Claude Eatherly

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Claude Eatherly
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Claude Robert Eatherly (né le au Texas, mort le ) était un officier de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, et le pilote d’un avion de reconnaissance météo, le Straight Flush (en) qui a assisté le largage de la bombe atomique sur Hiroshima au Japon, le 6 août 1945.

Vie avant la guerre[modifier | modifier le code]

Claude Eatherly est né à Van Alstyne, Texas, à cinquante miles au nord-est de Dallas. il est le fils de James E. “Bud” Eatherly et d' Edna Bell George tous deux agriculteurs. Il eut deux frères, Joe et James. Étudiant à l'institut universitaire de formation des maîtres du Texas à Denton, il interrompt sa formation au bout de deux ans pour s'engager dans l'armée de l'air en décembre 1940.

Engagement dans l'armée et mission sur Hiroshima[modifier | modifier le code]

En 1943 il se marrie avec Concetta Margetti. Cette même année il connaît un épisode dépressif.[1]

Il est intégré au 509th Composite Group. Ainsi qu'il est d'usage en ces circonstances, Eatherly a fait l'objet, comme tous les participants de ce projet ultra-secret, d'une enquête de sécurité -sous la responsabilité de William L. Uanna-. En 1977 les journalistes Thomas Gordon et Max Morgan-Witts affirmeront qu'Eatherly -mais aussi d'autres membres d'équipage, embarqués ou non- avaient été alors remarqués pour des comportements ou des actions problématiques[2].

Chef-pilote d'un avion de reconnaissance météo, le B29 Superfortress "Straight Flush" qui survole Hiroshima le 6 aout 1945, le major Eatherly envoie à Paul Tibbets pilote de l'Enola Gay qui transporte la bombe atomique destinée à être larguée sur l'une des trois villes japonaises Hiroshima, Kokura, Nagasaki un message météo indiquant un niveau de 3/10e d'ennuagement, ce qui est largement favorable au largage de la bombe atomique sur la ville. À 8h14 heure locale, la bombe atomique surnommée little boy explose au-dessus de la ville.

Sa mission de reconnaissance terminée, Eatherly regagne directement la base aérienne de Tinian sans avoir été témoin de l'effet de la bombe et de ses destructions. L'équipage de cette mission était composé de dix personnes : Ira C.Weatherly (copilote), Francis D. Thornhill (navigateur), Frank K. Wey , Eugene S. Grennan (ingénieur de vol), Pasquale Baldasaro (opérateur radio), Albert G. Barsumian (opérateur radar), Gillon T. Niceley (mitrailleur de queue), Jack Bivans (assistant ingénieur) et Robert Wasz (navigateur).

En 1962, Ronald Bryden rapporte qu'Eatherly aurait également participé à la mission de bombardement sur Nagasaki[1].

Vie après Hiroshima[modifier | modifier le code]

Démobilisé en 1947 après avoir participé au test nucléaire de Bikini, Claude Eatherly travaille dans une société pétrolière de Houston où il devient responsable commercial itinérant de stations-services.

Parallèlement à son travail, il suit des cours du soir[1].

Rongé par le remords, une légende veut qu'il ait envoyé une partie de son salaire aux survivants d'Hiroshima. En 1950, sans lien aucun avec l'annonce par Truman de la construction d'une future bombe à hydrogène, il tente de se suicider par médicaments dans un hôtel de la Nouvelle-Orléans. Il en réchappe et est soigné à Waco dans un hôpital psychiatrique réservé aux militaires. Son état mental lentement se détériore.

Au début de 1953, il est jugé pour différentes escroqueries et falsification de chèques (concernant ces chèques, il se justifie en affirmant les avoir adressés à une organisation chargée de secourir les enfants d'Hiroshima[1]). Il est condamné à 9 mois de prison, mais il commet quelque temps après une attaque à main armée contre un magasin à Dallas. Jugé irresponsable il bénéficie d'un non-lieu. Il devient ensuite représentant de commerce dans un garage et aurait peut-être tenté de se suicider, à nouveau par médicaments, sans que cette deuxième tentative ne soit clairement établie. De 1954 à 1959, c'est une suite alternée de braquages divers et de séjours en institutions psychiatriques.

Le 18 mars 1957, interpellé après avoir tenté de dévaliser deux bureaux de poste avec l'aide d'un autre résident de l'hôpital de Waco, Eatherly est transféré par le shériff adjoint Robert C. Smith à la prison de Fort Worth. Un journaliste du Fort Worth Star-Telegram, Jim Vachule, apprend du shériff, que l'interpellé a fait partie des missions de bombardement nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki : deux jours plus tard il écrit un article sur ce sujet dans le Star-Telegram dont se fera l'écho peu après la chaîne de télévision NBC.[3][4],[5]

En 1957 déféré de nouveau devant un tribunal, il demande à être interné dans un hôpital d'anciens combattants à Waco[1].

Le 12 juin 1959, il écrit sa première lettre à Günther Anders.

En 1960 il ne réintègre pas l'hôpital ; son absence est relayée dans les médias. En décembre, il est interpellé à Dallas pour avoir brûlé un feu rouge (il niera avoir été au volant); à la suite de cela,il repasse devant un tribunal le 12 janvier 1961 et par décision du jury il est ré-interné à l'hôpital d'anciens combattant de Waco ( sous un régime non plus volontaire mais judiciaire donc)[1][6].

En mars 1962, alors qu'il est en liberté conditionnelle, Eatherly reçoit la visite du journaliste William Bradford Huie. Celui-ci rapporte qu'Eatherly lui demanda d'écrire un livre sur son histoire -moyennant finances-. Huie se saisit de cette proposition, et muni de lettres signées d'Eatherly l'autorisant à accéder aux dossiers administratifs, publie en 1964 The Hiroshima Pilot[7].

Il se remarie en 1963.

Accueilli dans l’hôpital pour anciens combattants de Houston pour soigner un cancer diagnostiqué trois ans auparavant, il y décède deux mois plus tard. Une centaine d'amis et de proches assistent à son enterrement au cimetière militaire de Houston. Lui survivent sa femme, Anne et leurs deux filles Claudette et Annette[8]

Eatherly et les discours sur la bombe[modifier | modifier le code]

Günther Anders et Eatherly[modifier | modifier le code]

En 1959, un article paru, le 25 mai, dans Newsweek attire l'attention de Günther Anders, qui entame alors une correspondance avec lui. Conduite en anglais, cette correspondance, s'étendra de 1959 à 1961. Dès sa deuxième lettre, Anders dit à Eatherly son souhait de publier cette correspondance, ce que celui-ci accepte aisément. La correspondance sera publiée en 1961 en allemand préfacé par Earl Russell et avec un prologue de Robert Jungk ( Off Limits für das Gewissen). L'ouvrage est rapidement traduit en d'autres langues (1962, aux États-Unis sous le titre Burning Conscience, 1962 en France...).

Anders ne rencontrera Eatherly qu'une seule fois, à Mexico, en 1962[9].

À la fin des années 1950 après un article dans Newsweek sur le "complexe de culpabilité lié à Hiroshima", il accède à la célébrité mondiale et entretient une correspondance avec Günther Anders un philosophe autrichien qui veut à travers lui mobiliser l'opinion publique internationale contre l'arme nucléaire.

Controverses et polémiques prennent forme autour des positions défendues par Anders. Celui-ci argumente par voie de presse, comme, en 1964, dans la Monthly Review (en réponse à William Bradford Huie), ou dans Süddeutsche Zeitung (édition de Münich)(15. 5. 64) et dans Stimme (15. 6. 64).

Le livre de William Bradford Huie[modifier | modifier le code]

Le journaliste Dieter E. Zimmer confronte les positions d'Anders et de Huie dans l'édition de Die Zeit du 28 août 1964[10].

Rumeurs[modifier | modifier le code]

Malgré des rumeurs et élucubrations diverses, encore véhiculées en France au début des années 1980 lors d'une émission et d'un article d'Alain Decaux, l'homme n'a jamais été retrouvé ensanglanté dans une chambre d'hôtel, n'a jamais participé à l'opération de bombardement sur Nagasaki, n'était pas présent à New York lors de la grande manifestation contre le péril nucléaire — il était en cavale à Galveston — et n'est jamais allé à Hiroshima faire un voyage pour battre sa coulpe et rencontrer les victimes (il n'a jamais mis les pieds au Japon). Celui qui dans le monde entier a porté la légende du « pilote repentant d'Hiroshima devenu fou » meurt d'un cancer de la thyroïde en 1978. À sa mort il fut incinéré... selon sa propre volonté, à Hiroshima. (selon Alain Decaux, historien).

