Hélie de Talleyrand-Périgord

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Hélie de Talleyrand-Périgord
Image illustrative de l'article Hélie de Talleyrand-Périgord
Hélie de Talleyrand, cardinal du Périgord
Biographie
Naissance 1301
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
par le
pape Jean XXII
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens
Cardinal-évêque d'Albano
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale
Fonctions épiscopales Évêque de Limoges
Évêque d'Auxerre
Doyen du Collège des cardinaux

Blason
« Rien que Dieu ! »

Hélie de Talleyrand-Périgord, né en 1301, mort en 1364, fils d'Hélie VII, comte de Périgord, et de Brunissende de Foix [1], fut cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens, puis cardinal-évêque d'Albano et doyen du Collège des cardinaux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dernier des trois fils du comte de Périgord, il fut destiné à la carrière ecclésiastique.

La cathédrale d'York dont Hélie de Talleyrand-Périgord fut le doyen du chapitre

Ses bénéfices en Angleterre[modifier | modifier le code]

Il toucha ses premiers revenus à l’âge de dix-neuf ans grâce à Jean XXII. Il devint prébendier de Mapesbury (1320), de South Newbold (1325), de Laughton (1342) et de Stensall (1354). Dans le même temps, il fut nommé archidiacre de Londres (1320-1323), de Richmond, dans le diocèse d’York (1322-1328), de Suffolk ( au ) et enfin doyen du chapitre cathédral d’York (1342-1364)[1].

Rien d’étonnant à ce qu’il fut le plus anglophile des cardinaux avignonnais. Édouard III, le roi d’Angleterre le savait. Aussi, en 1360, pour éviter tout pillage des biens du cardinal de Périgord, il les plaça sous la protection de Bertrand de Montferrand, l’un de ses châtelains[2].

Le cardinal de Périgord[modifier | modifier le code]

À côté, ses bénéfices en France se réduisaient à sa charge d’abbé de Sainte-Marie de Chancelade, dans le diocèse de Périgueux. Le pape l’éleva à l’épiscopat et il devint évêque de Limoges, le , puis évêque d’Auxerre, le [1].

À la demande de Philippe VI de Valois, alors qu’il n’avait que vingt-huit ans, il fut créé cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens, lors du consistoire du . C’était le seul de cette cinquième promotion du pontificat de Jean XXII. Il prit pour devise : Re que Diou ! (Rien que Dieu !) et entra à la Curie au cours du mois de juin[1].

Le faiseur de papes[modifier | modifier le code]

Dès lors le cardinal de Périgord devint un personnage central de la papauté avignonnaise. Il participa aux conclaves qui élurent Benoît XII, Clément VI, Innocent VI et Urbain V[1]. Sachant qu’il n’avait aucune chance d’être élu, il voulut faire des papes à sa convenance[3].

Sa première tentative eut lieu lors du conclave qui désigna Benoît XII. Il avait son candidat en la personne de Jean-Raymond de Comminges qu’il défendit brillamment. Mais le choix de la résidence pontificale entre Avignon et Rome fut l’occasion d’une violente altercation entre les deux princes de l’Église, le cardinal de Comminges refusant de prendre l’engagement de ne pas ramener la papauté à Rome.

À la mort de Clément VI, le conclave désigna à l’unanimité Jean Birel, Général des chartreux, comme nouveau pontife. Il ne convint pas à Talleyrand et son éloquence fit le reste[3]. Un nouveau vote mit Étienne Aubert sur le trône de Pierre[4]. Dès son élection, Innocent VI offrit à Jean Birel une place au Collège des cardinaux. Mais le chartreux refusa, désirant plutôt monter en vertus qu’en dignités.

Son autorité au sein des cardinaux fut d’autant plus grande que le , il fut nommé cardinal-évêque d’Albano et qu’en septembre 1361, il devint doyen du Sacré Collège[1].

Ses légations en France et en Europe[modifier | modifier le code]

La bataille de Poitiers que ne put empêcher le cardinal de Périgord

Le cardinal de Périgord fut chargé de négociations importantes par le Saint-Siège. Sa première légation ne se fit pas. Assisté de quatre autres cardinaux, en 1336, il devait assister le roi de France, Philippe VI de Valois, dans sa capitainerie générale lors d’une croisade. À la demande de Hugues IV de Lusignan, roi de Chypre, Benoît XII, le 26 mars, jour du vendredi-saint, lança un appel général à se croiser à tous les princes et rois chrétiens. Le début de la Guerre de Cent Ans mit un terme à ce projet[3].

En 1346, il fit élire empereur Charles IV de Luxembourg à la place de Louis de Bavière excommunié[1].

