Enola Gay

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Enola Gay
L'équipage de l'Enola Gay pendant la Seconde Guerre mondiale, avec le pilote Paul Tibbets au milieu.
L'équipage de l'Enola Gay pendant la Seconde Guerre mondiale, avec le pilote Paul Tibbets au milieu.

Constructeur Drapeau : États-Unis Glenn L. Martin Company à Omaha, Nebraska
Rôle B-29-45-MO Superfortress
Statut Préservé au Steven F. Udvar-Hazy Center du National Air and Space Museum
Mise en service
Date de retrait

L'Enola Gay (prononcé en anglais : [ɪˈnoʊlə ˈɡeɪ]) est un avion bombardier Boeing B-29 Superfortress américain, nommé pour qu'il soit « sous une bonne étoile » d'après Enola Gay Tibbets, la mère du pilote Paul Tibbets, lequel sélectionne l'avion alors qu'il est encore sur la ligne de montage de la Glenn L. Martin Company. Le , au cours des dernières étapes de la Seconde Guerre mondiale, il est devenu le premier avion à larguer une bombe atomique. La bombe, nommée Little Boy, touche la ville d'Hiroshima au Japon et cause des destructions sans précédent. L'Enola Gay participe à la seconde attaque atomique comme avion de reconnaissance météorologique pour le bombardement de Kokura. Une couverture nuageuse défavorable entraîne un changement de cible et c'est Nagasaki qui est bombardée à la place par Bockscar, un autre B-29.

Après la guerre, l'Enola Gay retourne aux États-Unis où il opère de la base aérienne Walker au Nouveau-Mexique. En mai 1946, il est transféré à Kwajalein dans le Pacifique pour des essais nucléaires liés à l'opération Crossroads, mais n'est pas choisi pour un larguage test à Bikini. Plus tard cette même année, il est transféré à la Smithsonian Institution et passe de nombreuses années stationné sur des bases aériennes exposé sans protection, avant d'être démonté et transporté en 1961 dans un hangar du Smithsonian à Suitland dans le Maryland.

Dans les années 1980, des groupes d'anciens combattants appellent le Smithsonian à mettre l'avion en évidence dans un musée pour sa valeur historique, ce qui mène à une controverse intense à cause du manque d'une explication appropriée du contexte historique. Le poste de pilotage et le nez de l'avion sont ensuite exposés en 1995 au National Air and Space Museum (NASM) à Washington pour le 50e anniversaire du bombardement d'Hiroshima. Enfin, depuis 2003, le B-29 restauré est exposé au Steven F. Udvar-Hazy Center, une annexe du NASM située à l'aéroport international de Washington-Dulles.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Avant les bombardements atomiques[modifier | modifier le code]

L'Enola Gay (numéro de modèle B-29-45-MO, numéro de série 44-86292 et Victor number[Note 1] 82) est construit par la Glenn L. Martin Company (désormais intégrée à l'entreprise Lockheed Martin) dans son usine de bombardiers de Bellevue au Nebraska, jouxtant l'actuelle base aérienne Offutt. Le bombardier est l'un des quinze premiers Boeing B-29 Superfortress construits selon la spécification « Silverplate », ce qui leur permet notamment de larguer des bombes atomiques. Les modifications incluent une baie de largage modifiée avec des portes pneumatiques et des systèmes britanniques de fixation et de déblocage de bombes, des hélices réversibles donnant plus de puissance de freinage à l'atterrissage, des moteurs améliorés avec injection de carburant et un meilleur refroidissement[1] et le retrait de blindages sur des tourelles et des mitrailleuses. Au final, 65 avions « Silverplate », d'une finition en aluminium poli, seront assemblés pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Un groupe d'élite composé de quinze B-29 et de 40 pilotes sont rassemblés dans le 509th Composite Group pour ces missions exceptionnelles de bombardement atomiques[2].

Photographie en noir et blanc de l'avion au sol après sa mission à Hiroshima.
L'Enola Gay après sa mission à Hiroshima.

Le nom d'Enola Gay est personnellement choisi par le colonel Paul Tibbets, le commandant du 509th Composite Group, le , alors qu'il est encore sur la ligne de montage. Ce nom provient de la mère de Tibbets, Enola Gay Tibbets, elle-même nommée d'après l'héroïne du roman Enola; or Her fatal mistake (1886) de Mary Young Ridenbaugh. Tibbets est un pilote expérimenté qui a déjà réalisé des missions en Europe et en Afrique du Nord[2]. Les antécédents du pilote sont validés au préalable par le Federal Bureau of Investigation (FBI) et son appétence pour la discipline en font un candidat idéal[2]. L'avion est réceptionné par l'United States Army Air Forces (USAAF) le et assigné au 393d Bomb Squadron du 509th Composite Group. L'équipage B-9, commandé par le capitaine Robert A. Lewis, prend livraison du bombardier et l'emmène le d'Omaha à la base du 509th à la base aérienne Wendover dans l'Utah[3].

Treize jours plus tard, l'avion quitte Wendover pour Guam, où il reçoit une modification de sa baie de largage. Il est ensuite emmené au North Field de Tinian le 6 juillet. Il reçoit d'abord le Victor number 12, mais le 1er août, il reçoit le marquage de queue avec une lettre R dans un cercle appartenant au 6th Bombardment Group (futur 6th Operations Group) pour masquer son identité et son numéro est changé à 82 pour éviter une mauvaise identification parmi les pilotes de l'unité[3]. En juillet, le bombardier effectue huit vols d'entraînement et réalise les 24 et 26 juillet deux missions pour déposer des bombes citrouille — des bombes conventionnelles d'un format similaire aux bombes atomiques — sur des cibles industrielles à Kobe et Nagoya. L'Enola Gay est par la suite utilisé le 31 juillet pour un vol de répétition pour sa future mission[4].

La bombe atomique L-11 Little Boy, partiellement assemblée, est contenue dans une caisse de bois de 100 cm sur 120 cm sur 350 cm pesant 4 500 kg tandis que le projectile en uranium 235 est lui placé dans un petit conteneur en acier doublé de plomb d'un poids de 140 kg qui est attaché à des supports soudés au pont des quartiers du capitaine de l'USS Indianapolis Charles B. McVay III. La bombe et le projectile sont livrés par la suite à Tinian le [5]. L'Indianapolis est torpillé quelques jours plus tard en mer des Philippines.

Bombardement atomique d'Hiroshima[modifier | modifier le code]

Le pilote Paul Tibbets au départ de Tinian saluant les journalistes présents en 1945.
Tibbets recréant en 2004 la célèbre photographie depuis l'appareil exposé au musée.

Le , lors de la préparation de la première mission de bombardement atomique, Paul Tibbets assume le commandement de l'avion qui avait nommé d'après sa mère. Tibbets écrit plus tard que : « mes pensées ont tourné à ce point à ma courageuse mère aux cheveux roux, dont la confiance tranquille m'avait été une source de force depuis l'enfance, et surtout pendant la période [de doute] lorsque j'ai décidé d'abandonner une carrière médicale pour devenir un pilote militaire. À un moment où [mon père] pensé [que j'avais perdu la boule], elle m'avait soutenu et dit : « Je sais que tu va être bien être fils » »[6]. Le nom de l'avion est peint sur son nez le 5 août par Allan L. Karl, un militaire du 509th[3]. Le commandant habituellement en charge de l'avion n'est pas Tibbets mais Robert A. Lewis. Ce dernier est mécontent d'être remplacé par Tibbets pour cette importante mission et lorsqu'il découvre le matin du 6 août le désormais célèbre nose art[7].

La ville d'Hiroshima est la cible principale de la première mission de bombardement nucléaire le 6 août, avec les villes de Kokura et de Nagasaki comme cibles alternatives. L'Enola Gay, piloté par Tibbets, décolle de North Field dans les îles Mariannes du Nord, à environ six heures de vol du Japon, accompagné de deux autres B-29, The Great Artiste, piloté par Charles Sweeney, portant des instruments de mesures et un avion sans nom qui sera plus tard appelé Necessary Evil, commandé par le capitaine George Marquardt, pour prendre des photographies. D'autres avions participent à la reconnaissance ou servent en cas d'avaries. Le directeur du projet Manhattan, le Major général Leslie Richard Groves, souhaite que l'événement soit enregistré pour la postérité, de sorte que la piste de décollage est éclairé par des projecteurs et des journalistes présents. Quand Tibbets s'apprête à rouler, il se penche par la fenêtre pour faire signe aux spectateurs de quitter sa voie. Il en profite pour faire un signe aux caméras présentes[8], un cliché qui deviendra célèbre.

Carte schématisant les trajets des bombardiers vers le Japon et leur retour.
Les trajets des deux missions atomiques.

Après avoir quitté Tinian, les avions volent séparément à Iwo Jima où ils se rejoignent à environ 8 010 pieds pour mettre le cap vers le Japon. L'Enola Gay arrive sur la cible avec une visibilité claire à environ 32 300 pieds. Le capitaine William Sterling Parsons du projet Alberta qui commande la mission, arme la bombe pendant le vol pour minimiser les risques d'accident pendant le décollage ; les accidents avec ces bombardiers étant courants dans cette phase sensible. Son assistant, le sous-lieutenant Morris R. Jeppson, retire les dispositifs de sécurité trente minutes avant d'atteindre la zone cible.

Le bombardier ne rencontre aucune résistance ennemie et atteint sans encombre les côtes japonaises. Précédé par un avion de reconnaissance qui provoque une alerte à Hiroshima, l'un des six avions de la mission[2], l'Enola Gay a le feu vert pour l'attaque, tandis que les Japonais lèvent l'alerte car vus le peu nombre d'avions s'approchant à haute altitude et qui semblent se diriger vers une autre ville. Le bombardement prévu à h 15 min 17 s[2] (heure d'Hiroshima) se déroule comme prévu et Little Boy met 43 secondes pour tomber de l'avion volant à environ 31 000 pieds jusqu'à la hauteur de détonation prédéterminée au-dessus de la ville : environ 1 968 pieds. L'Enola Gay parcourt 18,5 kilomètres avant de ressentir les ondes de choc de l'explosion, sans dommage pour les appareils[9]. La cible initiale est le pont Aioi dont la forme en « T » (deux tabliers) est reconnaissable facilement, mais l'hypocentre est finalement l'hôpital Shima, plus au sud.

La détonation créé une explosion équivalente à 16 kilotonnes de TNT (67 TJ)[10]. L'uranium-235 est considérée comme très inefficace dans une arme, puisque seulement 1,7 % de sa matière n'est fissile. Le rayon de destruction totale est d'environ 1,6 kilomètres, avec la génération d'incendies qui détruisent 1,6 kilomètres carrés. Les Américains estiment que 12 kilomètres carrés de la ville sont détruits. Les autorités japonaises déterminent elles que 69 % des bâtiments d'Hiroshima sont détruits et 6 à 7 % de plus, endommagés[11]. Environ 70 000[2] à 80 000 personnes, soit 30 % de la population de la ville, sont tuées par l'explosion et la tempête de feu résultante[12], et 70 000 autres sont blessés[13]. Parmi les personnes tuées, 20 000 sont des soldats[14].

L'Enola Gay retourne en toute sécurité à sa base de Tinian, arrivant à 14 h 58, après 12 heures et 13 minutes de vol. Le Great Artiste et Necessary Evil suivent peu après. Plusieurs centaines de personnes, y compris des journalistes et des photographes, se rassemblent pour immortaliser le retour des avions. Tibbets est le premier à débarquer et est reçoit la Distinguished Service Cross sur place[9]. Elle lui est remise par le général Carl A. Spaatz. Tibbets est plus tard reçu à la Maison-Blanche par le président des États-Unis Harry S. Truman[2].

Bombardement atomique de Nagasaki[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bockscar et Fat Man.

La mission d'Hiroshima est suivie d'une autre attaque nucléaire. À l'origine prévu pour le 11 août, le bombardement est avancé de deux jours (au 9 août) en raison d'une prévision météorologique défavorable. Cette fois, la bombe Fat Man est portée par un autre B-29, Bockscar, piloté par le major Charles Sweeney[15]. L'Enola Gay est piloté cette fois-ci par l'équipage du capitaine George Marquardt dit équipage « B-10 », normalement affecté à Up An' Atom[16]. L'Enola Gay est désigné avion de reconnaissance météorologique pour Kokura, la cible principale[17]. L'équipage signale des cieux clairs sur Kokura, mais au moment où Bockscar arrive, la ville est obscurcie par la fumée des feux provenant des bombardements conventionnels de Yahata par 224 B-29 la veille. Après trois passages infructueux, Bockscar dévie vers son objectif secondaire, Nagasaki, où il lâche sa bombe. Contrairement à la mission d'Hiroshima, la mission de Nagasaki est décrite comme un échec tactique, bien que la mission atteint ses objectifs. L'équipage rencontre un certain nombre de problèmes d'exécution et a très peu de carburant au moment où ils se posent sur le site d'atterrissage d'urgence de Yontan à Okinawa[18].

Équipage[modifier | modifier le code]

Mission à Hiroshima[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc d'un des membres d'équipage tenant une boîte (viseur) devant l'avion au sol.
Le bombardier Thomas Ferebee avec le viseur Norden à Tinian après la mission.

À son bord, l'Enola Gay compte douze hommes[2],[19] :

Tous les membres de l'équipage sont morts, le dernier, Van Kirk, est mort en juillet 2014[20].

Mission à Nagasaki[modifier | modifier le code]

Pour la mission à Nagasaki, l'Enola Gay est piloté par l'équipage « B-10 », normalement affecté à Up An' Atom[16] :

  • Captain George W. Marquardt : pilote et commandant de l'avion ;
  • Second Lieutenant James M. Anderson : copilote ;
  • Second Lieutenant Russell Gackenbach : navigateur ;
  • Captain James W. Strudwick : bombardier ;
  • First Lieutenant Jacob Beser : contre-mesures radar ;
  • Technical Sergeant James R. Corliss : officier mécanicien navigant ;
  • Sergeant Warren L. Coble : opérateur radio ;
  • Sergeant Joseph M. DiJulio : opérateur radar ;
  • Sergeant Melvin H. Bierman : mitrailleur de queue ;
  • Sergeant Anthony D. Capua, Jr. : assistant officier mécanicien navigant/scanner.

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc de l'avion atterissant après sa fameuse mission.
Le retour de l'Enola Gay à sa base de Tinian après la mission sur Hiroshima.

Le , Lewis ramène l'Enola Gay vers les États-Unis, arrivant à la nouvelle base de la 509th, la base aérienne Walker au Nouveau-Mexique, le 8 novembre. Le , l'Enola Gay quitte le Nouveau-Mexique dans le cadre des essais nucléaires de l'opération Crossroads dans le Pacifique. Il se rend à Kwajalein le 1er mai. Il n'est cependant pas choisi pour l'essai à l'atoll de Bikini et quitte Kwajalein le 1er juillet, date de l'essai, atteignant la base aérienne Travis (en) en Californie le lendemain[21].

La décision de préserver l'appareil prise, l'avion est emmené le vers la base aérienne de Davis-Monthan de Tucson, en Arizona, en prévision de son stockage. Le , la propriété de l'avion est transféré à la Smithsonian Institution et l'Enola Gay est officiellement retiré de l'inventaire de l'USAAF[21]. De 1946 à 1961, l'avion est entreposé temporairement dans plusieurs endroits : à la base aérienne de Davis-Monthan du au , avant d'être envoyé à l'aérodrome d'Orchard Place (actuel aéroport international O'Hare de Chicago) à Park Ridge, dans l'Illinois. Il est déménagé le à la base aérienne Pyote (en) au Texas, puis le [22] à la base aérienne Andrews (en) dans le Maryland, car le Smithsonian ne dispose pas d'espace de stockage pour l'avion[23].

L'armée de l'air aurait pu conserver l'avion faute de hangar disponible à la Smithsonian Institution, mais faute d'accord l'appareil est laissé en l'extérieur sur une partie reculée de la base aérienne, exposée de fait aux éléments. Les « chasseurs de souvenirs » ne tardent pas à y s'intéresser en récupérant des pièces, permettant par la même aux insectes et oiseaux d’accéder à l'intérieur. Paul E. Garber[Note 4], de la Smithsonian Institution, s'inquiète de l'état de l'avion[23] et le , l'Enola Gay commence à démanteler l'avion pour un stockage plus adéquat. Les pièces sont transportés le à l'établissement de stockage de la Smithsonian Institution à Suitland dans le Maryland[22].

Photographie couleur d'un monument en mémoire du bombardier.
Monument en mémoire de l'Enola Gay, à la base aérienne Wendover.

L'Enola Gay reste à Suitland de nombreuses années et au début des années 1980, deux anciens combattants du 509th, Don Rehl et Frank B. Stewart, commencent à faire du lobbying pour que l'avion soit restauré et exposé vu son intérêt historique. Ils contactent et obtiennent l'approbation de Tibbets et du sénateur de l'Arizona Barry Goldwater. En 1983, Walter J. Boyne, un ancien pilote B-52 avec Strategic Air Command (SAC), est devenu directeur du National Air and Space Museum (NASM) et il a fait de la restauration de l'Enola Gay une priorité[23]. En contemplant l'avion, Tibbets rappelle : c'est une « triste rencontre. [Mes] souvenirs géniaux, et je ne veux pas dire le largage de la bombe, étaient les nombreuses occasions où j'ai piloté l'avion […] Je l'ai beaucoup poussé, très fort et cela ne m'a jamais raté […] C'était probablement la plus belle [machinerie] que tout pilote a volé »[23].

La restauration du bombardier commence le à la Paul E. Garber Preservation, Restoration, and Storage Facility de Suitland, dans le Maryland. Les hélices utilisées lors de la mission de bombardement d'Hiroshima, faites spécialement en aluminium pour alléger le poids de l'avion, ont de la valeur et sont récupérées par l'université A&M du Texas où l'une d'entre elles est recyclée pour être utilisée dans une soufflerie de l'université[24]. Des hélices traditionnelles sont installées. Les quatre moteurs sont soigneusement nettoyés et reconstruits : deux à Garber et deux au musée de l'air et de l'espace de San Diego. Certaines pièces et instruments, retirés, sont perdus mais des pièces de rechange sont trouvées ou fabriquées. Ces dernières sont marquées pour que les futurs conservateurs puissent les distinguer des composants d'origine[25].

Restauration[modifier | modifier le code]

Controverses[modifier | modifier le code]

Photographie couleur du fuselage de l'avion avec des marques d'usures.
L'extérieur de l'habitacle abîmé de l'appareil lors de son entreposage en 1987.

L'Enola Gay est au cœur d'une controverse à la Smithsonian Institution lorsque le musée a prévu d'exposer publiquement son fuselage en 1995 dans le cadre d'une exposition commémorant le 50e anniversaire du bombardement atomique d'Hiroshima[26]. L'exposition, The Crossroads: The End of World War II, the Atomic Bomb and the Cold War, est planifiée par le personnel du National Air and Space Museum (NASM) et se base autour de l'Enola Gay restauré[27].

