Jean de Roquetaillade

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Jean de Roquetaillade
Alias
Johannes de Rupescissa
Naissance vers 1310
Yolet ou Marcolès
Décès entre 1366 et 1370
Avignon
Nationalité Auvergnat
Pays de résidence Avignon et Auvergne
Profession
Activité principale
théologien, prophète et polémiste
Autres activités

Jean de Roquetaillade (en latin Johannes de Rupescissa) (Yolet ou Marcolès vers 1310 - Avignon entre 1366 et 1370) est un frère mineur français du couvent d'Aurillac, « théologien, prophète, polémiste et alchimiste ».

Auteur d'écrits critiques et prophétiques, rédigés dans un style à la fois poétique et grandiloquent, il s'attaque au haut-clergé, aux puissants, et prévoit une grande révolution qui abolira tous leurs privilèges et renversera la royauté. Il passa la majeure partie de ses vingt dernières années emprisonné dans une cellule à Avignon, sous les accusations d'hérésie, de fausses prophéties et de magie.

En alchimie, il est l'introducteur de la notion de quintessence, qu'il déclarait pouvoir obtenir par distillations successives de l'aqua ardens (l'alcool).

« Il légua ainsi à la postérité l'image d'un Arnaud de Villeneuve inventeur de l'analogie [alchimique] lapis = christus et d'une alchimie médicale dont il tira parti en s'appliquant par ses propres travaux à livrer au monde un puissant médicament régénérateur, seul remède capable d'anéantir les effets désastreux de l'Antéchrist : l'alcool[1]. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Né près d'Aurillac, il alla faire ses études de théologie à l'université de Toulouse de 1327 à 1332, puis revint à Aurillac où il entra chez les Frères mineurs (ou Franciscains). Entre 1340-1344, il voit en rêve l’Antéchrist encore enfant, faisant partie des proches de l’empereur de Chine. Il annonce son triomphe pour l'année 1366.

En 1344, le ministre provincial d’Aquitaine, futur ministre général de l'Ordre, Guillaume Farinier, s’inquiète de ses déclarations et le fait emprisonner au couvent de Figeac. En plus de ses visions apocalyptiques, il lui reproche ses violentes attaques contre le pape d'Avignon. Tous les écrits de Roquetaillade datant de cette époque sont tous perdus.

Il reste prisonnier, tout en étant transféré, à plusieurs reprises dans divers couvents d’Aquitaine (Figeac, Martel, Brive etc...). En 1345, il profite d'un transfert entre deux couvents, pour convaincre ses gardiens de le conduire à Avignon auprès du pape Clément VI pour lui présenter une requête.

Après avoir exposé sa cause en Consistoire, il est emprisonné dans la prison du Soudan, et il lui est demandé de mettre par écrit ses prédictions. Ce sera le Liber perfectum secretorum eventuum, qui décrit l'apparition de l’Antéchrist en 1366, l'exaltation de son pouvoir jusqu’en 1370, sa défaite jusqu’à l’avènement de Gog en l'an 2370.

Son délire prophétique continuant de plus belle, en 1349, il fut interrogé à plusieurs reprises devant le consistoire. Et le cardinal de Périgord n’hésita pas à le consulter en dépit de la suspicion qui pesait sur lui. Il le convoqua en 1351, pour l'interroger sur les menaces que pouvaient présenter les nouveaux cardinaux pour les anciens qui avaient échappé à la Peste Noire[2].

Manuscrit de Jean de Roquetaillade 1350
Autre page du manuscrit de 1350

Quand il proclama, en 1356, qu’un roi le fils de l’Aigle subjuguerait les Maures d’Espagne et recouvrerait la Terre Sainte, Innocent VI le fit maintenir dans une étroite réclusion au palais des papes d'Avignon. Deux ans auparavant, il s'était mis à dos le cardinal de Périgord pour avoir fustigé devant deux cent docteurs de la loi les richesses de l'Église et déclaré que le monde serait converti à la vraie foi par les frères mineurs. Ce qui lui valut la réplique : « Frère Jean, tu dis que nous devons traverser de grandes tribulations et être chassés et perdre nos richesses et cette gloire temporelle que nous avons. Et que le pouvoir du pape et l'autorité de l'Église doivent retourner à certains pauvres de ton ordre : toutes choses qui sont impossibles et folles »[2].