Le cas Eatherly vu par l'écrivain Marc Durin-Valois[modifier | modifier le code]

En aout 2012, le romancier français Marc Durin-Valois fait paraître aux éditions Plon La dernière nuit de Claude Eatherly qui retrace la vie du pilote tenaillé par la culpabilité pour avoir donné son feu vert météo à l'opération de bombardement d'Hiroshima et connu dans le monde entier pour avoir voulu casser son image de héros en braquant des commerces et des banques. L'itinéraire chaotique du jeune homme est relaté par une jeune photographe-reporter texane, Rose Martha Calter, fascinée et obsédée par la personnalité énigmatique de celui que l'on appelle "Bob", le "skipper" ou encore Poker Face". À partir d'une documentation très précise, Marc Durin-Valois élimine dans ce roman un faisceau de légendes autour du pilote (il n'a pas largué lui-même la bombe atomique, il n'a jamais reçu la Distinguished Service Cross, il n'a jamais envoyé de chèques à Hiroshima (élément qui figurait dans un scénario à Hollywood), il n'a jamais fait de voyage de contrition au Japon…) mais insiste sur son bras de fer silencieux et féroce avec Paul Tibbets, le pilote de l'Enola Gay, pour entrer de plain-pied dans l'histoire. Devenu au début des années 1960 une icône du pacifisme mondial, notamment par le truchement du philosophe autrichien Gunther Anders, Claude Eatherly tombe dans l'oubli quand un certain nombre de faits sont révélés par le journaliste américain William Bradford Huie : sa tricherie à un examen pour s'engager professionnellement dans l'armée de l'air, sa participation à un complot militaire à Cuba dit complot Marsalis (il évite de justesse la prison), ses nombreux mensonges et approximations dans la presse, sa fureur de ne pas avoir été choisi lui-même pour larguer la bombe atomique, sa participation aux essais militaires nucléaires du Pacifique, ses errements de joueur de poker, de coureur de jupons, de psychotique (une dizaine de fois interné) et d'alcoolique. Autant d'éléments qui selon le romancier le rendent profondément ambigu mais ne le discréditent pas pour autant dans son combat sincère contre l'atome. L'ironie veut qu'il soit mort en 1978 d'un cancer de la thyroïde, maladie des Hibakusha qu'il aurait contractée au-dessus de Bikini, en volant à travers un immense nuage radioactif qu'il était chargé de repérer. Archétype du contre-héros repentant portant la mauvaise conscience nucléaire américaine, plusieurs films ont été programmes à Hollywood sur la vie de Claude Robert Eatherly, toujours empêchés ou arrêtés en cours de route.

Œuvres de fictions[modifier | modifier le code]

Inspiré par un article de The Observer, John Wain composa un poème intitulé A Song About Major Eatherly[11].Lu à la BBC en 1959, le poème est publié ensuite dans The Listener[1].

En 1961 Rolf Schneider a écrit une pièce de théâtre autour du procès d'Eatherly : Prozess Richard Waverly. En octobre 1964, la pièce est adaptée pour la télévision et mise en scène par Wolf-Dieter Panse (de) en République Démocratique Allemande.

En 1962 les Éditions France-Empire publient Les Âmes mortes d'Hiroshima de Hans Herlin . Le livre avait été préalablement publié en Allemagne ["Kain, wo ist dein Bruder Abel ?"] . Le journal Stern relaya le livre dans quinze numéros.

En 1962 parait chez Mondadori le recueil de poèmes IX Ecloghe d' Andrea Zanzotto. Il comporte un poème intitulé Eatherly.

En décembre 1964 Richard Avedon publie avec James Baldwin un album de photographies intitulé Nothing Personal ; il contient une photo d'Eatherly légendé “pilot at Hiroshima, August 6, 1945″.

En 1968 Pierre Halet écrit une pièce de théâtre intitulée Little Boy, où il imagine Eatherly rêvant son bombardement ; Jean-Claude Risset contribua à cette œuvre avec sa composition Computer Suite for Little Boy, une des premières œuvres produites entièrement par ordinateur[12].

La pièce de théâtre Little Boy de Régis Vlachos est inspirée de sa correspondance avec Günther Anders.

En 2010 les éditions Le Passage publient, de Valérie Tordjman, Le jour d'avant : roman.