Les critiques sur l'exposition planifiée, en particulier celles de l' American Legion et de l'Air Force Association (AFA), affirment que l'exposition porte trop d'attention aux pertes japonaises infligées par la bombe nucléaire, plutôt qu'aux motivations expliquant le bombardement ou son rôle dans les discussions ayant amenées sur la capitulation du Japon[28]. L'exposition attire l'attention nationale sur de nombreuses questions académiques et politiques de longue date liées à la vision rétrospective des bombardements. En conséquence, après diverses tentatives infructueuses d'amender l'exposition afin de répondre à la satisfaction des différents groupes d'intérêts, l'exposition est annulée le . Martin Harwit, directeur du NASM, est obligé de démissionner à cause de la controverse[29].

L'avant du fuselage est exposé le dans une nouvelle tentative, et le , trois personnes sont arrêtées pour avoir jeté des cendres et du sang humain dessus, suite à un incident antérieur dans lequel un manifestant avait jeté de la peinture rouge sur la moquette du musée. L'exposition est fermée le et le fuselage est renvoyé à la Paul E. Garber Preservation, Restoration, and Storage Facility pour la restauration finale.

Restauration complète et exposition[modifier | modifier le code]

Les travaux de restauration commencent en 1984 et nécessitent au final 300 000 heures de main d'œuvre. Alors que le fuselage est exposé, de 1995 à 1998 le travail continue sur les composants restants. De mars à juin 2003, l'avion est envoyé en pièces détachées au Steven F. Udvar-Hazy Center du National Air and Space Museum (NASM), à l'aéroport international de Washington-Dulles, à Chantilly en Virginie. Le fuselage et les ailes sont réunis le — pour la première fois depuis 1960 — et l'assemblage final est complété le .

L'avion est depuis exposé dans une zone consacrée à la Seconde Guerre mondiale au Steven F. Udvar-Hazy Center. Il fait partie d'une collection avec d'autres appareils emblématiques tels qu'un Lockheed SR-71 Blackbird, un Concorde, le Virgin Atlantic GlobalFlyer, la capsule de la mission Gemini 7 ou encore la navette spatiale Discovery[30].

Postérité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Enola Gay (chanson).