Au cours des années suivantes, il reste prisonnier, mais dans des conditions confortables, et rédige un très grand nombre de traités, dont la plupart n'ont pas été conservés. Ses idées apocalyptiques montrent une connaissance précise des œuvres de Joachim de Fiore et du commentaire sur l’Apocalypse de Pierre de Jean Olivi, qu'il défendit dans un texte intitulé Sexdequiloquium, rédigé vers 1352-1353, et récemment retrouvé.

On a aussi de lui le Liber ostensor datant de 1356, qui a été récemment publié, et un abrégé de ses pronostics, Vademecum in tribulation, qui a largement circulé et qui a été traduit dans de nombreuses langues vulgaires.

Il fut incarcéré au Château de Brignoles en 1360 puis revint infirme au couvent des Cordeliers d'Avignon en 1365 où il finit sa vie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

La Vertu et propriété de la quinte essence de toutes choses

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De quinta essentia (De consideratione Quintae essentiae rerum omnium, vers 1350), trad. 1581 : La Vertu et propriété de la quinte essence de toutes choses, faite en latin, par Joannes de Rupescissa et mise en françois, par Antoine Du Moulin. [1] [2]
  • Le Liber secretorum eventuum de Jean de Roquetaillade, éd. par Christine Morerod-Fattebert, Robert E. Lerner, Fribourg, Éditions universitaires, 1994.
  • Liber ostensor quod adesse festinant tempora (1356), édition critique sous la direction d’André Vauchez (Sources et documents d’histoire du Moyen Âge, 8), Rome : École française de Rome, 2005.
  • Vade mecum in tribulatione (1356):
  • (1) Editio princeps dans: Edward Brown, Fasciculus rerum expetendarum ac fugiendarum II, Londres, 1690,

  • (2) éditions modernes:

    • a) Giovanni di Rupescissa. Vade mecum in tribulatione, edizione critica a cura di Elena Tealdi, introduzione storica a cura di Robert E. Lerner e Gian Luca Potestà, Mailand: Vita e Pensiero. Dies Nova, 2015,

    • b) John of Rupescissa’s Vade mecum in tribulacione (1356). A Late Medieval Eschatological Manual for the Forthcoming Thirteen Years of Horror and Hardship. Edited by Matthias Kaup, London/New York: Routledge. Church, Faith and Culture in the Medieval West, 2017;

  • (3) traductions en français: Barbara Ferrari, "Le 'Vade mecum in tribulatione' de Jean de Roquetaillade en moyen français", Pour acquérir honneur et pris. Mélanges de moyen français offerts à Giuseppe Di Stefano, éd. Maria Colombo Timelli et Claudio Galderisis, Montréal, Ceres, 2004, p. 225-236.

Études sur Jean de Roquetaillade[modifier | modifier le code]

  • Jeanne Bignami-Odier, Études sur Jean de Roquetaillade, Paris, Vrin, 1952.
  • Jeanne Bignami-Odier, « Jean de Roquetaillade (de Rupescissa), théologien, polémiste, alchimiste », dans Histoire Littéraire de la France, Paris, 1981, Imprimerie nationale
  • Robert Halleux, « Notice sur les ouvrages alchimiques de Jean de Rupescissa », in Histoire littéraire de la France, 41, Paris, 1981, Imprimerie nationale, p. 241-284.
  • J. P. Torrel : La conception de la prophétie chez Jean de Roquetaillade, in Mélanges de l’École française de Rome, Moyen Âge 102 (1990), p. 557-576.
  • Sylvain Piron, « L’ecclésiologie franciscaine de Jean de Roquetaillade », dans Franciscan Studies, 65, 2007, p. 281-294 pdf
  • Sylvain Piron, « Le Sexdequiloquium de Jean de Roquetaillade », dans Oliviana (Mouvements et dissidences spirituels XIIIe-XIVe siècles), 3, 2009  : http://oliviana.revues.org/index327.html
  • Robert E. Lerner, « “John the Astonishing” », dans Oliviana, 3, 2009 : http://oliviana.revues.org/index335.html
  • Christine Morerod-Fattebert, «Un style, un homme ? L’exemple de Jean de Roquetaillade», Oliviana (Mouvements et dissidences spirituels XIIIe-XIVe siècles) 5/2016: [3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Antoine Calvet, "Alchimie et Joachimisme dans les Alchemica pseudo-arnaldiens", in Alchimie et philosophie à la Renaissance, p. 107.
  2. a et b Croisades et paix en Europe au XIVe siècle. Le rôle du cardinal Hélie de Talleyrand

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :