté de 30 %[13].

Le nom de Verwoerd est vénéré pendant les années qui suivent sa mort et son nom est donné à une ville, Verwoerdburg, et à de multiples lieux publics (aéroport, barrages, avenues, bâtiments). Au début des années 1990, son nom commence à être synonyme d'infamie et, selon Herman Giliomee, il devient le bouc-émissaire idéal, expliquant les problèmes de l'Afrique du Sud contemporaine[13].

Peu de temps après les premières élections multiraciales, le conseil municipal de la ville blanche de Verwoerdburg, près de Pretoria, rebaptise la ville en Centurion lors de sa fusion avec des localités voisines (1995) alors que le barrage qui porte son patronyme (Hendrik Verwoerd Dam) prend le nom du fleuve qu'il borde, Gariep, en novembre 1994.

Le bâtiment Hendrik Verwoerd de l'université de Stellenbosch est débaptisé, tout comme l'aéroport Hendrik Verwoerd de Port Elizabeth qui prend le nom de la ville. En 2006, l'université de l'État-Libre rebaptise la résidence Hendrik Verwoerd en résidence Armentum mais préserve la salle consacrée à l'ancien Premier ministre, comprenant statue en bronze, souvenirs personnels et portraits.

Sa statue de 4,67 m, sculptée par Gerhard de Leeuw et érigée en 1969 devant le bâtiment de l'administration provinciale de Bloemfontein (alors nommé HF Verwoerd Building), est déboulonnée en septembre 1994 avant d'être transférée en 2006 à Die Erfenisstigting (Heritage Foundation), une fondation du patrimoine afrikaner, géré notamment par le comité associatif du Voortrekker Monument.

Son buste en granit, réalisé par le sculpteur Jo Roos, situé devant l'entrée de l'hôpital H. F. Verwoerd de Pretoria depuis 1967, est également transféré à Heritage Foundation en avril 1997, après que le complexe hospitalier a été rebaptisé Pretoria Academic Hospital. En 2008, il est ré-érigé dans la ville afrikaner d'Orania, à l'entrée du musée Verwoerd, installé dans la maison où sa veuve, Betsie Verwoerd, vécut les dernières années de sa vie.

En 1996, son portrait et son buste en marbre sont également retirés du parlement avec ceux des anciens Premiers ministres et présidents[16] et remis à la disposition de la fondation du patrimoine afrikaner.

Cependant, ces changements de nom sont limités et, en 2011, de nombreuses artères de villes, à commencer par celles du Cap et de Centurion, continuent de porter le patronyme de l'ancien Premier ministre et architecte de l'apartheid.

En mai 2011, le buste en bronze représentant Verwoerd, situé dans un parc public de Meyerton (municipalité de Midvaal), son ancienne circonscription électorale située aujourd'hui dans la province du Gauteng, est à son tour retiré de l'espace public, à la veille des élections municipales. Il s'agissait de la dernière statue de Verwoerd située dans un espace public hors de la ville afrikaner d'Orania où plusieurs de ses statues et bustes ont trouvé refuge.

En 2004, selon un sondage, Hendrik Verwoerd méritait la 19e place sur la liste des 100 plus grands Sud-Africains, précédant ainsi des combattants célèbres contre l'apartheid comme Chris Hani, Oliver Tambo ou Walter Sisulu.

Famille[modifier | modifier le code]

Nelson Mandela, président d'Afrique du Sud, rend visite à Betsie Verwoerd et à Carel Boshoff à Orania en 1995.

Hendrik Verwoerd épouse en 1927 Elizabeth Betsie Schoombee (1901-2000). Ils ont sept enfants :

  • Wilhelm Johannes Verwoerd (né en 1929), professeur de géologie à l'université de Stellenbosch ;
  • Anna Verwoerd (1932-2007) qui épouse Carel Boshoff ;
  • Daniël Daan Wynand Verwoerd (né en 1933), biochimiste et chercheur à la faculté de médecine animale de l'université de Pretoria ;
  • Elsabet Verwoerd (née en 1936) ;
  • Hendrik Frans Verwoerd (né en 1940) ;
  • Christiaan Andries Verwoerd (né en 1942) ;
  • Wynand (Wijnand) Schoombee Verwoerd (né en 1947).