En 2012 les éditions Plon publient La dernière nuit de Claude Eatherly de Marc Durin-Valois.

En 2015 le journal Die Zeit fait remarquer qu'aucun film n'a encore été produit sur la vie d'Eatherly[13].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Réflexion sur la paix dans le contexte actuel, de Maximilien Rubel, étude commandée à l'auteur par l'Unesco en 1987 reprise dans Guerre et paix nucléaires p. 75-152, ouvrage préfacé par Louis Janover .Paris Méditerranée 1997.
  • Günther Anders, la guerre froide et l’Autriche. À propos d’une polémique entre Günther Anders et Friedrich Torberg, in: Jacques Le Rider/Andreas Pfersmann, dir., Günther Anders, Austriaca, 35, décembre 1992, p. 49-61
  • Georg Geiger, Der Täter und der Philosoph - der Philosoph als Täter : die Begegnung zwischen dem Hiroshima-Piloten Claude R. Eatherly und dem Antiatomkriegphilosophen Günther Anders oder: Schuld und Verantwortung im atomaren Zeitalter, Bern u.a. : Lang, 1991.
  • Alain Decaux, revue Historia no 412, mars 1981
  • Thomas Gordon et Max Morgan-Witts, Enola Gay: Mission to Hiroshima, New York, Stein and Day, 1977
  • Ronnie Dugger, Dark star : Hiroshima reconsidered in the life of Claude Eatherly, London : Gollancz, 1967
  • Günther Anders, Debunking the Debunker. (A reply to the attack on Claude Eatherly in William Bradford Huie's book "The Hiroshima Pilot"). In: Monthly Review June 1964, S. 104-110.
  • Günther Anders,Der Streit um den Piloten Eatherly. In: Süddeutsche Zeitung (München) vom 15.5.1964
  • (en)William Bradford Huie, The Hiroshima Pilot, Ed Putnam 1964 . Cette édition américaine est immédiatement suivie d'une édition anglaise chez Heinemann. Traduction germanophone Der Hiroshima-Pilot. Wien, Hamburg 1964.
  • Oakland T., Qu'arrive-t-il à un pilote qui tue 100 000 personnes ? 1962
  • Avoir détruit Hiroshima, Correspondance de Claude Eatherly, le pilote d'Hiroshima, avec Gunther Anders. Préface de Bertrand Russell et Robert Jungk. Robert Lafont, 1962.
  • Claude Eatherly, Günther Anders, Robert Jungk, Off limits für das Gewissen, der Briefwechsel zwischen dem Hiroshima-Piloten Claude Eatherly und Günther Anders, Rowohlt, 1961. Le livre fut republié plusieurs fois avec des titres légèrement différents.

Émissions radio ou télé[modifier | modifier le code]

Le 26 novembre 1980 Antenne 2 diffuse Moi, Claude Eatherly, j'ai détruit Hiroshima d'Alain Decaux.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Ronald Bryden, The Myth of Major Eatherly, The Spectator, 16 FEBRUARY 1962, Page 5
  2. HIROSCHIMA Wilde Texaner, Der Spiegel, 27.02.1978
  3. David Johst, Die Legende vom reumütigen Piloten, Die Zeit, 6. August 2015
  4. John Thompson, Too Important to Be New, The New York Review of Books, April 11, 1968
  5. Eatherly, Unschuld und Sühne, Der Spiegel, 29.04.1964
  6. Dreyfus in Waco, Der Spiegel, 13.09.1961
  7. Edgar Z. Friedenberg, The Question of Major Eatherly, The New York Review of Books, April 30,1964
  8. Joseph B. Treaster, Claude Eatherly, Hiroshima Spotter, The New York Times, July 7, 1978, Page 2
  9. « Repères biographiques », Tumultes, vol. 28-29, no. 1, 2007, pp. 15-16.
  10. http://www.d-e-zimmer.de/PDF/1964bomberpilot.pdf
  11. Philipp French, Good cop, bad cop, The Guardian, Sunday 29 May 2005
  12. Jean-Claude Risset, «Quelques points de vue sur l’invisible», Filigrane. Musique, esthétique, sciences, société. [En ligne], Numéros de la revue, Traces d’invisible, mis à jour le : 16/06/2011, URL : http://revues.mshparisnord.org/filigrane/index.php?id=101.
  13. David Johst, Die Legende vom reumütigen Piloten, Die Zeit, 6. August 2015

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]