Le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD) utilise le nom d'Enola Gay pour une chanson engagée en septembre 1980. Les paroles de la chanson jouent sur le nom de la bombe et à la mère de Paul Tibbets : « Enola Gay, is mother proud of [l]ittle [b]oy today ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Paul Tibbets, Return of the Enola Gay, New Hope (Pennsylvanie), Enola Gay Remembered Inc., (ISBN 0970366604).
  • (en) Richard H. Campbell, The Silverplate Bombers : A History and Registry of the Enola Gay and Other B-29's Configured to Carry Atomic Bombs, Jefferson (Caroline du Nord), McFarland & Company, (ISBN 0-7864-2139-8).
  • (en) Lillian Hoddeson, Paul W. Henriksen, Roger A. Meade et Catherine L. Westfall, Critical Assembly : A Technical History of Los Alamos During the Oppenheimer Years, 1943–1945, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-44132-2).
  • (en) Thomas Gordon et Max Morgan-Witts, Ruin from the Air : The Enola Gay's Atomic Mission to Hiroshima, Londres, Hamilton, (ISBN 0-8128-8509-0).
  • (en) Norman Polmar, The Enola Gay : The B-29 that Dropped the Atomic Bomb on Hiroshima, Dulles, Brassey's, (ISBN 1-57488-859-5).
  • Fletcher Knebel, Hiroshima bombe A, vol. no A66/67, J'ai lu, coll. « Leur aventure ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Victor number est un code d'identification.
  2. Jacob Beser est le seul homme à naviguer sur les deux B-29 utilisés pour larguer les bombes atomiques.
  3. C'est grâce à George R. Caron qu'il existe des photos du champignon nucléaire ; il fut le seul dans l'appareil à voir celui-ci se former.
  4. {{subst:Lien/Conversion automatique|Paul E. Garber}} donnera son nom au Paul E. Garber Preservation, Restoration, and Storage Facility.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Campbell 2005, p. 14-15
  2. a, b, c, d, e, f, g et h (en) Laurent Zecchini, « Le vol de l'Enola Gay : un raid "parfaitement exécuté" », sur Le Monde, (consulté le 21 septembre 2017)
  3. a, b et c Campbell 2005, p. 191-192
  4. Campbell 2005, p. 117
  5. Hoddeson et al. 1993, p. 258
  6. Tibbets 1998, p. 203
  7. Thomas et Morgan-Witts 1977, p. 382-383
  8. Polmar 2004, p. 31-32
  9. a et b Polmar 2004, p. 33
  10. (en) « Section 8.0 The First Nuclear Weapons », sur nuclearweaponarchive.org (consulté le 24 septembre 2017)
  11. (en) « Truman Library: U. S. Strategic Bombing Survey: The Effects of the Atomic Bombings of Hiroshima and Nagasaki, June 19, 1946. Truman Papers, President's Secretary's File. Atomic Bomb-Hiroshima. », sur trumanlibrary.org (consulté le 24 septembre 2017)
  12. (en) « Truman Library: U. S. Strategic Bombing Survey: The Effects of the Atomic Bombings of Hiroshima and Nagasaki, June 19, 1946. Truman Papers, President's Secretary's File. Atomic Bomb-Hiroshima. », sur trumanlibrary.org (consulté le 24 septembre 2017)
  13. (en) « Truman Library: U. S. Strategic Bombing Survey: The Effects of the Atomic Bombings of Hiroshima and Nagasaki, June 19, 1946. Truman Papers, President's Secretary's File. Atomic Bomb-Hiroshima. », sur trumanlibrary.org (consulté le 24 septembre 2017)
  14. (en) « Hiroshima Committee », sur hiroshimacommittee.org (consulté le 24 septembre 2017)
  15. Polmar 2004, p. 35-38
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  18. (en) « Hiroshima and Nagasaki Remembered: The Story of Nagasaki », sur hiroshima-remembered.com (consulté le 24 septembre 2017)
  19. (en) « Atom Bomber Crew From Eight States - Newspapers.com », sur Newspapers.com (consulté le 24 septembre 2017)
  20. (en) « Mort du dernier pilote de l'Enola Gay, l'avion qui avait largué la bombe sur Hiroshima », sur Franceinfo (consulté le 27 septembre 2017)
  21. a et b Campbell 2005, p. 193
  22. a et b Polmar 2004, p. 66
  23. a, b, c et d (en) « An Exhibit Denied », sur The New York Times (consulté le 25 septembre 2017)
  24. (en) « ENOLA GAY B29 SUPERFORTRESS WORLD WAR TWO BOMBER AIRCRAFT HIROSHIMA », sur solarnavigator.net (consulté le 26 septembre 2017)
  25. Polmar 2004, p. 60
  26. (en) David E. Sanger, « TRAVEL ADVISORY: CORRESPONDENT'S REPORT; Enola Gay and Little Boy, Exactly 50 Years Later », sur The New York Times, (consulté le 27 septembre 2017)
  27. (en) « The Enola Gay Controversy - About - Overview », sur digital.lib.lehigh.edu (consulté le 27 septembre 2017)
  28. (en) « Historians Protest New Enola Gay Exhibit », sur historians.org (consulté le 27 septembre 2017)
  29. (en) « Air and Space Museum Chief Resigns », sur pqasb.pqarchiver.com (consulté le 27 septembre 2017)
  30. (en) « Objects On Display », sur National Air and Space Museum (consulté le 26 septembre 2017)