Avant un affrontement prévisible entre l'ost de France et d'Angleterre, une légation pontificale conduite par les cardinaux Hélie de Talleyrand et Nicola Capocci quitta Avignon le pour rencontrer le Prince Noir et Jean II[1]. Le roi de France n'ayant rien voulu entendre ce fut la défaite de Maupertuis, près de Poitiers[3].

Le cardinal de Périgord alla à Bordeaux puis à Londres négocier la liberté du roi et fit conclure entre la France et l'Angleterre une trêve de deux ans. Grâce à son intervention, le Prince Noir modéra ses pillages et ses destructions en Occitanie[3].

Au cœur de toutes les intrigues[modifier | modifier le code]

Après la Peste Noire, il s’intéressa particulièrement à un moine d’Aurillac, commentateur de Joachim de Flore. Ce Jean de Roquetaillade, dès son entrée chez les franciscains en 1332, s’était déclaré honoré de visions. Il avait livré ses révélations dans le Liber Ostentor. Jean de Roquetaillade fut mis sous surveillance à partir de 1344, aussi bien par son maître général que par Clément VI. Son délire prophétique continuant de plus belle, en 1349, il fut interrogé à plusieurs reprises devant le consistoire. Et le cardinal de Périgord n’hésita pas à le consulter en dépit de la suspicion qui pesait sur lui. Il le convoqua en 1351, l'interroger sur les menaces que pouvaient présenter les nouveaux cardinaux pour les anciens qui avaient échappé au mal contagieux[5].

Quand il proclama, en 1356, qu’un roi le fils de l’Aigle subjuguerait les Maures d’Espagne et recouvrerait la Terre Sainte, Innocent VI le fit maintenir dans une étroite réclusion au palais des papes. Deux ans auparavant, il s'était mis à dos le cardinal de Périgord pour avoir fustigé devant deux cent docteurs de la loi les richesses de l'Église et déclaré que le monde serait converti à la vraie foi par les frères mineurs. Ce qui lui valut la réplique : « Frère Jean, tu dis que nous devons traverser de grandes tribulations et être chassés et perdre nos richesses et cette gloire temporelle que nous avons. Et que le pouvoir du pape et l'autorité de l'Église doivent retourner à certains pauvres de ton ordre : toutes choses qui sont impossibles et folles »[5].

Quand, en 1363, le cardinal Guy de Boulogne, en légation à Naples, se mit en tête de marier son neveu Aimon de Genève à Jeanne de Duras, filleule de la reine Jeanne, la cardinal, apparenté à cette famille[6], demanda instamment à Urbain V de mettre son veto à cette union voulue par son rival du Sacré Collège[3].

Le Collège de Périgord à Toulouse[modifier | modifier le code]

Guillaume de Boldensele remet son livre au cardinal

Il fut fondé par le cardinal, en 1360, avec vocation d’y enseigner le droit[1]. Construit près de la cathédrale Saint-Sernin, sur l’emplacement de l’Hôtel Maurand, dont il conserva la tour, il comprenait quatre corps de bâtiments délimitant une cour centrale où courait une galerie à deux niveaux[7].

Le Collège possédait de plus un vignoble. Élèves et professeurs recevaient chacun un tonneau pour leur consommation annuelle[8]. Le cardinal fut aussi un humaniste. Il protégea les lettres et s'il fut un grand ami de Pétrarque[3], il défendit, contrairement au poète, le maintien de la papauté à Avignon[1].

Dans le cadre des croisades pontificales, le cardinal de Périgord s'intéressa aussi à la géographie de la Terre Sainte. Il reçut le Liber de quibusdam ultramarinis partibus et praecipue de Terra sancta des mains de Guillaume de Boldensele, ouvrage qu'il lui avait commandité et qui retraçait ses visites dans le Moyen-Orient. Le moine, de retour de pèlerinage à l'automne 1335 fut reçu à Avignon, au cours du printemps 1336 pour remettre au cardinal la relation de ses périples[5].

Il semble qu'une véritable amitié lia les deux hommes. Ils avaient en commun une grande et noble lignée ainsi qu'une érudition importante. Le moine était un lecteur assidu d'Aristote, d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin. Le cardinal le qualifiait de « trésor dans le champ du troupeau du Seigneur »[5].

Le retour de ses cendres à Périgueux[modifier | modifier le code]

La cathédrale Saint-Front de Périgueux (avant restauration), lieu d'inhumation du cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord

Il décéda le , il fut d’abord inhumé dans l’église des franciscains d’Avignon, puis selon sa volonté dans la cathédrale Saint-Front de Périgueux où il avait fondé une chapelle[1].