Betsie Verwoerd continue à soutenir l'œuvre de son mari et rejoint le Parti conservateur dès 1982, puis s'établit, au début des années 1990, dans l'embryon de Volkstaat d'Orania, géré par son gendre, Carel Boshoff (mort en 2011).

En 1995, Nelson Mandela, premier président noir d'Afrique du Sud, se rend à Orania et partage avec elle une tasse de thé.

Wilhelm Verwoerd (né en 1964), troisième fils de Wilhelm Johannes Verwoerd et petit-fils d'Hendrik Verwoerd, auteur d'une thèse dans laquelle il essaye de dédiaboliser son grand-père, rejoint le congrès national africain (ANC) en 1992. Sa grand-mère Betsie se montre compréhensive envers son engagement politique[17], mais les liens sont en revanche rompus avec une grande partie de sa famille, dont son père, qui le qualifie de traître[18]. Son épouse, Mélanie Fourrie, est élue député de l'ANC en 1994 et réélue en 1999, avant d'être nommée ambassadeur d'Afrique du Sud en Irlande puis directrice exécutive de UNICEF Ireland. Le couple divorce après presque dix-neuf ans de mariage et avoir eu deux enfants.

Représentation théâtrale[modifier | modifier le code]

Le comédien sud-africain Marius Weyers a interprété le rôle d'Hendrik Verwoerd en 2003 dans la pièce I.D. de Antony Sher[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Hermann Giliomee, The last afrikaner leaders, a supreme test of power, Tafelberg, 2012, p 25 à 27
  2. a, b, c, d, e et f Hermann Giliomee, The last afrikaner leaders, a supreme test of power, Tafelberg, 2012, p 27-30
  3. a, b, c, d, e, f et g Hermann Giliomee, The last afrikaner leaders, a supreme test of power, Tafelberg, 2012, p 38 à 41
  4. Hermann Giliomee, The last afrikaner leaders, a supreme test of power, Tafelberg, 2012, p 42
  5. Correspondances de 1953 entre Albertus Geyer, ancien éditorialiste au Die Burger et haut commissaire à Londres, et Phil Weber, éditorialiste au Die Burger, cités par Hermann Giliomee, The last Afrikaners Leaders, Tafelberg, 2012, p 43
  6. Hermann Giliomee, The last Afrikaners Leaders, Tafelberg, 2012, p 42-43
  7. J. Lazar, Conformity and Conflict: Afrikaner Nationalist Politics in South Africa, 1948- 1961, PhD thesis, Oxford University, 1987.
  8. Hermann Giliomee, The last Afrikaners Leaders, Tafelberg, 2012, p 46 et 58-59
  9. Hermann Giliomee, The Last Afrikaner Leaders: A Supreme Test of Power, Tafelberg, 2012, p 48
  10. (en) The Empire's New Walls: Sovereignty, Neo-liberalism, and the Production of Space in Post-apartheid South Africa and Post-Oslo Palestine/Israel. Andrew James Clarno. 2009. p. 66–67.
  11. Stanley Uys cité par Alex Hepple, Verwoerd, Harmondsworth, Penguin Books, 1967, p 136
  12. Stanley Uys cité par Hermann Giliomee, The last afrikaner leaders, a supreme test of power, Tafelberg, 2012, p 41
  13. a, b, c et d Hermann Giliomee, Remembering Verwoerd, 6 septembre 2016
  14. Hermann Giliomee, The last afrikaner leaders, a supreme test of power, Tafelberg, 2012, p 42-43
  15. Hermann Giliomee, The last afrikaner leaders, a supreme test of power, Tafelberg, 2012, p 45
  16. (en) « SOUTH AFRICA: RELICS OF THE APARTHEID ERA BEGIN TO BE REMOVED », Reuters TV, 1996.
  17. (en) « Reconciliation comes to Ireland, SA-style », IOL, 6 juillet 2003.
  18. (en) Michael Henderson, Forgiveness: Breaking the Chain of Hate, Arnica Publishing inc., Portland, 2003, p. 46.
  19. (en) « Marius Weyers: 'It's very hard because it is about my people, my family' », The Independant, 24 août 2003.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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