Ancien domaine près d'Avignon[modifier | modifier le code]

Dans le Vaucluse, aux portes d’Avignon, sur la commune du Pontet, il existe une Z. I. Périgord qui occupe les anciens domaines attribués au cardinal Hélie de Talleyrand.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Blason département fr Dordogne.svg

Les armes du cardinal de Périgord, qui sont celles de sa famille, se lisent : De gueules à trois lionceaux d’or couronnés, armés et lampassés d’azur

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

En rupture avec le reste de l'ouvrage, le septième et dernier tome des Rois Maudits de Maurice Druon, Quand un roi perd la France, est narré à la première personne par le cardinal de Périgord, en route vers Metz, qui raconte à son neveu les événements autour de la bataille de Poitiers.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Salvador Miranda, Cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord, University Park, Miami, FL 33199, 2009
  2. L’acte de 1360 pour la protection des biens du cardinal de Périgord indique : Edwardus dei gracia rex Anglia et Francie et dominus Hibernie, senescallo suo Vasconie qui nune est, vel que pro tempore fuerit, salutem, supplicavit nobis venerabilis pater, Tailharandus episcopus Albanensis, Sancta Romane Ecclesie cardinalis, ut cum Johanna de Petrogovis, amita sua defuncta in testamento suo, in ultima volontate sua voluisset et precepisset quod, quandia guerra, inter nos et adversarium nostrum Francie duraret, loca et gentes de Lavardaco, de Feugaroliis et Caudaroue que fuerent predicte Johanne, sint et remaneant obediencia nostra… in manus dilecti et fidelis nostri, Bertrandi, domini de Monteferrandi liberentur, nomine dicti cardinalis regenda et custodienda, ita quod idem dominus de Monteferrandi, durante guerra predicta.
  3. a, b, c, d, e, f et g Norman P. Zacour, Talleyrand : The Cardinal of Perigord (1301-1364) sur le site persee.fr
  4. Le rôle du cardinal de Périgord fit l’objet de plusieurs versions. La plus vraisemblable reste celle de Boutrais Cyprien Marie, ancien procureur à Glandier. Jean Birel, effrayé par cette charge, aurait demandé à Talleyrand de retourner le Sacré Collège : Clementis sexti successor dictus, honorem. Exuo, dum pro me Tallaïrandus agit (Clément six étant mort, on m’appelle à la chaire, Talleyrand, agissant pour moy, rompt cette affaire). Le cardinal Talleyrand ne démentit jamais son attachement à l’Ordre cartusien. Il termina et dota richement la chartreuse de Vauclaire, près de Montignac en Dordogne, ainsi que l’église de Saint-Astier dans le même département.
  5. a, b, c et d Croisades et paix en Europe au XIVe siècle. Le rôle du cardinal Hélie de Talleyrand
  6. Une de ses sœurs, Agnès de Périgord, avait épousé Jean de Gravina, tige de la maison angevine des Duras (Durazzo) à Naples.
  7. Le tout a été fortement endommagé par une restauration en 2003.
  8. Sa superficie atteignait 34,25 arpents soit 19,8 hectares. Il s’étalait aussi bien sur les coteaux (Auzel et Drémil) que sur la plaine au lieu-dit Labège et dans le lit mort de l’Hers. Les vignes de coteaux représentaient un peu plus du tiers de la superficie. En plaine, la vigne était cultivée sur hautains, sur les coteaux elle était conduite en plantations basses.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François du Chesne, Histoire de tous les cardinaux françois de naissance ou qui ont été promus au cardinalat par l’expresse recommandation de nos roys, Paris, 1660.
  • Étienne Baluze, Vitae paparum Avenionensium, sive collectio actorum veterum, Vol. I et II. Paris, 1693.
  • Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, grands officiers de la Couronne et de la maison du roi, des anciens barons du royaume avec les qualités, l’origine, le progrès et les armes de leurs famille, Paris, 1712.
  • Honoré Fisquet, La France pontificale, histoire chronologique et biographique des archevêques et évêques de tous les diocèses de France depuis l’établissement du christianisme jusqu’à nos jours, divisée en dix-sept provinces ecclésiastiques, 1864-1873.
  • Patrice Foissac, Histoire des collèges de Cahors et Toulouse (XIVe et XVe siècles), Cahors, La Louve, 2010.
  • M. Meusnier, Le Collège de Périgord à Toulouse, Annales du Midi, T. 63, 1951.
  • G. Mollat, Contribution à l’histoire du Sacré Collège de Clément V à Eugène IV, Revue d’histoire ecclésiastique, T. XLVI, 1961.
  • J. de. Font-Réaulx, Les cardinaux d’Avignon, leurs armoiries et leurs sceaux, Annuaire de la Société des amis du palais des papes, XLVII – LII, n° 140 à 186, 1971 – 1975.
  • B. Tollon, Le grand degré du Collège de Périgord à Toulouse (1367), Bulletin de l’année académique 1999-2000, T. LX, 2000.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]